EXPLICATION GÉNÉRALE
La collection qui forme le Cabinet pélasgique se compose :
i° De quatre modèles qui, n’étant proprement la copie d’aucun monument, servent seulement à faciliter l’interprétation des autres ;
2° De quatre-vingts modèles de monuments pélasgiques, tels que murs, portes, tombeaux, temples, etc. :
En tout quatre-vingt-quatre modèles en relief.
3° D’un tableau peint sur toile représentant la construction pélasgique commencée par les Cyclopes avec la règle flexible de plomb , et continuée par les Phéniciens au moyen de l’équerre ;
4° D’une carte topographique du mont Circé;
5° De vingt et un dessins coloriés et de quinze dessins non coloriés de vues de constructions pélasgiques:
En tout trente-six dessins.
6° D’un tableau des synchronismes des temps antérieurs à la guerre de Troie ].
Quelle méthode devais-je employer pour faire passer ma propre conviction dans l’esprit des autres? La
1 Le buste de l’auteur et celui de Ennius Quiriuus Visconli font aussi partie du Cabinet, ainsi que nous l’avons dit précédemment.
134 MONUMENTS GYGLOPÉENS.
plus simple et la plus naturelle m’a paru la meilleure. J’avais dit qu’il existait des monuments de l’architecture d’un ancien peuple, que les historiens nous montrent dans l’ombre de l’antiquité la plus reculée sous le nom de peuple Pélasge; ayant étudié les traces de ce peuple, j’avais dit que ces monuments devaient se trouver en Italie, en Grèce, dans les îles et sur les côtes de la Méditerranée, ainsi qu’en Asie. Mais ceux qui ne peuvent pas sortir de leur pays , pour aller au loin examiner la vérité de mon assertion , étaient en droit de me demander quelles preuves je donnais de l’existence réelle et actuelle de ces monuments. Pour satisfaire à cette juste exigence, j’ai recueilli et mis sous les yeux du lecteur les travaux et les dessins des savants, des antiquaires et des voyageurs qui, ayant recherché ces antiques monuments d’après mes indications, les ont vus et ont attesté l’état de leur existence actuelle. De plus, voulant rendre plus sensibles les résultats de mes études , parmi les nombreuses vues qui m’ont été communiquées, j’en ai choisi plusieurs que j’ai entrepris de faire exécuter en modèles de haut relief, en tout semblables aux monuments originaux , les dimensions exceptées. Je ne sais à quel nombre ces modèles pourront s’élever par la suite; mais la collection, dans. son état présent, me paraît suffisante pour répondre à la première et juste impatience du public, les modèles qui la composent représentant des constructions observées dans tous les pays, où, selon l’histoire, les Pélasges eurent des établissements.
L’existence de ces monuments, affirmée par un grand
nombre de témoins , ne peut être révoquée en doute , surtout quand ces témoins, séparés de pays et de temps, se réunissent pour les mêmes assertions et fournissent des copies parfaitement identiques des mêmes monuments. Mais est-il également sûr et avéré que ces constructions, auxquelles, à la vérité, on ne peut pas contester leur extrême ancienneté, soient néanmoins celles que l’antiquité savante nomma Cyclopècnnes ? Cette seconde question , dont l’importance historique a été promptement appréciée dès quelle fut annoncée, est traitée par moi dans la plupart des mémoires que j’ai lus à l’Académie des inscriptions et belles-lettres de l’Institut de France , et c’est à la résoudre affirmativement que je travaille depuis quarante années. Mes écrits polémiques étant entre les mains de peu de personnes, se trouvant d’ailleurs disséminés en divers recueils et ne pouvant par ces motifs satisfaire l’attente du public, j’ai pensé qu’il fallait faire parler à ces modèles de monuments cyclopéens un autre langage, un langage succinct et adapté à leur forme, à l’abri des atteintes du doute et de la crainte de l’esprit de système. En conséquence, j’y ai fait graver les textes d’Homère, d’Hésiode, d’Euripide et de Théocrite; ceux d’Hérodote, de Thucydide, deXénophon, de Strabon et de Pausanias; ceux de Plaute, de Virgile, d’Horace et d’Ovide; ceux enfin de Vairon, de Cicéron, de Denys d’Halicarnasse, de Tacite, de Pline, de Justin , etc. etc... qui démontrent l’origine authentique des monuments représentés.
Quelquefois j’ai été assez heureux pour trouver, dans les témoignages les plus reculés de l’histoire, l’origine
expressément marquée des plus anciens monuments de l’architecture cyclopéenne. Toutes les origines n’ont pas été transmises jusqu’à nous, et celle de la fondation de bien des villes s’est même totalement perdue; mais, pour peu qu’il se soit rencontré quelque texte qui, sans la préciser, témoigne du moins de la date la plus rapprochée de la fondation d’une ville, l’analogie et l’identité des constructions m’ont paru alors des motifs suffisants pour la rattacher à l’origine pélasgique.
Les explications qui suivent sont de trois sortes ; d’abord je transcris, avec leur traduction, les textes qui sont gravés sur les modèles; ensuite je rapporte, également avec la traduction, ceux que leur étendue ou la disposition du modèle n’ont pas permis d’y placer; enfin j’y ajoute, soit mes propres observations, quand c’est moi-même qui ai vu le monument, soit celles que les voyageurs m’ont adressées ou ont insérées dans leurs ouvrages sur les monuments qu’ils ont vus, décrits ou dessinés.
Quant à l’ordre numérique dans lequel se trouvent les articles qui composent ces explications , il correspond aux numéros qui sont placés sur chacun des modèles; et ceux-ci, à leur tour, ont été classés d’après l’ordre géographique que la marche même de la découverte indiquait.
La première rencontre que je fis des constructions cyclopéennes eut lieu, comme je l’ai déjà dit, en Italie au mont Gircé; partant de ce point, je portai mes investigations dans tout l’ancien Latium; les contrées voisines de ce pays furent ensuite visitées. De l’Italie, la