‹ Recherches sur les mouvements du cerveau et sur le mécanisme de la circulation des centres nerveuxChapitre 11 sur 13 · CHEZ L'ADULTE · texte numérisé non relu

CHEZ L'ADULTE

Après la première enfance, les fontanelles s'étant ossifiées, la boîte crânienne est close par des parois rig-ides, incompatibles avec des modifications de contenu, dans son intérieur.

Pans ces conditions, des variations en plus ou en moins de la quantité de sang* que contiennent la cavité crânienne en général et l'encéphale en particulier, sontelles possibles ? Peuvent-elles s'effectuer, comme dans le cas où les parois crâniennes ne sont pas entièrement rig-ides, c'esl-à-dire dans les conditions où nous les avons étudiées précédemment chez l'homme et les animaux?

Telle est la question que nous allons examiner, question d'une haute importance, attendu que, suivant la conclusion à laquelle on aboutit, on arrive à admettre ou à rejeter la possibilité de l'anémie et de la cong-estion cérébrales.

Ce n'est g-uère qu'à partir de Haller que nous voyons mettre sérieusement en doute, chez l'adulte, l'existence des mouvements dû cerveau, par ceux-mômes qui les constatent quand cet org-ane est mis à nu.

Nous avons déjà vu que, pour Haller, les mouvements du cerveau n'étaient possibles que dans le cas où la

dure-mère était enlevée. D'accord avec cette conception, l'illustre physiologiste ne pouvait croire à la possibilité de mouvements de la masse encéphalique dans un crâne fermé. Il ne faudrait pas en conclure cependant, qu'il soutînt l'invariabilité du contenu sang-uin de l'encéphale comme on le fit plus tard, car il admit la possibilité d'une réplétion plus g-rande du système veineux entraînant une aug-mentation de pression, qui devait favoriser le cours du sang" veineux (1).

Pour Lorry, les mouvements du cerveau dans un crâne intact ne pouvaient se produire que dans les cas d'efïort.

A la même époque, ces mouvements furent néanmoins admis par Schlichting; et Lamure.

Plus tard, Fabre (2), tout en ne leur accordant pas la même étendue que dans le cas où le cerveau est mis à nu, trouve que les mêmes causes ag-issant encore dans l'état naturel, on ne saurait les récuser.

Bien que les mouvements du cerveau chez l'adulte n'aient pas été admis par tous les auteurs,- comme nous venons de le voir, l'existence de modifications de la vascularisation du cerveau n'avait jamais été mise en doute, ni même ag-itée, quand surg-it la proposition que l'on a appelée théorème de Monro-KeUie, du nom des deux médecins écossais, qui ont surtout contribué à la répandre.

Se fondant sur la résistance des parois crâniennes et l'incompressibilitée à peu près absolue des liquides,

(1) Haller, Elcmenta phy.nologix. Lo.usannc, t. IV, page 172.

(2) Vabrc, Essais sur diff6re7ils points de physiologie. Paris, 1770,

Monro affirma le premier l'invariabilité du liquide contenu dans la boîte crânienne. Le sang- étant alors le seul liquide dont il fut tenu compte dans le crâne, il ne faut point s'étonner de voir Monro soutenir que sa quantité est toujours la même, pendant l'état de santé', pendant la maladie, après la mort.

Nous reportant à l'ouvrag-e de Monro (1), nous nous sommes assuré que, tout en admettant l'invariabilité de la quantité de sang* renfermé dans le crâne, il n'en croyait pas moins à la possibilité de variations inverses de la quantité du sang* artériel et du sang* veineux contenus dans la boîte crânienne, le sang* veineux diminuant proportionnellement à l'aug-mentation du sang* artériel et réciproquement. Une saig*née ne pouvait, d'après le même auteur, modifier la quantité de sang* contenu dans le crâne; tout au plus, pouvait-elle diminuer sa force d'impulsion.

Un des disciples de Monro, KelliedeLeith, s'appuyant sur l'expérimentation, vint dans la suite reprendre et soutenir la théorie du maître, avec certaines réserves, il est vrai (2). Cet auteur fit périr des chiens et des moutons par hémorrhag-ie, d'autres par l'acide prupsique, après leur avoir lié les carotides. L'autopsie ne lui montra pas d'anémie du cerveau dans ces cas.

Pour montrer que la pesanteur est sans influence sur la quantité du sang' que contient le crâne, il suspendit

(1) Monro. Ohsermlions on the structure and fanctions of Ihe nervous syxtem. Edinburgh, 1783, ch. I, p. S et suiv.

(2) Kellie, Transactions oflhe mcdico-chirurgical Society of Edinburgh, t. I, 182-2

des animaux empoisonnés par l'acide prussiquH, les uns par les oreilles, les autres parles pattes postérieures, et trouva respect du cerveau à peu près semblable dans les deux cas.

Kellie attira encore l'attention sur l'absence de cong-estion cérébrale chez les pendus, dont le cerveau devrait être théoriquement g'org-é de sang*.

Ayant cependant constaté la présence de quelques onces de sérosité liquide dans le crâne d'individus ayant péri par le froid, il admit, tout en insistant encore sur la situation toute spéciale du cerveau et sur la difficulté des variations de son contenu sangruin, que dans les cas deresserrement du cerveau, et à la suite d'hémorrhag-ies profuses, une certaine portion du sang* contenu dans les vaisseaux intra -crâniens pouvait être remplacée par une effusion de sérosité (1), empruntée à ce sang*.

Pendant long-temps, les idées de Monro eurent cours, aussi bien en France, où elles furent adoptées par Gendrin, Rochoux, etc., qu'en Ang'leterre où ellesfurent soutenues par la grande autorité d'Abercrombie.

Nous ne nous arrêterons point aux déductions exag-éréesqui en furent tirées par des disciples trop ardents, etnous dirons de suite que les expériences de Kellie, qui servaient de base à la nouvelle doctrine, furent reprises par Burrows (2), qui arriva à des conclusions tout -à-fait opposées.

(1) Go ne fut que trois ans plus tard que Magendie appela l'attention sur la présence normale du liquide céphalo-rachidien dans la cavité des contres nerveux.

(2) Burrows, BeoJmchtmxgen uber die Kmnhhrilen rfc.s- cerebralen Blut- Am.</««/-es; trad. de l'anglais par Posner. Leipzitr, .1847.

Le cerveau fut trouvé anémié chez les animaux suspendus par les oreilles, tandis qu'il offrait de la congestion chez ceux qui avaient été suspendus la tête en bas. Il est vrai, qu'en appliquant à ces animaux, avant de les dépendre, une lig-ature serrée autour du cou, Burrows se mit à l'abri des causes d'erreur qui avaient dû fausser les résultats obtenus par Kellie. En procédant de la sorte, il évitait les modifications de réplétion sang-uine des vaisseaux encéphaliques qui pouvaient se produire en position horizontale. Ces expériences ont été répétées et variées par d'autres expérimentateurs, avec les mêmes résultats.

Àu commencement du siècle, Richerand attira l'attention sur les enfoncements que présente la surface intérieure delà boîte crânienne, à la suite del'action cérébrale, l'usure produite par cette cause aug'mentant avec l'âg-e. Les impressions dig-itales et les éminences mamillaires qui correspondent aux circonvolutions et aux anfractuosités du cerveau, étaient pour lui le résultat de sa pression sur la boîte osseuse.

Vers la même époque, Ravina essaya d'établir par l'expérience l'existence des mouvements du cerveau à l'état normal, en fixant un verre démontre à la partie supérieure d'un cylindre de bois que l'auteur adaptait à l'orifice d'une trépanation crânienne. Il eut soin de s'assurer que l'appareil n'offrait point de fuite, tout en y laissant l'air qu'il renfermait: aussi, eut-il tort de conclure des mouvements du cerveau qu'il put constater, en opérant ainsi, à l'existence de ces mêmes mouvements dans un crâne fermé, la compressibititéde l'air contenu dans le

cylindre permettant aux mouvements de se produire presque aussi facilement qu'à l'air libre.

Nous ne pouvons pas davantag-e attacher de l'importance aux preuves fournies par Ecker, qui s'appuie sur les mouvements qu'il constate en pratiquant un très-petit orifice au crâne et en laissant la dure-mère intacte.

Citons encore Mag-endieetFlourens parmi les auteurs qui ont admis les mouvements du cerveau, les expériences et les cas de spina-bifîda donnant, il est vrai, disent-ils, une idée exagérée du phénomène.

La doctrine de l'immuabilité du contenu vasculaire intra-crânien , reçut le dernisr coup, à la suite d'expériences dans lesquelles on put observer directement, et sans intermédiaire d'aucun gaz, les modifications du calibre des vaisseaux , encéphaliques pendant la vie, au moyen d'une fenêtre adaptée aux parois crâniennes.

Cette méthode instituée par Donders (1), lui a permis de constater, ainsi qu'à son élève Berlin, des variations notables de réplétion des vaisseaux encéphaliques, qui ont été confirmées par les expériences si connues de Kûssmaul et Tenner (2), et par celles de J. Ehrmann (3) qui sont consignées dans son remarquable travail sur l'anémie cérébrale que nous avons déjà eu l'occasion de citer en parlant des ligatures des artères céphaliques.

(l) Donders. Die Beiuegungen des Gehirns, Nederl. Lancet; 1850.

(2] Kiissmaul u. Tenner, Untersuchungen ûber Ursprung und Wesen der fallsuchtarUgcn YMckungenbci Vcrbliitung. Francfort, ISb?.

(3) Nous sommes heureux de saisir celte occasion de remercier le D' Ehrmann, de Mulhouse, de la bienveillance qu'il nous témoigna, alors qu'il dirigeait l'ambulance du Haut-Rhin à l'armée de l'Est. Nous n'avons pas perdu le souvenir des bontés qu'il eut pour nous, pendant ces jours néfastes à la suite desquels le sol natal fut arrache à la mère-patrie.

Ackermann (1) et Leyden (2) constatèrent encore les. mêmes phénomènes.

Cependant, et ce résultat paraît de prime abord contradictoire, si ces auteurs ont tous observé des chang-ements de calibre des vaisseaux cérébraux, ils s'accordent tous ég-alement à noter l'absence des mouvements du cerveau. Sous ce dernier rapport, ces expérience? venaient prêter encore leur appui à celles de Bourg-oug-non. (3) On n'ig*nore pas que, pour sa thèse inaug'urale, cet auteur fît des expériences devenues classiques, pour vérifier l'opinion émise a pnon" par Pelletan, d'après lequel l'inextensibilité des parois crâniennes, après leur ossification complète, devait apporter un obstacle absolu à la production des mouvements cérébraux, dont l'existence chez l'adulte avait déjà été mise en doute par les auteurs que nous avons précédemment cités.

Bourg'oug'non, après avoir vissé un tube muni d'un robinet, au crâne d'un chien, et après l'avoir rempli d'eau purg-ée d'air, jusqu'à une certaine hauteur audessus du robinet., constata les oscillations du liquide et les mouvements de la grande branche d'un levier coudé qui se mouvait autour d'un axe horizontal, et dont la courte branche était terminée par une petite plaque reposant sur la dure-mère ou le cerveau. Le robinet étant fermé, il n'observa plus les mouvements du liquide, chose très-naturelle, par suite de l'incompressibilité des parois et du liquide, qui ne pou-

(1) Ackermann, Virchow'sArc.hm, 18o8, t. XV.

(2) Leyden. FiVc/iows'vlrc/iiv., 1866, l. XXXVII.

(3) Bourgougnon. Recherches sur les mouvements du cerveau, Thèse, Paris, 1839.

vait s'abaisser au-dessons du robinet, que s'il se produisait un vide, ce qui n'est point admissible.

Ce n'est toutefois que de l'absence de ces oscillations qu'ont parlé la plupart des auteurs qui ont discuté les expériences de Bourg-oug-non. Bien plus importante cependant, était l'absence des mouvements communiqués au levier.

Si les conclusions que tire l'auteur de ces expériences sont exactes, on en comprend toute la g-ravité, car nier les mouvemens cérébraux, c'est affirmer, sous une autre forme, la proposition de Monro-Kellie, les variations du contenu vasculaire d'un org-ane devant fatalement }>mener des modifications de son volume, comme le prouvent avec évidence les expériences modernes sur le chang-ement de volume des org-anes dans leurs rapports avec la double influence cardiaque et respiratoire.

Cependant, il n'est pas douteux que les observations de Bourg-oug-non ne soient exactes; il n'est pas moins vrai, comme nous l'avons vérifié nous-même à diverses reprises, sur le chien et le lapin, qu'en vissant une fenêtre aux parois crâniennes , on n'observé pas de mouvements du cerveau, à la condition qu'il ne se trouve point d'air entre le cerveau et la lame de verre ^ ce qui est souvent asse^; difficile à réaliser.

Comment comprendre alors les modifications du contenu vasculaire encéphalique?

Faut-il admettre uniquement avec Bourg-oug-non, dont l'opinion a été reprise il y a peu de temps par Na-

valichin (1), des modifications de la tension de l'eilcephale, opinion qui est à rapprocher de celle de Long-et, pour lequel le cerveau chang-e non de volume, mais de masse, c'est à dire de densité, si nous comprenons bien la pensée de l'auteur ? La manière de voir de cet éminent physiolog-iste nous étonne d'autant plus que, quelques pages auparavant (2), il admet des mouvements du liquide céphalo-rachidien refluant en expiration du rachisdansle crâne, pour rentrer en inspiration dans la cavité rachidienne, de telle sorte que, non-seulement le cerveau ne pourrait se dilater en expiration, mais qu'il serait encore comprimé, à ce moment, par le liquide cérébro-spinal affluant du rachis.

Faut-il plutôt admettre avec Brown-Séquard (3) que la quantité du sang* de l'encéphale est à peu près invariable , et que la cong-estion d'une partie du cerveau soit la conséquence de l'anémie d'une autre partie de cetorg-ane? — Nous ne le pensons, pas et, à l'exemple de Richet (4), de Béclard (5), de Beaunis (6) et de plusieurs

(l) Nous avons reçu, grâce à l'obligeance du professeur Dogiel, un mémoire russe du D"' Navalichin (de Kazan), sur la « Tension du cerveau et ses rapports avec la circulation ». M. deTarchanoff abien voulu nous donner la substance de cet ouvrage et nous en traduire les conclusions. Nous regrettons que Fauteur, qui avait fait communiquer la boîte crânienne avec un manomètre inscripteur, n'ait pas reproduit les traces des oscillations déterminées par la circulation et la respiration. Son travail conclut à une dépendance réciproque de la fréquence cardiaque et de la tension cérébrale. On trouvera un résumé de ses idées dans les Archives de Pflûger, t. VIII, 1874.

("2) Longct, loc. cit, t. lîl: p 285.

(3) Brown-Séquard, Journal de physiologie, t. I, p. 20;).

(4) Richet, loc. cit., p. bl et suivantes.

(5) Béclard, Traité de physiologie,?aris, 1870, d" éd., p. I03i.

(6) Beaunis, Eléments de physiologie. Paris, 1876. p. 10i5.

auteurs, nous sommes bien plus porté, malgré les expériences en apparence contradictoires, à admettre chez l'adulte l'existence de mouvements cérébraux, disons mieux, d'une expansion et d'un retrait alternatifs de l'encéphale, plus bornés sans doute que dans le cas où le crâne est ouvert.

Quelques considérations sont ici nécessaires pour justifier notre dire et pour permettre de comprendre les expériences que nous venons de citer.

La boîte crânienne, ne pouvant se dilater, son contenu est par là même immuable. Envisag-ée de la sorte, la proposition Monro-Kellie peut encore être soutenue aujourd'hui. Mais il ne faut pas perdre de vue que la cavité crânienne renferme, indépendamment du sang", un autre liquide dont on ne tenait point compte, ne le connaissant pas à l'époque où les médecins écossais émirent leur théorie, nous voulons parler du liquide sous-arachnoïdien. Or, tout en admettant la constance de la quantité du liquide contenu dans le crâne, il est permis d'admettre aussi que la quantité du liquide céphalo-rachidien diminue, à mesure que la quantité, du sang* augmente, et vice versa.

A cet ég'ard, le rôle du liquide cérébro-spinal est capital, son reflux du crâne vers le rachis permettant à une plus g-rande quantité de sang* de pénétrer dans les vaisseaux intra-crâniens, dans les vaisseaux encéphaliques en particulier.

Mais ce flux et ce reflux du liquide céphalo-rachidien du crâne dans le rachis et réciproquement sont-ils possibles ?

Aux preuves déjà nombreuses que nous avons don-

Salathé. g

nées des fluctuations de ce liquide à travers le trou occipital, (V. p. 35), nous pouvons ajouter les trois suivantes que nous avons constatées dans le cours de nos expériences.

r Après avoir trépané le crâne et le rachis d'un animal mort ou en vie, nous adaptons aux orifices ainsi obtenus deux tubes de verre, dans lesquels nous versons du liquide ; nous faisons alors varier l'attitude de l'animal, amenant en haut, tantôt sa tête, tantôt son arrière- train. Dans les deux cas, nous voyons se produire un phénomène analogue, le liquide baissant notablement dans le tube le plus élevé, s'élevant dans le tube situé plus bas : ce sont de vrais vases communiquants.

2* Laissant l'animal en position horizontale , nous soufflons dans l'un des tubes : aussitôt le liquide monte dans le tube opposé.

3" Dans le cas de hernie cérébrale, la moindre compression que l'on imprime à la surface exubérante du cerveau détermine une ascension brusque du liquide que contient le tube rachidien.

Le passag-e du liquide céphalo-rachidien à travers le trou occipital ne saurait donc être mis en doute.

La quantité de sang* reçu par le cerveau étant plus considérable à la suite de la systole cardiaque , une quantité de liquide cérébro-spinal correspondant à l'excès sang-uin doit abandonner au même moment la boîte crânienne pour se porter dans la cavité rachidienno.

De même, les vaisseaux intra-crâniens renfermant plus de sang", à la suite d'une forte expiration, de l'effort, etc.,

le liquide sous-arachnoïdien reflue ég-alement , sous cette influence, dans la cavité rachidienne, pour revenir dans le crâne à l'inspiration suivante.

Suivant l'expression du professeur Richet : « Le canal rachidien doit être regardé comme le tuyau d'échappement au moyen duquel s'effectuent ces oscillations antagonistes du sang" et du liquide céphalorachidien, sans lequel elles eussent été impossibles » (1).

Ces oscillations peuvent s'effectuer grâce à l'élasticité des ligaments intervertébraux, en particulier de la membrane occipito-atloïdienne, grâce à l'existence de plexus rachidiena , éminemment compressibles , que Kùss, notre maître regretté, assimilait à une « soupape de sûreté, » grâce surtout à l'existence du tissu celluloadipeux existant dans le rachis autour de la dure-mère, lequel peut refluer en dehors du canal, par les trous de conjugaison, sous l'influence de l'afflux du liquide cérébro-spinal dans la cavité du rachis.

Ces dispositions concourent à placer dans des conditions moins opposées la circulation encéphalique chez le nouveau- né et che^ l'adulte, les trous de conjugaison^ remplissant l'office de fontanelles chez ce dernier.

Si l'on pratique au crâne une ouverture artiflcielle, on crée de la sorte un orifice qui montre aux yeux ce qui se passe dans un crâne fermé, au niveau du trou occipital. A chaque systole, à chaque expiration, le liquide s'élève dans le tube vissé à cet orifice, de même qu'il reflue normalemen par le trou occipital dans la cavité rachidienne.

(1) Richet, loc. cit., p. 56.

L'absence des mouvements, constatée dans les expériences dans lesquelles on pratique une fenêtre aux parois crâniennes , absence qui semble paradoxale , puisqu'elle coïncide avec des modifications visibles du calibre des vaisseaux encéphaliques, n'est pas, selon nous, inconciliable avec l'existence de modifications du volume enf'éphalique. Dans toutes ces expériences on voit le cerveau immédiatement accolé au verre. C'est qu'en effet dans le crâne, dont les parois sont absolument rig"ides, la surface des hémisphères vient au contact de la voûte crânienne sur laquelle l'org-ane prend en quelque sorte son point d'appui, son aug-menlation de volume se traduisant au sein du liquide qui baigne sa base, c'est-à-dire la rég-ion qui présente les vaisseaux les plus considérables, ceux dont la pulsation est la plus active.

Il ne faut d'ailleurs point perdre de vue qu'un organe peut parfaitement être le siège de modifications de volume indéniables, alors même que celles-ci sont inappréciables à nos sens, comme le prouvent à f évidence les expériences sur le changemennt de volume des organes plongés dans un liquide. C'est ainsi par exemple que la main sur laquelle nous ne pouvons, à simple vue, observer d'alternatives do dilatation et de resserrement, nous permet de constater la réalité de ces changements, dans l'appareil de Buisson, perfectionné par Franck (1). C'est qu'ici, de même qu'à f orifice d'une

(1) François Franck. Travaux du laboratoire de Marey, 1876, p. 13 el suivantes.

trépanation, nous trouvons concentré en un seul point l'effet total de l'expansion vasculaire de toutes les parties de l'org-ane, de la main dans le premier cas, de l'encéphale dans le deuxième.

L'expérience de Bourg-oug-non ne nous paraît pas davantag-e infirmer l'existence des modifications de volume du cerveau, et nous nous expliquons l'immobilité du levier dans les conditions où elle a été obtenue.

Dans l'état normal, en effet, le cerveau appuie contre la voûte crânienne, dont il est séparé par les méning-es et une couche à peine appréciable du liquide -céphalorachidien, dont la plus grande partie est située à la base de l'encéphale aux endroits nommés confluents antérieur et postérieur de ce liquide. L'encéphale, devenant plus turg-escent, ne peut dès lors offrir à sa partie supérieure qu'un mouvement de g'iissement, une dilatation effective n'étant possible que dans les rég-ions inférieures de l'org'ane , rég'ions baignées dans un liquide qui peut facilement s'échapper par le trou occipital qui touche le confluent postérieur.

Cette conception n'est pas seulement une vue de de l'esprit. Nous l'avons vérifiée à l'aide de l'appareil schématique que représente la fig-ure 27, et que nous avons décrit pag«ell4. En fermant le robinet qui surmonte le tube fixé à la partie supérieure de l'appareil (1), et imprimant au cœur artificiel une série de contractions rhythmées, nous voyons le ballon remplissant le

(1) Ce tube renferme de l'eau jusqu'à un niveau supérieur à celui du robinet.

rôle d'ennéphale arriver au contact de l'on* (îce inférieur du tube assimilable au tube d'exploration vissé au crâne des animaux. Dès cé moment, la petite portion de surface du ballon, circonscrite par le rebord de ce tube, demeure immobile, et cependant le ballon luimême se dilate et revient sur lui-même successivement, suivant que nous comprimons ou que nous abandonnons à elle-même la poire de caoutchouc qui représente le cœur.

Dans ces conditions, où reflue le liquide qui entoure le ballon à parois dépressibles, liquide renfermé luimême dans le ballon en verre, dont les parois sont inextensibles ? Il s'échappe dans le tube qui remplit l'office de déversoir rachidien, ainsi qu'en témoig-nent les pulsations de l'ampoule terminale, pulsations synchrones aux contractions du ventricule V et aux dilatations du ballon représentant le cerveau.

Ouvrons-nous le robinet, aussitôt les pulsations rachidiennes cessent, et les oscillations reprennent dans le tube d'exploration où elles se produisent plus facilement, n'ayant pas à vaincre l'élasticité du tube rachidien et de son ampoule terminale ; en même temps, la surface du ballon s'approche et s'éloig-ne alternativemont un peu de l'orifice inférieur du tube explorateur. C'est identiquement ce qui se passait dans les expériences deBourg-oug-non.

On peut expliquer par un mécanisme analog-ue, les chang-ements de volume de la masse encéphalique dans les cas où la production de hernies cérébrales nous em-

pôchait de constater à l'extérieur l'existence de mouvements du cerveau.

Nous avons essayé de reproduire successivement sur l'animal vivant, les conditions opposées que créent à la circulation de l'encéphale l'intég-rîté de la boîte crânienne ou sa communication avec l'air extérieur, afin de constater les modifications amenées du côté de la cavité rachidienne, par ces états différents. Nous avons utilisé dans ce but les animaux sur lesquels nous avions pratiqué des trépanations à la fois au crâne et au rachis, des tubes de verre dans lesquels on versait du liquide étant fixés dans les orifices ainsi obtenus. Le tube vissé aux parois crâniennes était rempli d'eau et présenlait à sa partie moyenne un robinet de même que le tube de Bourg-oug-non. Le robinet étant ouvert il nous était facile de constater les oscillations du niveau de la colonne liquide aussi bien dans le tube crânien que dans le tube vissé à l'une des vertèbres des réglions cervicale ou lombaire. En fermant le robinet nous replacions l'encéphale dans les conditions où il se trouvait avant la trépanation, les parois du tube et du robinet fermé jouant un rôle identique à celui des parois osseuses. A la suite de cette manœuvre, les oscillations du liquide dans le tube rachidien apparurent plus prononcées, pour diminuer ensuite, dès qu'on ouvrait le robinet du tulie crânien. L'aug-mentation de l'amphtude des oscillations rachidiennes ne répondit cependant pas à ce que nous en attendions, une partie du liquide refoulé dans le rachis devant sans doute exercer encore une certaitje in-

fluence sur la graisse demi-fluide des trous de conjug-aison.

Nous sommes aussi porté à croire que le liquide cérébro-spinal peut, dans les conditions d'intég^rité du crâne, affluer en faible quantité dans les g-aînes nerveuses qui continuent l'arachnoïde. Nous n'entendons point en effet repousser les résultats des expériences de Quincke et de Key et Retzius, tout en estimant que les injections massives de ces derniers donnent une idée exag'érée de la pénétration du liquide sous-arachnoïdien. Il serait particulièrement difficile de révoquer en doute la communication de l'espace sous-arachnoïdien et de la g-aîne optique (1), dont les travaux des expérimentateurs que nous venons de citer, ainsi que ceux de Schwalbe, de H. Schmidt et de Manz établissent Texislence.

Nous appuyant sur cette disposition des gaines nerveuses et surtout sur la libre communication de la boîte

(1) Dans une de nos dernières expériences, le hasard nous a permis de constater l'existence d'une étroite solidarité entre les pressions exercées sur l'œil et la pression intra-cranienne. Afin de vérifier le degré d'insensibilité d'un chien anesthésié dont le crâne et la deuxième vertèbre cervicale avaient été trépanés, nous touchons la cornée de l'animal ; au même instant nous observons un ressaut assez marqué des tracés des liquides crânien et rachidien. Nous répétons à plusieurs reprises cette manœuvre, en comprimant l'œil avec plus de force ; les ascensions des courbes se produisent chaque foisavecune grande netteté, se distinguant d'ailleurs absolument des oscillations artérielles et respiratoires, peu prononcées chez cet animal. La compression simultanée des deux yeux détermine une ascension de liquide encore bien plus notable : très-marquée dans le tube crânien, elle est encore très-manifeste, quoiqu'un peu atténuée, dans le tube fixée à l'axis.

C'est en vain que nous avons essayé depuis, de reproduire le môme phénomène sur deux autres chiens.

crânienne av^ec celle du rachis, dont les parois sont extensibles, nous dirons donc que les expériences qui semblent d'abord absolument incompatibles avec la production de mouvements d'expansion et de retrait de l'encéphale, par conséquent aussi avec la possibilité de variations du contenu vasculaire de cet org-ane, n'infirment cependant nullement la réalité de ces phénomènes.

Ainsi s'expliquent, sans qu'il soit besoin de recourir à des modifications de tension du cerveau, difficiles à concilier avec la délicatesse de sa structure et Tharmonie de ses fonctions, les variations du débit du sang* destiné à l'encéphale, variations de tous les instants, si on les envisag-e uniquement au point de vue des modifications imprimées par le cœur et la respiration, variations plus long-ues et plus prononcées, quand elles se traduisent par l'anémie ou la cong'estion cérébrales.

De ce qui précède, nous pouvons conclure que les phénomènes que nous avons analysés dans la première partie de ce travail se rencontrent ég-alement, atténués peut-être, chez l'homme et les animaux dont les parois crâniennes sont absolument ossifiées.

Les vaisseaux contenus dans le crâne, ceux de l'encéphale en particulier, peuvent donc être le si^ge de modifications de calibre, entraînant des changements de volume de l'organe lui-même, qui ne sépare point, à cet égard, des autres organes de F économie.

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