II. PROLIFÉRATION SUR P LACIS
Si Ton considère le nombre immense d'individus do loulo taille que renferment certains organes tels que la vessie urinaire, les tubes du rein et surtout la vésicule biliaire d’un grand nombre de Poissons, ou encore la quantité de nos parasites que Ton observe parfois dans cerlains tissus des animaux contaminés, il ne semble guère possible de considérer chacun de ces parasites comme provenant directement d’une spore.
Quand il s’agit d’espèces comme les Mg.robolus, les Glagea . certaines Ilnwegaga , etc., dans lesquelles chaque Mvxosporidie donne naissance à un nombre extrêmement considérable de corps reproducteurs. on pourrait encore, h la rigueur, mettre la quantité dos individus observés chez le même hôte, sur le compte des hasards de l’infection. Mais, quand il s’agit des Pisporées, il devient véritablement impossible d’imaginer que, par exemple, un Grenilabras mdops ou un Tryrjon, aient pu absorber des spores en quantité égale aux milliers de Ceratonvj.ra arcuata ou de Leptotlieca agi lis qui se trouvent dans leur vésicule biliaire.
11 faut donc nécessairement admettre une multiplication de nos parasites dans l’organisme de leur hôte.
D’un autre côté, on a vu plus haut que, d’après mes observations et mes expériences, la germination des spores dans le milieu même où s’est développée la Mvxosporidie qui les a produites, doit être considérée, si tant est qu’elle puisse se produire, comme un fait extrêmement rare et véritablement exceptionnel.
La prolifération sur place ne saurait donc se faire au moyen de ces éléments.
Par quel mécanisme se produit-elle et quels sont les phénomènes qui raccompagnent? Aucun auteur ne s’est encore, que je sache, occupé de cette question dont l’étude présente, d’ailleurs, de grandes difficultés.
Celle-ci ne peut, en effet, porter que sur les Mvxosporidies libres, les conditions d’existence des parasites des tissus ne permettant guère de les observer dans des circonstances favorables à ce genre
de recherches. Pour les premières même, leur peu de résistance et l'impossibilité à peu près absolue où l'on se trouve de les conserver vivantes pendant un temps suffisant, rend véritablement ardue la solution du problème.
Aussi, malgré tous mes efforts, ne suis-je pas arrivé à cet égard à des résultats bien précis. J’ai pu, cependant, faire quelques observations qui me semblent de nature à jeter un peu de lumière sur ce point obscur de l’histoire de nos organismes.
J’ai déjà signalé ce fait que parmi les Myxosporidies que Y on rencontre dans les organes, tels que la vessie urinaire ou la vésicule biliaire, on rencontre des exemplaires de dimensions très variables. A côté des individus ayant atteint la taille maxima de l’espèce, on en trouve d’autres excessivement petits, déformé assez variable, tantôt plus ou moins arrondis, tantôt en forme de massue. Ces petits organismes peuvent n’avoir pas plus de 3 à 5 u de diamètre dans le premier cas; dans le second, j’en ai observé de 5-6 p. de longueur sur 3 a de largeur. On constate, d’ailleurs, toutes les transitions à ce point de vue entre eux et les individus les plus développés. Ils présentent des pseudopodes tantôt localisés, tantôt répartis sur toute leur surface. Ils sont remarquables par l’uniformité de leur aspect chez les différentes espèces ; cependant, chez quelques-unes, ils présentent déjà certains caractères de l’adulte : par exemple chez la Cerato nvjfxa reticularis , on trouve parfois chez eux le protoplasma rempli de vacuoles ; mais, quand la vésicule biliaire renferme côte a côte plusieurs espèces distinctes de Myxosporidies, il est le plus souvent impossible de déterminer h laquelle appartiennent ces petits individus.
Je les ai d’ailleurs observés à propos de toutes les Myxosporidies libres.
Quant à leur origine, ils me semblent résulter de divisions du corps protoplasmique de nos organismes.
Parmi ces petits corps, on en trouve dont je n’ai pas encore parlé qui sont fusiformes, avec une partie médiane renflée et deux extrémités très effilées; ils sont immobiles et ne présentent pas de pseudopodes ; mais à cela près, ils rappellent tout à fait les précédents dont ils représentent, je crois, une phase jeune.
Parmi les Myxosporidies plus développées (pie l’on observe dans la bile, il s’en rencontre, en effet, dont la forme extérieure présente certaines particularités dont j’ai déjà dit un mot. Ges individus
sr R I.HS MYXOSCORIDIKS.
sonl on forme do massue, mais leur portion amincie atteint souvent une longueur très considérable; de plus, au lieu d’aller en diminuant régulièrement vers son extrémité libre, elle présente sur sa longueur un certain nombre de renflements fusiformes, dont le nombre varie de 1 ii 3 ou -L
Les dimensions de ceux-ci ne sonl pas égales ; leur volume diminue progressivement d’avant en arrière. Dans certains cas, j’ai vu ces renflements très peu marqués et d’un diamètre à peine supérieur à celui delà région qui les sépare. Mais, peu a peu, on voit cet te difl’érences'aceentueretbienlôtils ncsontplus rattachés les uns aux autres que par une sorte de pédicule extrêmement minet 1 au niveau de sa partie moyenne. Celui-ci doit évidemment se rompre avec la plus grande facilité.
Ces productions rappellent tout à fait, par l’ensemble de leurs caractères, les petits corps fusiformes que l’on trouve libres dans la bile, et il me paraît évident que ceux-ci ne sont autre chose que les renflements que je viens de décrire, séparés les uns des autres par rupture du pédicule qui les reliait entre eux cl à l'organisme mère.
On les trouve souvent flottant dans la bile, réunis encore au nombre de deux ou trois, mais séparés de ce dernier, qui se reconnaît toujours à la forme arrondie de son extrémité antérieure et aux pseudopodes qu’on y observe.
J’ai noté ces faits chez presque toutes les Myxosporidies de la vésicule biliaire, en particulier chez celles qui sont susceptibles de revêtir la forme en massue, soit d’une façon à peu près constante, soit plus rarement et seulement chez les individus non sporilères.
Parmi les espèces chez lesquelles je les ai constatés le plus nettement et avec la plus grande fréquence, je dois citer la Leptotheca ayilis . la L. elongata , L. parta, la Ceratonvjxa appenihculata , 6’. arcuata . C. reticularis . Glttgea Marionis, etc.
Dans ces petits corps fusiformes, avant ou après leur séparation de l'organisme mère, j’ai aperçu parfois à l’état frais un petit point obeur rappelant l’aspect d’un noyau. Mais je n’ai pu vérifier sa nature avec exactitude, la petite taille de ces éléments et la rapidité avec laquelle s’altèrent les Myxosporidies dans les préparations, apportant un obstacle fort gênant aux observations de ce genre.
P. THÉLOHAN.
Quant aux espèces dont le corps plasmique ne revêt jamais la forme en massue, telles que le Chloromyjuura Leydigi, j’ai bien chez elles observé de très petits individus, qui très probablement dérivaient des autres par un processus analogue, mais je n’ai pas pu saisir les phases de leur formation.
En résumé, les conditions dans lesquelles on observe les Myxosporidies dans les organes de leurs hôtes, ne permettent pas de douter que ces organismes soient susceptibles de se multiplier sur place. Cette multiplication semble se faire par division. Chez certains individus en forme de massue, on voit se produire en certains points de la région caudale, des renflements fusiformes, séparés les uns des autres par des portions rétrécies, qui finissent par ne plus constituer qu’une sorte de pédicule filiforme extrêmement fragile. Celui-ci venant à se rompre, les petits corps fusiformes sont mis en liberté et présentent bientôt tous les caractères de nouveaux individus.
Chez certaines formes libres (Chl. Leydigi, ChL / ïuviatile , etc.), et chez les Myxosporidies des tissus, l’existence de ce mode de prolifération n’est pas moins certaine, mais je n’ai pu me rendre compte de son mécanisme.
Les particularités remarquables que Ton constate chez certaines espèces, du moins aux stades de leur évolution qu’il m’a été possible d’étudier, sont peut-être le résultat de phénomènes de cet ordre.
Parmi les dernières, j’ai observé parfois des faits assez difficilesa interpréter au premier abord et qui pourraient bien être en rapport avec le mode de multiplication que nous étudions en ce moment.
Tels sont, par exemple, certains kystes de Glugeamicrospora qui, loin de se présenter avec les caractères normaux, revêtent un
Fig. 6. — Gasterosleus aculeatus présentant une tumeur formée par la réunion (Tun grand nombre de kystes de Glugea microxpora .
aspect tout particulier, tenant à ce que la tumeur, au lieu de constituer une petite sphère de forme assez régulière, se montre composée d’un nombre vai iablede petits kystes secondaires, de dimensions variables,
SI R LES MYX0SP0RIDIES.
ordinairement sphériques, parfois déformés par pression réciproque et dont rensemble forme une tumeur mamelonnée souvent assez volumineuse, fig. (G).
Si Ton suit pendant quelque temps le développement de l’une de ces productions, on constate que le nombre des petites sphères esl susceptible de s'accroître : on en voit apparaître de nouvelles à la surface des premières.
Dans le cas que j’ai étudié pendant le plus longtemps, voici ce que j’ai observé.
Chez certaines de ces Myxosporidies que j’ai décrites plus haut, sous la dénomination déformés aberrantes, chez les Thelohauia\\i\r exemple, la phase la plus jeune que j’aie observée consiste, comme ou l'a vu , en une petite sphère protoplasmique pourvue d’un noyau et d’une enveloppe. La signification morphologique de ces éléments est assez obscure. Etant donnée la constitution normale du protoplasma germinatif de la spore de nos parasites, qui renferme toujours deux noyaux, et d’autre part le nombre immense de ces petites sphères dont les muscles infestés peuvent être littéralement farcis, on ne peut songer a les faire dériver directement des spores. Je serais, pour ma part, assez disposé à les considérer comme représentant autant d'individus distincts provenant de la multiplication du parasite au sein des tissus de l’Iiôte. Les caractères particuliers qu'ils présentent, existence de l’enveloppe, transformation intégrale du protoplasma en éléments reproducteurs, devraient alors être considérés comme secondaires et en rapport avec leurs conditions d’existence.
La même manière de voir s’applique évidemment au Pleistophora .
Quant au Myxidium incurvalum , les cas dans lesquels il revêt l’aspect, de la figure 53 (Pl. vin), paraissent plaider en faveur de la même interprétation.
D’après ce que l’on observe à Délai frais, il semble bien, en effet, qu'il s’agisse ici d’un amas d’individus de taille et d’àge différents et fixés les uns aux autres par leurs pseudopodes qui ne sont plus visibles sur les coupes ; le grand nombre de ces individus et leur structure prouvent nettement qu'ils ne dérivent pas directement des spores. Un très grand nombre, en eflet, ne renferme qu’un seul noyau (fig. 53, a).
Comme chez les Thelohania , ces exemplaires doivent très probablement être considérés comme le produit de la prolifération d’indi-
P. THÉLOHAN.
vidus primitifs, par un mécanisme analogue à celui que je viens de décrire chez d’autres espèces. Plus tard, on voit ce noyau se diviser et les phases suivantes du développement présentent beaucoup de rapports avec ce que l’on observe chez les Thelohania.
L’interprétation que je propose des particularités de structure de ces Myxosporidios me semble la plus plausible et la seule conciliable avec les faits observés. Cependant, ce n’est qu'une hypothèse, et de nouvelles recherches seraient nécessaires sur ce point.
Il en est, d’ailleurs, de même pour tout ce qui concerne la prolifération sur place de nos organismes. L’existence de ce processus me paraît bien démontrée par les observations exposées plus haut : malheureusement, je n’ai pu suivre, d'une façon précise, la marche des phénomènes qu’il y aurait évidemment lieu d’étudier de plus près.
Quelle est clans cette multiplication le rôle du noyau ? La jeune Myxosporidic issue d’une spore est-elle susceptible d’achever directement son évolution ou bien la prolifération est-elle un prélude nécessaire de la reproduction par spores ? Ce sont des questions d'un véritable intérêt au point de vue de la biologie des Myxosporidios, mais je dois me bornera les poser ici sans pouvoir aborder leur solution, faute d’observations suffisamment complètes et démonstratives.