‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 25 sur 87 · LVI · texte numérisé non relu

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affaire à des hommes appartenant à une tribu hostile ou amie; enfin, que deux barques de même tribu se rencontrant, il fût aisé pour les équipages de reconnaître le nom même du patron? Si nous en jugeons par Tabondance des enseignes peintes sur les

94 I-THNOGRAPHIE DES POPUIATIONS INDIGÈNES DE L'EGYPTE

vases, cette coutume fut en vigueur tant que dura la prépondérance indigène, mais quand apparurent les Égyptiens, quand la vallée du Nil tout entière fut soumise au même maître, l'usage des enseignes fut abandonné ou plutôt s'atténua, car il n'avait plus de raison d'être, toutes les tribus obéissant aux mêmes lois.

Ces enseignes étaient de véritables armoiries et Tusage du blason ne cessa pas de suite en Egypte; je n'en citerai qu'un exemple, celui des boucliers armoriés trouvés à Siout dans le tombeau d'Emsah, personnage de la XI* dynastie.

Les considérations qui précèdent montrent combien était déjà importante la navigation en Egypte; cette importance a beaucoup diminué lors du comblement des marais, mais elle est toujours restée considérable, le Nil étant la seule grande voie de communication de l'Egypte.

11. Agriculture, élevage. — En 1896, dans mon volume sur UAge de la pierre et les métaux, j'ai émis l'opinion que les indigènes étaient agriculteurs et j'appuyais mon dire sur ce que, dans les kjœkkenmœddings et les stations préhistoriques de la Haute-Egypte, j'avais rencontré un très grand nombre de scies de silex ayant jadis servi à former la partie tranchante des faucilles et dont les dents étaient polies par l'usage. Ces restes d'instruments de culture ne pouvaient en effet laisser aucun doute. Mais, aujourd'hui, je suis plus hésitant à me prononcer, car mes dernières recherches m'ont amené à penser que ces faucilles appartiennent plutôt aux premiers temps égyptiens qu'aux époques purement néolithiques.

En effet, les fragments de faucilles sont abondants dans les kjœkkenmœddings et les stations de Kawamil, de Ballas, de Toukh, de Zawaïdah, de Négadah où se rencontrent en. même temps des objets postérieurs et antérieurs à la conquête, tandis que je n'en ai pas rencontré dans les stations de Dîmeh, d'Omm el-'Atl, de Kom- Âchim, d*Ël-'Amrah, etc., qui sont purement néolithiques.

Cette remarque m'a été suggérée par une observation de M. le professeur Schweinfurth relative aux céréales. Le blé et l'orge sont, m'at-il dit, originaires de Chaldée et ces plantesy croissent actuellement encore à l'état sauvage. La déduction qui vient d'elle-même est que, si le blé et l'orge existent en Egypte, c'est qu'ils y ont été apportés, et nous'savons que cette acclimatation date d'une époque fort reculée, puisque j'ai trouvé dans les vases de terre du tombeau royal de Né-

gadah et dans les sépultures de Kawamil du blé et de Torge dont les graines ont été reconnues par le professeur Schweinfurth lui-môme. La présence du blé dans les tombes, et celle des débris de faucilles dans les localités où les céréales se rencontraient, m'ont porté à

Fig. 265. — Mode de monture des faucilles armées de silex, d'après les résultats des fouilles de M. W. FI* Pétrie à Kahoun (cf. FI. Pétrie, Illahuriy Kahun and Guroh, pi. VII, fig. 27).

Fig. 266. — Scie ou partie de faucille en silex jaune (Tell-el-Yahoudi, près d'Héliopolis). 1/2 grandeur naturelle.

Fig. 267 ù 273. — Scies en silex jaune (Kjœkkenmœddiogs de Toukh). 1/2 grandeur naturelle.

rechercher avec grand soin si, dans les kjœkkenmœddings et les tombeaux indigènes, je trouverais le blé et les débris des outils servant à la récolte. Mes découvertes à ce sujet ont jusqu'à ce jour été négatives.

Il est fort important de se rendre compte si les céréales existaient

dans la vallée du Nil avant la connaissance des métaux, car, s'ils n'étaient pas connus, leur introduction est due aux Égyptiens et ce fait serait une preuve de plus en faveur de la provenance asiatique des conquérants pharaoniques.

J'ai longuement parlé des faucilles armées de silex (fig. 265 à 273) dans mon précédent volume. Je ne reviendrai donc pas sur cette intéressante question, mais je signalerai un autre outil d'agriculture (fig. 274) que, l'an dernier, j'avais pris pour une hache et qui n'est autre que la lame d'une houe owfas des fellahs d'aujourd'hui.

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Fig. 274. — Houes 1/2 grandeur naturelle.

Cet instrument en silex est plat d'un côté, bombé de l'autre, il est large au tranchant et assez long pour pouvoir être assujetti sur une fourche de bois lui servant en même temps de monture et de manche.

J*ai découvert, cette année, un de ces outils dont la partie bombée du tranchant est polie par l'usage, tout comme sont les scies de silex qui ont armé les faucilles.

Le poli n'est pas lisse et régulier, comme nous avons coutume de le voir dans les haches, il affecte toutes les sinuosités de la pierre atténuant l'angle vif des arêtes. Il a été produit par un frottement prolongé de la pierre dans un milieu mou, mais siliceux, tel qu'est le limon du Nil, tel que sont les sables du désert Libyque.

Les alluvions nilotiques sont, je l'ai dit, composées de limons très

fins mais riches en silice, elles ne renferment aucun galet, aucun caillou de nature à briser un instrument d'une matière aussi dure et fragile qu'est le silex Cette terre se prêtait donc fort bien au travail àTaide d*un instrument de pierre.

Pour la date précise de ces outils, je ne saurais la déterminer et je ferai à leur sujet les mêmes observations que pour les scies des faucilles. Jusqu'ici, je n'ai rencontré de lames de houes que dans les localités où se trouvent, en même temps, les restes des indigènes néolithiques et ceux des premiers Égyptiens.

Quant à l'élevage, dans tout autre pays que la vallée du Nil il exige des cultures si les populations qui s'y livrent sont sédentaires, car il est nécessaire de faire des provisions considérables pour que les troupeaux puissent passer l'hiver. Mais, en Egypte, la saison froide n'existe pas, et, pendant la crue, il suffit de donner aux bestiaux les branches des arbres comme cela se fait si souvent de nos jours en Turquie d'Asie, en Perse etauCaucase.Riennes'oppose donc à ce que nous admettions que les indigènes se livraient à l'élevage, quand bien même ils auraient été entièrement étrangers à l'agriculture.

D'une part, nous savons que l'Afrique fut l'un des foyers de la domestication des animaux, et, d'autre part, nous ne voyons, dans les nombreuses figurations d'animaux domestiques des mastabas, que fort peu d'espèces appartenant àla faune du nord-estde l'Afrique. Ces deux faits font supposer que les indigènes domestiquaient les animaux avant la conquête égyptienne et qu'à leur arrivée dans la vallée du Nil les Égyptiens, bien qu'amenant avec eux quelques animaux asiatiques, adoptèrent pour la plus grande part Télevage des vaincus.

Ces déductions ne peuvent être absolues, car il est certain que les Égyptiens ont amené à leur suite quelques espèces étrangères; mais à coup sûr ils n'apportèrent ni le cheval, ni le chameau, ni le mouton, puisque nous connaissons exactement la date de leur apparition sur le sol de l'Egypte et que cette date est relativement très

récente.

Dans les kjœkkenmœddings des deux époques, indigène et pharaonique, nous trouvons en grande quantité les excréments des gazelles et des antilopes, nous rencontrons des os rongés parles carnassiers, sur le site même des campements. Il n'est donc pas possible d'admettre que ces vestiges aient été laissés par des animaux sauvages, et, par suite, nous devons reconnaître que les indigènes étaient déjà très versés dans l'art de domestiquer les animaux.

Quant aux espèces qu'ils élevaient, il est impossible de se prononcer, car les kjœkkenmœddings renferment en même temps les os des animaux sauvages, pris ou tués à la chasse et à la pèche, et ceux des produits des troupeaux.

Une tombe de Kawamil contenait six têtes de gazelles et six gigots du même animal; d'autres renfermaient souvent des os de gazelles et d'antilopes contenus dans des vases. Ces offrandes au mort avaient bien certainement été cuites et préparées, et il est plus probable que ces provisions avaient été prises dans les troupeaux plutôt que de croire que ces animaux avaient été tués à la chasse.

Les mastabas de TAncien Empire nous montrent domestiqués une grande quantité d'animaux appartenant à la faune égyptienne. Ce sont des antilopes, des gazelles, des hyènes, des chacals^ des chiens.

Fig. 275 à 280. — Os d^animaux sciés et incisés (kjœkkenmœddings de Toukh).

1/2 grandeur naturelle.

des ânes et une foule d'oiseaux tels que le canard, Toie, la demoiselle de Numidie,etc.,etc... Il est fort peu de ces animaux qui soient étrangers à la faune du nord-est de l'Afrique.

12. Nourriture. — Nous connaissons les matières premières de l'alimentation des indigènes par les restes de cuisine (kjœkkenmœddings) qu'on rencontre en abondance sur le lieu même où ils vécurent et par les offrandes qu'ils déposèrent dans les tombes auprès des morts.

Leur nourriture se composait de tous les éléments comestibles que fournissait la vie animale et végétale en Egypte. Dans les amas, les

OS sont d'une extrême abondance ; quelquefois ils portent encore les stries, laissées parles lames de silex à Taide desquelles les hommes d'alors détachaient la chair (fig. 275 à 280). Dans tous les cas, les os des quadrupèdes comme ceux des oiseaux ont été brisés pour en extraire la moelle.

Le kjœkkenmœdding de Toukh m'a fourni bon nombre de fragments que M. le D' Lortet, doyen de la Faculté de médecin de Lyon, a bien voulu étudier; ils appartenaient aux espèces suivantes :

Mammifères, — Canis familiaris ;

— L€pus{sp. indéterminée) ;

— Bostaurus;

— Bos bubalus * ;

— . Capra hircus * • ;

— Gazella Isabella ;

— Bippotrdgus Bakeri^ ;

— Sus Sera fa*; Oiseaux. — Struthio camelus • ;

— Ciconia alba ;

— Ardea purpura ; Tortues. — Trionyx triunguis.

Poissons. — Chromis niloticus.

— Clarias anguillaris;

— Synodontis macrodon.

— Synodontis shal.

Mollusques. — Vivipara unicolor (Olivier) \ Spatha Caillaudi (Martens), Spatha elongata (Letourneux), Spatha Letourneuxi (Bourguignat)".

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