INFLUENCE I)E LA SAISON
Les caractères extérieurs do la maladie ont été bien décrits par MM. Uailuet et Ludwig.
11 est, en général, facile de distinguer les Poissons malades. Ils sont moins vifs qu’à l’état normal, leurs forces paraissent considérablement diminuées, et au lieu de se tenir comme d’ordinaire dans les régions où le courant est le plusrapidc, ils recherchent les endroits calmes et abrités. Plus tard, on les voit venir flotter à la surface, couchés sur le flanc ou le ventre en l’air : si on cherche à les saisir, ils reprennent leur position normale et se dirigent vers le fond : mais c’est là un cflort dont ils cessent bientôt d’être capables, et ils finissent par se laisser prendre à l’aide d’une épuisotte ou même à la main. Arrivés à cette période, ils ne tardent pas, d’ailleurs, à succomber et l’on trouve des cadavres en grand nombre flottant à la surface des cours d’eau contaminés.
Le signe le plus apparent de la maladie consiste en des tumeurs de volume variable , susceptibles de s’ulcérer et qui peuvent se montrer en n’importe quel point de la surface du corps, sauf cependant au niveau de la tête où je ne sache pas qu’on en ait jamais observé.
Leur nombre n’a rien de régulier : on n’en trouve parfois qu’une seule, d’autres fois quatre, cinq et même plus chez le même individu.
Elles débutent par une petite saillie à peine appréciable, sans aucune modification dans l’aspect des téguments. Peu à peu, cette saillie augmente de volume, en conservant une forme hémisphérique ou ovoïde et le relief qu’elle forme à la surface du corps peut égaler et même dépasser celui de la moitié d’un œuf.
Cet accroissement s’accompagne d’altérations de la peau qui se trouve distendue de telle sorte que les écailles sont dérangées, écartées les unes des autres. Au sommet de la tumeur, elles finissent par tomber sur une étendue plus ou moins considérable. Le derme, ainsi mis à nu, présente une teinte rougeâtre, avec des arborisations vasculaires plus ou moins développées ; il est souvent le siège de véritables ecchymoses.
La tuméfaction n’est jamais nettement limitée: elle se confond insensiblement avec les parties voisines, qui présentent elles-mêmes
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un gonflement œdémateux assez accentué. Dans les cas de tumeurs multiples, ce gonflement peut s'étendre au corps tout entier : et il en résulte, suivant la remarque de M. le professeur Raillet, que « la plupart des sujets fortement envahis, sont d’un poids bien inférieur à ce que semble indiquer leur apparence extérieure ».
En meme temps qu'elles s’accroissent, les tumeurs présentent des modifications sensibles au point de vue de leur consistance : elles deviennent en effet molles, et fluctuantes; cette fluctuation, dans beaucoup de cas, est assez nette pour permettre de reconnaître l’existence d’une collection liquide.
Celle-ci, une fois constituée, ne tarde pas à se faire jour à l’extérieur : la peau s’ulcère sur une étendue plus ou moins considérable, et il s’écoule, par l’ouverture ainsi produite, une matière puriforine, sorte de sanie d’un blanc jaunâtre et d’aspect grumeleux, souvent marquée de stries sanguinolentes.
Il s’agit, comme on le voit, de véritables abcès, dont nous avons maintenant à rechercher l’origine et à étudier l’évolution.
Si l'on incise profondément les tissus au niveau d’une de ces productions encore peu développée, on rencontre au sein des masses musculaires, à une distance variable de la peau qui est absolument normale, une masse d’un blanc très légèrement jaunâtre à contours irréguliers et mal limitée.
L’opacité et l’aspect caséeux de cette masse la rendent facile à distinguer au milieu du tissu environnant.
Si, au moyen d’un scalpel, on en détache un fragment et qu’on l’examine au microscope, on trouve dans la préparation de nombreuses spores du Myxobolus Pfeifferi et on constate, comme Pfeiffer l’a observé le premier, que le parasite siège à l’intérieur des faisceaux primitifs dont il amène la dégénérescence.
Ces derniers présentent alors un aspect analogue à celui que j’ai décrit à propos de la Glugea destruens . Pourtant, les éléments parasitaires sont ici plus disséminés ; en outre, parmi les masses de matière amorphe et réfringente résultant de l’altération vitreuse de la substance musculaire, on trouve souvent un grand nombre de corpuscules de couleur jaune, dont je n’ai jamais vu trace dans les muscles du Callionyme envahis par la Glugea , et qui semblent représentés par des gouttes de graisse.
Le processus dégénératif no frappe pas d’emblée tout le faisceau, et pendant un certain temps, on voit des segments altérés, séparés par des portions de tissu qui ont conservé l’aspect normal et sur lesquelles la striation se montre encore avec une netteté parfaite (fig. 5,n).
En pratiquant des coupes de ces muscles infestés apres fixation et durcissement, on peut se rendre compte, d’une façon plus complète et plus précise, de la nature et de la marche des lésions.
Sur des préparations obtenues par cette méthode, on trouve, comme à l'état frais, un certain nombre de faisceaux primitifs envahis par le Myxobolus et frappés de dégérescence.
Celle-ci, limitée d’abord aux points occupés par le parasite, se montre sous forme d'îlots disséminés, séparés par des segments plus ou moins considérables de substance musculaire, dont l’aspect normal est absolument conservé (PI. vin, fig 68, n). Plus tard, l'altération, s’étendant de proche en proche, finit par gagner le faisceau primitif tout entier, et se retrouve dans des parties de ces éléments où la Myxosporidie ne paraît pas avoir pénétré ; au contraire, les faisceaux primitifs voisins, non infestés, semblent échapper au processus, et l’on rencontre fréquemment un faisceau dégénéré entouré de faisceaux sains (fig. 66, 67).
Comme on le constate sur les préparations fraîches, l’altération subie parles faisceaux primitifs sous l’influence du parasite, présente tous les caractères de la dégénérescence séreuse ou dégénérescence de Lenker ; toute trace de striation a disparu, et la substance musculaire est fragmentée et réduite à l'état de blocs irréguliers formés d’une substance homogène, d’aspect vitreux, fortement réfringente ; dans leurs intervalles, on trouve çà et là, des spores en nombre plus ou moins considérable.
Les éléments musculaires ainsi mortifiés ne tardent pas à provoquer une véritable réaction inflammatoire; le tissu conjonctif voisin devient le siège d’une abondante infiltration cellulaire (myosite interstitielle) et eux-mêmes sont envahis par de nombreuses cellules phagocytaires, sur l'origine et le rôle desquelles je reviendrai plus loin.
À partir de ce momerl, l’évolution des productions parasitaires, que nous étudions, peut se faire dans deux directions absolument différentes, suivant que les Myxosporidies restent le seul agent pathogène ou que, au contraire, leur présence se complique d’une infection microbienne secondaire.
P. THÉLOHAN.
Dans le premier cas, on assiste à une véritable guérison spontanée; dans le second cas, le tissu malade devient le siège d’un processus de destruction, qui aboutit a la formation des abcès dont j’ai décrit plus haut les caractères extérieurs.
Si rien ne vient compliquer et aggraver les lésions dues au Myxobolus , on observe des phénomènes tout à fait analogues à ceux que j’ai signalés dans les muscles du Callionyme, dont la Glu g e a destruens a causé la dégénérescence. Seulement ces conditions se rencontrent rarement dans les muscles du Barbeau ; aussi la réparation des lésions musculaires qui, comme nous l’avons vu, représente chez le Callionyme le mode de la terminaison normal du processus morbide, est-elle ici véritablement exceptionnelle.
On peut cependant l’observer et j’en ai rencontré quelques exemples.
Au point de vue qui nous occupe, il y a lieu de distinguer dans le faisceau dégénéré les parties ou s’est développé le parasite, et qui se distinguent par le grand nombre de spores que l’on y trouve, et les parties où l’on constate, au contraire, l’absence de ces éléments, la lésion dégénérative ayant eu pour origine la présence du parasite en des points différents du faisceau (fig. G6.)
Dans ce dernier cas, les cellules ont pénétré dans le faisceau nécrosé, so multiplient rapidement, et à mesure que leur nombre augmente , on voit les débris musculaires diminuer et bientôt disparaître complètement.
En même temps, le périmysium que nous avons vu infiltré de nombreuses cellules, s’épaissit et s’hypertrophie : finalement la place du tissu dégénéré est occupée par du tissu fibreux.
Dans les points où se trouvent un grand nombre de spores, la substance musculaire nécrosée disparaît également sous l'action des cellules phagocytaires: mais la formation de tissu fibreux se borne à un épaississement du périmysium. Il se forme ainsi des espèces de travées conjonctives, séparant les espaces occupés par les spores et qui représentent les faisceaux primitifs disparus (fig. 09 l) ; quelques espaces renferment encore des débris musculaires (dg).
Peu à peu, ces travées augmentent d’épaisseur en même temps que leur tissu devient plus dense; elles constituent alors, autour de chaque espace, une sorte de coque fibreuse, qui tend a se rétrécir
SUR LES MYX0SP0R1LHES.
do plus en plus. 11 semble y avoir là un véritable enkystemont du parasite comme il s’en produit autour des corps étrangers introduits dans les tissus (fig. 70).
Pendant que ces phénomènes sc passent, l’irritation se propage, accompagnée d'une prolifération conjonctive des plus nettes, ayant pour résultat une sclérose des régions musculaires voisines, avec atrophie des faisceaux primitifs (fig. 60, a).
On voit qu’en somme, on se trouve en présence d’une guérison spontanée due à ce qu’à la place des éléments nécrosés, éliminés par phagocytose, il se produit une véritable cicatrice fibreuse dans laquelle les spores se trouvent pour ainsi dire emprisonnées.
Mais les faits de ce genre qui, je le répète, sont la règle chez le Callionyme, sont, au contraire, très rares chez le Barbeau et la plupart du temps, l’infection myxosporidienne des muscles aboutit ici à la formation d'abcès, par suite de circonstances que je vais maintenant étudier.
Dans le liquide sanieux, qui occupe la cavité de ces abcès, on trouve des lambeaux de tissu musculaire de dimensions variables, qui donnent au liquide un aspect granuleux et dont les plus gros peuvent atteindre le volume d’une noisette ; le microscope permet en outre, d’y constater l’existence d’un nombre immense de spores et une grande abondance de gouttes de graisse. On y rencontre aussi des débris de cellules méconnaissables, des globules sanguins plus au moins altérés, et enfin de petits corpuscules d’un jaune d'or, irréguliers de forme et fortement réfringents, dont il ne m’a pas été possible de déterminer exactement l’origine.
Cette espèce de fonte puriforme des productions myxosporidiennes n’est point le fait de nos parasites, dont l’action nocive se borne à produire la dégénérescence des faisceaux qu’ils envahissent : d’autres organismes entrent ici enjeu, des Bactéries ou des Microcoques, auxquels est due cette seconde phase de l’affection, de beaucoup la plus dangereuse pour le Poisson atteint.
Ces microbes se rapportent à deux formes distinctes.
La plus fréquente, est représentée par un très gros Bacille pouvant atteindre 7 et 8 u. de longueur ; on le voit tantôt isolé, tantôt réuni en colonies linéaires formées d’un petit nombre d’individus (fig. 74, ô.) Cet organisme peut se distinguer sans trop de difficulté sur des préparations fraîches, mais le meilleur moyen
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de s'assurer de sa présence, consiste à recourir à la méthode ordinaire des bactériologistes et de le colorer, après avoir étendu entre deux lamelles et soumis à la dessication, une gouttelette du liqu ide puisé aseptiquement dans la cavité de l’abcès. 11 se colore facilement par le bleu de méthylène, la fuchsine, la safranine, le violet de gentiane.
11 se cultive très bien à la température ordinaire dans du bouillon, sur l’agar-agar ou la gélatine. Il liquéfie très rapidement cette dernière ; sur la gélose, il donne de grosses colonies d’un blanc un peu jaunâtre ; il est aérobie, et, ensemencé par piqûre, il ne se développe pas, ou seulement avec une grande lenteur, dans la profondeur du milieu nutritif. Inoculé à des Lapins, il produit sous la peau de petits abcès locaux très limités, qui guérissent très rapidement; l’injection de cultures pures dans la veine de l’oreille est parfaitement supportée (5 c * c> ), il y a seulement un petit abcès sous-cutané au niveau de la piqûre.
Les circonstances ne m’ont pas permis de faire une étude complète de ce Bacille et, en particulier, de son rôle pathogène chez les Poissons. Pourtant, d'après ce que j’ai pu observer, c’est à lui qu’il faut attribuer le ramollissement des tumeurs myxosporidiennes des muscles du Barbeau.
Pfeiffer, en 1891, y avait déjà signalé la présence d’un Bacille qui présente avec celui-ci une grande ressemblance ; mais, d’après l'auteur, ce Bacille serait mobile et muni d’un flagetluin. Je n’ai pu, pour ma part, observer rien de semblable ; il se pourrait donc qu’il s’agît en réalité de deux espèces distinctes. Pfeiffer s’est d’ailleurs contenté de mentionner l’existence de l'organisme en question, dont le rôle pathogène, dans l’évolution des tumeurs du Barbeau, semble lui avoir complètement échappé. Ce microbe n’est d'ailleurs pas le seul que j’aie rencontré dans ces conditions. Beaucoup plus rarement, il est vrai, j’ai observé, tantôt en même temps que lui, tantôt seule, une autre espèce microbienne se présentant sous forme de Coccus tantôt isolés, tantôt réunis sous forme de Streptocoques ou de Diplocoquos. Mes observations à son sujet son malheureusement très incomplètes. 11 m'a semblé jouer à peu près le même rôle que le précédent.
Ces deux organismes sont les seuls que j’aie observés dans le pus des abcès non encore ouverts. Quand l’ouverture a eu lieu, on trouve
SUR LES MYX0SF0RID1ES.
d;ms la cavité une infinité de microbes différents, dans la production de la collection purifonne ; leur présence, facile h prévoir, d’ailleurs, résulte d’une infection secondaire de la plaie par les inicrorganismes de l’eau.
Se comportent-ils comme de simples saprophytes ou, au contraire, viennent-ils ajouter une action pathogène à celles des microbes qui ont déterminé la formation de l’abcès ? C’est une question que mes observations ne me permettent pas de résoudre. 11 me semble cependant bien probable que certains d’entre eux, tout au moins, jouent un rôle actif dans la mortification ultérieure des tissus qui constituent la paroi de la cavité, et qu’ils contribuent à amener la mort des Barbeaux malades qui, dans la plupart des cas, ne survivent pas bien longtemps à l’ouverture des abcès et à l'infection qui en est la suite.
Je reviens maintenant aux microbes que l’on trouve dans les abcès en voie de formation. Je ne les ai jamais observés que dans les muscles atteints par les Myxosporidies, jamais dans les autres organes.
Ils se trouvent non seulement dans le pus, mais aussi dans les tissus limitant la cavité qui contient ce liquide. En pratiquant des coupes à ce niveau, on trouve les muscles envahis par le Myxobolm , aux différents stades des processus de dégénérescence et de réparation que j’ai étudiés plus haut. Mais, dans tous les cas où les microbes ont envahi la tumeur, la guérison ne peut s’achever, la phagocytose demeure plus ou moins incomplète et la prolifération conjonctive, si elle a commencé à se produire, ne tarde pas à être entravée : le tissu musculaire et le tissu conjonctif mortifiés et pour ainsi dire digérés par l’action des sécrétions microbiennes, tombent en déliquium, et le liquide ainsi formé ne larde pas à se fairejour à l’intérieur après destruction des téguments.
En examinant des coupes pratiquées dans la paroi de tumeurs dans lesquelles les lésions ne sont pas encore trop avancées, on peut suivre, pour ainsi dire pas à pas, la formation du pus et constater les différents stades delà destruction des tissus. La figure 71 donne une idée de l’aspect que revêtent ceux-ci au cours de leur destruction ; elle représente, vue à un fort grossissement, une portion d’une travée conjonctive prise dans une région de la paroi d’un abcès où l’invasion microbienne avait trouvé le tissu musculaire au stade des lésions myxosporidiennes, représenté dans la figure 09.
P. THÉLOHAN.
On voit qu’ici les caractères du tissu conjonctif sont devenus absolument méconnaissables : on n’a plus qu’une sorte de magma finement granuleux (x) dans lequel on distingue d’assez nombreux Bacilles, puis, ça et la, des gouttelettes de graisse, des globules colorables par la safranine (g) et enfin, quelques noyaux (n), dont on peut encore reconnaître la structure.
En résumé, on voit que la présence de Myxosporidies dans les faisceaux primitifs des muscles du Barbeau, amène la dégénérescence vitreuse de ces éléments ; les faisceaux dégénérés disparaissent sous l’action de cellules phagocytaires et leur place peut être finalement occupée par une véritable cicatrice fibreuse. Dans la plupart des cas, au contraire, certains microbes, trouvant dans le tissu musculaire nécrosé un terrain favorable, s'y développent et amènent la fonte puriforme du tissu conjonctif voisin , donnant ainsi naissance à de véritables abcès qui ne tardent pas à s’ouvrir à l’extérieur.
Je reviens maintement à la lésion initiale, c’est-à-dire à la dégénérescence vitreuse des faisceaux primitifs due à la présence de laMyxosporidie.
Cette altération des muscles peut se montrer sous l’influence de causes assez nombreuses et bien différentes les unes des autres. On l’observe, par exemple, à l’état pour ainsi dire physiologique, dans les muscles de la queue, chez les têtards de Batraciens au moment de la disparition de cet organe.
On la voit également apparaître à la suite d’un assez grand nombre d’états pathologiques, dont je n’ai pas à m’occuper ici.
Elle peut, enfin, avoir pour origine l'envahissement des éléments musculaires par certains parasites autres que les Myxosporidies.
Il me semble nécessaire de dire quelques mots de ces derniers faits, qu’il est intéressant de rapprocher de ceux que je viens de décrire, le processus présentant dans ces divers cas une évidente analogie, malgré les différences profondes qui séparent, au point de vue zoologique, les organismes qui provoquent son apparition comme ceux chez lesquels il se montre.
D’après les observations de Laülaniê, une Sarcosporidie, le Sarcocystis Miescheri, est, dans certains cas, susceptible de déterminer une myosite interstitielle et parenchymateuse, caractérisée par la dégénérescence vitreuse des faisceaux envahis.
Un autre parasite musculaire, la Trichine, détermine, comme on le sait depuis longtemps, des lésions analogues récemment étudiées par Soüdakkwitcii- Cet auteur s’est spécialement occupé de l’origine des cellules phagocytaires qui se montrent en grand nombre à un moment donné dans les faisceaux atteints par le processus dégénératif. D’après ses observations, on trouve encore ici de la myosite interstitielle, se traduisant par des infiltrations cellulaires du périmysium, et delà myosite parenchymateuse, dont le signe principal consiste dans la dégénérescence des faisceaux infestés, qui, ayant perdu leur striation, se réduisent en tronçons, dans les intervalles desquels apparaissent de grosses cellules phagocytaires. Celles-ci dérivent du sarcoplasma par multiplication des noyaux et division de la substance protoplasmique de ce dernier. Ces phagocytes , d'origine sarcoplastique , ne présentent pas une activité de bien longue durée: «la Trichine détruit bientôt par ses mouvements toutes les cellules vivantes et les mélange aux restes de la substance musculaire détruite antérieurement. Dans ce cas, ce sont les phagocytes qui s’introduisent dans le faisceau. Ils le désagrègent en petits morceaux qu’ils englobent ensuite ».
D’après ce court résumé des recherches de Soudakewitch, on voit combien les lésions déterminées par la Trichine dans les muscles des Mammifères, se rapprochent de celles que Ton observe à la suite de l’infection myxosporidienne des muscles des Poissons. Cette analogie du processus, déterminé dans le tissu d’animaux si différents par la présence de parasites, n’ayant eux-mêmes de commun que la similitude de leur siège, me semble un fait intéressant a noter au point de vue de la physiologie et de la pathologie générales.
Quant à l’origine des cellules phagocytaires qui, dans les deux cas, ont pour mission de faire disparaître les débris musculaires nécrosés, je dois avouer que je pencherais volontiers pour une manière de voir un peu différente de celle exprimée par Soudaicewitcu.
Cet auteur admet, comme on l’a vu, que dans la Trichinose, les premiers phagocytes que l’on observe dans le faisceau nécrosé, résultent d’une sorte de fragmentation du sarcoplasma autour des noyaux du sarcolemme. Ainsi se constitueraient des cellules qui, devenant mobiles, attaqueraient les blocs vitreux résultant de la nécrose du reste du faisceau, de telle sorte qu’à ce moment, l’élément musculaire se mangerait littéralement lui-même.
P. THÉLOHAN.
Dans les muscles des Poissons infestés par les Myxosporidies, je n’ai rien observé qui permît d’assigner pareille origine aux cellules phagocytaires.
L’altération du faisceau primitif envahi m’a semblé porter sur l’ensemble de l’élément, y compris le sarcoplasma et les noyaux du sarcolemme. Ceux-ci, tout à fait au début de la lésion, peuvent peut-être présenter une certaine augmentation de volume: peut-être même peuvent-ils se multiplier, bien que je ne les aicjamais observés à l’état de karyokiuèse, mais, d'après mes préparations, ils m’ont paru être altérés de bonne heure par le processus et participer à la dégénérescence du faisceau tout entier. Les phagocytes que l’on trouve dans ce dernier sont, je crois, de la même nature que les cellules qui infiltrent le périmysium et le tissu conjonctif voisin des amas parasitaires. J’avoue, d’ailleurs, que cette modification profonde dans les caractères et le rôle d’un élément aussi différencié et aussi nettement spécialisé que la cellule musculaire, me semble assez difficile à comprendre, d'autant plus que cette modification et le surcroît d'activité, par lequel elle se manifeste, se produiraient justement chez des cellules dont la nutrition et la vitalité sont fortement compromises, comme le prouve la dégénérescence dont elles sont atteintes.
Qu’un pareil processus s’observe dans les muscles de la queue des Têtards au moment de la disparition de cet organe, comme l’a signalé M. Metchniicoff, cela ne me semble pas un argument que l’on puisse invoquer ici. Il s’agit, en effet, d’un phénomène d’atrophie absolument physiologique, et la comparaison me semble difficile à établir entre ce fait et la nécrose d’un faisceau primitif qui dégénère sous l’influence d’un parasite développé dans sa substance.
Quoi qu’il en soit, dans les cas où j’ai pu constater la dégénérescence du tissu musculaire, déterminée par les Myxosporidies, les phagocytes et les éléments qui infiltrent le périmysium m’ont toujours paru de nature identique et d’origine nettement leucocytaire.
Je no saurais d’ailleurs m’étendre davantage sur ce point particulier du processus morbide que détermine la présence de nos parasites dans le tissu musculaire.
Ce processus revêt chez le Barbeau une gravité toute spéciale en ce qu’il devient, comme on l’a vu, le point de départ d'une infection microbienne secondaire, don! les suites sont presque toujours mortelles pour l’organisme envahi.
SUR I.KS MYXOSPORIDIES.
Si le développement du Myrobolus dans les faisceaux primitifs des muscles donne lieu de la sorte aux lésions les plus graves do la maladie, ce n’est pas cependant le seul mécanisme par lequel ce parasite est capable d’amener la mort de son bote.
J’a signalé déjà l’existence de tumeurs myxosporidiennes dans le mésentère, dans le tissu conjonctif intermusculaire des parois du corps, etc.; ces formations peuvent amener la compression d’organes plus ou moins importants et causer ainsi des troubles mortels ; c’est ainsi que, dans un cas, j’ai trouvé comme cause de la mort, de volumineuses tumeurs développées dans le (issu conjonctif de la paroi du corps, au voisinage du cœur ; elles avaient fini par devenir tellement saillantes, que cet organe s'était trouvé comprimé et hors d’état de fonctionner.
Je rappellerai également le fait que j’ai cité plus haut où le parasite, en se développant dans la paroi intestinale, avait amené une obturation presque complète de la lumière du canal digestif.
Il est évident enfin, que l’infection du tissu conjonctif de certains organes, poussée aussi loin que celle que j’ai signalée à propos du rein, doit retentir d’une façon fâcheuse sur la santé de l’hôte; or, cette infection plus ou moins marquée, s’observe fréquemment non seulement dans le rein, mais aussi dans la rate, le foie, l’ovaire, etc.
Dans certains cas, on trouve les différents organes littéralement farcis de parasites : mais je n’y ai jamais trouvé de microbes, ceuxci paraissent absolument localisés dans les muscles.
Tels sont les faits qu’il m’a été donné d’observer relativement à la maladie des Barbeaux. On a vu qu’elle doit emprunter, en grande partie, sa gravité à l’intervention d’agents pathogènes auxquels le Myxobolus ne fait, pour ainsi dire, que préparer les voies ; celui-ci, toutefois, peut également déterminer, par sa seule présence, des troubles mortels (compression, occlusion intestinale, etc).
P. THELOHAN.