CIO
Fig. 6o8 à 624. — Vases et galets de quartz. 1/4 grandeur naturelle.
Les substances les plus résistantes ne rebutaient pas les ouvriers d'alors ; c'est ainsi que nous voyons à Négadah le quartz prendre toutes les formes (fig. 608 à 624) depuis celle de la coupe jusqu'à celle de la bouteille au col étroit.
En étudiant avec soin les vases en cristal de roche, grâce à la transparence de cette matière, on se rend aisément compte des moyens employés par les ouvriers. Pour donner à l'extérieur sa forme définitive on faisait tourner le bloc à façonner entre deux pièces de bois garnies de sable quartzeux; pour creuser l'intérieur, on forait un premier trou central à l'aide d'un bâton et de sable, puis, afin d'obtenir des cavités plus larges au delà du col du vase, l'ouvrier employait du gros sable quartzeux qu'il faisait tourner à l'intérieur du vase à Taide d'un simple morceau de bois.
Les deux mouvements étaient produits séparément, comme le prouvent les épaisseurs inégales résultant de ce que les deux axes, intérieur et extérieur, ne correspondaient pas.
Ce même procédé a été employé pour tous les vases de pierre; les traces sont fort visibles, non seulement sur les objets de quartz, mais aussi sur ceux d'obsidienne (fig. 625 à 627) et sur les perles de cornaline qui parfois abondent dans certaines tombes archaïques.
Fig. 625 à 627. — Vases en obsidienne. 2/3 grandeur naturelle.
La forme la plus simple des vases, après Técuelle et la coupe, est le cylindre ; il était obtenu par les mêmes procédés et fait généralement d'albâtre (fig. 628 à 653) ; plus rarement on en rencontre en pierre duré (fig. 654). Ces sortes de vases étaient ornés d'un large boid et généralement aussi d'une cordelette entourant le cylindre près de son orifice. Les formes en sont extrêmement variées.
A Négadah, je n'ai rencontré que des vases cylindriques entièrement terminés à l'extérieur comme à Tintérieur. Ces vases étaient destinés à l'usage. A 'Om el-Gaab (Abydos), au contraire, la plupart de ces cylindres étaient simplement achevés à l'extérieur, Tintérieur demeurant plein. Ils jouaient alors dans le tombeau un rôle purement conventionnel. Il est à remarquer que les sépultures qui les renfermaient paraissent, par l'ensemble de leur mobilier funéraire, être postérieures au tombeau de Négadah. Déjà l'usage des offrandes prenait ce caractère fictif que nous lui connaissons pendant toute la période pharaonique proprement dite. Aux vases pleins des produits de la terre succédaient les ébauches de ces vases, probablement garnies à leur partie supérieure de quelques graines donnant l'illu-
sîon des provisions qui, réellement, eussent dû être déposées dans le tombeau. Plus tard cette supercherie ne suffira plus et les offrandes elles-mêmes, telles que les canards, les oies, les fruits, seront sculptées ou simplement inscrites sur les parois des tombeaux. Les vases cylindriques d'albâtre sont semblables à ceux de terre grise qui abondent dans les tombes des gens du peuple. Ces deux catégories de récipients correspondaielit aux mêmes besoins; mais chez les riches ils étaient faits de pierre plus ou moins précieuse, tandis que les pauvres les fabriquaient en argile.
rr
•^at&:^^^^«:^ssïs^ i^
rr
Fig. 6^8 à 653. — Vase de calcite rubaoée (albâtre d'Egypte). — Fig. 629 à 647. Seclions de bords de vases en calcite rubaoée. — Fig. 648 à 653. Ornements des mêmes vases. 1/4 grandeur naturelle.
Les plus remarquables des vases de ces époques sont ceux que je désignerai sous le nom de i^ases globulaires. Ils présentent la forme d'une sphère aplatie, sont généralement munis d'un fond plat; leur ouverture large est ornée d'un bord très écrasé. Us portent deux petites anses cylindriques (fig. 655 à 660).
De même que les vases cylindriques de pierre ne sont que la copie des vases de terre semblables, de même les vases globulaires sont
Fig. 654. — Vase cylindrique en diabase ophitique. i/3 grandeur naturelle.
Fig. 655 à 656. — Vases globulaires en roches dures. — 655, roche indéterminable par suite des altérations causées par la chaleur'. — 656, roche porphyrique très altérée. i/3 grandeur naturelle.
semblables à ceux des indigènes sur lesquels, dans la plupart des cas, on recontre des peintures. Nous savons que le type céramique
I. Le tombeau royal renfermait quatre autres vases de cette forme, eu porphyre et en roches qu'il n*a pas été possible de déterminer par suite des altérations causées par la chaleur.
est plus ancien que le type lapidaire. Cette forme fut donc empruntée aux indigènes par les conquérants. Elle se continue avec quelques modifications au travers des siècles ; nous en connaissons du Moyen comme du Nouvel Empire ; mais la plupart de ceux que nous possédons dans les musées doivent être attribués aux premiers temps de l'Ancien Empire ; le fait est aujourd'hui hors de doute.
Fig. 667. — Vase globulaire en porphyre. 1/4 grandeur naturelle.
A Gebel Tarif, en 1896, il a été trouvé un vase de ce groupe dont les anses sont ornées d'or. D'autres portent des anneaux de cuivre, de telle sorte que, même avant les découvertes de Négadah, il était
Fig. 658 à 660. — Vases. — 658, porphyre altéré. — 659, poterie siliceuse vitrifiée, — 660, diorite. i/4 grandeur naturelle.
possible d'assigner à ces objets la date qui leur appartient. Les silex taillés et l'ensemble du mobillier funéraire qui les accompagnaient dans les tombes ne pouvant laisser subsister aucun doute sur leur très haute antiquité.
Le tombeau royal de Négadah renfermait trois petits vases en géobertite (fig. 661 à 663) qui doivent aussi être rangés dans cette catégorie ; bien qu^ils soient plus élancés et qu'ils se rapprochent plus des formes postérieures, les inscriptions que portent ces petits vases prouvent qu'ils sont contemporains des autres objets du monument.
Les plus intéressants dans la classe des vases globulaires sont sans contredit ceux qui sont ornés de côtes (fig. 664 et 665), car
ils n'ont pu être faits au tour et le travail en est d'une régularité mathématique. On s'explique difficilement comment, sculptant une roche aussi dure qu'est le porphyre pétro-siliceux, les artistes de ces époques si lointaines, privés des moyens mécaniques puissants dont nous disposons aujourd'hui, purent couper la pierre avec
Fig. 661 à 663. — Vases en géobcrtite. 2/3 grandeur naturelle.
Fig. 664. — Vase en porphyre pétro-siliceux avec quartz globulaire. 1/4 grandeur
naturelle.
Fig. 665. — Vase en calcaire rose veiné de blanc. 2/3 grandeur naturelle.
une précision aussi parfaite sans émousser les angles, sans faire la moindre faute. L'épure seule d'un de ces vases est déjà une œuvre délicate dénotant des études artistiques très avancées. Les formes sont souples et élégantes, les diverses parties du vase, la grosseur des côtes, la proportion des parties lisses, la forme et la posi-
tîon des anses, les dimensions du fond sont calculées avec un tel soin que, de nos jours encore, il serait bien difficile d'obtenir un ensemble plus parfait.
Ces vases sont, d'ailleurs, beaucoup plus rares que les autres ; le tombeau royal de Négadah n'en avait jamais renfermé plus de cinq ou six ; les sépultures d'Om el-Gaab en contenaient aussi ; mais, dans les nécropoles où furent ensevelis les particuliers, ces sortes de vases sont presque introuvables.
Parmi les formes les plus singulières du monument de Négadah, je dois encore citer des vases (fig. 667) ornés de deux côtes aiguës
Fig. G67. — Vase en poterie YÎtriQée par Tincendie. i/3 grandeur naturelle.
et faits de terre. Ils ont été vitrifiés et fondus à tel point par Tincendie qaà priori j'avais pensé qu'ils avaient été taillés dans une roche dure siliceuse. L'examen au microscope de leur composition m'a seul fait revenir de cette erreur. Cette forme, que nous ne connaissons pas dans la poterie des indigènes, n'existe pas non plus dans la céramique postérieure aux premières dynasties; elle semble être spéciale aux débuts de la civilisation égyptienne.
Avant que d'en terminer avec la description des vases qui m'ont été livrés par la fouille du tombeau royal de Négadah, je dois citer
une série de petits pots d'ivoire (Gg. 668 à 678) qui malheureusement ont été brisés et déformés par la chaleur. Ces objets sont d'une extrême délicatesse. Beaucoup de ces vases étaient cylindriques (fig. 668 à 671) ; ils présentent alors en réduction les formes et les ornements des vases cylindriques d'albâtre ou de terre cuite. D'autres (fig. 672 à 678) étaient renflés en leur milieu. Quant à l'usage auquel ils étaient destinés, il est fort difficile de se prononcer. Leur petitesse ne permet que de les attribuer à la toilette ; ils contenaient probablement des kohls, des pommades ou des parfums.
Fig. 668 à 678. — Fragmeots de vases en ivoire. 1/2 grandeur naturelle.
Dans les fouilles d'Abydos, M. E. Amélineau a rencontré quelquesuns de ces petits vases d'ivoire entiers et en bon état de conservation. Je crois qu'ils ne renfermaient rien.
Parmi les nombreux morceaux d'albâtre demi-calcinés et réduits en chaux que les fouilles m'ont fournis, j'ai rencontré trois fragments d'un support de vases qui fort heureusement m'ont permis de reconstituer l'objet en entier (fig. 679). Ce support, formé d'un tronc de cône, était percé de trous triangulaires sur tout son pourtour et en tout semblable à ceux, faits de terre cuite, que nous rencontrons dans les tombes de l'Ancien Empire.
Un autre fragment de la même matière avait appartenu à une table d'offrandes. J'ai reconstitué le monument complet (fig. 680) d'après
Fig. 679. — Support de vase en calcite rubanée. f/4 grandeur naturelle.
Fig. 680. —Table d'offrandes en calcite rubanée. 1/8 grandeur naturelle.
Fig. 681. — Cône en diabase ophitique. 2/3 grandeur naturelle.
Fig. 682. — Mortier en porphyre altéré. 2/3 grandeur naturelle.
des objets semblables trouvés dans des sépultures particulières appartenant à la même époque.
LE TOxMBEAU ROYAL DE NEGADAH
Enfin je citerai un cône (fig. 681) et une sorte de mortier (fîg. 682) dont Tusage m'est inconnu et qui gisaient également au milieu des cendres et des scories du tombeau.
Meules. — Nous avons vu que les grandes jarres renfermaient du blé et de l'orge; l'existence des céréales nous est encore prouvée par la présence de meules destinées à les écraser. Ces meules (fig. 683 et 684) sont analogues à celles que nous voyons représentées sur les mastabas et que fournissent certaines figurines de l'Ancien Empire. Elles se composent d'une pierre elliptique formant mortier, creusée en son milieu, et d'une meule à main, elle aussi elliptique, mais plus petite et destinée à être mue sur la plus grande. Ces sortes de meules sont encore d'un usage courant chez les Barbarins d'Assouan et de la Nubie.
Meubles. — Si nous en jugeons par les fragments qui, malgré l'incendie du tombeau, sont parvenus jusqu'à nous, les meubles étaient très nombreux; quant à leur travail, il surpasse tout ce qu'il était possible d'imaginer pour une époque en apparence encore aussi barbare. Les pieds de coffrets d'ivoire, entre autre, sont des plus remarquables. Chaque coffret en portait quatre figurant deux à deux
les pieds de devant (fig. 686) et de derrière (685) d'un taureau. J'ai eu rheureuse chance d'en trouver une paire complète appartenant au môme meuble. Bien qu*ayant été calcinés ils sont demeurés intacts et portent encore les tenons qui les fixaient au corps du coffret. L'ar-
Fig. 685 et 686. — Pieds de meuble en ivoire. Grandeur naturelle.
Fig. 687. — Pied de meuble en ivoire. Grandeur naturelle. Fig. 688. — Fragment de pied de meuble en ivoire. 2/3 grandeur naturelle.
tiste qui les sculpta a fait preuve d'une grande habileté, car les proportions et la sincérité des moindres détails sont frappantes.
Un autre pied de derrière (fig. 687) entier lui aussi, est extrême-
ment curieux par la proéminence intentionnellement marquée des veines; il rappelle la manière dont les sculpteurs ninivites représentèrent les pieds des taureaux ailés et à face humaine de Korsabad,
Nous ne possédons que des débris d'un quatrième pied d'ivoire semblable au précédent mais beaucoup plus grand (fig. 688). J'ai reconstitué le peu qui en reste en recollant plus de vingt morceaux différents. Ce travail m'a permis de me rendre compte de la taille de ce morceau d'ivoire ; il était semblable à ceux que M. Amélineau a trouvés à 'Om el-Gaab et que, malheureusement, il n'a pas encore publiés.
Fig. 689 à 692. — Fragments de meubles en ivoire. 1/2 grandeurnaturelle.
La technique de ces sculptures est du plus haut intérêt en ce qui concerne les origines des arts pharaoniques; nous y retrouvons des traces indéniables d'une parenté étroite entre la civilisation des premiers Egyptiens et celle de TAssyrie. Plus tard, dans l'art pharaonique des époques postérieures, ces caractères se perdent, mais c'est surtout dans les œuvres archaïques qu'il convient de faire des rapprochements .
D'autres fragments de meubles en ivoire (fig. 689 à 692) sont moins artistiques, leur usage ne saurait être défini d'une manière précise. Ce sont des disques d'ivoire et des dés qui peuvent aussi bien avoir été employés comme pommeaux que comme pieds de coffrets ou de meubles.
Les meubles et les coffrets étaient en ivoire (fig. 693 à 695), en bois
du pays et en ébène* (fig. 696 et 697). Parmi les nombreux fragments de charbon qui se trouvaient dans le tombeau, j'en ai rencontré un
^^S' ^9^ ^ .'^9^- *" Fragments d'un coffret en ivoire. 1/2 grandeur naturelle.
SpO»
Fig. 696 et 697. —, Fragments d*un meuble en ébène. 1/2 grandeur naturelle.
grand nombre présentant encore la forme de planchettes portant des mortaises ou des tenons. Mais ces débris n'ont pu être conservés. Les
I. On sait qu'une espèce appartenant à In famille» des légumineuses, le Dalbergia Me* lanoxylon^ indigène de TAfrique, fournit un bois d'ébène de très bonne qualité. « Dans le bassin du Nil, d'après le D^ G. Schweinfurth (Pflanzengeographische Skizze des Gesammten Nil-Gehiets,,. in Peterman's MittheilungentiSQS^ p. 62), il compte parmi les espèces importantes de la région des forêts (Waldgebiet), limitée au nord par un angle rentrant dont le sommet serait à Grondokoro et dont les deux côtés aboutiraient l'un au nord-ouest à El-Obeid, l'autre au nord-est à Massaoua. Il est bien permis de supposer que c'est ce même ébénier qui jadis se rencontrait en abondance dans l'ile de Meroe (Strabon) et pouvait se rencontrer quoique rarement jusqu^à Syène (Pline) » (D' G. Beauvisage, Recherches sur les bois pharaoniques^ II, Le bois d* ébène ds. Recueil des travaux, etc..., vol. XIX, p. 17). Cette espèce semble être celle que les Eyptiens nommaient Habni (^6evo;, ebenus, ébène).
meubles étaient donc fort nombreux dans cette sépulture ; quant à leur forme générale nous n'en connaissons rien, les vestiges qui sont parvenus jusqu'à nous étant trop fragmentés pour qu'il soit possible de tenter une reconstitution.
Objets d'art. — Je désigne sous ce nom une série de sculptures qui ne semblent pas avoir appartenu à des meubles. Ce sont des figurines d'ivoire, de quartz ou de serpentine représentant des animaux, des hommes ou des fruits, objets dont la présence ne s'explique guère dans une sépulture, car ils ne semblent pas avoir été destinés à rappeler au mort dans l'autre vie les principaux actes de son existence terrestre, comme les Egyptiens des époques postérieures avaient coutume de le faire dans leurs tombeaux. Ces figurines font plutôt penser à des jouets d'enfants ou aux statuettes d'ivoire que les Japonais sculptent en si grande quantité pour l'ornement des salons de l'Europe.
Fig. 698 et 699. — Figariaes d'ivoire représentant une chienne et un lion. Grandeur
naturelle.
La figure 698 représente la figurine d'ivoire d'une chienne couchée sur le ventre, les pattes de devant allongées, les membres postérieurs repliés sous le corps ; la queue est relevée sur le dos, le cou est entouré d'un collier. Le tombeau royal de Négadah contenait au moins quatre statuettes semblables.
La figure 699 est l'image d'un lion également en ivoire; la position de l'animal est la môme que dans les figurines représentant des chiennes.
J'ai également rencontré une statuetette de lion en cristal de roche (fig. 700) plus grossièrement sculptée à cause de la grande dureté de la matière, mais présentant les mêmes formes et la même position. Ce
Fig. 70 ). — Figurine de cristal de roche représentant un lionceau. Grandeur naturelle.
quartz renferme des inclusions de tourmaline (?) en aiguilles très fines, surtout abondantes dans la partie du bloc dont le sculpteur a façonné la tête de Tanimal.
Fig. 701 à 713. — Figurines d'iroire représentant des poissons. 1/2 grandeur naturelle.
Les lions d'ivoire sont, si nous en jugeons par la grosseur de la tête, des animaux adultes, tandis que la statuette de quartz figure un lionceau. Ces sculptures sont fort remarquables par leur oxécution,
19'i LE TOMBEAU ROYAL DE NÉGADAH
elles dénotent une observation très attentive de la nature et, de môme que les pieds de meubles en ivoire, elles présentent des analogies frappantes avec les représentations du même genre provenant de la Chaldée. Les tombes d'Abydos en renfermaient également, et Ton peut voir dans les collections rapportées par M. E. Amélineau un lion d'ivoire semblable à celui du tombeau de Négadah.
Les poissons étaient largement représentés dans le mobilier funéraire du roi de Négadah; ils appartenaient peut-être à un collier, car chacun d'eux porte à la bouche un trou de suspension. Ces figurines d'ivoire (fig. 701 à 713) sont d'une exécution très remarquable, les diverses parties de Tanimal sont reproduites avec une telle fidélité qu'il est aisé de retrouver le nom de chacun des poissons qui a été
^*g- 7i4- — Figurine en roche vitreuse verdàtre tachetée de blanc représentant le
fruit d'un palmiste indéterminé. 1/2 grandeur naturelle.
Fig. 7i5 à 717. — Fragments d'une statuette articulée en ivoire, 3/4 grandeur
naturelle.
pris pour modèle. L'usage de représenter les poissons ne s'est pas perdu dans les Ages postérieurs, car nous voyons au Musée de Gizeh plusieurs figurines de ce genre en pierre verte provenant de San-el- Hagar et remontant à Tépoque des dynasties saïtes. Mais alors les poissons de pierre étaient des offrandes ou des ex-voto, tandis que ceux de Négadah faisaient probablement partie d'un bijou.
Je citerai encore parmi les objets d'art que renfermait le tombeau royal le fruit d'un palmiste indéterminé (fig. 714) fait d'une roche vitreuse dont la pâte verte est mouchetée de blanc (ce fruit ne peut être confondu avec celui du palmier Doum qui est bien moins allongé),
et des fragments de statuettes en ivoire (fig. 715 à 720) représentant des êtres humains. Malheureusement l'état dans lequel se trouvent ces petits objets ne permet pas de les reconstituer.
Comme on le voit^ dès cette époque reculée, la sculpture jouait un très grand rôle dans les arts. Elle est très développée et ses productions ne ressemblent en rien aux timides essais dont nous avons
7ii
718 732tt 719 732 6 720
Fi^. 718 à 732, — ObjcU divers. — 718, 719 et 720, fragments de slntuelles en ivoire.
— 721, 7'a5, 728 et 729, perles d'agathc et de cornaline. — 728, boulon de cuivre.
— 730, perle de cuivre, — 722, 72^», 726, 727 et 731, perles en pâle éraaillée bleue.
— 732, plaquettes d'ivoire d'hippopotame. 11/12 grandeur naturelle.
constaté Texistence chez les indigènes. La sculpture pharaonique, dès son début, présente des qualités d'observation et de rendu qui ne peuvent découler des efforts naïfs qui l'ont précédée sur le sol égyptien. C'est ailleurs que dans la vallée du Nil que nous devons aller chercher les origines de cet art et, sur ce point encore, nous constatons une influence asiatique très prononcée.
Bijoux. — La bijouterie de cette époque semble avoir été encore très rudimentaire; car, bien que la sépulture royale de Négadah n'eût pas été spoliée, les scories ne dénotent pas que les métaux précieux y fussent en quantité importante; c'est à peine si, en dehors d'une grosse perle d'or dont je parlerai plus loin, quelques grenailles im-
perceptibles d'or se trouvaient dans les cendres. Par contre, j'ai rencontré une grande quantité de perles de pâte vernissée, les unes faisant partie de réseaux (fig. 722 et 724), les autres ayant été probablement employées dans des colliers (fig. 726, 727 et 731), des perles de cornaline (fig. 721, 725, 728 et 729), une perle de cuivre (fig. 730), un bouton de même métal (fig. 723), et de petites pendeloques d'ivoire d'hippopotame (fig. 732) qui probablement, autrefois, ornaient un collier.
Les perles de pâte vernissée sont bleues et en tout semblables à celles des temps postérieurs. Elles ne se rencontrent jamais dans les
Fig. 733 à 7i3. — Fragments d'anneaux et de bracelets. — 733, 735, 736, 737, 739, 740, ivoire. — 734 et 742, écaiUe de tortue. — 733 et 743, nacre. 2/3 grandeur naturelle.
sépultures néolithiques et n'apparaisssent qu'en même temps que les métaux. L'art de Témailleur était encore dans Tenfaijce, lors de la construction du monument de Négadah; peu de temps après il s'était développé au point de produire des vases émaillés d'assez grandes dimensions ^ Quanta l'origine des poteries vernissées, je ne la crois pas africaine, m'appuyant sur ce fait, entre autres, que, dans un dolmen