V. Wiedemann, Aeg, Zeitschrift, 1878, p
2. Comparer l'idée de la décapitation du mort, crue parfois nécessaire à la résurrection.
3. Pour la construction de la phrase, v. Le Page^enouf, Proc, Soc. Bibl, Arck.t XVIII, i5i.
4. Au moins en note, je voudrais citer ici un passage curieux, qui met Osiris en relation avec le feu. Le chap.cxxv,! C'jdu Livre des Morts, demande dans une phrase qui se
Ces exemples se rapportent à des faits mythologiques, mais il y en a d'autres qui ont trait à des événements terrestres. Une légende recueillie par Hérodote (II, 100) raconte que la reine Nitocris se serait brûlée elle-même. Dans un papyrus, qui date d'à peu près 2000 ans avant J.-C, se trouvent deux allusions au fait que l'homme voulant mourir pouvait choisir l'incinération*. La première phrase n'est pas très explicite; elle dit seulement qu'on pouvait jeter l'homme sur le feu pour le tuer ; le second passage est plus intéressant : « Tu (l'homme quiveut mourir) pèses(?)surleréchaud,tu t'unis au pays de la vie (?)'», c'est-à-dire, tu as été couché sur le feu et tu entres maintenant au pays des morts. Le yu, forme d'âme avec laquelle le mort parle dans ce texte, lui promet alors de s'unir à lui, de sorte que l'homme brûlé parviendrait ainsi à l'union avec son yu, gagnant ainsi la vie éternelle.
Dans les tombeaux de la XVIII» et de la XIX* dynastie ', on retrouve ridée de faire passer des hommes par le feu pour les envoyer dans l'autre monde.
Ici ce n'est pas le mort lui-même que l'on traitait de cette manière, mais ses serviteurs, que l'on tuait pour qu'ils fussent à l'avenir à la disposition de leur maître. On les exécutait de deux manières différentes : ou bien les victimes étaient étranglées et envoyées ainsi tout entières au mort, ou bien mises dans une peau de bœuf, égorgées comme le taureau du sacrifice, puis brûlées dans un trou rond en môme temps que les instruments qui avaient servi à la cérémonie. Ce n'est pas une coutume nouvelle, ayant son origine au Nouvel Empire, sous une influence étrangère, qui se révèle dans les tombeaux ; elle est, au contraire, beaucoup plus ancienne et absolument égyp-
trouve déjà dans les textes thébains : « Qui est celui dont le toit est de feu, dout le mur se compose de serpents vivants (uraeus), dont le sol est d'eau ? » La réponse est « Osiris » Dans les Litanies du Soleil (éd.Naville,p. 49), il est parlé du rayon de lumière dans le cercueil, qui est le cadavre du générateur. Cela pourrait bien se rapporter au corps du vieux soleil brûlé dans son cercueil.
1. Pap. Berlin 3o2^f, publié et étudié en dernier lieu par Erman, Abhandlungen der Berliner Akademie, 1896, 1. i3, 142.
2. La traduction de cette phrase oifre une certaine difficullé, mais je crois que les mots donnés ici répondent assez bien au sens égyptien de ce passage. Le verbe tema a, entre autres, le sens de « s^unir » avec quelque chose, et le mot ankh paraissant ici sans déterminatif, doit être à combiner avec le nom Ankh-ti « le pays de la vie », un des noms de TOuesl et du séjour des morts
3. V. Maspero, Mémoires de la Mission du Caire, Y, 4^2 sq. ; v. Wiedemann dans Le Museon, XIII, p. 467 sq.
DANS LA NÉCROPOLE DE iSÉGADAH 217
tienne : nous voyons déjà figurer une série d'instruments nécessaires au sacrifice humain sur une stèle qui date de la XIl« dynastie*.
Il me paraît exister une relation entre l'incinération et la désignation du défunt immortel par le mot yw, le « lumineux »>, mot qui a perdu dans la suite son sens exact. Dans le Livre des Morts *, 'yii ne représente qu'une des parties de Tâme, nommée à côté du ha et du sahu, ou du sahii seul. A Tépoque thébaine, on parle du yu aker, du yu accompli' et on entendait par là Tâme d'un mort qui est en état de nuire à un vivant*. Une série de stèles de la même époque désignent le mort par ces mots : « le yu accompli de Ra" », en donnant à ce yu le titre d'Osiris ou en parlant de son ka\ Ces stèles appartiennent à des gens qui n'avaient nulle relation spéciale avec Ra ; il ne peut donc être question ici que de l'analogie entre leur entrée au ciel et celle de Ra, par la disparition dans les flammes et l'ascension de celles-ci à la vie éternelle. Cette analogie aura sans doute donné naissance au titre, à une époque très ancienne, et ce titre sera resté même quand
1. Stèle C, i5 du Louvre, éd. Gayet. Stèles du Louvre^ pi. LIV; cf. Pierret, Mon* du Loui'rCy II, 29; expliquée parMaspero, loc, ciU^ p. 463. Je n'ose décider si les sept taureaux liés et posés à côlé d'un bassin dans le tombeau d'Aha (Scheil, Mémoires de la Mission du Caire^W, pi. 9, p. 662) se rapportent à une représentation du sacrifice humain. La tradition qui dit qu'on brûlait les hommes typhoniens (Manélhon, frag. 84» Diodore, I, 88) ne peut trouver son explication ici, car il s'agirait alors, non pasd*envoyer au mort des victimes, mais simplement de détruire des adhérents du dieu du mal.
2. 89, 3; 92, 5; i49» 4o ; cf. v. Bergmann, Sarkophag des Panekemisis, II, i4.
3. On donne géuéralemeni au mort, à celte époque, une épithète honorifique semblable ; au lieu de aker^ on trouve aussi les adjectifs menk ou Ùper, qui ont à peu près le même sens (Naville, Litanies du Soleil^ p. 26, 89).
4. Maspero, Études égypt,, I, i45 sq. ; Études de mythologie^ II, 27.
5. Ces stèles sont rassemblées par Maspero, Rec, Trav,^ HlfP* 104. On ne peut pas citer ici comme parallèle le nom ou titre y^u-en^lia de plusieurs Pharaons (Aménophis lY, Siptah, Ramsès VIII} ;-^£^ n est ici que le mot« splendeur ». Il est vrai qu*on a attaqué dernièrement cette traduction en alléguant que le mot yu est féminin et qu'on doit traduire ici « le gaipicov de Ra ». Je ne vois pas comment le genre du mot peut causer une difQculté; nous disons bien « la majesté du roi », quoique « majesté» ne soit pas un mot masculin. En plus, au point de vue mythologique, on peut considérer le roi comme une incarnation de la divinité, mais non comme Tàme du dieu, ce qui ferait alors du dieu une incarnation du roi terrestre. Dans le titre Ba-en-Ra de Mcnephtah, le Ba ne signiGe point « âme » mais « bélier » ; il faut rappfocher ce titre de celui de Thoutmès I : Ka-ne/J-enRa « le taureau puissant de Ra ». Par tous les deux, le roi est traité comme une incarnation divine.
6. Cf. le titre Aa-'/K, qui se trouve sur plusieurs des stèles nommant des personnages privés, découvertes par M. Amélincau à Abydos.
tout ce qui rappelait Tincinération avait complètement disparu. Le titre yii, sans apposition du nom de Ra, doit probablement son origine au môme ordre d'idées. Il est vrai qu'on a tenté de l'expliquer d'une autre manière, en y voyant une allusion à la parcelle de lumière divine dont serait revêtue l'âme du mort, ou bien en se représentant Tâme sous la forme d'une flamme pâle, qui émet une lueur analogue au halo phosphorescent qui entoure pendant la nuit un morceau de bois pourri ou de poisson décomposé*. La première explication me paraît donner aux anciens Egyptiens des idées trop abstraites*, tandis que j'hésite à accepter la seconde, étant donné le dégoût qu'ils avaient généralement pour la décomposition et les phénomènes qui l'accompagnent. Je suis donc tenté de croire que le mot signifiait, à l'origine, la partie immortelle du mort qui se lève comme une étincelle des flammes sortant du corps, et qui est donc lumineux'. Plus tard on aurait oublié ce sens et pris le mot comme une des nombreuses désignations de la partie immortelle de l'homme, sans avoir une idée précise de son aspect.
Un fait à étudier encore à propos de ces divers genres d'ensevelissement, c'est qu'à Négadah aussi bien qu'à Abydos, le roi était brûlé, tandis que ses sujets étaient enterrés. Il me semble qu'il n'y a qu'une manière d'expliquer cette diff'érence : c'est de supposer que la demeure éternelle du roi n'était pas située dans la même contrée que celle des simples particuliers. En brûlant un objet, on s'imaginait, ainsi que nous venons de le voir, qu'il montait avec sa fumée au ciel ; c'est donc, en premier lieu, au dieu solaire que fut off*ert le sacrifice par le feu. L'incinération du roi devait avoir le même but : on le faisait parvenir par là au ciel. C'est là, en eff'et, qu'était sa vraie patrie ; il avait été engendré par un dieu descendu pour cela sur la terre, et, par conséquent, il était aussi un dieu; en mourant il devait chercher à parvenir chez ses ancêtres dans les cieux. Les textes des pyramides décrivent avec beaucoup de détails l'arrivée du Pharaon dans cette
1. V. pour ces explications Maspero, Histoire ancienne^ I, ii4.
2. On trouve cette conception aux temps postérieurs ; p. ex. chezSuidas, s. v. *lïpaï<nco;
3. Je me demande s'il n'y aurait pas lieu de citer à ce sujet la formule sehefOsiri « fais luire l'Osiris » qui se trouve si souvent sur les statuettes funéraires, sans être en relation directe avec la formule typique, prise du chapitre vi du Livre des Morts (v. Loret, Recueil de travaux, IV, gr. Bircb, Aeg. Zeitschrift, 1864, P. 89 et io3; l865, p. 4 et 20). La doctrine de celte composition ne contient nulle part la croyance à une transfiguration lumineuse du mort.
région et expliquent comment il s'y rendit maître de tous les pouvoirs ; en outre, jusqu'à une époque récente, la mort du roi est indiquée souvent par des phrases ayant le sens suivant : « 11 fit son chemin au ciel » *. Pour les sujets, qui ne jouissaient pas d'une si haute origine, le pays où ils devaient se rendre après leur mort était situé dans les îles des bienheureux, à TOccident, ou dans le Tuât, ou dans une autre région que Ton cherchait toujours dans les confins de la terre. On s'y rendait à pied ou en se servant d'une barque pour traverser les différents fleuves et lacs situés entre le pays des vivants et celui des morts'. En brûlant le défunt on l'aurait envoyé dans une fausse direction et Tenterrement paraissait ici convenir davantage. Des allusions à cette division de l'autre monde en deux régions distinctes, Tune pour les rois divinisés, l'autre pour leurs sujets, reviennent assez souvent dans les textes; mais ici, comme partout, l'Egyptien n'est pas toujours conséquent avec sa pensée. Le sujet espérait pouvoir parvenir au ciel lorsqu'il avait acquis une assez grande connaissance de la magie pour forcer les .dieux à l'admettre dans leur cycle ; d'un autre côté, le roi prétendait pouvoir visiter aussi les îles des bienheureux et le reste de l'autre monde pour y régner en Pharaon et y jouir de leurs agréments. Du moment qu'on donnait au roi la faculté d'aller après sa mort un peu partout, il n'était plus nécessaire de le brûler comme au temps où il fallait absolument le faire monter au ciel, et, dès lors, on pouvait l'enterrer comme les autres hommes.
J'ose espérer que les pages précédentes suffiront pour prouver que le souvenir des usages de l'époque de Négadah et des idées religieuses qui s'y reliaient, n'a pas disparu chez les Egyptiens des temps postérieurs.. La conséquence immédiate de cette continuité est qu'on ne peut pas soutenir l'hypothèse très répandue que le peuple de Négadah appartenait à une tout autre race que les Égyptiens historiques, qu'ils vivaient Tun à côté de Tautre sans avoir de relations ensemble. Pour avoir influencé d'une manière si décisive la religion égyptienne, il faut que la race de laquelle ces idées ont pris naissance ait été en relation intime avec celle dont proviennent les
1. V. p. ex. le conte de Sanéha (Ameu-em-hat I), ]*inscription d*Amen-em-Ilel/ Thoutmès III), Lepsius, Denkmàler, III, i52 a (Seti I).
2. Cette idée explique la présence des barques comme objels votifs dans les tombeaux du type de Négadah et leur représentalion fréquente sur les vases déposés auprès des morts.
Egyptiens; elle forme un des éléments dont se compose ce qu'on est habitué à nommer la civilisation égyptienne. D'un autre côté, les idées relatives au traitement des morts, telles qu'on peut les relever dans les nécropoles du genre de celles de Négadah, différent tellement de celles qu'on est habitué à voir en Egypte, qu'on ne peut guère admettre que ces dernières, spécialement la momification, soient le résultat d'une évolution qui dérive du dépeçage ou de l'incinération du mort. Des manières de penser aussi différentes ne peuvent résulter que d'origines différentes, et elles sont môme tellement divergentes qu'on ne peut guère prétendre qu'une seule et même race, relativement civilisée, comme le peuple du type de Négadah, ait pu développer dans son sein des doctrines aussi contradictoires. Je ne crois donc pas être trop hardi en tirant de ces faits la déduction que, pour former l'ensemble disparate que les textes donnent comme religion égyptienne, plusieurs peuples différents ont concouru; ainsi on aurait aussi, grâce aux nouvelles découvertes, un point de départ pour traiter la question si souvent discutée de l'origine des anciens Égyptiens.
C'est un fait généralement admis et qui ne paraît guère douteux, que le peuple égyptien postérieur ne provient pas directement d'une peuplade autochthone, mais d'une tribu immigrée de TOrient. On ne peut supposer que difficilement que ces étrangers aient trouvé la vallée du Nil dépourvue d'habitants. Si l'Afrique du nord était peuplée dans ce temps-là, on n'aurait certainement pas laissé déserte la partie la plus fertile du continent, l'Egypte. Or il a existé dans l'Afrique du nord, depuis le commencement des temps historiques, des peuplades que les textes égyptiens nomment Tehennu ou Temhu, qu'on a l'habitude d'identifier avec le peuple que les Grecs connaissaient sous la dénomination très peu circonscrite de Libyens. Les monuments représentent ces gens-là avec une peau de couleur claire, des yeux bleus, des cheveux blonds, tandis que les Égyptiens apparaissent, «urles mêmes bas-reliefs, avec la peau brune, les yeux et les cheveux noirs. En général, on est habitué à considérer ces peuples comme les voisins des parties septentrionales de l'Egypte, mais, de fait, leurs résidences se sont étendues, au moins dans les temps anciens, beaucoup plus au sud. L'inscription de Herchuf à Assouan* les montre sous la VI' dynastie comme voisins des Égyptiens jusque vers la
I. Schiaparelli, Una tomba Egiziana délia F/« dynastia, Roma, 1892, p. 29.
Nubie et un texte de la XX® dynastie parle de Tehennu établis près de la bourgade d'Anibe, au sud de la capitale de la Nubie, Derr*. C'est donc une hypothèse très plausible qu'une tribu apparentée à ces Libyens ait formé les autochtones de l'Egypte, qui furent assujettis plus tard par les immigrants égyptiens. En effet, on trouve sous la IV* dynastie, et encore plus tard dans l'Ancien Empire, des gens à peau claire, à tète plate, cheveux roux, barbus, comme bergers, laboureurs, faiseurs de tours, appartenant aux basses classes de la population*. Ce sont eux qui auraient été les descendants des anciens maîtres du pays, devenus les ilotes des conquérants.
Une classe inférieure semblable employait encore, au commencement de la IV® dynastie, une des coutumes les plus caractéristiquesde la race de Négadah. M. Pétrie' a constaté à Médum dans les tombeaux des classes supérieures la momification, tandis que dans ceux de la basse population les morts se trouvaient, ainsi qu'à Guizeh, à l'état de squelette, en général dans la position embryonnaire; la position droite est plus rare. Souvent même les ossements étaient en désordre ou quelques-uns manquaient, quoiqu'on ait pu constater qu'on avait au moins essayé de les disposer dans leur ordre naturel. C'est la dernière forme de Tenterrement secondaire, en squelette, qui se trouve ici, et en même temps la transition avec l'enterrement du mort intact, en forme de momie, méthode qui devint générale, peu de temps après, pour toutes les classes de la population dans la vallée du Nil, tandis que, d'après un passage malheureusement peu clair d'Hérodote, IV, 190, l'enterrement en position embryonnaire parait avoir survécu dans quelques parties de la Libye ; dans les îles Baléares, qui étaient reliées à la civilisation libyenne, on frappait sur le cadavre pour lui donner la plus petite dimension possible et on l'ensevelissait dans un vase \
Un usage des gens de Tépoque de Négadah était le tatouage; cela est prouvé par une statuette de femme trouvée à Toukh*, dont les peintures montrent des images tatouées sur le corps, qui répondent
1. Lepsius, Denkmàlery III, 229 c, lignes 9 el 10; traduit par Brugsch, Geschichte- Aegyptens, p. 627.
2. Représentation dans de Morgan, Origines, p. 197; Pétrie, History, p. 11 ; Mariette, Galerie de VÊgypte ancienne, Paris, 1878, p. 20, les prenait hypothéliqucment pour des Tehennu.