‹ Recherches sur les MyxosporidiesChapitre 30 sur 87 · ÉVOLUTION DE L’INDIVIDU · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DE L’INDIVIDU

Il nous reste maintenant à étudier le cycle évolutif de laMyxosporidie depuis la germination de la spore jusqu’au moment où, parvenue à son complet développement, elle présente la constitution que nous avons établie et donne naissance à de nouvelles spores.

Une fois arrivées à maturité, les spores gagnent le milieu extérieur par différents procédés que nous examinerons plus tard. Elles peuvent alors conserver leur vitalité pendant un temps plus ou moins long jusqu’à ce qu’elles rencontrent les conditions nécessaires à leur développement. Occupons-nous d’abord de celles-ci.

I. GERMINATION DES SPORES. — SES CONDITIONS. - MÉCANISME DE L’INFECTION.

Liebekkühn a été, comme on l'a vu, le premier à signaler l'ouverture de l’enveloppe de la spore et la sortie du protoplasma qu'elle contient. Il avait fait cette observation sur des spores provenant des kystes branchiaux de la Brême, et il avait constaté que le petit corps protoplasmique devenu libre présentait des mouvements amiboïdes.

Plus tard, M. Balbiani observa, dans les nageoires de la Tanche, de petites amibes analogues qu’il vit donner naissance à des spores : mais il n’assista pas à leur sortie de l’enveloppe.

Bütschli rapportant (Bronn, p. G00) l’observation de Liebericühn, avoue qu’il ne peut « se défendre de quelque doute relativement à un développement si simple des spores». Celles qu'il conservait

SUR LES MYXOSPORIDIES.

depuis longtemps dans l’eau ne présentaient aucun changement notable et, en particulier, pas de sortie du contenu sous forme d'amibe.

On verra plus loin que mes observations justifient complètement cette réserve du savant allemand.

Enfin, h propos de la Glugea bombyeis , on sait depuis longtemps que l’infection se produit souvent par hérédité, les œufs, au moment do la ponte renfermant des spores souvent fort nombreuses, de telle sorte quo le jeune ver se trouve contaminé dès sa naissance.

Pour cette meme espèce, M. Balbiani (s et 3) et M. Pasteur en 1870 ont montré que la transmission de la Pébrine aux vers adultes se fait à peu près exclusivement par ingestion des spores.

Au début de mes recherches, n'ayant pas encore reconnu la véritable nature de ce parasite, je ne pouvais étendre cette notion aux Myxosporidies ni déduire de ce fait le mode de propagation de ces organismes ; aussi, j’ai cherché à résoudre le problème par des expériences réalisant autant que possible les différentes conditions où peuvent se trouver les spores.

Je ne rapporterai pas ici toutes ces expériences : j’en citerai seulement quelques-unes des plus typiques, qui suffiront pour établir la nature des résultats obtenus.

En dehors des cas d’infection héréditaire, que nous étudierons en dernier lieu, on peut imaginer que la germination des spores soit susceptible de s’effectuer dans les conditions suivantes :

l ü Sans quitter le corps de l’hôte, dans le milieu meme où s’est développé l'organisme qui les a produites.

2° Dans le milieu extérieur.

3° Après pénétration dans un nouvel hôte.

i" HYPOTHESE. - GERMIXATIOX DAX S LISTE RIEUR DES KYSTES.

D’après l’observation de Lieberkühn rapportée plus haut, il semble que les spores soient susceptibles de germer dans l’intérieur meme des kystes. Eli écrasant sur une lame une de ces productions provenant de la cornée d'une Tanche, il observa au milieu de spores normales « des enveloppes vides, des noyaux (probablement des capsules

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polaires) ayanl conservé la forme en massue qu’ils avaient dans l’intérieur des Psorospermies, et enfin de très petits corps amiboïdes, d’une substance diaphane et sans contenu granuleux». Dans des kystes développés sur les branchies d’une Brême, il retrouva des corps analogues et les vit sortir des spores apres écartement des valves.

D’après L. Pfeiffer, il serait facile d’observer la germination des spores du Myxidium Liéberkühni dans l'urine du Brochet après un séjour de 4 à 12 heures sur une platine chauffante (24°). Le même auteur admet la propagation par les spores dans l’infection des muscles du Barbeau.

Pour ma part, il ne m’a pas été possible de constater une seule fois la germination des spores dans ces conditions. J’ai répété maintes fois l’expérience deM. Pfeiffer sur le Myxidium Lieberhïihni, mais je n’ai jamais réussi h provoquer l’ouverture des spores et la sortie de leur contenu plasmique par le séjour dans l’urine du Brochet, soit à la température ordinaire, soit en la maintenant à 24° à l’étuve ou sur une platine chauffante.

J’ai fait des recherches du même genre sur les Myxosporidies de la vésicule biliaire de différents Poissons : Chloromyxum Lieberkühni , Ceratomyxa sphœrulosa, C- appendiculala, etc. Ces espèces ne m’ont pas conduit à des résultats plus démonstratifs que les précédents.

Une goutte d’urine ou de bile, recueillie avec les précautions antiseptiques les plus minutieuses et contenant des spores, était placée sur une lamelle préalablement flambée puis renversée audessus de la cavité d'un porte-objet muni d’une excavation on d’une cellule en verre et également stérilisée.

Les bords delà lamelle étaient ensuite soigneusement lutés à la paraffine pour éviter l’évaporation du liquide et l’int-roduction de micro-organismes.

Dans les préparations ainsi examinées soit immédiatement, soit à différents intervalles, pendant 24 ou 36 heures, après être restées à la température ordinaire ou avoir été maintenues à 24° par le séjour de l’étuve ou au moyen d’une platine chauffante, je n’ai jamais vu germer une spore.

Malgré toutes les précautions que j’ai indiquées, le liquide finit presque toujours par être envahi par des microbes: il faut remarquer d’ailleurs que la présence d’organismes de cetordreest fréquente

dans la bile do beaucoup de Poissons. Quelle que soit leur origine, ces microbes amènent une altération plus ou moins rapide de la bile ou de burine ; ils finissent par envahir les spores elles-mêmes, s’introduisent dans l'enveloppe, amènent la destruction du protoplasma et finalement la séparation des deux valves ; mais ces phénomènes ne s'observent d’ordinaire qu’au bout de plusieurs jours et sont trop nettement caractérisés en tant que processus de destruction, pour qu’on puisse avoir un instant l’idée que la déhiscence de l’enveloppe, que l’on constate dans un certain nombre de spores, correspond à l’ouverture physiologique de ces éléments. D’ailleurs, dans le liquide, je n’ai jamais rencontré d’organisme amiboïde pouvant être regardé comme provenant du contenu de la spore devenu libre et mobile.

Dans ces expériences cependant, on observe du coté des spores, quelques faits dignes d’être notés. Généralement, à partir de 30-18 heures, on remarque dans la préparation une assez grande quantité de spores avec un filament ou deux filaments sortis; on constate également dans un certain nombre une modification dans l’aspect du protoplasma qui a changé de forme, et semble s’être rétracté vers la partie centrale de la cavité, où il apparaît comme une petite masse irrégulièrement globuleuse. Nous verrons, d’ailleurs, que l’on constate ces faits dans les spores conservées dans l’eau pure.

Pour les Myxosporidies des tissus, je n’ai pas été plus heureux : malgré le très grand nombre d’espèces que j’ai étudiées, je n’ai jamais pu, comme Lieberkühx, assister à la germination des spores dans le produit de dilacération d’un kyste.

J’ai fait des préparations du même genre que les précédentes, maintenant les spores dans le liquide quelquefois suffisamment abondant que l’on obtient en ponctionnant le kyste; dans d’autres cas, j’ai placé les spores en goutte suspendue dans de l’humeur aqueuse de l’animal qui portait le kyste, dans du sérum sanguin, etc. Dans ces spores, comme dans celles conservées dans la bile ou l’urine, on constatait assez souvent la sortie des filaments, parfois la rétraction du plasma, mais c’étaient les seules modifications que l’on put observer et encore étaient-elles loin d’ètre constantes. Quant à la germination, je ne l'ai jamais vue se produire (Glugea microspora , Myx. ellipsoïdes, Myx. Millier i, M. Pjeifjeri , etc.).

Les résultats négatifs de mes observations, malgré le nombre de celles-ci et la quantité considérable d’espèces sur lesquelles elles ont

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porté, ne peuvent évidemment pas infirmer les faits positifs signalés par Lieberkühn et L. Pfeiffer ; je crois, cependant, pouvoir légitimement en conclure que la germination des spores des Myxosporidies, dans les conditions où elle a été décrite par ces auteurs, est un phénomène excessivement rare qui ne peut être considéré comme représentant l’évolution normale de ces éléments.

Ocme HYPOTHÈSE . — GERMINATION DANS LE MILIEU EXTÉRIEUR.

Les spores, en arrivant dans le milieu extérieur, se trouvent dans des conditions bien différentes suivant le genre de vie de l’animal aux dépens duquel vivait l’organisme qui les a produites.

La plupart des Myxosporidies étant parasites chez des animaux aquatiques, leurs sporesse trouvent à un moment donné mises en liberté dans l’eau. Occupons-nous d’abord de ce premier cas.

Les spores parvenues dans ce nouveau milieu par différents procédés que nous étudierons plus loin, ne tardent pas à tomber au tond, en raison de leur poids spécifique, bien supérieur à celui de l’eau.

Voyons maintenant ce qu’elles y deviennent : leur évolution subitelte un temps d’arrêt ou, au contraire, est-ce dans l’eau qu’elles donnent issue au protoplasma qui représente en elles le germe d’un nouvel être ?

Les expériences que j’ai faites sur ce sujet ne font guère que confirmer les faits signalés déjà par Bütschli, sans me permettre d’y ajouter aucun détail important.

Sur les spores conservées dans l’eau, voici ce que j’ai observé.

Les spores de la Glugea microspora n’ont jamais présenté de changement appréciable, quelle que fût la durée de l’expérience, que j’ai prolongée parfois pendant plusieurs mois : du 30 novembre au 5 février 1887 ; du 19 juin au 20 août 1888, etc.

De même, des spores de Glugea maintenues dans l'eau de mer du 26 au 31 août 1892, montraient absolument le même aspect qu’à l’état frais.

Sur des spores d 'Henneguya psovospermica , provenant des branchies d’une Perche et placées dans l’eau pendant 42 jours (du 10 mars au 22 avril 1889), j’ai constaté certaines modifications. Quel-

SUR LES M YXOSPOR JDI ES.

ques-unes avaient leurs filaments sortis, parfois un seul ; dans un grand nombre, le protoplasma rétracté avait abandonné le contact des parois de la cavité et présentait des contours irréguliers. Il n’y avait pas de coques vides et je n’ai rien vu qui pût faire soupçonner que des spores se fussent ouvertes pour donner issue à leur contenu protoplasmique.

Des fragments de muscles de Barbeau infestés et contenant en très grande quantité des spores du Myj-obolus Pfei/fcri , abandonnés dans l’eau courante du K) au .‘>1 juillet 1892, m’ont donné les résultats suivants. A cette dernière date, les morceaux de muscles étaient en putréfaction, envahis par des Saprolégnées et des microbes. Parmi les spores, les unes, en très petit nombre, avaient leurs filaments sortis. D’antres, un peu plus nombreuses, étaient manifestement altérées, leur protoplasma semblait s’étre dissout et elles ne renfermaient plus que quelques granulations et des microbes ; chez les unes, les capsules étaient restées en place ; chez d’autres, elles s’étaient séparées des valves et se trouvaient dans la cavité ; dans quelques cas, l’enveloppe s’était ouverte et on retrouvait scs deux moitiés complètement vides et séparées, ou encore adhérentes par une petite étendue de leur rebord marginal ; mais, d’après l’aspect de ces préparations, il me semble impossible d’admettre qu’il s’agissait là de cas de germination : cette déhiscence de l’enveloppe n'était, je crois, que le terme ultime de l’altération des spores produites par les agents de la putréfaction.

Enfin, dans ces memes muscles, on trouvait des spores, et c’était le plus grand nombre, qui semblaient n’avoir subi absolument aucun changement : la vacuole du protoplasma s’y montrait encore avec tous ses caractères et en particulier sa réaction vis-à-vis de l’iode: elle avait un peu diminué de volume mais d’une façon trop peu accentuée pour que l’on pût attacher à ce fait quelque importance.

Enfin, j’ai fait quelques essais en maintenant des spores sur du sable humide, suivant le procédé qui a si bien réussi à Leuckart pour les œufs de beaucoup d’IIelminthes, et à M. Balbiani pour les œufs du Strongle géant et dans ses recherches sur la Coccidic du Lapin. Je crois inutile d’insister ici sur toutes ces expériences, dont les résultats n’ont pas varié : je n’en rapporterai

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qu'une seule, qui me semble plus démonstrative on raison du temps plus considérable pendant lequel je l’ai poursuivie (du 30 janvier au 30 mai 1891).

30 janvier. — Spores de Myxobolus Mïilleri provenant de kystes des branchies d’une Brème, placées sur du sable humide dans un petit cristallisoir à couvercle.

19 février. — Quelques spores, très rares, présentent un de leurs filaments sorti. Dans ces spores et quelques autres, le protoplasma tend à devenir globuleux.

Dans quelques spores, à filament sorti ou non, la vacuole semble avoir disparu, et ne se colore plus par l'iode.

Le plus grand nombre n’offrent aucun changement et paraissent absolument fraîches.

Plusieurs examens successifs donnent des résultats identiques.

8 Mars. — Très peu de spores à filaments sortis. Dans quelques-unes on voit au centre du protoplama un espace clair répondant à la vacuole ; mais le contenu ne se colore plus par Diode.

La plupart des spores n’ont subi aucun changement ; leur vacuole se colore parfaitement ;elle a peut-être un peu diminué de volume.

10 Mai. — Etat des spores sans changement. Le nombre de celles dont les filaments sont sortis n’a pas augmenté, elles sont toujours un cas exceptionnel ; le protoplasma semble avoir une tendance à devenir globuleux dans un grand nombre.

22 Mai . - Id.

Pour la Glugea bombgch , les spores en arrivant dans le milieu extérieur, se trouvent dans des conditions bien différentes et sont exposées à une dessication plus ou moins rapide et complète. Elles conservent presque indéfiniment leurs caractères extérieurs ; en estil de même de leur vitalité ?

D’après M. Pasteur, celle-ci s’éteindrait assez vite, et \es corpuscules provenant des excréments des Vers de l’année précédente ou de la poussière du corps desséché des Papillons, seraient incapables, au bout de quelques mois, de produire l’infection. Au contraire, d’après les recherches de M. Balbiani, les corpuscules delà pébrinc, c’est à dire les spores de la Glugea bombgcis , conservent leur vitalité pendant un an environ.

Quoi qu’il en soit, les spores de la Glugea bombgcis restent dans le milieu extérieur sans présenter de modification appréciable, et elles attendent, pour germer, de rencontrer des conditions spéciales que nous étudierons plus loin.

Je crois pouvoir rapprocher des faits précédents les essais quej’ai faits en plaçant des spores dans différents milieux nutritifs, tels que ceux que Ton emploie pour la culture des microbes : bouillon,

SUR LES MYX0SP0R1DIKS.

milieux solides h la gélatine ou l\ l’agar-agar, (de. Los résultats ont toujours été négatifs : dans les cas les plus favorables je n’ai rien obtenu de plus qu’avec l’eau pure. Je u’ai pas été plus heureux en employant du bouillon de Poisson, additionné ou non de gélatine ou de gélose.

En résumé, d’apres les observations et les expériences que je viens de rapporter, il me sembloquo l’on peut considérer comme démontré que la germination des spores de nos organismes n’a pas lieu dans le milieu extérieur.

3" HYPOTHÈSE. — GERMIXATlOX APRÈS PÉXÉTRATIOX DAX S L'OR GA XISME D’UX XOUVEL HÔTE.

Les spores des Mvxosporidies des Poissons, devenues libres dans l’eau dont elles gagnent le fond sont évidemment exposées h être absorbées par un grand nombre d’animaux différents de leurs hôtes habituels. On pouvait donc se demander s‘il n’y avait pas pour ces , organismes des hôtes intermédiaires comme en trouve dans l'évolution d’un grand nombre de parasites.

J’ai fait, de ce côté, quelques recherches qui ne m’ont couduit à aucun résultat au point de vue qui nous occupe, ce qui n’a rien de surprenant, étant donnés los faits que j’exposerai dans un instant.

J’ai fait absorber des spores de Myxosporidies à plusieurs animaux aquatiques servant fréquemment de pâture aux Poissons, entre autres à des larves de Chironomus , à des Xaïs (X. proboscidea)Xn des Lumbnculus , etc. J’ai toujours retrouvé ces spores intactes dans leur tube digestif ou dans leurs excréments (Mt/Pobolus Malien. M. ellipsoïdes).

Certains Infusoires, par exemple les Paramécies, les absorbent très volontiers. Dans un vase, oii je conservais dans l'eau des spores de M !f . robolas iaœqacdis (Avril 1890), il s’était développé une énorme quantité de Pm-nmœciain putrinnm (pii, presque tous, en étaient littéralement bourrés. Ces corps sont digérés par l’Infusoire, le protoplasma disparaît et on ne trouve plus que des enveloppes vides dont les valves se séparent. Je n’ai jamais constaté la sortie des filaments.

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J’arrive maintenant à une série de recherches dans lesquelles j’ai cherché à voir ce que devenaient les spores introduites dans l’organisme d’animaux de même espèce que ceux chez lesquels s’étaient développés les organismes mères.

1° Inoculations directes.

J'ai essayé, dans un certain nombre de cas, d’inoculer directement, sous la peau ou dans les muscles, le contenu de kystes de Myxosporidies ou des spores mélangées à uii peu d’eau.

Myxobolus inœqualis .— Spores inoculées à un Gardon dans la région dorsale, sous la peau et dans le tissu musculaire, le 22 juin 1891.

28 juin. — La piqûre n’est pas cicatrisée, elle s'est un peu agrandie et forme une petite ulcération dont le fond grisâtre, de consistance molle, présente des débris de tissus méconnaissables et des spores dont quelques-unes ont les filaments sortis.

22 juillet. — La plaie est complètement cicatrisée ; on remarque seulement à sa place une légère dépression recouverte par des écailles. L’animal est sacrifié ; le muscle et le tissu conjonctif pris au point inoculé ne montrent pas trace de prolifération parasitaire ; on y trouve de nombreuses spores avec tous les caractères de l’état frais.

11 semble que la sortie des filaments observés dans les spores qui se trouvaient au fond de la plaie (28 juin), était due à l’action de l’eau qui avait pénétré au point d’inoculation et amené une mortification superficielle des tissus.

C’est là un accident qui arrive assez souvent et dont il faut se défier, car dans la plaie envahie par les microbes, on peut trouver des spores ouvertes, fait qu’il ne faut pas attribuer à une déhiscence physiologique de l’enveloppe, mais bien à une destruction de ces éléments par les micro-organismes.

Je n'insiste pas sur ces recherches qui, dans aucun cas, ne m’ont donné de résultats : j’ai toujours retrouvé les spores intactes au sein des tissus, sauf, bien entendu, quand s’était produite au point d’inoculation une ulcération secondaire analogue à celles dont je viens de parler.

J’ai fait aussi des essais d’inoculation dans la chambre antérieure de l’œil de quelques Poissons, suivant le procédé employé par BaumCtARTen dans l’étude du bacille de la tuberculose. Les spores

SUR LES MYXOSPORIDIES.

forment alors dans l’œil une petite taclio irrégulière ou une sorte de petite nébulosité blanchâtre ; j’espérais qu’il serait facile, grâce à cette circonstance do constater les modifications des éléments injectés par celles qu'offrirait l’aspect de cette tache, mais celui-ci ne se modifie pas sensiblement, et en examinant le contenu de l’œil au bout d'un certain temps ou en faisant des coupes de l’organe après fixation, j’ai toujours retrouvé les spores intactes.

Myxobolus Mïdleri. — Spores provenant d'un kyste de la nageoire d'une Chevaine, inoculées dans l’œil d une Kpinoche, le 20 novembre 18 ( .X). Examen le G décembre. Les spores ne présentent aucune modification appréciable soit dans les préparations fraîches, soit sur des coupes de l’organe.

M. inœqualis. —Spores d’un kyste brauchial de Carpe dans l'œil d’un Gardon pendant huit jours. Résultat identique,

D'après ces faits, il semble donc que les spores des Myxosporidies ne sont pas susceptibles de se développer à la suite de leur introduction au sein des tissus de leurs hôtes habituels. Je dois avouer, d’ailleurs, que les essais de ce genre ne me paraissaient pas à priori avoir de grandes chances de réussite, les conditions nécessaires à ce mode de pénétration des spores ne pouvant sc trouver réalisées dans la nature que d’une façon tout à fait exceptionnelle.

Cependant, dans ses recherches sur la Pébrine, M. Pasteur a noté la possibilité de l’infection directe. En inoculant des Vers sains par piqûre au moyen d’une aiguille chargée de spores, il a obtenu dans quelques cas un résultat positif. Et il se montre disposé à admettre que l’un des modes de propagation de la maladie, consiste dans les piqûres que sc font réciproquement les Vers au moyen des crochets de leurs pattes, auxquels des spores sont fréquemment adhérentes par suite de leur contact avec les excréments d’individus contaminés.

Je n'ai pas fait personnellement d’expériences sur ce sujet. Toutefois, malgré l’imposante autorité de l’illustre savant, et en présence du résultat négatif des recherches du même ordre que j’ai faites à propos des Myxosporidies des Poissons, j’avoue que je conserve quelque doute relativement à l’efficacité de ce processus d’infection. En effet, la précaution que prenait M. Pasteur de laver à grande eau les Vers qu’il venait d’inoculer, ne me semble pas constituer une garantie absolue qu’il ne restait pas accidentellement sur la peau du Ver quelques spores qui, venant plus tard à se détacher et à tomber

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sur les feuilles, pouvaient être absorbées en même temps que celles-ci. De plus, au siège de la piqûre il sort toujours une petite quantité de sang qui risque bien de contenir quelques spores qui, après dessication du liquide, peuvent également venir intecter la nourriture.

Les réserves que j'exprime ici, en raisonnant par analogie avec ce que j’ai observé pour les autres Myxosporidies, ne peuvent évidemment être considérées comme une solution de la question : celle-ci ne pourra être tranchée que par de nouvelles expériences.

2° Infection par le tube digestif.

La pénétration des spores par le tube digestif doit être, je crois, considérée comme représentant le mode de propagation le plus général et le plus fréquent de nos organismes.

L’infection consécutive à l’absorption des spores du parasite de la Pébrine est connue depuis longtemps.

Bien avant d’avoir reconnu la nature de cet organisme en retrouvant dans ses spores la constitution typique de ces éléments chez les Myxosporidies, j’avais pensé que chez ces dernières la germination des spores devait se faire dans les mêmes conditions. Entre les deux groupes, en effet, les belles recherches deM. Balbiani avaient montré des rapports d’organisation tellement étroits qu’il me semblait fort probable que les mêmes analogies devaient se retrouver dans les premières phases de leur développement.

J’ai fait à ce sujet de nombreuses expériences dont quelques-unes, comme on va le voir, m’ont donné des résultats absolument positifs. L’introduction des spores dans le tube digestif est d’ailleurs le seul procédé qui m’ait permis d'observer leur germination.

Dans un certain nombre de cas, ces expériences ont été tout à fait infructueuses; dans d’autres, assez nombreux, je n’ai obtenu que des faits peu démonstratifs et dont il était impossible de tirer des conclusions suffisamment nettes.

Ces recherches présentent, en effet, par elles-mêmes de grandes difficultés, et de plus, on se trouve fréquemment exposé à des causes d'erreur impossibles à éviter et à prévoir et qui enlèvent toute valeur aux résultats obtenus.

SUR LUS MYXOSPORIDIKS.

C’est ainsi que plusieurs fois, malgré les précautions que j’avais pu prendre pour m’assurer que les sujets mis en expérience étaient indemnes d’infection préalable, il m’est arrivé de trouver dans leurs organes, apres les avoir sacrifiés, des Myxosporidies, soit d’une espèce différente de celle a laquelle appartenaient les spores absorbées, soit de la meme espèce, et cela dans des conditions qui prouvaient d’une façon indubitable que l'existence de ces parasites remontait à une date antérieure à celle du début de l’observation.

Dans mes premières recherches, je me contentais de donner comme nourriture a des Poissons des fragments de tissus infestés ou d’introduire ceux-ci dans leur estomac, les laissant suivre le cours normal des matières alimentaires.

Mais ce procédé a l’inconvénient de causer une perte de temps considérable: il fallait, en effet, rechercher les spores ou le produit de leur germination sur toute la longueur du tube digestif , recherche d’autant plus longue et fastidieuse que j’étais souvent obligé de recourir a la méthode des coupes qui pouvait seule me donner, dans certains cas, des renseignements d’une précision suffisante. Aussi, je dus recourir à d’autres moyens, que j’indiquerai plus tard.

Je citerai, par exemple, l’expérience suivante qui est l’une de celles qui m’a coûté le plus de temps, bien que ses résultats n’aient été que peu probants.

Le 15 mars 1891, j’introduis dans l’estomac d’une petite Perche de 7 cent, de longueur, des filaments branchiaux d’une autre Perche portant des kystes d ’Henneguya psorospevmica.

Le IG, j’examine les excréments : ils renfermaient de très nombreuses spores. Quelques-unes n’avaient subi aucune modification ; elles avaient conservé leur réfringence, leur vacuole était encore colorable par l’iode, etc.

D’autres avaient leurs filaments sortis : mais le protoplasma avait disparu et la cavité ne renfermait que quelques granulations plus ou moins réfringentes ; les valves ne paraissaient pas s’être séparées. Dans un assez grand nombre de spores, on observait, au contraire, la déhiscence de l’enveloppe, dont les valves n’étaient plus réunies qu’au niveau de l’appendice caudal ; la plupart avaient leurs filaments sortis et les capsules étaient encore fixées aux valves ; dans

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quelques-unes, les capsules étaient tombées dans la cavité de l’enveloppe. Enfin, on observait encore quelques spores ouvertes dout les valves étaient isolées et complètement séparées.

Il était donc indubitable que l’action des sucs digestifs avait amené l'ouverture d’un grand nombre de spores. Mais s’agissait-il d’une véritable germination, et qu’était devenu leur protoplasma? Il me fut impossible de le retrouver, non seulement dans les excréments, mais aussi dans le tube digestif de la Perche après l’avoir sacrifiée. Des préparations fraîches ne me donnèrent pas de résultats ; je ne fus pas plus heureux sur des coupes, bien que j'aie appliqué ce procédé à peu près à toute la longueur du tube intestinal, depuis le pylore jusqu’à environ 1 cent, de l’anus, sauf quelques points que j’avais utilisés pour l’examen à l’état frais.

Des kystes de la même espèce ayant été introduits dans l’estomac d’une Épinoche, le 16 mars, je ne trouvai le lendemain, dans les excréments, que des spores intactes : mais il faut remarquer que cette Myxosporidie n’a jamais été rencontrée chez l’Epinoche.

Cependant j’ai observé cette absence de modification des spores après passage dans le tube digestif de Poissons de la même espèce que celui où j’avais trouvé ces spores.

Le 29 Août 1892, au Laboratoire de Roscoff, je donne à de petits Crenilabrus melops, des spores de Glugea incorporées à une sorte de pâte obtenue en raclant avec un scalpel des muscles du Grénilabre chez lequel j’avais trouvé cette Myxosporidie.

I. — Le N° 1 fut sacrifié le lendemain 30 août : dans son intestin je trouvai 'des spores de Glugea absolument intactes et sans aucune modification dans leur aspect extérieur ; mais en même temps, on observait en très grand nombre, dans le contenu du tube digestif, de petites spores d’une autre Glugea (Gl. ovoïdea ?) qui avaient pour la plupart leur filament sorti. 11 m’a été impossible de découvrir d’où pouvaient provenir ces éléments.

IL— Le N° 2 sacrifié le 31 août, après avoir reçu de nouvelles spores de Glugea le 30, présentait à la surface du foie de nombreuses petites taches blanches causées par une Glugea dont les spores paraissaient identiques avec celles que j’avais trouvées avec leur filament sorti dans l’intestin du N° 1. Quant aux spores de Glugea ingérées, elles étaient également très nombreuses mais ne présentaient aucune modification.

Je rappellerai ici l’expérience que nous avons relatée avec M. Henneguy, dans notre travail sur la Thelohct7iia Qiardi: des Caridines (Caridina Desmaresti) ayant été nourries pendant 71 jours avec les muscles de Crangon infestés, nous avons pu

SUR LES MYXOSPORIDIES.

constater dans leurs excréments la présence de très nombreuses spores ouvertes, dont les valves sYtaient complètement séparées ; mais apres avoir sacrifié ces animaux, nous ne pûmes trouver dans leurs muscles aucune trace de notre parasite.

Cette expérience est d’ailleurs peu concluante, à cause des différences spécifiques qui séparent le Crangon des Caridines et aussi à cause de la différence du milieu oii vivent ccs animaux.

11 faut noter, toutefois, que des essais d’infection par la Th. octoxporu , tentés sur le Palœmon reclivostvis , par M. IIknneguy, au Croisic et par moi-mémo, à Roscoff, sur des P. sevrcitus , ne nous ont pas donné de meilleurs résultats.

Ces Myxosporidies sont d’ailleurs un objet d’étude peu favorable ; les dimensions extrêmement exiguës de leurs spores viennent, en effet, ajouter une nouvelle difficulté à celles que l’on rencontre à propos des autres espèces.

Ce sont, comme on va le voir, les Myxobolus qui m’ont permis d’observer les faits les plus probants.

Le 4 août 1891, je place dans un vase traversé par un courant d'eau, cinq petits Poissons :

1 petit Barbeau de 4 cent, de longueur.

2 petites Brèmes de 3 cent. 1/2 environ.

2 petites Ablettes (?) de même taille.

Ils faisaient partie d’un lot d'alevins dont j'ignorais La provenance exacte. Mais, avant de les isoler, j’avais sacrifié et examiné soigneusement les organes d’un nombre d’individus égal à celui qui était conservé et chez aucun je n’avais trouvé de .Myxosporidies ; de plus, pendant plusieurs jours avant le début de l’expérience, j’avais examiné les excréments des Poissons isolés et je n’y avais pas vu de spores.

Le 4 août, je place au fond du vase des fragments de muscle de Barbeau infesté. Le 5, je trouve de nombreuses fèces renfermant des spores, la plupart intactes, d'autres avec les filaments sortis et quelques coques vides.

Les jours suivants, je constate les mêmes faits ; le nombre des coques vides semble plus considérable.

Je renouvelle de temps en temps les morceaux de muscle infesté jusqu’au 24 août.

Une des petites Ablettes était morte dans l’intervalle, pendant une absence de quelques jours : je ne pus en tirer partie en raison de l'état de décomposition où elle se trouvait à mon retour.

Le 24 août, je sacrifie les quatre Poissons survivants.

I.— Dans le Barbeau, je trouve quelques spores dans l’intestin, dont quelquesunes ouvertes : en dissociant ses parois, je ne trouve aucun élément anormal ; les coupes no me donnent pas de résultat. Les autres organes sont indemnes.

II. — Le tube digestif de l'Ablette renferme également un certain nombre de spores ouvertes ou non ; mais, dans ses parois, je trouve des spores et des amas vitreux, comme dans l'intestin de Carpe représenté PI. vin, fig 87.

Mais ces spores ne peuvent, je crois, être attribuées à une infection résultant de l’expérience. Elles ont toutes atteint leur développement complet ; il en est de même pour les masses vitreuses et je ne retrouve pas de stades peu avancés de la dégénérescence qui les a produites ; d’après ce que j’ai dit ailleurs de la lenteur avec laquelle se développent nos parasites, je ne puis admettre qu’il s’agisse ici d'une infection remontant tout au plus à vingt jours.

III. — Dans l’une des petites Brèmes, l’intestin renferme des spores comme dans les cas précédents ; mais la vésicule biliaire renferme des Chloromyxum filuviatile.

Ces deux cas ne me paraissant pas susceptibles de donner lieu h des observations probantes , je ne pousse pas plus loin l’examen.

IV. — Enfin, chez la dernière petite Brème, l’intestin renferme de nombreuses spores, quelques-unes intactes, un grand nombre ouvertes et vides. En dissociant la paroi, il me semble voir quelques petites masses protoplasmiques interposées aux cellules épithéliales et animées de mouvements amiboïdes très lents ; mais cette observation est trop peu nette pour que je puisse y attacher de l’importance. D’ailleurs, sur des coupes, je ne retrouve pas trace de semblables éléments. Au contraire, sur une de ces préparations, j’ai reconnu très nettement dans la lumière de l’intestin, le protoplasma d’une spore devenu libre et bien caractérisé par sa vacuole et ses deux noyaux ; ses contours présentaient des déformations qui semblent liées à l’existence de mouvements amiboïdes.

Le procédé que j’employais dans ces expériences pour étudier l’action des sucs digestifs sur les spores avait, comme je l’ai dit, le tort d’exiger des recherches fort longues, puisqu’il fallait examiner toute la longueur de l’intestin. De plus, des éléments aussi délicats que la petite masse de protoplasma qui représente la jeune Myxosporidie, risquent fort d’échapper à cet examen, quelque soin qu’on puisse y apporter, en raison de l’espace considérable dans lequel ils se trouvent dispersés.

Pour tâcher d'obvier à ces inconvénients, j’ai dû recourir à d’autres moyens.

D'abord, j’eus l’idée de placer les spores dans un segment d’intestin isolé entre deux ligatures. La Tanche présente une résistance vitale qui permet de l’utiliser facilement dans des expériences dè ce genre. Je procédais de la façon suivante. La paroi abdominale inférieure, y compris la ceinture pelvienne, était ouverte à l’aide de ciseaux, depuis 1 ou 2 centimètres en avant de l’anus, sur une longueur suffisante pour donner facilement accès dans la cavité ; une anse de l’intestin était isolée entre deux ligatures;puis j’y introduisais, â l’aide d’une seringue de Pravaz, une certaine quantité d’eau tenant des spores en suspension.

SUR LES MYXOSPORIDIES.

L’intestin était alors rentré dans la cavité. L’ouverture de la paroi était ensuite fermée à l’aide d’une suture entorlillée, fixée sur des épingles traversant les deux lèvres de la plaie. Celles-ci étaient fortement appliquées l’une contre l’autre pour éviter autant que possible l'introduction de l’eau dans la cavité abdominale. La Tanche était ensuite remise dans l’aquarium et restait parfaitement vivante jusqu’au lendemain ; je n’ai pas prolongé l’expérience au delà de 2 A heures.

J’ai eu soin de ne pas m’adresser toujours à la même partie de l’intestin et le segment compris entre les ligatures appartenait, suivant les cas, à une région différente de l’organe. Un sait en effet, que chez la Tanche le tube digestif décrit deux anses: après le pylore, l’intestin se dirige en arrière sur une certaine longueur puis il se recourbe en formant une première courbure à convexité postérieure : il remonte en avant à peu près jusqu’au niveau de la région pylorique, puis vient une seconde courbure à convexité antérieure après laquelle il arrive jusqu’à l’anse sans changer de direction.

Exp. i. — 17 juillet 1892. A midi, j’injecte environ 2 cent, cubes d’eau dans laquelle ont été broyés des fragments de muscle frais de Barbeau infesté, dans un segment intestinal long d'environ 4 cent, et comprenant la seconde courbure.

3 h. 30 — La Tanche est sacrifiée : le contenu de l’anse isolée présente des débris musculaires, des cellules épithéliales desquamées et des spores en très grand nombre. Celles-ci ont manifestement changé d’aspect. Leur réfringence semble avoir augmenté : le protoplasma qui entoure les capsules est devenu visible dans un assez grand nombre. Mais le fait le plus saillant consiste dans la modification que présente le protoplasma. 11 semble s’ètre condensé vers le centre de la cavité de la spore, abandonnant le contact de la paroi au niveau des parties postérieure et latérales de l’enveloppe; sa forme est en outre devenue irrégulière; la vacuole est en général plus visible qu’à l’état frais, elle apparaît comme une tache claire et a conservé sa réaction vis-à-vis de l’iode. Quelques spores seulement ont leurs filaments sortis ; leur contenu n’ofire pas de caractères particuliers.

Exp. n. — 18 juillet 1892.— Je procède exactement comme dans le cas précédent, sauf que c’est la première courbure de l’intestin qui est comprise entre les ligatures.

19 juillet. — La Tanche est sacrifiée. Le contenu de l’anse comprend des débris musculaires, des cellules épithéliales et des spores en très grand nombre.

Chez la plupart, le protoplasma présente les mêmes modifications que dans l’expérience précédente : rétraction, contours irréguliers, etc.

D’autres ont leurs filaments sortis : parmi elles, un assez grand nombre olirent un aspect spécial : le protoplasma ne s’est pas rétracté, n'a pas changé de forme, mais il a perdu sa réfringence, il est devenu très pâle, granuleux et présente

P* THÉLOHAN.

souvent vers sa partie centrale une tache sombre qui semble répondre à la vacuole (?), celle-ci ne se colore plus par l’iode. La signification de ces changements est assez obscure : je serais assez porté à voir dans ces spores des éléments altérés,.morts, ayant subi peut-être un commencement de digestion.

Dans ce cas, j'ai trouvé en outre dans le contenu de l’anse, quelques petits corps amiboïdes à mouvements très lents qui, par leurs dimensions et leurs autres caractères, rappelaient tout à fait le protoplasma des spores ; mais ils étaient rares et difficiles k étudier à cause du grand nombre de débris, et en particulier de cellules épithéliales desquamées auxquelles ils étaient mélangés dans les préparations. Je considère comme très probable qu’il s’agissait en réalité du produit de la germination des spores, mais les conditions défavorables où j'ai observé ces éléments ne m'ont pas permis de les étudier suffisamment pour être absolument affirmatif.

J’ai fait en tout cinq expériences analogues à celles que je viens de citer ; quatre avaient trait au Myacobolus Pfeifferi, l’autre au M . ellipsoïdes . Je crois inulile de les rapporter ici en détail : leurs résultats étaient en effet de tout point identiques à ceux des premières.

Elles m’ont permis de constater nettement que sous l’influence des sucs digestifs, les spores subissent des modifications spéciales. Celle que l’on rencontre avec la plus grande fréquence, consiste dans la rétraction du protoplasma qui perd, en outre, sa forme primitive et prend des contours irréguliers ; la sortie des filaments s’observe également dans un grand nombre de spores. D’autres aspects s’observent dans quelques spores, mais ils sont trop inconstants pour qu’on puisse leur attribuer de l’importance, et ils doivent être considérés comme accidentels.

Comme je l’ai dit, j’ai trouvé parmi les spores, de petits corps amiboïdes qui, probablement, représentaient le protoplasma de la spore devenue libre, mais je n’ai pu me rendre exactement compte de leur nature, en raison des difficultés que présentait leur étude au milieu des débris de toute nature qui remplissent les anses intestinales isolées entre les ligatures.

Dans ces expériences, en effet, la portion d’intestin dans laquelle on introduit les spores se trouve dans des conditions de vitalité défectueuses, sa nutrition est gravement compromise et il en résulte une desquamation à peu près complète de l’épithélium de la muqueuse : ces cellules, plus ou moins altérées, flottant en grand nombre dans le liquide, constituent un obstacle très gênant pour l'observation dans les préparations fraîches. Ces altérations de la paroi sont telles qu’elles ne permettent pas d’étudier au moyen de la méthode des coupes de segment intestinal sur lequel a porté l’expérience : la chute

SUR LKS MVXOSPORMUKS.

do l'épithélium donne lieu, dans la lumière du tube digestif, à un véritable magma dans lequel il est impossible <lr reconnaître, avec certitude, les éléments très petits et d'une grande délicatesse qui résultent de la mise* en liberté du protoplasma des spores.

Aussi, dans tmo autre série de recherches, j’ai procédé d’une façon différente 1 .

Les spores étaient renfermées dans une enveloppe formée d’une substance facilement perméable aux liquides digestifs, telle que l’ouate hydrophile ou le papier à iillrer. La petite boulette- ainsi obtenue, de la grosseur d’un petit pois était alors introduite dans l’estomac d’une Tanche après avoir été fixée à un fil, dont l’autre extrémité venait sortir par la bouche de l’animal et était attachée â une épingle enfoncée dans la peau du dos.

Cette introduction sc fait très facilement de la façon suivante : l T n tube en verre, a extrémité mousse, est conduit dans le tube digestif jusqu’au point où l’on veut placer les spores : les os pharyngiens constituent le seul obstacle à cette manœuvre: en agissant avec douceur on le surmonte facilement. La boulette de coton ou de papier est alors introduite dans le tube et poussée jusqu'au delà de son extrémité, à l’aide d’une baguette de verre : on retire ensuite le tube et on n’a plus qu’à fixer le fil en lui laissant une longueur suffisante pour qu'il 11 e s'oppose pas à la progression de la boulette dans le tube digestif. On peut ainsi placer celle-ci au niveau de la première courbure de l’intestin. Au bout d’un certain temps, on la retire, soit en tirant simplement sur le fil, soit en faisant passer celui-ci dans le tube de verre que l’on conduit de nouveau dans l'estomac et dans lequel on introduit la boulette à l'aide du fil. Celte façon de procéder a l’avantage d’éviter d’accrocher aux dents pharyngiennes le papier ou le coton qui contient les spores. La boulette est imbibée de liquide: onia comprime et on étudie les éléments contenus dans le liquide ainsi obtenu, ou bien on examine des portions de l’enveloppe de coton ou de papier après avoir dissocié les fibres.

Kxp. 1 — 0 juin 189‘>.— Spores de Mi/xobolus ellipsoïdes provenant delà vessie natatoire d’une Tanche, placées dans une boulette de coton et laissées dans le tube digestif d’un autre individu de même espèce jusqu’au lendemain 10 juin (2i heures).

Presque toutes les spores ont subi des changements considérables.

beaucoup sont ouvertes et ne contiennent plus de protoplasma ; dans les unes on voit encore les capsules polaires ; leurs filaments sont sortis ; elles sont

P. THELOHAN.

tantôt encore adhérentes aux valves, tantôt libres dans la cavité ; certaines spores sont tout à fait vides : l’enveloppe entrouverte ne contient plus ni protoplasma ni capsules. Il y a en outre des valves isolées.

Dans d’autres spores, le protoplasma est encore dans l’enveloppe, mais il s’est rétracté et a pris des contours irréguliers ; comme dans les espériences relatées précédemment, la vacuole est bien visible; la plupart ont leurs filaments sortis. Je ne vois pas de petits corps amiboïdes.

Exp. h. — 14 juin. — Spores de M. ellipsoïdes laissées dans le tube digestif jusqu’au lendemain 15 juin (22 heures). Au bout de ce temps, je trouve des spores avec les mêmes caractères que dans le cas précédent: beaucoup sont ouvertes et vides ; d’autres ont leur plasma rétracté ; la plupart ont leurs filaments sortis.

Mais je trouve également un certain nombre de petits corps de forme plus ou moins régulièrement arrondie, mesurant 8 ;x de diamètre, qui représentent évidemment la partie germinative des spores devenues libres.

Ils sont formés d’unprotoplasmatrès finement granuleux, rappelant tout à fait par son aspect celui des spores ; on y voit souvent deux petites taches sombres, arrondies, plus ou moins voisines l’une de l’autre, semblables, comme dimensions et apparences, aux noyaux du protoplasma des spores examinées à l’état frais. Dans certains, on observe un espace central arrondi, apparaissant en cla'r et répondant à la vacuole. A leur périphérie, on remarque l’existence de pseudopodes assez allongés, allant en s’amincissant vers leur extrémité libre et pouvant affecter différentes dispositions ; le plus souvent ils sont réunis en un ou deux groupes distincts. Ces petits corps possèdent des mouvements amiboïdes, mais ceux-ci sont d’une lenteur remarquable. Enfin quelques-unes renferment quelques petits granules brillants, probablement de nature graisseuse.

Exp. iii.— 5-6 juillet 1893. — Spores de M. pi ri for mis placées dans du papier à filtrer. Laissées dans le tube digestif pendant 16 heures.

Parmi les spores, les unes ne sont pas ouvertes : le protoplasma est rétracté comme dans les expériences précédentes, mais la vacuole est peu visible. Quelques-unes ont leur filament sorti.

Dans un certain nombre, le protoplasma est pâle, granuleux : ce sont probablement des éléments altérés.

On observe une grande quantité de spores ouvertes et vides ; beaucoup ont le filament sorti.

Je trouve enfin un nombre assez grand de petits corps amiboïdes, semblables à ceux de l'expérience précédente, ayant toutes les apparences de jeunes Myxosporidies. La forme et la disposition des pseudopodes sont identiques ; les noyaux sont visibles dans quelques-uns, mais je n’arrive pas à distinguer nettement la vacuole.

Exp. iv. — M. piriformis . — 5-6 juillet 1893. — Durée 24 heures.

La boulette n’avait pas pénétré à plus de 2 cent, au delà du pharynx. Les spores n’avaient subi aucune modification. Malgré le résultat négatif de cette expérience, j’ai cru devoir la noter ici, car elle démontre que c’était bien à l’action des sucs digestifs qu’étaient dus les changements présentés par les spores dans les expériences précédentes.

SUR LES MYXOSPORIDIES.

Dos observations et des expériences dont je viens d’exposer les résultats, on peut, je crois, conclure que la pénétration de nos parasites dans l'organisme de leurs liôtes se fait normalement par le tube digestif et que c’est dans cet organe que se trouvent réalisées les conditions nécessaires a la germination des spores.

Ce phénomène, qui consiste essentiellemeni dans l’ouverture de l’euveloppe et la sortie du protoplasma, s’accompagne de la sortie du filament des capsules polaires. Quels sont dans ces circonstances la signification et Futilité de ces derniers éléments?

Si l’on considère la constance avec laquelle on rencontre ces capsules dans les spores de toutes les espèces, les dimensions considérables qu’elles atteignent souvent par rapport au volume total de la spore, ainsi que les phénomènes compliqués de leur développement et le stade précoce de l’évolution de celle-ci auquel on les voit apparaître, il semble bien dilficile d’admettre que de telles productions ne soient pas appelées à remplir un rôle important.

Malheureusement, je n’ai pu constater aucun fait de nature à me permettre de déterminer ce rôle avec exactitude.

Cependant, d’après leurs caractères et la manière dont se fait la sortie du filament qui se déroule, comme on l’a vu, brusquement et avec une force relativement considérable, j’inclinerais volontiers à penser que ces éléments constituent des organes de fixation.

En venant, au moment de leur sortie, s'implanlerdans la muqueuse, ils mettraient la spore a l’abri d'un passage trop rapide dans le tube digestif et contribueraient à la maintenir, pendant un temps suffisant, dans le milieu favorable à sa germination.

Dans l'état actuel de nos connaissances, cette hypothèse me semble lu plus plausible: ce n'est, toutefois, qu’une hypothèse, et denouvolles recherches pourront seules permettre de déterminer d’une façon précise, la signification de ces curieuses formations.

Une fois devenue libre, lajeune Myxosporidie doit accomplir dans l'organisme de son hôte des pérégrinations plus ou moins compliquées pour arriver au point où s’achèvera son évolution.

Dans certains cas, elle pénètre directement dans des cavités qui sont en communication avec celle de l'intestin : tel est, sans doute, le cas pour les Myxosporidies de la vésicule biliaire des Poissons et des Batraciens, de même que pour celles de la vessie natatoire des

P. THÉLOHAN.

Physostomes : le siège primitif de ces dernières à la surface interne de la paroi de l’organe, ne me semble guère conciliable avec une autre voie d’introduction que le canaL

D’autres fois le parasite, grâce à ses mouvements amiboïdcs, pénètre au sein des tissus de la paroi intestinale. Il peut demeurer dans l’épaisseur de cette paroi et y produire des spores. Il siège alors dans l’épithélium, soit qu’il envahisse les cellules, soit qu’il occupe seulement leurs intervalles, ou dans le tisssu conjonctif sousmuqueux ou même dans l'épaisseur delà musculeuse.

Souvent les Myxosporidies ne restent pas dans les tissus de l’intestin et gagnent des organes plus ou moins éloignés. Je n’ai pu suivre ce processus de migration chez les Poissons, mais M. Balbiani (3) l’a depuis longtemps décrit, chez le Ver h soie, à propos de la Glugea bombycis. Chez de très jeunes Vers qu’il avait expérimentalement infestés, il a retrouvé dans les cellules épithéliales et dans la tunique musculaire de l’intestin, « de petites masses sarcodiques, de volume très variable, ordinairement allongées dans la direction des fibres. Les plus petites dépassent à peine le volume d’un corpuscule ;

d’autres sont plus ou moins volumineuses. On voit d’abord

apparaître dans ces masses sarcodiques de petits globules pâles qui grossissent et se transforment en corps ovalaires ou piriformes : ce sont les jeunes spores ». Plus tard, la masse sarcodique disparaît et il ne reste alors qu’un petit amas do spores mûres qui s’éparpillent dans tous les sens.

Quand le parasite a franchi le tube digestif du Ver à soie, le chemin lui est ouvert pour pénétrer dans tous les organes, même les plus éloignés du point d’entrée. C’est ainsi que les parasites arrivent

dans les glandes séricigènes dont ils distendent les cellules Les

vaisseaux de Malpighi, les parois intestinales, le corps graisseux, tpus les organes, en un mot, sont gorgés de corpuscules (Balbiani, loc. cit., p. 163).

On a vu combien est variée la distribution des Myxosporidies dans les tissus des Poissons : par quelle voie passent-elles pour arriver dans des organes souvent fort éloignés de leur point de départ ? Leur migration se fait-elle au travers des lissus, ou bien s’introduisentelles dans les vaisseaux et sont-elles transportées par le courant sanguin ? Je ne puis répondre à cette question par des faits. Peutêtre les deux processus se trouvent-ils réalisés suivant les cas.

SU K Ï.KS MVXOSPOKIDIKS.

:îI3

M. Pfeiffer (5, p. 130), a publié mie observation que je dois rappeler ici. Cet autour aurait trouvé (b 4 jeunes stades du parasite dans les globules sanguins des Brochets, dont la vessie urinaire renferme le Mt/.ridium [Aeberkühni. .J’avoue que je conserve quelquo doute relativ( 4 menl à la réalité de ce fait. D’abord la méthode employée par M. Pfeiffer. ne me semble pas à l'abri de tout, reproche. C’est, en effet, sur des préparations de globules sanguins, datant de huit à douze heures, qu’il a constaté dans ces éléments la présence de petits corpuscules nucléés au nombre de deux ou trois, placés au voisinage du noyau. Ils sont un peu plus petit s que ce dernier, de forme arrondie, et brillants; ils peuvent changer de place par rapport au noyau, qui reste immobile. A mesure qu’ils prennent de l'accroissement, on voit le noyau du globule s’altérer: il finit par disparaître presque complètement.

La rapidité bien connue avec laquelle s’altèrent dans les préparations les globules du sang, ne me semble guère permettre de tirer des conclusions précises des faits que l’on peut observer dans les conditions où s’est placé M. le D r Pfeiffer.

De plus, en admettant que, malgré la défectuosité de sa méthode, les petits corps qu’il a rencontrés dans les globules ne soient pas le résultat d’altérations mais bien de véritables productions parasitaires, leur nature myxosporidieniie ne me paraît pas démontrée.

D’ailleurs, malgré de nombreuses recherches, ayant porté non seulement sur le Brochet mais sur un grand nombre d’autres Poissons infestés par les Myxosporidies, il m’a été impossible de retrouver dans leurs globules sanguins des éléments étrangers comparables à de jeunes Myxosporidies.

Je crois donc pouvoir conclure qu’il n’y a pas lieu de compter les Myxosporidies parmi les parasites des globules du sang. Si, comme cela semble probable, ce liquide joue un rôle dans la migration de nos organismes au travers des tissus de leurs botes, ce ii’esl point à l’intérieur des globules que s’accomplit ce transport.

En résumé, d’après les observations que j’ai pu faire, l'infection par les Myxosporidies, du moins dans l'immense majorité des cas, se fait par le tube digestif, qui semble constituer le milieu normal propre h la germination de leurs spores. Le jeune parasite, une fois devenu libre, peu! traverser la paroi intestinale et arriver

P. THÉLOHAN.

dans les différents organes : il peut parfois s’y rendre pa r >s voies naturelles (vésicule biliaire, vessie natatoire): dans les autres cas, y arrive-t-il traversant les tissus ou est-il entraîné par le courant sanguin, je n’ai pu m’en rendre compte.

4° Infection héréditaire.

Ce mode de transmission de nos parasites n’a été jusqu’ici constaté que pour la Glugea bombycis .

Je ne saurais citer aucun exemple du même genre parmi les autres Myxosporidies.

Les choses se passent-elles de la même façon pour d'autres Glugéidées parasites des Arthropodes, cela peut sembler vraisemblable, mais je ne saurais l’affirmer.

Quant aux espèces qui envahissent l’ovaire des Poissons, elles peuvent, comme on l’a vu, se trouver limitées au tissu conjonctif et dans ce cas, les ovules rester absolument indemnes ou, au contraire. l’infection peut porter simultanément sur le tissu conjonctif et les ovules (Barbeau, Vairon, Epinoche, etc.). Mais, dans ce cas, la présence du parasite amène la dégénérescence de ces derniers qui deviennent incapables de poursuivre leur évolution. D’après les faits que j’ai observés, il me semble donc que tout ovule contaminé soit destiné a périr, de sorte que ces Myxosporidies ne sauraient se transmettre par ce moyen d’une génération h l’autre.

Cependant, il faut noter que dans ces conditions, si l’infection 11 e se produit pas dans l'auf lui-même, les jeunes y sont pourtant bien exposés, puisque des ovules contenant des spores en quantité souvent, considérable peuvent être expulsés en même temps que les œufs sains. Les spores ont ainsi bien des chances d’être absorbées par les alevins surtout quand ceux-ci, comme c’est le cas pour l’Epinoche, commencent a prendre de la nourriture avant d’abandonner le nid qu'ils ne quittent définivement qu’un certain temps après résorption de leur vésicule.

Sun LUS MVXOSPORIIiIKS.

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