Tombeaux deTi, de Mera, etc., à Saqqarah
m'avait fait penser, en 1896, que les restes de maisons de briques crues que renlerme le tell appartenaient à la période indigène; mais Tétude plus approfondie des buttes analogues à Kawamil, à Silsileh et à Toukh même m'amène aujourd'hui à rectifier cette erreur.
Chaque fois qu'on rencontre des briques crues, soit dans les kjœkkenmœddingSjSoit dans les sépultures, on trouve en même temps des objets métalliques, tels que harpons, aiguilles, petits ciseaux, etc., mélangés aux silex taillés et aux tessons de vases. La brique crue permet donc de ranger les vestiges dans la période égyptienne des débuts, et Tart de la travailler est Tune des caractéristiques de cette époque.
Les indigènes ne connaissaient pas la brique, dont l'usage fut probablement apporté de Chaldée par les étrangers. Ils construisaient de simples huttes de branchages ou de roseaux, si nous en croyons les observations que j'ai pu faire dans les kjœkkenmœddings qui ne renfermaient pas de métaux.
Dans un pays comme l'Egypte où les froidures ne sont pas à redouter, de simples huttes de roseaux suffisent à garantir contre les ardeurs du soleil et la violence du vent; les Bédouins en font encore constamment usage et les fellahs eux-mêmes, lorsque quittant leurs villages ils vont conduire leurs troupeaux dans les champs à l'époque des verdures, s'abritent sous des huttes faites de tiges de dourah.
A Ras-el-Bahr, où chaque année, un grand nombre d'habitants du Caire fuyant les chaleurs, vont en été vivre au bord de la mer, on habite dans des maisons de roseaux ; j'y ai moi-même vécu pendant plusieurs mois et par expérience j'ai constaté que ces abris sont très confortables.
Ce qui se passe aujourd'hui se passait également il y a dix mille ans et nous en trouvons la preuve dans les kjœkkenmœddings réellement indigènes qui contiennent mélangés aux cendres et aux restes de la vie humaine une foule de débris de branchages, de roseaux et de joncs.
A Toukh, la base du kom est formée de ces vestiges préhistoriques et c'est dans les couches supérieures seulement qu'on rencontre les ruines des habitations égyptiennes caractérisées par la poterie et les objets métalli(|ues.
Le site de Toukh fut abandonné peu après la conquête égyptienne et remplacé par la ville de Noubt située à un kilomètre plus au nord ; la vie se continua là pendant toute la période pharaonique.
A Gebelein, au contraire, remplacement des huttes préhistoriques se recouvrit successivement de constructions et tandis qu'à la base du tell on rencontre les véritableskjœkkenmœddingsanté-historiques, au sommet on voit des ruines de maisons grecques et romaines.
Quant à la position des lieux que choisissaient les indigènes pour leurs établissements, il est bien difficile de la définir, car aujourd'hui les restes des campements, qui jadis étaient situés dans la vallée, sont recouverts d'épaisses couches de limon dont l'épaisseur peut atteindre 13 à 14 mètres. Nous ne pouvons donc parler que des stations qui, se trouvant situées sur le bord du désert, sont restées à l'abri des inondations. Dans la plupart des cas, les kjœkkenmœddings sont très voisins de la limite actuelle des cultures; ils s'en éloignent rarement de 150 ou 200 mètres.
Quant à la population, elle était très nombreuse, si nous en jugeons d'après la quantité considérable de sépultures que renferment les nécropoles et par le grand nombre de ces cimetières. Lorsqu'on parcourt la lisière du désert entre Kawamil au nord et Thèbes, il est rare qu'on fasse plus de quatre ou cinq kilomètres sans rencontrer soit des nécropoles, soit des kjœkkenmœddings, soit des silex taillés épars eji grand nombre sur le sol et montrant que des recherches plus minutieuses amèneraient la découverte de véritables stations.
Entre Kawamil et Silsileh, les restes d'époque historique sont à peine plus nombreux que les vestiges préhistoriques. Les cimetières musulmans eux-mêmes n'indiquent pas un nombre beaucoup plus considérable d'habitants et nous savons que la population actuelle de rÉgypte dépasse deux cents habitants par kilomètre carré de surface cultivable.
Sans pousser trop loin ces considérations, sans admettre qu'aux temps préhistoriques la population de l'Egypte était aussi nombreuse qu'aujourd'hui, nous devons cependant reconnaître qu'elle était très considérable. Nous trouvons dans certaines vallées de l'Afrique centrale, dont les tribus sont encore à l'état sauvage, des points de comparaison qui nous permettent déjuger de ce qu'était la population indigène dans la vallée du Nil avant l'arrivée des Egyptiens. Les villages nègres sont situés à flanc de coteau et sur toutes les hauteurs voisines de la vallée, qui nourrit les bestiaux et fournit les terrains de culture.
8* Chasse. — L'homme néolithique en Egypte était un peuple chasseur et pêcheur. Le gibier abondait dans la vallée du Nil comme il
abonderait encore aujourd'hui, si les armes à feu n'avaient apporté des moyens infaillibles de destruction et n'avaient chassé les animaux sauvages jusqu'au centre du continent africain.
L'éléphant qui vit sur le haut Nil Blanc et sur ses affluents, qui se rencontre encore en bandes nombreuses sur le moyen Nil Bleu et va jusqu'à faire des incursions dans les territoires italiens, vivait probablement en Egypte dans les débuts; mais grâce au peu de largeur de la vallée, au manque absolu de grandes forêts, il dut être l'un des premiers animaux qui furent obligés de rétrograder devant l'homme et de gagner les solitudes de l'Afrique centrale.
Nous rencontrons dans les sépultures indigènes un grand nombre d'objets en ivoire d'éléphant et souvent même la forme naturelle de la défense s'est conservée d'une manière qui ne permet aucun doute. Les graffiti et les peintures des vases nous montrent également le grand pachyderme africain dont le nom s'est conservé jusqu'à notre ère dans l'île d'Éléphantine; mais il n'est pas possible de dire si, vers les derniers temps de l'époque néolithique, les indigènes chassaient encore l'éléphant en Egypte ou s'il recevaient son ivoire par le commerce de l'intérieur*.
Les mastabas les plus anciens ne nous fournissent jamais la représentation de l'éléphant parmi les animaux de la faune égyptienne ; nous devons en conclure qu'à la III" dynastie, ce pachyderme était depuis longtemps étranger à l'Egypte.
L'hippopotame, au contraire, que nous voyons figurer si souvent dans les bas-reliefs de TAncien Empire, vécut dans le Delta jusqu'à l'époque des Croisades; il était d'une extrême abondance durant les siècles qui précédèrent l'arrivée des Égyptiens et il n'est pas une nécropole, pas un kjœkkenmœdding qui ne nous fournissent des preuves que son ivoire était d'un emploi courant.
Le rhinocéros semble avoir été plus rare, si toutefois il vivait en Egypte à ces époques reculées. J'ai rencontré dans la partie inférieure du kjœkkenmœdding de Toukh un fragment de corne de cet animal.
Il est à remarquer que le rhinocéros ne figure pas dans les basreliefs de l'Ancien Empire.
Le bœuf sauvage, analogue à celui que nous rencontrons encore
1. Le nom de l'île d*Éléphanliiie, à la première cataracte, est un indice certain de l'existence de l'éléphant en Egypte aux débuts de TAncien Empire. L'inscription d*Ounas et les textes du tombeau de Hirkouf nous montrent fréquemment ce nom écrit avec la représentation du grand pachyderme africain.
dans TAbyssinie, vivait alors en Egypte; les gazelles, les antilopes étaient en grand nombre, dans la vallée comme au désert.
Le sanglier ou cochon sauvage était fort abondant; les kjœkkenmœddings renferment en grand nombre les os de cet animal, et, suivant le professeur Schweinfurth, les sangliers qu'on rencontre aujourd'hui si rarement au Fayoum ne seraient peut-être que les descendants de la race primitive.
Tels sont les principaux quadrupèdes que l'indigène chassait dans la vallée et dans les montagnes ; je ne parlerai pas des carnassiers tels que le lion, le guépard, le léopard, l'hyène, le loup, le chacal, le chat sauvage, etc. qui constituaient pour lui un réel danger; du crocodile, son plus grand ennemi, dont d'ailleurs il ne pouvait tirer que fort peu de parti.
Quant aux volatiles, ils étaient extrêmement nombreux et formaient une partie très importante de l'alimentation des indigènes.
Parmi les oiseaux, l'autruche, alors abondante à l'état sauvage, semble avoir joué un rôle important dans la vie des hommes néolithiques. Ses œufs, percés et couverts de peintures, se rencontrent assez souvent dans les nécropoles: ses os sont abondants dans les kjœkkenmœddings et, dans le désert Arabique, on rencontre très fréquemment sur le sol des fragments de ses œufs.
Après avoir donné la liste sommaire du gibier que chassait l'homme en Egypte, il est nécessaire de montrer quel était le terrain de chasse avant d'entrer dans le détail des armes dont l'indigène disposait pour se procurer les animaux nécessaires à sa vie.
Le désert et les montagnes qui, à Test et à Touest, bordent la vallée du Nil étaient alors ce qu'ils sont encore de nos jours, c'est-à-dired'une aridité presque absolue. Ce domaine était celui des antilopes, des gazelles et de l'autruche, mais c'est dans la vallée du Nil que se trouvaient les chasses importantes.
Le Nil, sans digues et sans contrainte, oscillait alors suivant son caprice, de la chaîne Libyque à la chaîne Arabique, formant un nombre considérable de bras, dont beaucoup restaient à sec pendant la majeure partie de l'année, laissant des îles couvertes de végétation, des marais profonds, au pied des montagnes, déracinant, une année, les bois qu'il avait laissé pousser pendant les années précédentes, et pendant ses crues couvrant la vallée tout entière.
C'est au milieu de cette jungle remplie de plantes épineuses, dans ces marécages bordés de roseaux, de joncs et de papyrus que se tenait
le gibier; c'est là que rhomme devait aller le chercher, aussi bien armé que possible, car jamais le chasseur ne savait s'il n'allait pas rencontrer face à face l'un de ces ennemis redoutables, tels que le rhinocéros, l'hippopotame, le lion, le crocodile et s'il n'en serait pas la victime.
Dans les pays où vivent encore ces terribles animaux, le chasseur indigène, privé d'armes à feu, ne s'avance qu'avec des précautions infinies, il se glisse sans bruit dans les broussailles, passe des nuits et des journées à l'affût, cherchant dans les arbres un abri contre les attaques. J'ai vu des Négritos en chasse, armés de leurs arcs et de leurs sarbacanes aux flèches empoisonnées : ils marchent isolément, se faufilent entre les troues d'arl)res et agissent avec tant de prudence et de silence, que souvent ils arrivent jusqu'à dix pas seulement de la pièce qu'ils poursuivent sans éveiller son attention. Tout en épiant leur proie, ils jettent de tous côtés les yeux et surveillent les moindres bruits de la forêt.
Je me représente l'indigène d'Egypte employant les mômes procédés que les Négritos, se procurant beaucoup plus de gibier à l'aide de pièges et de lacets que par l'usage de ses armes; mais, lorsqu'il partait en chasse usant de toutes les précautions et n'agissant qu'avec une patience infinie.
Il n'entrait dans les fourrés que muni de toutes ses armes, car il pouvait renconter des ennemis plus terribles que l'homme et mieux que pour la guerre il devait être prêt à la défense.
Je décrirai donc en traitant de la chasse toutes les armes qu'employaient les indigènes, car elles lui servaient aussi bien pour lutter contre ses semblables que pour attaquer les animaux. D'ailleurs nous ne possédons aucun document sur les relations qui existaient entre les diverses tribus; elles étaient probablement souvent en guerre si nous en jugeons, d'après ce qui se passe chez toutes les peuplades sauvages, mais nous n'avons aucune certitude à ce sujet. Je rapporterai donc tout l'armement à la chasse.
La forme la plus simple de l'arme est le bâton, les indigènes l'employaient, j'en ai retrouvé des traces dans les tombeaux; les Égyptiens pharaoniques en faisaient grand usage et, de nos jours encore, il n'est pas un fellah qui sorte de sa maison sans être muni de son nahouls long bâton de bois dur, plus lourd à l'extrémité qu'à la partie qu'on tient à la main, et qui constitue une arme terrible.
Afin de rendre le coup plus dangereux les indigènes armaient leurs
ETHNOGRAPHIE DES POPULATIONS INDIGÈNES DE L'EGYPTE 71 bâtons d'une masse pesante faite de pierre ou d'ivoire (fig. 156). Ils
Fig. i56. — Masse d'ivoire, nécropole de Silsileh. i/'i grandeur naturelle.
employaient à cet effet la diorite, les roches dures des environs d'Assouan (fig. 157-164), ou môme Talbâtre dans le cas, probablement, où la massue devenait un simple signe de commandement.
Les masses affectent des formes très diverses : les unes sont coniques, d'autres sont arrondies. Ce dernier type est resté en usage pendant toute la durée de Tempire égyptien :
j'en ai trouvé dans les tombes princières de la XIP dynastie à Dahchour; on le voit figuré sur tous les monuments égyptiens jusqu'à la fin de Tépoque romaine; les masses n'avaient plus alors qu'une signification conventionnelle.
La masse n'est pas une arme spéciale à l'Egypte; son emploi fut courant dans tous les pays, même les plus civilisés. Il est cependant intéressant de citer celles dont les indigènes de la Nouvelle-Zélande, de la Californie et du Mexique font encore usage* et qui sont absolument sembla-