‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 31 sur 87 · ECHELLE · texte numérisé non relu

ECHELLE

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Fig. 5i3. — Plan de la nécropole de Négadah (levé et dessiné par M. G. Lampre).

de saillants et de rentrants et présentant de grandes analogies avec les stèles de TAncien Empire. Le sommet de la butte était couvert de briques cuites et de fragments de poteries ; tout avait été calciné et les restes apparents portaient les traces d'un violent incendie.

A priori, il eût été possible de croire que certaines parties du monument situé sous le tell avaient été construites en briques cuites et, par conséquent, remontaient tout au plus à l'époque grecque. Mais un examen plus attentif me permit de comprendre que les traces de feu s'appliquaient aussi bien aux murailles entières qu'aux matériaux dont elles avaient été bâties et qu^en conséquence la calcination s'était produite après la construction.

Dans la nécropole d*Abydos, M. Amélineau avait déjà rencontré des sépultures très anciennes dévastées par le feu et il attribuait les incendies aux spoliateurs coptes qui, au début du christianisme, poussés par le fanatisme, dévastèrent les monuments païens. Cette opinion, je la partageais alors avec M. Amélineau, m'en rapportant à ses observations, et je crus que le monument de Négadah avait été détruit dans les mêmes conditions que ceux d'Om-el-Gaab.

Dès que les fouilles furent commencées, je revins de suite sur cette manière de voir, car longtemps après la destruction du monument cette butte avait été employée comme nécropole et, à la surface, au milieu des débris calcinés, j*ai rencontré un grand nombre de sépultures remontant à Tépoque romaine, grecque, et aussi jusqu'à celle des Ramessides. Quelques-uns de ces tombeaux renfermaient des cercueils de bois couverts de peintures, contemporains de ceux des prêtres d'Ammon découverts à Deir el-Bahri alors que M. E. Grébaut était Directeur général des antiquités de l'Egypte.

M. et M"« Wiedemann ont fouillé, de leurs mains, plusieurs de ces sépultures qui, creusées jadis dans les flancs de la butte, étaient placées au milieu des détails d'architecture primitive, les coupant et les détruisant en partie. Il n'est donc pas douteux que l'incendie ait été allumé antérieurement aux débuts du Nouvel Empire.

Parfois, dans les débris de la surface, j'ai rencontré des squelettes ne portant aucune trace de calcination, accompagnés de vases (fig. 514) et de menus objets appartenant au Nouvel Empire. Ces tombes se trouvaient disséminées sans ordre au-dessus des murs et des chambres du monument et me prouvèrent d'une façon absolue que les ruines étaient restées vierges, depuis le commencement du Nouvel Empire tout au moins. Je devais donc écarter d'une manière complète l'opinion dans laquelle je me trouvais au début et qui attribuait aux premiers chrétiens la destruction de tous ces monuments. La suite des fouilles me montra jusqu'à l'évidence que, non seulement l'incendie du monument ne pouvait dater de la basse époque,

mais qu'il avait été allumé dans la très haute antiquité, au moment de la mort du personnage pour lequel cette construction avait été élevée.

Le fond des salles était encombré de vases d'argile et de pierre, de débris et d'objets de toute sorte, gisant pour la plupart au milieu des cendres dans une position très régulière montrant que rien n'avait été dérangé dans la sépulture avant que le feu n'y fût mis. La figuré 515, reproduisant un croquis que j'ai fait sur le terrain, pendant les fouilles, montre l'arrangement dans la salle p du tombeau (fig. 518) des jarres de terre cuite qui renfermaient les offrandes. Ces vases eussent bien certainement été brisés et rejetés en désordre dans le tombeau si des spoliateurs étaient venus piller avant Tincendie. Il en serait de même pour bon nombre d'objets qui, eux aussi, ont été trouvés à leur place primitive. Nous devons donc exclure nant d'une sépul- toute idée de Spoliation.

ture de l'époque des r i • /. • i i i • .

Je dois faire observer cependant que, dans bien des cas, j'ai retrouvé dans des salles différentes des fragments de vases de pierre appartenant au même objet. Il semblerait que ces vases eussent été brisés lors de l'ensevelissement du roi, afin qu'ils fussent détruits avec leur maître, et que les débris en furent jetés dans les chambres funéraires, au hasard et par-dessus les offrandes qui devaient accompagner le mort dans la tombe.

Cette coutume de briser les objets dont le mort avait fait emploi durant sa vie se retrouve plus tard dans l'usage de figurer les hiéroglyphes en retranchant les parties essentielles à la vie des animaux qu'ils représentaient. C'est ainsi que dans la sépulture du roi Hor Ra-Fouab et dans celle de la princesse Noub Hotep, toutes deux de la XIP dynastie, les oiseaux, les serpents etc., qui figurent sur les inscriptions, sont privés de leur tète.

En dehors de l'Egypte, nous rencontrons encore cette coutume chez un grand nombre de peuples primitifs. Les tombeaux des âges du bronze et du fer nous montrent dans toute l'Europe, au Caucase et en Perse, des armes tordues afin de les rendre inutiles.

Lorsque je fouillais, sur les rives de la mer Caspienne, des sépul-

Fig. 5i4. — Vase en terre rouge prove-

Raraessides située dans le tell du tombeau royal de Négadah.

i/4 grand, natur.

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tures présentant ces particularités, je pensais que c'était dans le but d'empêcher la spoliation des tombes que cette coutume avait été appliquée. Mais, depuis, j'ai dû abandonner cet avis, car les métaux précieux que renferment les sépultures étaient un attrait bien suffisant pour que les tombes fussent pillées. C'est donc à une pensée plus élevée qu'il faut attribuer cet usage. Nous sommes amenés à lui donner une origine religieuse dénotant des idées philosophiques très étendues. Quant au fait de rencontrer les traces de cette croyance spéciale dans des régions aussi distantes les unes des autres, il est de la plus haute importance, car il dénote, en ce qui concerne la conception de la vie future, une origine commune dans les idées philosophiques d'un grand nombre de peuples différents.

Le fait de la destruction des objets ayant servi pendant la vie, fait que j'ai reconnu à Négadah d'une façon indiscutable et qui ressort également des trouvailles d'Abydos, est aussi fort important en ce qui touche les différences d'usages entre les indigènes de l'Egypte et les premiers Égyptiens. Les tombes néolithiques, en effet, ne renferment que des objets entiers, aucun ustensile n'ayant été brisé lors de la mise du corps au tombeau. Les indigènes croyaient donc à la vie future, mais ils la comprenaient autrement que leurs conquérants.

L'incendie du tombeau de Négadah et de ceux d'Abydos a, par le fait, rendu inutiles les offrandes que renfermaient les sépultures. Devons-nous y voir le désir de détruire en entier tous les biens du mort, ou la pensée plus élevée de rendre immatérielles pour la vie future les richesses de ce monde en même temps que le corps ? Je ne saurais me prononcer, laissant aux spécialistes le soin de tirer parti de mes observations. En tout cas, nous devons nous souvenir que cette coutume ne lut pas spéciale aux premiers Égyptiens et qu'après leur mort, les rois d'Assyrie se faisaient, eux aussi, brûler dans leur palais avec toutes leurs richesses.

Je passerai en revue le mobilier que renfermait chacune des chambres du monument, afin qu'on puisse mieux se rendre compte des conditions dans lesquelles se fit l'inhumation. Malheureusement l'incendie fut si violent que bien des objets se trouvèrent être entièrement détruits, des vases de granit, de porphyre et d'argile furent vitrifiés (fig. 516 et 517) et les amas considérables de scories que renfermaient quelques salles montrent à quel point de fluidité étaient parvenues plusieurs matières sous cette chaleur intense qui calcina

les murailles, en certains endroits, sur plus de 0",40 d'épaisseur. L'intensité de la chaleur ne fut pas partout aussi considérable, plusieurs parties du tombeau ont échappé à la destruction. C'est ainsi que nous avons retrouvé des objets d'ivoire, d'albâtre, d'écaillé de tortue, voire même du bois et des étoffes, qui, recouverts de pous-

Fig. 5i6. — Vase d'argile fondu par l'incendie et couvert de scories. i/3 grandeur

naturelle.

sières et de cendres, se consumèrent à l'abri du contact de l'air sans changer de forme. C'est à cette inégalité de chaleur que nous devons la plupart des objets qui sont aujourd'hui déposés au Musée de Gizeh.

La fouille du monument nous prit quinze jours, car le travail ne pouvait avancer rapidement, le fond de chaque chambre devant être examiné avec le plus grand soin, les cendres enlevées au couteau et les poussières tamisées. Les quatre archéologues présents à la fouille

Fig. 517. — Vase en pierre dure (grès siliceux?) déformé par l'incendie. 1/2 grandeur

naturelle.

firent eux-mêmes ce travail, de telle sorte qu'aucun objet ne fut perdu et que les notes les plus précises furent prises sur le terrain même. Il est bien rare, surtout en Egypte, qu'une fouille soit faite

avec autant de soin et de patience; mais nous étions nombreux et, de ce fait, nous étions à même d'accorder à cette sépulture toute l'attention qu'elle méritait. On a critiqué la manière dont M. E. Amélineau a conduit ses travaux d'Abydos, lui reprochant d'avoir négligé beaucoup de documents, d'avoir mélangé des objets d'époques diverses. Ce blâme est injuste car, à 'Om-el-Gaab, M. E. Amélineau était seul pour faire face à tout. Quant au mélange des objets, il existe, moins dans les trouvailles d'Abydos que dans l'esprit de certains savants qui, systématiquement, se refusent à accepter les résultats des récentes découvertes. Quand on n'a jamais travaillé que dans son cabinet, il est difficile de se rendre compte des fatigues que supporte celui qui, peinant durant des mois sur le terrain, doit conserver à son esprit toute sa liberté d'action au milieu d'une poussière acre et aveuglante, sous un soleil de feu, pendant dix heures chaque jour. Je ne saurais trop insister sur ces difficultés pour montrer combien la science est redevable à mes collaborateurs, MM. Wiedemann, Jéquier et Lampre, des documents que je suis à même de lui fournir.

Le monument royal de Négadah, dont les ruines, aujourd'hui dégagées des poussières, seront encore visibles pendant bien des années, se compose d'un vaste rectangle dont les grands côtés font avec le nord magnétique un angle de 15<> vers l'Est. Sa longueur est de 54 mètres et sa largeur de 27 mètres (fig. 518).

Les murailles sont construites en briques crues cimentées avec du limon du Nil; à l'intérieur comme à l'extérieur, les massifs sont enduits de terre sans peintures, ni blanchissage à la chaux.

En plan, les murailles sont crénelées à l'extérieur sur tout le pourtour du monument et forment ainsi une série de chapelles présentant l'aspect général des stèles de l'Ancien Empire. Ces chapelles avaient été bouchées par une seconde muraille qui, s'appuyant sur le massif principal en comblait tous les rentrants. Je ne m'explique pas le but de ce second mur destiné apparemment à cacher à la vue tout le détail architectural du monument.

A l'intérieur sont vingt et une chambres divisées en deux séries : l'une, celle du centre, se compose de cinq salles dont la plus grande, située au milieu, semble avoir renfermé le mort pour lequel le monument a été élevé, les quatre autres sont égales de dimensions.

La seconde série est de seize salles semblables, situées autour des pièces du milieu, et les encadrant dans un rectangle.

Entre les chambres a, P, y? 8^ e il existait autrefois de larges portes;

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