‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 32 sur 87 · CT · texte numérisé non relu

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mais elles furent fermées au moyen de murs en briques présentant la même épaisseur que les murailles maîtresses.

Les salles A, B, etc., 0, P, ne montrent aucune communication entre elles; il semble que ce rectangle eût, à l'origine, été formé d'un couloir recoupé plus tard en chambres par des murs transversaux de peu d'épaisseur et pénétrant légèrement dans les gros murs.

Tel est le plan du tombeau royal de Négadah ; ses coupes (fig. 519 et 520) montrent un fruit assez important dans les parois, tant à Textérieur qu'à l'intérieur.

Il semblerait que la partie centrale du monument eût été bâtie tout d'abord, la porte d'entrée s'ouvrant au nord ; puis, qu'après avoir enfermé le mort et la majeure partie du mobilier funéraire dans les chambres du milieu (a, P, y, 8, e) en murant les portes, on construisit le couloir qui fut lui-même transformé en une série de salles (A, B...., P) remplies d'offrandes; c'est alors qu'aurait été construite la muraille crénelée, et qu'enfin, pour parachever la sépulture, on construisit le mur extérieur.

Dans lafig. 521, j'ai reconstitué^ autant qu'il était possible, avec les documents dont je disposais, l'état primitif du monument. Nous ne connaissons que la partie basse des constructions; la toiture et la corniche, si jamais il en a existé, s'étant écroulées lors de l'incendie. On remarquera que cet édifice présente des analogies frappantes avec certains dispositifs très anciens de la basse Chaldée, tandis que, dans les œuvres pharaoniques qui lui sont postérieures, nous ne rencontrons plus guère de traces de ce singulier mode de construction.

Dans ses fouilles de 1896-97 à Abydos, M. E. Amélineau a rencontré une sépulture semblable à celle de Négadah, mais renfermant un bien plus grand nombre de chambres. Grâce à la situation souterraine de ces constructions, la partie des murs voisine du plafond s'est conservée et j'ai pu voir les restes des poutres qui supportaient la terrasse. Elles étaient en bois non équarri et fort rapprochées les unes des autres. Il est permis de supposer que le monument de Négadah était recouvert de la même manière.

Quant à la position qu'occupait le corps dans ce tombeau, il est difficile de la préciser ; nous savons cependant qu'il était placé au centre de la salle y au-dessus de la dépression conique dont on voit l'indication sur le plan. J'ai moi-même fouillé cette cavité, aux environs de laquelle les cendres étaient accumulées en quantité considérable. J'y ai rencontré quelques fragments de vases et des débris

calcinés du squelette humain. Quelques phalanges delà main droite, des fragments de crâne, des dents et quelques morceaux d^os indéterminables. Dans les autres chambres les os qui ont été trouvés n'avaient point été brûlés et provenaient des tombes postérieures de la surface.

Avant d'entrer dans le détail des objets que renfermait cette sépulture, j'exposerai les conditions dans lesquelles elle avait été construite dans le désert.

Au nord du cheikh et du cimetière musulman est un plateau assez vaste, sillonné de ravins et composé d*alluvions caillouteuses descendues de la montagne. C'est entre deux ravins, sur un éperon des alluvions, qu'avait été bâti le tombeau royal. Il se trouve aujourd'hui à peu de distance des cultures, mais sept ou huit mille ans avant notre ère, il en était distant de plusieurs centaines de mètres, peut-être même d'un kilomètre.

Au sud-sud-ouest (cf. fig. 513) du monument royal, se trouve un tombeau de grandes dimensions, mais celui-là a été creusé dans le sol et Ton ne voit plus aujourd'hui que la fosse béante laissée par les spoliateurs modernes.

Bien que cette sépulture eût été pillée, j'ai examiné avec soin le peu de débris qu'elle renfermait encore et j'y ai rencontré bon nombre de fragments de vases semblables à ceux du tombeau royal ; ces deux monuments étaient donc, à peu de chose près, contemporains.

Au sud des deux sépultures royales est la nécropole des gens du commun. Les tombes y sont très abondantes, nous en avons fouillé plusieurs centaines. Toutes présentent les mômes caractères et sont bien de celles que nous avons reconnues comme appartenant aux premiers Égyptiens.

Encore plus au sud sont des kjœkkemmœddings dont la surface est couverte d'instruments et d'éclats de silex taillé. A l'ouest du cimetière musulman était autrefois la nécropole indigène dont j'ai terminé la fouille, mais qui avait été spoliée en majeure partie avant mon arrivée à Négadah.

Çà et là, dans cette vaste plaine, on rencontre les sépultures des fellahs de l'Ancienne Egypte, soit que ces tombes appartiennent à l'époque pharaonique, soit qu'elles ne remontent qu'aux temps grecs, romains ou même coptes. Ces nécropoles ne viennent en rien troubler l'homogénéité des restes archaïques; leurs tombes ont percé

160 LE TOMBEAU ROYAL DE NÉGADAfl

les kjœkkenmœddingSy bouleversé quelques sépultures plus anciennes, mais sont sans conséquence au point de vue des recherches archéologiques.

Mobilier funéraire, — Toutes les chambres ne renfermaient pas des objets; beaucoup (A, B, D, E, F. G, H, I, J, K, L, M, N, O, P) étaient absolument vides, soit qu'à l'origine elles n'eussent rien contenu, soit que les matières qui y avaient été enfermées se fussent entièrement consumées dans l'incendie. Parmi les salles placées autour des chambres centrales, une seule (G) contenait un mobilier funéraire intéressant; mais les salles du milieu (a,6,Yj8>e) étaient bondées de vases et d'objets de toute nature.

Chambre cl.

Un racloir en silex taillé (fig. 776).

Éclats de silex.

Meule ou mortier en grès (fig. 683).

Environ quatre-vingts jarres de terre rouge bouchées à l'aide de cônes d'argile portant le sceau royal (fig. 562, 563).

Nombreux vases cylindriques en terre grise (type de la fig. 572).

Quelques vases arrondis en terre cuite jaune (type de la fig. 570).

Restes d'étofi*es brûlées appartenant à deux ou trois tissus difi*érents.

Chambre p.

Un lion en ivoire (fig. 699).

Trois chiennes en ivoire (fig. 698).

Quatre poissons en ivoire (fig. 701, 704, 705, 707).

Une aiguille en os ou en ivoire (fig. 758).

Un bâton à kohl en ivoire.

Deux fragments de bracelets en ivoire (fig. 737 et 740).

Une demi-sphère en ivoire (fig. 751).

Un fragment d'anneau en ivoire (fig. 739).

Plusieurs os de poissons en forme de poinçon.

Nombreuses perles de pâte de verre (fig. 722, 724) formant jadis un réseau.

Deux coquilles (Tritons) de la mer Rouge.

Nombreuses plaques rectangulaires de schiste (type des fig. 767) demi-fondues ou tordues par la chaleur.

Quatre racloirs doubles en silex (type de la fig. 770).

Quatorze racloirs pointus en silex (type de la fig. 771).

Un grand couteau courbe en silex, cet objet a échappé à l'action du feu (type de la fig. 769).

Deux grands couteaux courbes en silex brûlé (fig. 769).

Nombreux fragments de silex brûlé ayant appartenu à environ douze couteaux (type de la fig. 769).

Un sceau d'argile au nom du roi.

Un fruit de palmier en serpentine (fig. 714).

Un vase massif mortier en granit à gros éléments (fig. 682).

Un gallet de quartz hyalin (fig. 617 et 619).

Douze vases en roche dure.

Nombreux fragments de vases en roches dures.

Un vase cylindrique en pierre dure (fig. 654).

Dix coupes d'albâtre de diverses formes.

Fragments appartenant à vingt-cinq ou trente vases cylindriques en albâtre (type de la fig. 628).

Un cône d'albâtre portant des côtes (fig. 574).

Environ quatre-vingts jarres de terre cuite bouchées par des cônes d'argile au nom du roi.

Très nombreux vases cylindriques en terre grise.

Chambre y.

Plaquette d'ivoire portant la bannière du roi (fig. 549).

Petit vase en ivoire portant les signes 'Wï (fig. 673). Petit vase d'ivoire (fig. 669).

Petit vase d'ivoire (fig. 668).

Fragments d'un vase d'ivoire portant les signes ' cûi (fig. 677). Fragment d'une épaule de statuette articulée en ivoire (fig. 718). Fragments de bracelets en ivoire (fig. 733).

Nombreux fragments d'ivoire appartenant à des objets indéterminés.

Fragments d'un grand coffret en ivoire (fig. 693-695). Deux bâtons à kohl.

Deux racloirs doubles en silex (type de la fig. 770). Vingt racloirs pointus en silex (type de la fig. 771).

Deux grands couteaux courbes en silex (type de la fig. 769).

Fragments d'une vingtaine de couteaux semblables aux précédents.

Deux racloirs ronds en silex.

Fragments d'un petit vase en calcaire rose veiné de blanc (fig. 665).

Fragments de huit ou dix vases de quartz et de cristal de roche.

Un fragment de galet en quartz.

Débris d'une vingtaine de vases en pierre dure.

Neuf coupes en pierre dure (types des fig. 602 et 603).

Un grand vase à côtes en pierre dure (type de la fig. 664).

Quatre grands vases en pierre dure (type de la fig. 655).

Un petit vase en pierre dure (type de la fig. 654).

Un mortier en granit rose.

Cinq ou six grandes plaques rectangulaires en stéatoschiste.

Quatre ou cinq vases oblongs en stéatoschiste.

Sceau d'argile portant l'inscription VVs .

Une grande coupe plate en terre rouge vernissée en noir à Tintérieur (fig. 566).

Débris de squelette calciné, dans la cavité centrale de la chambre.

Chambre l.

Fragments d'un gros pied de meuble en ivoire représentant le pied d'un taureau (fig. 688).

Pied de devant et pied de derrière de taureau, ayant appartenu à un meuble en ivoire (fig. 685, 686).

Deux gros pieds plats de meuble en ivoire (fig. 689, 690).

Un pied de meuble cylindrique en ivoire (fig. 692).

Un pied de meuble en ivoire en forme de sabot (fig. 691).

Divers fragments de meubles en ivoire.

Réseau de perles de pâte de verre (type de la fig. 724).

Quatre perles cylindriques en pâte de verre (fig. 731).

Une perle courbe en pâte de verre (fig. 726),

Un bouton de cuivre (fig. 723).

Un sceau au nom du roi.

Une coupe de porphyre.

Fragments de quatre autres coupes en pierre dure.

Fragments d'un grand vase de pierre dure orné de côtes.

Six fragments de silex taillés brisés par la chaleur. Quarante ou cinquante jarres bouchées à l'aide de cônes au nom du roi.

Chambre e.

Deux planchettes d'ébène provenant d'un meuble (fig. 696 et 697). Un pied de meuble en ivoire ayant la forme du pied de derrière d'un taureau (fig. 687).

Une plaquette d'ivoire percée de trois trous (fig. 748).

Un poinçon de silex.

Deux colliers de pâte de verre.

Deux fragments d'un grand vase de pierre dure orné de côtes.

Deux fragments de coupes en porphyre.

Un fragment de petit vase en quartz rose.

Chambres A et B.

Fragments de vases de terre cuite.

Chambre C.

Six plaquettes d'ivoire ayant servi d'étiquettes portant d'un côté

des indications numériques, de Tautre les inscriptions Tcûi et 17777) (fig. 550 à 555).

Huit plaquettes d'ivoire d'hippopotame (fig. 732) ayant probablement fait partie d'un collier.

Un bras de statuette en ivoire (fig. 720).

Deux fragments de bracelets en écaille de tortue (fig. 734 et 742).

Dix poissons en ivoire (fig. 702, 703, 706, 708 à 713).

Un fragment de bracelet en nacre (fig. 738).

Une perle longue en or (fig. 744).

Fils de cuivre entourant les restes d'un objet de bois (fig. 762 à 766).

Un lion en cristal de roche (fig. 762).

Deux bouteilles en cristal de roche (fig. 615).

Plusieurs coupes en cristal de roche (fig. 610, 616, 623).

Fragments de plusieurs vases en obsidienne (fig. 625 à 627).

Deux coupes d'albâtre.

Fragments de plusieurs vases cylindriques en albâtre.

Quatre racloirs doubles en silex.

Vingt-cinq poinçons ou racloirs pointus en silex (type de la fig. 771) et quelques fragments de mêmes instruments.

Un grand couteau courbe en silex (type de la fig. 769).

Fragments de quatre ou cinq couteaux de silex semblables au précédent.

Deux petits vases de géobertite portant les inscriptions 'W? (fig. 661 et 662).

Un fragment de vase en pierre verte portant ïa même inscription que les précédents.

Divers fragments de vases de pierre dure.

Trois perles de terre cuite.

Une perle de cornaline.

Fragments d'un coffret de bois.

Étoffes abondantes appartenant à quatre ou cinq qualités de tissus dont quelques-uns sont très fins.

Débris de cordes et de ficelles.

Chambres D. E ,P.

Ces chambres ne renfermaient que de rares débris de vases de terre sans intérêt.

Tous les objets que je viens de citer dans les listes qui précèdent se trouvaient au fond des salles dans une épaisse couche de cendres, de débris des parties hautes du monument, de scories et de charbons; beaucoup de pièces avaient été brisées par la chaleur et la chute des terrasses, d'autres avaient été cassées intentionnellement avant Tincendie.

Après avoir décrit en détail le monument et exposé la position qu'occupaient les divers objets dans les différentes salles, je passerai à la description détaillée de ces mêmes objets en les rangeant, non plus suivant la place qu'ils occupaient dans le tombeau, mais d'après leur nature ou l'usage auquel ils étaient consacrés. On se rendra ainsi mieux compte du développement que présentaient alors les arts et les industries, ainsi que des différences très notables qui séparent la civilisation indigène de celle des premiers Égyptiens.

Textes. — Les inscriptions sont relativement abondantes, dans cette sépulture, quoique peu variées; elles se rencontrent sur les

sceaux d'argile qui jadis fermaient bien certainement des ballots (fig. 522 à 526), sur les nombreux cônes d'argile qui bouchaient les

Fig. 522 et 523. — Sceaux d'argile portant la bannière royale. 522 a, avers du sceau. 522 hf revers. 2/3 grandeur naturelle.

Fig. 524 à 526. — Sceaux d'argile. 1/2 grandeur naturelle.

amphores (fig. 527) et, dans ces deux cas, elles ont été obtenues en roulant, sur la pâte encore molle, des cylindres semblables à ceux de la Chaldée. On en rencontre aussi de gravées sur les vases d'argile (fig. 528 à 548). Mais ce ne sont, dans ce cas, que de simples indications du contenu des jarres, signes qu'il n'est pas possible d'interpréter aujourd'hui. On en trouve de gravées en creux sur des plaques d'ivoire (fig. 549 à 555) et sur des vases en pierre dure où les trois

signes Vw se reproduisent si fréquemment que je suis porté à croire qu'ils représentent l'un des noms du personnage enseveli dans le tombeau.

Les inscriptions des cylindres ne sont pas toujours très nettes sur les cônes d'argile, soit que la pâte fut trop grossière pour recevoir une impression très nette, soit que le scellage des ballots et des jarres eût été fait trop rapidement. Toutefois, comme les exemplaires

de ces sceaux sont fort nombreux, il est facile de retrouver sur Tun ce qui manque sur un autre et de reconstituer ainsi, sans le moindre

Fig, 627. — Mode de fermeture des jarres de terre cuite et cône d'argile portant la

bannière royale.

CD

Fig. 628 à 548, — Marques relevées sur les jarres d'argile du tombeau royal de

Négadah.

risque d'erreur, l'image complète que le cylindre portait gravée en creux. Ce travail a été fait avec le plus grand soin par M. G. Jéquier ;

sur sa demande, j'ai moi-même vérifié les dessins, en contrôlant tous les documents, et je puis en affirmer l'exactitude rigoureuse. Cette remarque était nécessaire, car ces documents sont appelés à jouer un

Fig. 549. — PlaqueUe d'ivoire portant la bannière royale. Grandeur naturelle (dessin de M. G. Jéquier).

rôle très important dans l'histoire des origines de l'Egypte et il est indispensable que le monde savant puisse compter sur leur exactitude absolue.

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Fig. 55o à 555. — PlaqueUes d*ivoire vues sur les deux faces ayant servi d'étiquettes et portant des indications numériques (dessin de M. G. Jéquier).

M. G. Jéquier a relevé sur les cônes et les sceaux l'impression de six cylindres difi*érents dont l'interprétation est encore douteuse, mais dont M. A. Wiedemann et lui traitent dans les chapitres suivants.

!•' cylindre{6g, 556), le plus petit de tous, hauteur O^jOST, diamètre

0",019, ne porte que deux bannières royales séparées entre elles par les signes ooo<û.

Fig. 556. — Impression d'un cylindre sur un cône d'argile (dessin de M. G. Jéquier).

2' cylindre (fig. 557), hauteur 0'°,062, diamètre 0",019, porte gravées deux séries de bannières royales.

Kig. 557. — Impression d'un cylindre sur un cône d'argile (dessin de M. G. Jéquier).

Fig, 558,— Impression d'un cylindrç svr qn cône d'argile (dessin de M. G. Jéquier).

3* cylindre (fig. 558), hauteur 0",076. diamètre 0'",024, représente deux lignes de bannières royales séparées entre elles par les signes

Vw que nous voyons si souvent gravés sur les vases de pierre dure et qui peut-être font partie du nom royal.

4* cylindre (fig. 559], hauteur 0°»,070, diamètre 0",027, porte deux

bannières spéciales accolées et surmontées du signe Tr , trois fleurs séparent les bannières de l'impression suivante.

Fig. 559. — Impression d'un cylindre sur un cône d'argile (dessin de M. G. Jéquicr).

5* cylindre (fig. 560), hauteur 0'",042, diamètre 0'",026, représente une série d'animaux et d'instruments; on y reconnaît des antilopes, des renards, des chiens, des crocodiles, des autruches, des animaux

Fig. 56o, — Impression d'un cylindre sur un cône d'argile (dessin de M, G, Jéquier),

fantastiques composés de la partie antérieure d'un lion et d'une gazelle, des houes, etc.... Ce cylindre ne porte aucune inscription, il semble avoir été composé de représentations plus ou moins cabalistiques.

6* cylindre (fig. 561), hauteur 0'»,078, diamètre 0'",068. Ce cylindre, le plus grand que nous ayons rencontré dans le tombeau royal de Négadah, représente la façade d'une maison à deux portes, placée au milieu d'une plantation de dattiers dans laquelle est couché un lion.

Fig. 56i. — Impression d'un cylindre sur un cône d'argile (dessin de M. G. Jéquier),

Vases. — Comme on a pu s'en rendre compte par les listes qui donnent le détail des mobiliers funéraires renfermés dans chacune des salles, les vases étaient en extrême abondance. Ce fait n*a rien qui doive surprendre, car il en est ainsi dans toutes les sépultures appartenant aux indigènes ou aux premiers Égyptiens. Les tombeaux royaux d'Abydos en contenaient une prodigieuse quantité tant en pierre qu'en argile.

L'ensemble des découvertes faites depuis deux années dans la Haute Egypte, tant dans les sépultures royales d'Abydos et de Négadah que dans les nécropoles appartenant à la classe pauvre de la population, permettent aujourd'hui ^e classer avec une grande précision les vases des époques les plus archaïques de l'Egypte, aussi bien en ce qui concerne la céramique proprement dite qu'en ce qui touche aux vases de pierre. Il y a peu d'années encore les égyptologues, lorsqu'ils parlaient de l'art du potier, faisaient les plus regrettables confusions; mélangeant les époques, altribuant de la façon la plus fantaisiste les diverses formes préhistoriques aux âges historiques, ils donnaient dans leurs livres les idées les plus fausses sur les débuts de l'art égyptien*. La collection des vases du tombeau

I. Il est intéressant de citer l'opinion que s'était faite M. G. Maspero [LArchéolO' gie égyptienne^ p. 24^ et 244) sur les vases archaïques, qu'il attribuait en 1887 aux dynasties thébaines.

« Les poteries des premières dynasties thébaines que j'ai recueillies à El-Khozam et à Qébéléïn sont plus soignées d'exécution que celles des dynasties memphites. Elles se repartissent en deux classes. La première comprend des vases à panse lisse et nue, noire par en bas, rouge sombre par en haut. L'examen des cassures montre que la couleur était mêlée à la pâte pendant le brassage ; les deux zones

royal de Négadah constitue, à ce sujet, une série de documents de la plus haute importance; car, d'une part, Tépoque de cette sépulture ne peut être mise en doute, et d'autre part, cette collection est à Tabri de tout mélange, puisque ce monument royal n*a jamais été spolié.

Dans cette tombe les vases les plus abondants sont les amphores ; elles remplissaient certaines salles et se trouvaient au nombre de plusieurs centaines. Les jarres (fig. 562 et 563) dépourvues de leur couvercle, présentent une hauteur moyenne de 0",80; leur diamètre maximum varie entre 0",32 et 0'",35. Elles sont faites d'argile fine, bien pétrie et cuite à haute température. Souvent elles portent, près du col et aux environs de la panse, des cercles en relief figurant grossièrement des cordelettes. Un signe gravé dans la pâte molle indique probablement quelle était la nature de leur contenu.

L'obturation s'obtenait au moyen d'une jatte renversée de diamètre égal à celui de l'ouverture du vase; le cône d'argile enveloppait le col en même temps que la jatte.

Ces sortes de vases sont fréquents dans les sépultures royales d'Abydos;M.Amélineau les a rencontrés par centaines. Ils différaient parfois quelque peu de ceux de Négadah, mais présentaient toujours des analogies telles qu'il serait impossible de les séparer les uns des autres par Tétude de leur technique.

A Négadah, ces vases avaientcontenu des provisions; le professeur Schweinfurth a reconnu dans les matières calcinées qu'ils renfermaient des restes de grappes de raisin, du blé, de Torge, de la farine ; etc. . . quelques-uns des vases d'Abydos contenaient de la graisse.

Après les grandes amphores, je citerai d'abord les vases en terre grossière (fig. 564, 567 et 568) fabriqués à la main, sans le secours du

préparées séparémeot, étaient soudées ensuite de façon assez irrégulière, puis glacées uniformément. La seconde classe contient des vases de formes très variées, souvent bizarres, d'une terre rouge ou jaune terne, grands cylindres fermés par un bout, plats oblongs, rappelant la coupe d'un bateau, burettes conjuguées deux à deux, mais ne communiquant pas ensemble (fig. 2i5). L'ornementation est répandue sur toute la surface et consiste d'ordinaire en raies droites, tirées parallèlement Tune à l'autre, ou entrecroisées, en lignes ondées , en rangées de points ou de petites croix combinées avec les lignes, le tout en blanc q'uand le fond est rouge, en rouge brun quand il est jaune ou blanchâtre. De temps en temps, des figures d'hommes ou d'animaux s'entrelacent au milieu des combinaisons géométriques. Le dessin en est rude, presque enfantin, et c'est à peine si l'on y reconnaît des troupeaux d^antilopes ou des scènes de chasse à la gazelle. Les manœuvres qui produisaient ces esquisses grossières étaient pourtant contemporains des artistes qui décoraient les grottes de Bcni-Hassan ».

Fig. 562 et 563. — Grandes jarres de terre cuite, hauteur o™,8o, diamètre

maximum o,'"35.

tour. Cette céramique est très abondante dans toutes les sépultures archaïques, soit indigènes soit pharaoniques. Elle se continue pendant presque toute la durée de T Ancien Empire, je Tai rencontrée dans les mastabas contemporains du roi Snéfrou; mais elle cesse complètement dès le début du Moyen Empire : les nombreuses tombes de la XII® dynastie du plateau de Dahchour n'en contenaient pas un seul spécimen.

Fig. 564 « 572. — Vases de terre cuite — 564, terre rougeâtre grossière. — 565, pâte rouge clair. — 566, terre rouge fine vernie en noir. ^567, terre grossière rougeâtre. -— 568, terre rougeâtre très grossière. — 569, pâte fine blanchâtre . — 570, terre fine grisâtre. — 671, terre fine blanchâtre. — 572, pâte grise très fine, 1/8 grandeur naturelle.

Puis viennent la poterie jaune lisse et la poterie grise fine (fig. 569 à 572) que les indigènes ne semblent pas avoir connue et qui est caractéristique des débuts de la civilisation égyptienne.

La céramique rouge, peinte en noir (fig. 566), apparaît encore dans le tombeau royal de Négadah ; nous avons vu au chapitre précédent qu'elle est d'origine indigène. Les Egyptiens en firent encore usage dans les temps qui suivirent de près la conquête; mais il semble qu'elle fut abandonnée de bonne heure, car les mastabas de la III« et de la IV' dynasties n'en contiennent pas. Dans le tombeau royal de Négadah je n'en ai trouvé qu'un seul exemplaire et à 'Om el-Gaab, M. Amélineau n'en a rencontré que fort peu.

Les vases de pierre qui, à Négadah, de môme qu'à Abydos, étaient fort abondants, avaient été fabriqués avec les matières les plus dures. Malheureusement la chaleur intense à laquelle ils ont été soumis n'a pas toujours permis d*en faire la détermination pétrographique d'une manière rigoureuse. Messieurs FriedeletFouquet, deTAcadémiedes

Sciences, ont bien voulu se charger de ce travail difficile. Voici la liste des roches qui ont pu être déterminées.

Diabase.

Porphyre altéré par la chaleur.

Diabase ophitique.

Quartz,

Géobertite (carbonate de magnésie) ; ce minéral est fort rare

Porphyre pétrosiliceux avec quartz globulaire.

Diorite.

Diorite avec apatite abondante.

Diorite quartzifère.

Dolérite [diabase k petits éléments).

Calcaire idixine à veinules blanches.

Calcaire siliceux.

Grès argilo micacé.

Calcite rubanée [marbre onyx^ communément désigné en Egypte, parle nom A'^ albâtre).

Obsidienne.

Je dois ajouter à cette liste àe^ poteries plus ou moins siliceuses, qui ont subi de telles températures qu'elles sont entièrement vitrifiées et qu*apriorij j'avais pensé avoir à faire à des roches volcaniques du type des basaltes. Ce n'est qu'en les examinant en lames minces sous le microscope qu'il a étépossible de retrouver leur nature originelle.

Parmi ces substances, il en est beaucoup qui se rencontrent en masses importantes dans le massif éruptif situé entre Assouan et la mer Rouge ; d'autres, telles que la géobertite, sont fort rares au point de vue minéralogique et leur gisement en Egypte n'a pas encore été découvert; d'autres enfin, comme l'obsidienne, sont absolument étrangères à cette partie de l'Afrique, sa constitution géologique ne permettant pas qu'on l'y rencontre.

L'obsidienne abonde dans les îles grecques, on en rencontre également dans l'Arménie et, je crois, aussi dans l'Asie Mineure. Mais ces gisements du verre de volcan sont fortéloignésde la vallée du Nil.

Ce minéral était, dans l'antiquité, considéré comme une substance de grande valeur; sous la XII* dynastie il servit à la confection des vases montés en or que j'ai découverts dans la galerie des princesses à Dahchour, et M. Maspero m*a montré, autrefois, une tête de statuette en obsidienne faisant partie de sa collection.

Dans la haute antiquité, l'obsidienne fut une matière d'exportation

pour les pays où elle se trouve naturellement ; elle était connue de tout temps en Chaldée car, bien que les montagnes voisines n'en renferment pas, j'en ai rencontré dans les stations préhistoriques du Pouchté-kouh, aux confins de la Mésopotamie, et dans les couches néolithiques du tell de Suse. Cette matière semble donc avoir joué, sur une moindre échelle, un rôle analogue à celui du jade oriental à Tépoque néolithique.

Fig, 573 à 58o. — Vases en calcite rubanée (marbre onyx dit albâtre d'Egypte).

1/3 grandeur naturelle.

La présence de Tobsidienne dans la vallé du Nil, dès une époque aussi reculée, est une preuve de plus en faveur des relations très suivies qui existèrent de tout temps entre la Syrie, la Chaldée et rÉgypte. Car, pour le pays des Pharaons, cette pierre est essentiellement asiatique : elle venait probablement par la même voie que le bronze, Tétain et le cuivre qui, je l'ai déjà dit, n'existe pas dans le sol égyptien en quantité suffisante pour fournir aux besoins de la population.

Après avoir parlé de la nature des roches employées par les premiers Egyptiens pour la fabrication de leurs vases, je n y reviendrai pas, me contentant de traiter de la forme et de la technique de ces objets; le lecteur trouvera dans la légende qui accompagne les figures la désignation précise de la matière qui compose les vases.

Fig. 58 1 à 586. Vases. -^ 58 1, roche porphyrique très altérée par la chaleur. — 582, pâte siliceuse, probablement poterie vitrifiée. — 583, granit de Syène. — 584, poterie vitrifiée. — 585 et 586, calcite rubanée. i/3 grandeur naturelle.

Fig. 587 à 591. — Coupes en poterie vitrifiée par l'incendie. i/3 grandeur naturelle.

Fig. 592 à 596. — Coupes en poterie vitrifiée par rincendie. i/3 grandeur naturelle.

Fig. 597 à 602. — Coupes. 697, roche altérée indéterminable. — 698 et 699, poterie vitrifiée. — 600, grès argilo-micacé. — 601, poterie vitrifiée. — 602, diorite 1/4 grandeur naturelle.

Le plat, Técuelle et la coupe sont les formes les plus simples du vase de pierre ; on les rencontre dans les sépultures indigènes de môme que dans les tombeaux pharaoniques ; mais, aux dernières périodes, elles prennent une finesse et une pureté de travail extrême-

Fig. 6o3.

■ Coupe eu roche porphyrique altérée par la chaleur. i/3 graudeur naturelle. C04

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Fig. 6o4 a 6o7. — Coupes en pierre dure. — 6o4, diorite. — 6o5 et 6o6, roches porphyriques altérées par la chaleur. — 607, roche indéterminable très altérée, 1/3 grandeur naturelle.

ment remarquables. Au début elles ne semblent pas avoir été tournées, pas plus, d'ailleurs, que les vases de terre qui les accompagnent dans les sépultures; ce n'est que plus tard, peu avant Tépoque où cet usage disparut de l'Egypte, qu'elles furent obtenues au moyen du tour à main.

Les indigènes et les premiers Égyptiens travaillèrent la pierre avec une rare perfection et par les moyens les plus rudimentaires. C'est ainsi qu'ils sculptèrent en albâtre ou en roches dures, telles que le porphyre, des coquilles prenant modèle sur les anodontes et les unios qu'ils rencontraient communément dans le Nil. Il existe plusieurs spécimens de ces œuvres dans nos musées et les exemplaires découverts dans les sépultures royales d'Abydos permettent aujourd'hui de leur assigner une date et de les faire remonter aux temps qui suivirent immédiatement la conquête.

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