CHAPITRE IV
REPRODUCTIONS ARTIFICIELLES DES MOUVEMENTS CÉRÉBRAUX. §1. Reproduction sur un Schéma.
Nous avons essayé de représenter d'une manière schématique les mouvements encéphaliques, afin d'obtenir synthétiquement les phénomènes que nous avons analysés précédemment, afin de vérifier ég-alement si, dans certaines conditions, ces phénomènes peuvent se modifier ou disparaître, comme dans l'org-anisme vivant.
Nous savons bien cependant qu'il ne faut pas vouloir demander aux schémas plus qu'ils ne peuvent donner ; ils sont placés, en effet, en dehors de l'influence nerveuse et ne constituent que des appareils purement mécaniques. Dans ces conditions même, ils peuvent néanmoins être encore très- utiles et servir à élucider bien des points litigieux ou à donner une démonstration simple d'un phénomène complexe. On n'ig'nore pas. tout le parti qu'en a tiré notre maître, le professeur Marey, pour l'étude et la reproduction des phénomènes de la circulation.
Dans le cas qui nous occupe, bien qu'il s'ag-isse de mouvements révélantles modifications de vascularisation du centre nerveux par excellence, c" est-à-dire de l'encéphale, nous ne devons pas perdre de vue que ces mouvements dépendent eux-mêmes de deux causes méca-
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niques, la systole cardiaque et la respiration, dont nous pouvons imiter le jeu.
La fig'ure suivante représente l'anpareil dont nous nous sommes servi.
I 11 se compose d'un ballon B, à deux tu- I bnlures, rempli d'eau, et fig-urant la boîte ^ crânienne. Au milieu de l'eau se trouve I un ballon de caoutchouc G, rempli lui- > même de liquide, et correspondant à l'en-
s céphale. Il aboutit à un tube de verre qui traverse le bouchon de caoutchouc fer- I mant la tubulure inférieure du ballon B.
I- Ce tube se continue par un tube de caoutchouc a qui représente une artère, et g qui part lui-même d'une poire en caout- ^ chouc V, jouant le rôle du cœur.
i| Le bouchon qui clôtinférieurement le I ballon H, est traversé par un deuxième si petit tube de verre, qui s'ouvre d'un côté dans le ballon lui-même, et communique extérieurement avec un tuyau élastique R, représentant ce que le professeur Richet a si justement appelé le « tuyau d'échappement rachidien, «lequel se termine par une poche L qu'on pourra assimiler à « l'espèce d'ampoule qui entoure la queue de cheval » (1) ou à un hydrorachis.
La tubulure supérieure correspond à une trépanation. Elle est fermée par un bouchon de caoutchouc que tra-
(1) Cruveilhicr. AnaL clesc, 4° édit>, t. III, p. 333.
verse un gros tube T, dont le bord inférieur présente unearêle vive, analog-ue à celle du rebord osseux.
Ce tube est lui-même fermé supérieurement, de même que l'appareil que nous fixions au crâne des animaux de nos expériences, par un bouchon que traverse un petit tube de verre. Celui-ci présente un robinet et se continue par un tube de caoutchouc t, que l'on peut mettre en communication avec un tambour enreg-istreur.
Toutes les pièces de l'appareil étant bien purg'ées d'air, on s'arrang-e de telle sorte que le niveau du liquide corresponde à la partie moyenne du tube T. Imprimant alors à la main des oscillations rhytmiques à la poire V(l), on voit se produire, en même temps que des mouvements de dilatation et de retrait du ballon C, déterminés par les variations d'afflux, des oscillations du niveau du liquide dans le tube T. Ces oscillations, correspondant à celles qui sont déterminées par l'influence cardiaque chez l'animal en vie, peuvent être enreg-istrées au même titre.
Pour imiter l'influence respiratoire, nous avons fait passer le tube a par un ballon à trois tubulures, qui
(1) Nous avons représenté ici le schéma aussi simple que possible ; toutefois, nous ne nous en sommes pas tenu à la disposition figurée ici. •Nous avons eu recours encore, soit au cœur du schéma de la circulation, du professeur Marey, soit à une petite pompe aspirante et foulante pour imiter la fonction cardiaque. Dans ces deux cas, nous ne pouvions nous borner au tube d'afflux a; il fallait représenter aussi récoulement veineux; ce rôle était rempli par un autre tube. Dans ce«i conditions, l'appareil, tout en se rapprocliant darantage de la réalité, perdaildc aasimplicilé^leselfctsétaientdu reste sensiblement les mêmes.
n'a pas été représenté, pour ne pas compliquer la fig-ure. La troisième tubulure se continuait par un tube dans lequel nous aspirions et soufflions tour-à-tour, suivant le jeu naturel de notre respiration.
Nous avons donné naissance delà sorte àun deuxième ordre d'oscillations plus accentuées , dépendant de l'influence respiratoire.
La fig-ure 28 représente un des tracés que nous avons ainsi obtenus. Les deux ordres d'oscillations y sont trèsnets. La descente des g-randes ondulations correspond
Fig. 28. — Tracé des oscillations respiratoires et cardiaques du cerveau reproduites schématiquement.
à l'inspiration de même que dans les tracés de nos expériences ; leur ascension est déterminée par l'expiration. Le mode de production de ces doubles oscillations se comprend, sans qu'il soit encore besoin d'insister à ce sujet, après tout ce que nous avons dit dans le chapitre précédent.
Notre but, en construisant ce schéma, n'était pas seulement d'obtenir la reproduction de ces oscillations. Nous voulions nous assurer ég-alement de leur disparition, dans les conditions où elles s'éteig-naient chez les sujets de nos expériences.
En nous arrangeant de telle façon que la surface du ballon G fût très-voisine de l'ouverture inférieure du
tube T. ce balloh'^arrive, après quelques pulsations du cœur, au contact de cet orifice, dans lequel il fait hernie. Dès lors, les oscillations cessent ou sont tellement minimes qu'elles ne donnent aucun tracé, étant produites uniquement par les très-faibles variations de tension de la petite portion de surface du ballon (1) qui forme hernie dans le tube. T. Nous sommes ramené au cas qui s'est souvent présenté dans nos expériences, la petite hernie qui proémine dans le tube T, formant bouchon, et ne permettant plus au liquide jouant le rôle de liquide cérébro-spinal de s'échapper à l'extérieur.
Les oscillations ont disparu, avons-nous dit : toutefois le ballon G se dilate encore. A la suite de son aug*mentation de volume, le liquide périphérique que renferme le ballon de verre est comprimé. Ne pouvant s'échapper en T, il est refoulé dans le déversoir rachidien, dont l'ampoule offre une série de pulsations correspondant aux systoles du ventricule artificiel.
§ s, — Reproducticn artificiello des mouvements du cerveau chez
l'aHiinal mort.
Après avoir obtenu la reproduction des oscillations cérébrales, à l'aide d'un schéma approprié, nous avons encoredésiré les reproduire sur l'animal mort. Cette expérience n'est pas nouvelle, il est vrai, puisqu'elle a déjà été faite par Lamure (2) et reproduite par Flourens. (3)
(1) Le caoutchouc du ballon doit être de bonne qualité et ne pas présenter do disposition à se dilater en manière d'anévrysme, ce qui ferait manquer l'expérience .
(2) Lamure. Recherches sur la cause des mouvements du cerveau. Mém Acad. des sciences, 1749.
(3) Flourens. liecherchss sur le système nerveux, 2<' éd., Paris, 1842, p. 3rj^) et suir.
Ces deux expérimentateurs comjji'imaient et relâchaient alternativement les parois du thorax d'un animai mort et ayant subi une trépanation.
A la suite de cette manœuvre, par laquelle ils se rapprochaient tout-à-fait des conditions de la respiration normale, ils voyaient le cerveau s'élever pendant la compression de la cag-e thoracique, dont le relâchement déterminait par contre l'abaissement de l'encéphale.
Nous avons reproduit cette expérience sur le chien, peu de temps après la mort, avec des résultats semblables, l'eau s' élevant en expiration, s'abaissant en inspiration, dans le tube fixé au crâne de l'animal.
En ayant recours à la respiration artificielle, telle qu'on la pratique habituellement dans les laboratoires, en d'autres termes, à l'insufflation trachéale, nous avons obtenu des résultats inverses des précédents : le liquide s'élevait pendant l'inspiration, s'abaissait pendant l'expiration.
pi„ Graphique de la respiration artificielle et des oscillations céréqrales
qu'elle détermine sur l'animal mort.
La fig-ure 29 représente les tracés de la respiration et des oscillations cérébrales dans ces circonstances. Cette inscription post mortem vient encore confirmer
cequo nous disions dans le chapitre précédent, touchant le renversement des oscillations cérébrales, sous l'influence de la respiration artificielle.
Outre les oscillations respiratoires, nous avons j-eproduit celles que détermine l'action cardiaque en injectant, suivant un mode rhythmé, du liquide dans la carotide d'un animal mort.
Nous avons obtenu de même des oscillations cérébrales, en injectant d'une façon analog-ue, de l'eau par l'intermédiaire des jug-ulaires.
L'aug'mentation du calibre des artères ou des veines encéphaliques peut donc déterminer au même titre la production d'oscillations dans un tube adapté à la voûte du crâne.