‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 24 sur 87 · CD · texte numérisé non relu

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de la vie courante pour les remplacer par des .^

tableaux d'un archaïsme conventionnel. Les

temples de Tépoque ptolémaïque nous fournissent parfois des représentations du harpon. Mais les bas-reliefs de cette époque ne sont en général que des copies des œuvres d'art plus anciennes et nous ne pouvons en conclure, d'une manière certaine, quels étaient les usages à l'époque gréco-égyptienne.

Les premiers harpons que nous connaissons en Europe appartiennent à Tépoque magdalénienne; on les rencontre dans les grottes du Lot-et-Garonne, dans le Tarn-et-Garonne, dans la Dordogne. A l'époque néolithique cette arme devint très abondante, si nous en jugeons par les exemplaires provenant des lacs de Suisse et de Scandinavie; elle est encore en usage chez les Lapons, les Esquimaux et beaucoup de peuplades des pays du nord. 11 n'est donc pas surprenant de rencontrer le harpon parmi les armes de pêche dont l'usage fut le plus ancien en Egypte.

Alors que les eaux étaient basses dans le Nil et que celles des marais ayant déposé leurs limons étaient devenues plus transparentes, les indigènes montés sur leurs légères barques de roseaux parcouraient les étangs, le harpon à la main, et frappaient ces énormes poissons que nous péchons encore de nos jours etqui, alors, étaient en bien plus grande abondance qu'aujourd'hui; la nature des lieux était alors bien plus favorable au développement des animaux aquatiques, et l'état rudimentaire des engins employés par l'homme pour les capturer n'empêchait pas leur développement. Nous trouvons dans les kjœkkenmœddings une quantité considérable d'os de poissons d'eau douce,

c'est làunepreuve que, comme la chasse, la pèche fournissait Tun des éléments les plus importants de la nourriture indigène. J'ai dit. plus haut que les Égyptiens avaient bien certainement adopté la majeure partie des procédés indigènes de pèche. Il semble même rationnel de

Fig. 228. — Harpon ea ivoire. Nécropole de Toukh (Négadah) (FI. Pelrie, pi. LXÎ,

fig. i3). 2/3 grandeur naturelle.

Fig. 229. — Harpon en corne. Nécropole de Toukh (Négadah) (FI. Pelrie, pi. LXI,

fig. 16). 2/3 grandeur naturelle.

Fig. 23o. — Harpon en ivoire. Nécropole de Toukh (Négadah) (FI. Pétrie, pi. LXI,

fig. i4). 2/3 grandeur naturelle.

Fig. 23 1. — Harpon en corne. Nécropole de Toukh (Négadah) (FI. Pétrie, pi. LXI,

fig. 12). 2/3 grandeur naturelle.

Fig. 232. — Harpon en ivoire. Nécropole de Toukh (Négadah) (FI. Pétrie, pi. LXI,

fig. i5). 2/3 grandeur naturelle.

penser qu'ils les conservèrent tous en les perfectionnant et qu'euxmêmes devaient être très inhabiles dans Fart de se procurer le poisson.

Si, comme tout porte à le croire, les Égyptiens sont partis d'Asie,

ce ne peut être qu'en Ghaldée qu'ils auraient connu la pêche, et qu'ils en auraient découvert les procédés. Mais leur mouvement de migration vers l'ouest ne put être très rapide et dans la traversée des pays qui séparent la vallée de l'Euphrate de celle du Nil, ils eurent tout le temps de désapprendre les procédés de pêche. Si, au contraire, leur migration fut rapide, ils apportèrent en Egypte les engins dont ils avaient connu Tusage sur le Chattel-Arab et dans les immenses marais qui l'avoisinent.

La Basse - Mésopotamie présente avec la vallée égyptienne de grandes analogies. Ces deux contrées sont des pays d'alluvions, situés à peu de chose près soùs la même latitude, et jouissant de climats très voisins. Les peuples primitifs de Tun et de l'autre de ces pays se développèrent dans les mêmes conditions, trouvant les mêmes ressources naturelles, ayant les mêmes besoins. Il serait donc très naturel de rencontrer un grand nombre d'usages communs à ces deux populations, si même elles n'avaient eu entre elles aucun lien de parenté. Aussi n'est-ce pas sur les coutumes imposées par la nature, usages dont la pêche et la chasse font partie, que nous devons nous baser pour rechercher le pays d'origine des Egyptiens.

10. Navigation, — Les crues du Nil, la présence dans la vallée d*un grand nombre de marais très étendus, le besoin de se procurer du poisson sont les causes principales de l'invention des bateaux en Egypte. Le premier esquif fut bien certainement une botte de joncs ou de roseaux, ou un tronc d'arbre, les rames furent les mains*; mais la présence dans les eaux d'hôtes dangereux, comme Tétait à

I. Les Barbarins des cataractes font encore un usage courant du tronc d'arbre pour traverser le fleuve ou les rapides.

Fig. 233 et 234. — Harpons de cuivre (Négadah) (FI. Pétrie, pi. LXV, fig. 7 et 8j. 2/3 grandeur naturelle.

cette époque le crocodile, obligea les indigènes à construire des embarcations plus stables dans lesquelles ils purent se tenir à Tabri des ennemis qu'ils rencontraient à chaque instant.

Les pirogues néolithiques sont abondantes en Europe : on en a rencontré en Allemagne orientale, en Islande, en Ecosse, en Angleterre, au Danemark, en France, en Suisse, etc. *. Ces bateaux sont creusés dans un tronc d'arbre.

Dans la vallée du Nil où de tout temps les gros arbres ont été rares, où les vagabondages du Nil empêchaient la formation de véritables forêts, le bois ne pouvait être employé pour la construction

235 23S bit

237 237 bis

Fig. 235 à 237. — Bateaux en terre cuite (Négadah). FL Pétrie, pi. XXXVI.

des barques qu'avec l'aide de connaissances très approfondies de la charpente*, et bien certainement, les indigènes pour qui l'usage du bois n'était que très secondaire par suite des conditions naturelles de leur pays, n'étaient que de très médiocres charpentiers; il leur fallut chercher ailleurs leurs matériaux de construction, et le roseau semble avoir été la matière première des embarcations, non seulement aux âges préhistoriques, mais pendant la majeure partie de TAncien Empire égyptien.

Quelques petits vases de terre cuite rencontrés dans la nécropole de Toukh représentent des barques (fig. 235-237), et, d'après les

1. Cf. Gross, Les Proto-Helvètes; Marquis de^&daiW&c, La pêche préhistorique dans Matériaux pour l'histoire de Chomme, IV, p. 93.

2. Barques de la XI* dynastie trouvées à Dahchour (Musée de Gizeh).

dessins grossiers qu'ils portent, il est aisé de reconnaître qu'ils étaient faits de roseaux reliés entre eux par des liens transversaux. Une résine, dont nous n'avons pas encore trouvé de traces, rendait probablement imperméable la coque du bateau.

Ces petits modèles de terre cuite ne peuvent, d'une manière certaine, être attribués aux indigènes exempts de tout contact avec les Égyptiens, car la nécropole de Toukh renferme en même temps des sépultures antérieures et postérieures à la conquête. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que les vases appartiennent, au plus tard, aux débuts de l'établissement des Égyptiens. Mais cette date extrême nous suffit pour conclure qu'à cette époque et avant, peut-être, les embarcations étaient construites en roseaux.

L'existence des bateaux pendant la période néolithique nous est prouvée d'une manière absolue par les peintures des vases indigènes (fig. 238-239) qui presque toutes représentent des barques.

Fig. 238 et 239. — Peintures sur vases (ûg. 238, Abydos ; fig. 239, Négadah),

Ces embarcations sont très plates; elles portent toujours deux sortes de cabines, huttes construites en leur milieu. Si nous reconnaissons des rames dans les traits qui, partant du bateau, descendent verticalement, ces embarcations étaient de très grande taille; mais je suis plutôt porté à croire que ces lignes répondent à des engins de pêche ou à des objets inconnus et que les rames sont seulement les traits qui, placés obliquement à Tune des extrémités du bateau, sont munis d'un élargissement figurant la palette.

Les barques en roseaux sont très fréquemment représentées dans les mastabas de l'Ancien Empire, elles sont en tout semblables à

celles des indigènes, mais les sculptures ayant été exécutées avec une extrême fidélité, nous pouvons, en les examinant avec un peu de soin, retrouver toutes les conditions de leur construction.

Les joncs ou les roseaux étaient placés dans le sens de Taxe de l'embarcation ; aux deux extrémités les divers éléments étaient reliés entre eux par un fort nœud, tandis que des liens très rapprochés les uns des autres traversaient la coque tout entière normalement à son axe en reliant entre elles toutes les tiges. Le bateau ainsi construit était formé d'une véritable natte qui n'eût pas été suffisante si l'épaisseur des nattes n'eût été triplée ou quadruplée, si des armatures de bois n'étaient venues maintenir l'ensemble rigide et si un enduit n'avait été appliqué pour rendre l'embarcation imperméable.

140 241 Ui 243 244 245 246

Fig. 240-246. — Enseignes de proue.

Avant de terminer en ce qui concerne la navigation, je dois signaler de curieux objets, qui, dans les peintures indigènes, sont toujours figurés à l'avant des bateaux et près de la cabine d'arrière. Ce sont des palmes, ou des mâts très courts, (fig. 240-264) portant à leur extrémité des signes variés, palmes, animaux^ dessins géométriques, etc.

Il n'est pas rare de rencontrer sur le même vase ou sur des vases différents des représentations identiques ; ainsi la peinture (fig. 239) montre à l'avant du bateau deux palmes, et à l'arrière un éléphant. Ces signes se reproduisent sur deux bateaux différents.

Au contraire, dans la figure 238, qui représente trois barques, les signes de proue sont les mêmes, tandis que ceux des cabines dififèrent.

Bien que ne possédant aucun autre indice que ceux que je viens de donner au sujet de l'usage de ces signes, je suis porté à croire qu'ils représentent des drapeaux, de véritables enseignes destinées à faire connaître de loin et la tribu et le nom du propriétaire de la barque.

En suivant cette hypothèse, je pense que le signe de proue (fig. 240 à 246) devait être celui de la tribu, tandis que l'enseigne de la cabine (fig. 247 à 264) était celle de la personne qui montait la barque.

Cette explication, bien que ne reposant sur aucun fait certain, est cependant très satisfaisante, et il serait aisé de citer, chez les tribus sauvages de nos jours, quantité d'exemples d'un semblable usage.

L'Egypte était alors divisée en un grand nombre de tribus, probablement en lutte continuelle pour la possession des territoires de chasse et de pêche; n'est-il pas naturel de penser que les barques portaient des caractères dîstinctifs, afin qu'on sût de loin si Ton avait

Fig. 247 à 264. — Enseignes de l'arrière.

Fig.

Abydos (?). Musée de Gizèh.

Fig.

Haute

Egypte.

Musée de Gizèh.

Localité inconnue. Musée de Gizèh.

Fig.

Abydos (?). Musée de Gizèh.

Nécropole de Toukh. PI. Pétrie.

Naqada

et Ballas, pi.

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