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TUBES DU REIN

Les Mvxosporidies, dont je vais maintenant m'occuper, sont dans le même cas.

Elles habitent les tubes du rein d'un assez grand nombre de Téléoslécns et de quelques Batraciens.

Likrerkühn les a observées le premier el il a signalé dans le rein do l’Epinoche des Psoroxperuiies à queue qu'il faut, je crois, rapporter à YHennegwja media .

M. Baliîiàxi a reuconlré dans le rein de laLote uneMyxosporidio. 1res voisine de la Sphœrospora eleejans.

Enfin Oiilmacher, en 1893, cil a trouvé dans le rein du Bufo lentiginosus .

Les espèces qui vivent dans ces conditions sont peu nombreuses ; je n’ai pu en observer que six :

1° Henneguya media: rein des Gasterosteus aculeatus et (7. pungitius.

2° IL brevis: même habitat, mais beaucoup moins fréquent.

3° Sphœrospora etegans : même habitat,

4° Sph. (Ueergens : reindu Blenuius pholis et du Crenilabrus rnelops ,

5° Lcptotheca renicola : rein du Scomber seombee.

6° Lept . ranœ : rein de Ranci esculenta et de R. fusca ; semble identique au parasite signalé par Ohlmacher.

Enfin, on doit rapprocher de ces parasites des tubes du rein, la Sphœrospora rosi rata , qui est strictement localisée dans les glomérules de Malpighi (chez les Mugit) et qui, contrairement aux espèces précédentes, n’envahit jamais la lumière des tubes u ri ni le res.

La Sph. divergens ne se trouve pas dans tous les tubes du rein, mais seulement dans les gros canaux qui aboutissent a l’uretère. En dilacérant l’organe avec des aiguilles, on la met facilement en liberté et on peut l'étudier à l’état vivant (PI. vu. fig. 12). Suides coupes on la retrouve avec son aspect et ses propriétés caractéristiques.

Les cinq autres espèces sont, au contraire, répandues dans tous les tubes où elles se montrent sous forme de petits corps amiboïdes (PL vii, fig. 20).

Comme celles de la vessie et de la vésicule biliaire, elles semblent à peu près inoffénsives. La seule modification, qu’il m'ait été possible de découvrir dans les canaux envahis, consistait en une dilatation quelquefois assez accentuée, surtout quand il s'agissait d'IL media ou (VIL trrevis.

P. THÉLOHAN.

Mais, dans tous les cas, l'épithélium rénal m’est apparu indemne et je n’est jamais vu le protoplasma des Myxosporidies pénétrer dans les cellules ou s’insinuer entre elles.

Cependant, chez les Gasterosteus , en particulier, ces organismes se montrent souvent en telle abondance, que sur des coupes du rein, on constate l’envahissement et l’obturation plus ou moins complète de presque tous les tubes. Dans ces conditions, les fonctions de cet organe doivent être sensiblement gênées. S’il en est ainsi, et le fait me semble indubitable, l’action nocive du parasite est en tout cas purement mécanique, puisque, comme je l’ai dit, sa présence ne donne lieu à aucune altération appréciable des éléments histologiques. L’intégrité do ces derniers est facile à constater sur des coupes ; les caractères des parasites sont, au contraire, mal conservés dans des préparations de ce genre, et leur fixation laisse presque toujours beaucoup à désirer quel que soit le réactif employé, sauf cependant pour Sph . clzvergens , dont j’ai obtenu d’excellentes préparations sur des coupes de reins fixés par le liquide de Flemming.

Quelques espèces, hôtes ordinaires des canaux urinifères, peuvent envahir également les glomérules. J’ai observé ce fait assez fréquemment à propos de la Sphœrospora elcgans .

On voit alors la capsule de Bowman, considérablement dilatée par des spores libres et des individus à différents degrés de développement. Le peloton vasculaire, repoussé contre la capsule en un point variable, n’occupe plus qu’une très faible partie de la cavité. Dans certains cas, il m’a paru le siège d’une véritable atrophie résultant de la compression à laquelle il était soumis. Je n’ai pas constaté de lésions plus accentuées, mais je ne saurais affirmer que la présence de cette Sphœrospora dans le glomérule n’occasionne jamais de désordres plus graves : il est fort possible qu’elle puisse amener finalement une véritable dégénérescence de l’organe comparable à celle que produit une espèce voisine de la Sphœrospojrt rostrata.

Celle-ci, contrairement aux précédentes, est strictement localisée dans les glomérules; malheureusement,je ne suis pas parvenu à déterminer quel est son siège primitif : se développe-t-elle d’abord dans la cavité de la capsule ou dans les interstices des vaisseaux du peloton glomérulaire, c’est ce que je n’ai pu reconnaîlre. Quoi qu’il en soit, le glomérule finit par être complètement frappé de dégéné-

rescence. Dans des préparations obtenues par dilacération du rein, on le trouve sous forme de petits corps plus ou moins régulièrement sphériques dans lesquels on ne voit plus trace de la structure normale du glomérule (PL ix, fîg. 92). 11 existe à la périphérie une sorte de capsule fibreuse de nouvelle formation (c) ; elle contient une masse granuleuse dans laquelle sont déssêmines, en nombre variable, des globules réfringents plus ou moins volumineux, présentant tous les caractères de goutelettes graisseuses (y). On y rencontre également des spores, d’ordinaire peu nombreuses (sp). Dans un certain nombre de cas que j’ai observés, elles avaient perdu leur réfringence normale, elles étaient pâles, ratatinées, et semblaient elles-mêmes des éléments morts et dégénérés.

Sur des coupes des reins envahis, j’ai retrouvé ces glomérules dégénérés : la coque fibreuse ne contient plus qu’une substance amorphe, finement granuleuse, sans trace d’organisation ; dans les préparations qui ont subi l’action de l’acide osmique, on constate que les globules réfringents de l’état frais sont bien de nature graisseuse et ont pris une coloration d’un noir intense.

Les spores so montrent tantôt normales, tantôt nettement dégénérées.

Ces faits me semblent devoir être compris de la façon suivante. La présence, dans les glomérules, de la Sphœrospora rostrata est susceptible d’amener dans la nutrition de ces organes des troubles qui aboutissent à la mortification et à la dégénérescence des éléments anatomiques, qui rentrent dans leur constitution. Ces petits foyers de nécrose agissant comme corps étrangers, déterminent du côté du tissu conjonctif voisin une prolifération irritative, qui se traduit parle développement d’une zone fibreuse autour du glomérule dégénéré dans lequel les spores restent comprises. Leur vitalité persiste un certain temps dans cette sorte de kyste ; mais, si leur séjour s’y prolonge au delà de certaines limites, elles sont elles-mêmes frappées de mort. Ce processus constitue en somme un mode de guérison de l'affection parasitaire. Nous la retrouverons à propos d’un certain nombre d’autres Myxosporidies.

Cette altération des spores consécutive à un trop long sgour dans le tissu où s’est effectuée l’évolution de l’organisme, rappelle tout à fait les phénomènes du même genre que Ton observe dans les mêmes conditions, chez un grand nombre de Vers parasites qui, destinés à

P. THÉLOHAN.

achever leur évolution dans le tube digestif de leur hôte définitif, se trouvent a un momentdonné à l’état d’enkystement danslestissus d’un hôte intermédiaire. Ils ne peuvent supporter ce dernier habitat que pendant un certain temps, au delà duquel ils meurent et sont frappés de dégénérescence accompagnée souvent d’incrustations calcaires.

Parmi les espèces que j’ai citées plus haut, la Sphœrospora rostrata est la seule qui amène de semblables lésions.

Une particularité assez remarquable que présentent ces Myxosporidies des voies urinaires, consiste dans leur localisation à peu près absolue en un point déterminé. Ainsi la Sph. rostrata ne se trouve jamais ailleurs que dans les glomérules.

Les espèces qui habitent les tubes rénaux ne se trouvent jamais dans la vessie et réciproquement ; le Myxydium Lieberkuhni , par exemple, hôte de la vessie urinaire du Brochet, ne remonte jamais dans les uretères ni dans le rein.

Enfin, les Sphœrospora elegans, Henneguya media et H, brevis , dont les tubes du rein des Oasterosteus constituent l’habitat le plus fréquent, peuvent aussi, chez les mêmes Poissons, envahir le tissu conjonctif de l’ovaire et même les jeunes ovules, comme on le verra plus loin. Par contre, je ne les ai jamais rencontrées dans le tissu conjonctif du rein.

Ce dernier constitue, au contraire, un habitat de prédilection pour certaines espèces dont j’aurai à m’occuper plus tard.

MYXOSPORIDIES DES TISSUS

Les Myxosporidies ne se contentent pas toujours d’occuper les cavités normales de l’organisme de leurs hôtes. Un assez grand nombre d’entre elles envahissent les tissus eux-mêmes et pénètrent dans leur profondeur : on en a observé chez les Téléostéens, les Batraciens, les Reptiles et quelques Invertébrés.

Elles peuvent, comme je l’ai indiqué plus haut, se montrer soit sous forme d’une sorte d’infiltration diffuse, irrégulière, soit sous forme de masses parasitaires nettement limitées, offrant un aspect kystique plus ou moins accentué.

SUR LKS M YXOSPORIDIES.

C’est, connue on Ta vu, sous ce dernier état qu'elles ont clé tout d’abord rencontrées par Gluge et Muller, dont les observations à cet égard, ont été maintes ibis confirmées par tous les auteurs qui se sont occupés de nos parasites : Leydig, Liebekküïlw Balbiani, Bütschli, etc.

Lai été. je crois, le premier à attirer l’attention sur les cas d'infiltration diffuse et sur la nature des rapports et des différences que l’on constate entre les deux modes d’invasion des tissus.

Ceux-ci ne sont point l’apanage d’espèces particulières et certaines Myxosporidies peuvent, suivant l’organe où elles se développent, se montrer indifféremment h l’état de kyste ou d’infiltration. Par exemple, les Myxobolus ellipsoïdes et pirifonnis revêtent sur les branchies de la Tanche la forme kystique, tandis que dans les organes internes du même Poisson on les trouve infiltrés au sein des tissus ; il en est de même pour le il lyxobolus ovi/bnuix suivant qu’on l’observe sur les nageoires ou dans le rein du Goujon, pour le Mjxobolus Mülleri chez la Chevaine, etc.

Au contraire, certaines espèces se présentent toujours sous la même forme, soit kystique: Glugea microspom, Myxosoma Dujardini , etc., soit infiltrée : Theloliania , Glugea destruens, Cliloromyxum quadvatum , etc.

En général, les Myxosporidies dont il est ici question, ne sont pas soumises dans le corps de leurs hôtes à une localisation aussi étroite que les formes libres. Les belles recherches de M. le professeur Balbiani ont, depuis longtemps, montré que chez les Poissons, elles peuvent envahir à peu près tous les organes.

L’exemple le plus typique de cette diffusion du parasite dans les tissus les plus différents du même hôte, est certainement la Glugea bombycis, que 1 on trouve dans toutes les parties du corps : parois de 1 intestin, tissus conjonctif et musculaire, glandes séricigènes, tubes de Malpighi, etc.

Certains Myxobolus présentent le même caractère : il faut citer surtout à cet égard le Myxobolus du Barbeau qui est peut-être le plus remarquable : il envahit aussi bien les muscles que le tissu conjonctif, les follicules ovariens, etc.

Par contre, d’autres espèces ne se rencontrent jamais que dans un tissus déterminé : par exemple la Glugea microspora , dans le

P. THÉLOHAN.

tissus conjonctif ; le Chloromyxum quadratum , la Glugea destruens , les Tlidohania , dans le tissu musculaire.

Certains tissus présentent une véritable immunité: tels sont les tissus cartilagineux et osseux, le tissus nerveux (1).

Le testicule doit être également cité à ce point de vue, je n’y ai jamais observé de Myxosporidies, tandis que l’ovaire est, par contre, l’un des organes les plus exposés à l’invasion de ces parasites.

l)e même que pour les Myxosporidies libres, certaines espèces vivant dans les tissus semblent spéciales à un hôte déterminé, par exemple les Myxobolus ellipsoïdes et piriformis , n’ont jamais été observés en dehors de la Tanche : d’autres se rencontrent chez plusieurs hôtes: je ne fais que rappeler ces faits que j’ai déjà eu l’occasion de signaler.

Quel que soit le tissu infesté, l’examen à l’œil nu suffit, dans la plupart des cas, pour reconnaître la présence des Myxosporidies. Elles donnent lieu, en effet, suivant l’état dans lequel on les trouve, soit à des sortes de petites pustules qui, par leur opacité et leur couleur d’un blanc de lait, tranchent en général d’une façon fort nette sur la teinte des tissus environnants, soit à de simples taches non saillantes, de coloration identique et le plus souvent faciles à apercevoir.

Cependant, dans certains cas d’infiltration diffuse, très discrète, comme on en observe fréquemment dans le rein par exemple, l’existence des parasites ne peut être constatée qu’à l’aide du microscope.

L’emploi de cet instrument est d’ailleurs souvent nécessaire pour s’assurer de la véritable nature des taches ou des vésicules blanches que l’on rencontre dans les tissus. On est en effet, exposé même avec une grande habitude de ce genre d’observations, de prendre pour des Myxosporidies des formations d’ordre tout différent, mais qui présentent à l'œil nu des caractères à peu près identiques de forme et de couleur ; par exemple certains kystes de Vers parasites logés dans l'épaisseur des organes, Glochidium accrochés aux filaments branchiaux, et surtout une altération spéciale de l’épithelium de ces derniers, qui est assez fréquente chez la Tanche, le Brochet, etc.

(1) J’ai trouvé souvent au Groisic, chez le Lopkius piscatorïus, les gang-lions spinaux envahis par une espèce de Glugea. ThÉLOHAN devait étudier le siège exact do cette Myxosporidie sur les pièces que je lui avais rapportées ; il n’a pu malheureusement le faire (H).

SUR LES MYXOSPORIDIES. 129

Je vais maintenant exposer mes obsorvationsrelatives à la présence des Myxosporidies dans les différents tissus.

A propos de chacun do ces derniers, j’examinerai les faits relatifs à son envahissement dans les divers organes où il se montre, les caractères qu’y revêtent les parasites et les altérations histologiques qu’ils sont susceptibles d’y déterminer.

Jo m’occuperai ensuite de certains organes, tels que les branchies, l’ovaire elle tube digestif, dans lesquels l’infection parasitaire offre certaines particularités dont il m’a paru intéressant de présenter un tableau d’ensemble.

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