‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 52 sur 87 · PU · texte numérisé non relu

PU

Parmi les fragments portant des inscriptions, dans le tombeau de

it, fragments fort peu nombreux, lun d'eux mérite une attention

plus particulière : c'est un morceau de vase en cristal portant une

bannière royale différente qui se lit ^ | (?)(fig. 851). Ce nom était déjà connu : il se trouve gravé sur l'épaule de la statue n° 1 du Musée de Guizeh,qui représente un personnage agenouillé, assis sur ses talons.

Fig. 85 1. — Inscriptioa sur un vase de cristal (Abydos). Grandeur naturelle. Fig. 852. — Inscription gravée sur la statue no i de Guizeh. 4/^ grandeur naturelle.

les mains sur ses genoux (PI. II). Cette dernière inscription (fig. 852)

nous donne en outre deux autres noms de rois, ^;^et,^J[^, que nous devons donc ranger dans la même époque*. Cette statue est ainsi le plus ancien morceau connu jusqu'ici de l'art de la statuaire en

ting^e, c'est l'existence de deux trous de clous, Tun de o™,ooi, l'autre de o",oo3. Ces trous ont été percés avec une pointe et portent l'empreinte de la tête des clous, rivée au marteau. Si j'insiste sur ces circonstances, c*est qu^elles contrastent avec le procédé employé pour fabriquer le chas de Taiguille (III) que j'ai décrite plus haut.

«La lame dont il s'agit ici a dû être fixée autrefois comme garniture sur un objet de bois ou analogue, tel qu'un coffret, qui a disparu.

« Tels sont les objets soumis à mon examen. Ils sont tous constitués, je le réputé, par du cuivre à peu près pur, renfermant parfois de l'arsenic, mais ne contenant ni étain, ni plomb, ni zinc. Cette composition est caractéristique.

« Ce n'est pas que la fabrication de lames et objets en cuivre pur n'ait eu lieu à toufc époque et ne subsiste même aujourd'hui ; mais on a cessé depuis longtemps de fabriquer des outils, tels que des aiguilles ou des ciseaux, et des armes, telles que des haches, avec le cuivre pur. Le bronze d'abord, puis le fer, l'ont remplacé, pour tous les emplois qui exigent un métal dur et résistent. L'existence des objets précédents et leur mélange avec des lames de silex paraissent doac se rapporter à une population qui en était encore à l'âge du cuivre proprement dit. »

I. Cette statue à déjà été publiée par M. Grébaut {Le Musée égpytie/iy pi. XIII). Je dois à M. Borchardt l'estampage de l'inscription reproduite à la fig. 852.

Egypte; les proportions fausses, la tête énorme, toute la technique indiquent assez un art dans son enfance ; on ne peut comparer ce monument, pour le style, qu'à un autre qui ne lui est pas de beaucoup postérieur, puisqu'il est de Tépoque de Snefrou, la statue d'Amten au Musée de Berlin. Quant au dernier de ces rois, celui qui porte le

nom de ,^^J^, il est mentionné encore sur une stèle de Palerme, à côté de Snefrou, Ouserkaf, Sahoura et Neferarkara*. Ce monument ne nous donne non plus que le nom de bannière.

Après avoir passé en revue tous les monuments provenant des nouvelles fouilles d'Abydos, qui paraissent appartenir à cette époque si reculée, il reste à en étudier les caractères généraux, et si possible, à en tenter une classification, classification qui, à l'heure qu'il est, est loin de pouvoir être exacte et définitive, mais qui pourra plus tard, quand les documents seront devenus plus nombreux et les renseignements plus précis, servir à établir une chronologie des débuts de l'histoire égyptienne.

Tout d'abord un des faits les plus frappants est la construction en briques crues des grands monuments. L'invention de la brique n'est certainement pas égyptienne : elle ne peut provenir d'un pays où la pierre abonde et doit nécessairement servir de base à toute construction primitive. En effet, les autochtones de la vallée du Nil n'avaient pas la brique, et nous ne la voyons apparaître qu'avec les conquérants qui l'employaient tant pour construire leurs maisons (kjœkkenmœddings de Toukh), que pour garnir l'intérieur de leurs tombeaux.

Nous admettons l'origine chaldéenne des Égyptiens ; ce fait de l'introduction sur les bords du Nil de la brique crue s'explique de lui même, car en Mésopotamie, la pierre fait absolument défaut et depuis les temps les plus reculés de la civilisation chaldéenne jusqu'à nos jours, la brique est le seul matériel de construction qui y soit employé. 11 est fort naturel de voir les envahisseurs apporter avec eux des usages auxquels ils étaient habitués depuis longtemps et pour lesquels le sol de TÉgypte et le limon du Nil leur fournissaient d'excellents matériaux.

Le mode de construction du tombeau de Négadah rappelle aussi d'une manière très vive celui des édifices antiques de la Mésopota-

I. Cette stèle a été publiée avec deux facslmilés par Pellegrini, Nota sopra un ins' crizione egizia del Museo di Palermo, dans VArchiiûo storico siciliano^ n. s , anno XX, fasc. III-IV.

mie. De tous temps en effet, nous retrouvons en Ghaldée et en Assyrie, tant àTello, Warka, Mougheîr, Ourouk, qu'à Khorsabad, ce genre de décoration faisant partie du monument lui-même, et qui consiste en une série de piliers encastrés dans le mur, de rentrants plus ou moins accusés, qui rompent la monotonie d^une muraille de briques toute nue (fig. 853 à 856) * . Tandis que ce genre de décoration se continue

Fig. 853-856. — Plans de monuments chaldéens et assyriens. — 853. Temple de Mougheîr. — 854-855. Temple de Warka. — 856. Observatoire de Khorsabad.

en Asie tant que dura la civilisation assyrienne, et même jusque dans les édifices achéménides, nous le voyons se perdre de fort bonne heure en Egypte; son usage se réduisit peu à peu et on ne l'utilisa guère plus que pour les stèles funéraires; encore n'en voyons-nous que fort peu d'exemples au Moyen Empire, après quoi il disparaît complètement. Ces redans n'avaient plus de raison d'être avec Tarchitecture de pierre, beaucoup plus décorative par elle-même que la brique, et leur emploi, comme beaucoup de coutumes fort anciennes, a fini par passer uniquement dans le domaine religieux, avant de se perdre complètement*.

i.Loftus (Travels and Researches in Chaldaeaand 5tt5ia/ia, p. 75) donne un croquis d'un des grands monuments d'Ourouk, qui ressemble à s*y méprendre au tombeau de Négadah. Ce croquis est reproduit dans Maspero, Histoire ancienne des peuples de V Orient, tome I, p. 703. — Quant au plan du grand palais de Tello, il se trouve dans Heuzey-Sarzec, Fouilles à Tello ^ plan A, et une vue du monument à la pi. 5o, n<^ i. Le plan si souvent reproduit qui est gravé sur la statue de l'architecte, au Musée du Louvre, se trouve dans le même ouvrage, pi. i5.

2. Si ce style a disparu de l'architecture proprement dite, nous le retrouvons, non seulement sur les stèles, mais aussi dans les peintures décoratives qui ornent les chambres funéraires (p. ex. celle de la pyramide d'Ounas) et sur les sarcophages du Moyeu Empire. Les stèles ne sont pas faites sur le modèle des portes, comme on a

A côté du monument du roi Aha (?), nous avons les grands tombeaux souterrains d'Om el-Ga'ab et de Négadah, que je considère comme un peu postérieurs, pour des raisons que je dirai plus loin à propos des inscriptions. Nous nous trouvons ici en face d'un type de sépultures semblable à celles des simples particuliers, mais exécuté dans des dimensions beaucoup plus considérables. Parmi ces grands rectangles creusés dans le sol, l'un, celui du roi ( , dont la salle principale est entourée d'une série de petites chambres à offrandes, semble former la transition avec celui qui a été découvert cette année par M. Amélineau. Tous les deux sont les premiers exemples, déjà très développés, de ce qui deviendra plus tard les mastabas de TAncien Empire, dont les plus anciens connus jusqu'ici, avec lesquels il est intéressant de les comparer, sont ceux de Meïdoum et de Dahchour, contemporains du roi Snefrou, c'est-à-dire du commencement de la IV® dynastie.

Quant à la question de l'incinération du mort, genre de sépulture qui semble bien se retrouver à Abydos aussi bien qu'à Négadah, M. Wiedemann en a parlé longuement dans le chapitre qui précède. Je n'ai donc pas à y revenir ici, quoique ce soit, à mon avis, une des preuves les plus convaincantes de Torigine asiatique des premiers Égyptiens.

Parmi les objets découverts dans les tombeaux royaux de Négadah et d'Abydos, une des choses qui frappent le plus, un fait qui est la caractéristique de cette époque, c'est Tusage constant du cylindre pour imprimer le nom du roi sur les objets lui appartenant*. Le cylindre est, on le sait, exclusivement chaldéen et assyrien; en Egypte, son usage a disparu très vite devant celui du sceau en forme de scarabée, dont nous ne trouvons ici aucune trace, et qui est universellement répandu dès les IV*^etV^ dynasties. Le cylindre persiste cependant en Egypte jusqu'au Moyen Empire, mais son usage est des plus

coutume de le dire : c'est à mon avis le contraire. On a utilisé le motif central des stèles pour y percer une porte étroite à deux ballants. Les exemples les plus anciens, comme le tombeau de Négadah et la stèle de Chiri au Musée de Guîzeh, nous montrent que dans ce genre ce décoration, il ne peut être, à l'origine, question de porte, et en outre le fait d*une porte très étroite dans un cadre tout à fait disproportionné sufQrait à prouver que telle n'était pas la destination primitive de ces monuments.

I. C'est aussi l'avis émis par le professeur Schweinfurth dans sa conférence du 2A avril 1897 à la Société khédiviale de géographie, au Caire : « De l'origine des Égyptiens et de quelques-uns de leurs usages remontant à l'âge de la pierre ».

restreints et décroît de plus en plus : à Tépoque des Ramessides, il n'y en a, à ma connaissance, plus trace, tandis qu'en Assyrie, plus on avance dans la civilisation, plus son emploi devient commun, jusqu'à l'époque achéménide.

Fig. 867. — Cylindre en terre cuite. Musée de Guizeh. 3/4 grandeur naturelle.

Il existe au musée de Guizeh un de ces cylindres égyptiens très anciens, dont les gravures, représentant surtout des personnages et des crocodiles, rappellent absolument la facture de ceux qui sont imprimés sur les bouchons d'argile des vases de Négadah et d'Abydos (fig. 857). On peut, sans aucune hésitation, le classer dans l'époque des premiers Égyptiens.

Fig. 858 à 862. — Vases en pierre dure de Tello. E. de Sarzec, Découvertes en

Chaldée, pi. 26.

Un autre fait absolument typique, c'est l'extrôme abondance de vases en pierre dure et en albâtre, de toutes formes et de toutes grandeurs, qui se trouvent dans les sépultures royales. Un rappro-

chement intéressant est à faire entre quelques-uns de ces vases et ceux qui ont été trouvés par M. de Sarzec à Tello (fig. 858-862). La forme et le travail sont exactement semblables et ils ne diffèrent qu'en ce que les uns sont ornés de quelques hiéroglyphes, tandis que les autres portent une inscription cunéiforme; à part cela, la facture est identique*.

Quant aux autres petits objets trouvés dans tous les tombeaux de cette époque, il est impossible de contester Taspect purement chaldéen de plusieurs d'entre eux, particulièrement pour les ivoires sculptés*. Les petits fragments de meubles* en forme de pieds de taureaux n*ont rien d'égyptien : c'est, avec d'autres proportions et une autre matière, exactement le môme style que les taureaux ailés à tête humaine des palais assyriens, avec leurs muscles indiqués d'une manière naïvement schématique. De même les poissons, les chiens et les lions d'ivoire sont traités avec le naturalisme souvent exagéré qui caractérise l'art de la Ghaldée, par opposition à celui de l'Egypte.

Le point le plus important, celui qui peut permettre d'esquisser une sorte de classification de toute cette série de rois nouveaux, c'est les inscriptions, malheureusement si peu nombreuses, trouvées dans les tombeaux de cette époque.

A Négadah d'abord, nous ne voyons sur aucun des objets portant le nom du roi, autre chose que sa bannière surmontée de l'épervier qui tient dans ses serres le bouclier et la massue. Ce groupe est parfois accompagné de quelques signes, les trois autruches ou le groupe

A , dont il n'est, je crois, pas possible pour le moment de déterminer la signification, mais qui certainement ne représentent pas un

1. Il faut comparer aux vases de Tello spécialement ceux du tombeau de Négadah qui sont représentés auxûg. SyS, 66i, 662, 673 du présent volume. — M. de Morgan me dit avoir rencontré dans la partie élamite du tell de Suze une grande quantité de fragments de vases en albâtre et en pierre dure présentant une technique absolument semblable à celle des premiers vases égyptiens.

2. V. pour ceux de Négadah, les fig. 685-68S, 698 et 699 de ce volume.

3. Il faut rapprocher de ces sculptures-là les deux belles tables d'offrandes d'albâtre en forme de lions qui ont été trouvées par Mariette dans l'enceinte de la pyramide à degrés et qui sont actuellement au Musée deGuizeh. Ces monuments ont un cachet si spécial qu'on a voulu les ranger dans l'époque saïte. Comme technique, ils ont les plus grands rapports avec nos monuments d'Abydos, et il est incontestable pour moi qu'ils appartiennent vraiement à l'époque de Djeser, qui est de peu postérieure à la nôtre, puisqu'ils ont été trouvés près de sa pyramide, dans la partie de la nécropole qui en dépend.

nom du roi, et n'ont rien de commun avec le cartouche, dont nous verrons plus tard les origines.

La bannière est, comme on le sait, le premier des cinq titres du protocole royal aux époques classiques. Son origine très ancienne est attestée par cette place d'honneur, quoique en somme, dès la fin de l'Ancien Empire, il ne soit plus guère employé seul pour désigner le roi : ce n'est plus dès lors qu'un titre purement religieux, attribué plutôt au ka du roi qu'à lui-même; malgré cela, il n'est pas employé seul pour nommer le souverain, même dans les textes du rituel destinés à donner au défunt la vie éternelle, ces textes qui sont gravés sur les parois des tombeaux, depuis les pyramides de Saqqarah jusqu'aux hypogées de Thèbes. Ce n'est donc pas, comme on le dit en général, le nom du roi divinisé, mais un ancien nom resté en tête du protocole par la force de l'habitude. Aux époques très anciennes seulement, on trouve la bannière seule, pour désigner le roi : les derniers exemples que nous avons de cette coutume datent du temps de Djeser*, de Snefrou* et au plus tard de la V« dynastie.

J'ai dit que les inscriptions du roi Aha (?) ne nous donnaient que son nom de bannière ; il faut cependant mentionner une exception, un autre titre gravé sur une plaquette d'ivoire', celui qu'on a l'habitude

de traduire « seigneur des diadèmes du vautour et de Turaeus »

, et qui sert à indiquer la royauté sur les deux parties de l'Egypte *. Ce groupe, enfermé dans une sorte d'édicule, surmonte un signe qui parait être la représentation grossière d'une maison, à moins que ce ne soit un simple ornement, ce que je suis plus porté à croire. S'il fallait y voir un signe hiéroglyphique, celui dont il se rapprocherait

1. Au bas-relief du Wadi-Maghara (v. J. de Morgan, Becherches sur les origines de l'Egypte ^ î, p. 23o) et sur la porte de la pyramide à degrés, actuellement au Musée de Berlin.

2. Snefrou est souvent désigné par son nom de bannière seul : je n*en citerai ici comme exemple qu*une coupe en brèche siliceuse découverte dernièrement à Mahasnah, près d'Abydos, qui porte la bannière Neb-Mât gravée très grossièrement (fig. 863), exactement dans le même style que les inscriptions des vases d'Abydos. Une coupe semblable, provenant de Hibe, porte son cartouche seul. Toutes les deux sont à Guizeh. Pour les autres rois de l'Ancien Empire, désignés par leur nom de bannière seul, v. Aeg, Zeitschrift^ XXX, p. 62.

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