TISSU MUSCULAIRE
On a cru pondant longtemps quelesMyxosporidies n’envahissent jamais le tissu musculaire. Dans leurs ouvrages classiques, MM. Bàlbiani et Bütschli considéraient ce fait comme une particularité constante et caractéristique du mode de distribution de ces parasites, dans les organes de leurs hôtes.
Depuis lors, des observations assez nombreuses sont venues démontrer qu’en réalité, le tissu musculaire, loin d’étre à l’abri des atteintes de nos organismes, constitue, au contraire, un terrain très favorable à leur développement et représente même le siège exclusif de certaines espèces.
Les Myxosporidies des muscles se rencontrent aussi bien chez les Invertébrés (Arthropodes) que chez les Vertébrés (Téléostéens, Batraciens, Reptiles).
Les unes semblent à peu près inoffensives ; d’autres, au contraire, sont le point de départ de lésions particulières et peuvent devenir d’une façon plus ou moins directe, les agents de maladies meurtrières.
Telle est par exemple l’épidémie, qui, dans ces dernières aimées, a sévi avec une remarquable intensité sur les Barbeaux d’un grand nombre de rivières de France et d’Allemagne et qui était due, comme nous le verrous, à Pinlcction des muscles par le Myxobolus P/ei/feri compliquée, il est vrai, par l’action nocive de certains microbes.
P. THÉLOHAN.
M. Henneguyu ôté le premier à observer ces parasites musculaires. Dès 1888, en effet, il signalait dans les muscles du Palœmon rectirostris et du P. serratus , l’organisme auquel il a depuis donné le nom de Thelohanici octospova ; mais, à ce moment, il ne croyait pas avoir affaire à une véritable Myxosporidie, la nature exacte de ce parasite n’ayant été reconnue que plus tard.
L. Pfeiffer (4) en 1890, montra que, dans la maladie des Barbeaux, dont l’origine myxosporidienne avait été reconnue dès 1889 par le professeur Ludwig , le processus débute le plus souvent par l’envahissement des fibres musculaires ; le même auteur signalait également, dans les muscles du Syngnathe, l’existence d’un parasite observé d’abord par Pekelharing et dont j’ai pu reprendre l’étude : il s’agissait du Chloromyxum quadvatum .
En 1891, je signalais moi-même dans lesmuscles du Cottas scorpius et du Callionymus lyva (5) la présence de deux organismes que je reconnus plus tard pour des Myxosporidies ( Glugea destruens et Pleistophora typicalis).
La même année, Garbini trouva chez le Palœmonetes raricms , un parasite des muscles très voisin des Thelohania , et, dans la Grenouille, un autre parasite qui, très probablement, doit aussi être considéré comme une Myxosporidie. Il en est de même, comme je l’ai dit plus haut, des formes analogues observées par Danilewsky chez la Grenouille, YEmys lutvavia et le Lézard.
En 1892, nous reprenions en collaboration, M. Henneguy et moi, l’étude du parasite des Palémons, et nous constations qu’il s’agissait bien d’une Myxosporidie, en même temps que nous signalions la présence d’organismes voisins dans les muscles de l’Ecrevisse et du Crctngon vulgaris.
Enfin, parmi les Myxosporidies qui peuvent envahir les muscles, il faut citer la Glugea bombycis , que l’on trouve fréquemment au sein des faisceaux musculaires des Vers à soie pébrinés.
On voit que ces Myxosporidies des muscles peuvent appartenir à des types assez différents (Myxobolus, Myxidium , Glugéidées). On peut les ranger en deux catégories, les unes pouvant se montrer dans d’autres tissus ( Myxobolus, Glugea bombycis J, les autres se développant exclusivement dans les muscles striés (Myxidium quadvatum , Glugea destvuens, Thelohania J.
A un autre point do vue, il y a lieu d'établir une distinction entre certaines espèces, dont la présence entraîne la dégénérescence dos faisceaux primitifs envahis, et d’autres, qui ne déterminent dans ces éléments que des désordres purement mécaniques.
Je m’occuperai d’abord de ces dernières. Elles peuvent se présenter sous deux états différents, Fune rappelant la forme kystique, l’autre se rapportant à l’infiltration. Comme dans le tissu conjonctif, on observe ici des intermédiaires entre ces deux dispositions : certaines espèces peuvent indifféremment offrir l’un ou l’autre aspect.
Les Thelohania et le Pleistopliora typicalis Gurley se trouvent toujours h l’état d’infiltration entre les fibrilles du faisceau primitif qui sont écartéeset dissociées, mais dont la striation demeure toujours parfaitement nette (PL îx, fig. 127, 13?, loi).
La deuxième espèce, que j’ai rencontrée d’abord à Concarneau, chez le Cottus scorpius. peut se montrer également chez le Blennius pholis (Roscofl) et chez l’Epinochette (Rennes).
Chez les individus contaminés, la présence du parasite sc reconnaît facilement. On aperçoit, en effet, sous la peau, le plus souvent au niveau des parois de la cavité abdominale, de petites taches blanches, allongées, mesurant de 2 à 5 mm de longueur sur 0 mm , 5 à l ,n,u de largeur, quelquefois isolées, assez souvent réunies par groupes de cinq ou six.
Après avoir enlevé la peau, on reconnaît que ces taches sont dues a la présence de petits corps cylindriques ou fusiformes, d'un blanc opaque, plongés au sein des masses musculaires et dirigés parallèlement aux faisceaux. Sur une section transversale du muscle, on voit de petits espaces blancs arrondis, répondant à la coupe de ces productions; si l’on exerce une certaine pression sur le muscle, on voit celles-ci faire saillie au niveau de la surface de section et sortir du tissu à la manière du contenu d’un comédon, sous forme de petits cylindres blancs et opaques.
En examinant au microscope des coupes longitudinales de fragments musculaires comprenant ces taches, on reconnaît que chacun des petits cylindres est constitué par un faisceau primitif , dont le volume se trouve considérablement augmenté par suite delà présence entre ses fibrilles d’un nombre énorme d’éléments étrangers, sortes de petits kystes sphériques mesurant en moyenne 15 ;x de diamètre. Ceux-ci représentent le PleistopJiora : ils sont disséminés sans
P. THÉLOHAN.
ordre, plus ou moins espacés suivant les points que l’on observe et interposés aux fibrilles qui s'écartent et se contournent pour les loger dans leurs intervalles, sans présenter jamais d'altération dans leur structure et sans qu’on cesse d’observer nettement leur striation (PL ix, fig. 133, 134).
Ce parasite semble parfaitement supporté par ses hôtes. Dans tous les cas où je l'ai observé, les faisceaux infestés étaient d'ailleurs en très petit nombre.
Pour les Thelohcmia , au contraire, l’infection est ordinairement beaucoup plus accentuée et susceptible de se généraliser à tous les muscles, de telle sorte que le nombre de faisceaux primitifs envahis est au moins égal à celui des Jaisceaux sains.
Avec M. Henneguy, nous avons observé trois espèces se rapportant à ce genre :
1. Thelohcinia octospora (Henn.), muscles du Palœmon y^ectiy'ostris et du P . serratm.
2 . Thelohania Giarcli (Henn.), muscles du Cr'angon vulgaris.