‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 73 sur 87 · R. Verneau, L'Anthropologie, p. 47ï« Paris · texte numérisé non relu

R. Verneau, L'Anthropologie, p. 47ï« Paris

4. D' Fouquet et Ganii^r, Note pour servir à V histoire de V embaumement en Egypte,, Institut égyptien, 1896.

en examinant avec soin une série de crânes appartenant^ très sûrement, à des sépultures pauvres depuis la XVIII* jusqu'à la XXIII* dynastie, recueillis aux environs de Thèbes par M. Daressy, conservateur-adjoint du Musée de Ghizeh. Non seulement la perforation de Fethmoïde pour enlever la cervelle fut un moyen employé tardivement, mais encore ce moyen ne fut point employé d'une façon universelle.

Dans la nécropole de Belt-AllanZy que M. de Morgan considère comme la plus ancienne et sûrement préhistorique, j'ai trouvé des traces non douteuses de matières conservatrices à la face extérieure de crânes qu'elles imprégnaient et coloraient en marron foncé sur les numéros 2, 5, 6, 7, 8, 11, 14, 16, 17, 18» 19, 24, soit 50 pour 100 des crânes étudiés. Il est assez difficile de dire à l'emploi de quelle substance cette coloration est due. Je ne crois pas qu'elle puisse être exclusivement attribuée à une décomposition des parties molles, car elle serait plus généralement répandue et il en serait de même si le sol avait fourni un oxyde minéral colorant. Ce point appelle pourtant de nouvelles recherches. Quant à la matière trouvée dans le crâne, mêlée au sable fin qui avait peu à peu envahi la cavité, elle est sèche, friable, couleur de vieux bois et sans cassure vitreuse ; j'en ai recueilli une quantité assez grande dans les n**' 2, 20, 23. Les flacons étiquetés seront déposés dans les collections du Musée et l'étude complète pourra en être faite. Pour d'autres, et je citerai particulièrement le no 4, la présence du bitume est indiscutable. C'est cependant à Beit- Allam que les procédés de conservation employés sont les plus rudimentaires et les moins constants. Dans la nécropole de Négadah sudy qui semble avoir été une des plus vastes et qui m'a fourni le plus fort contingent de crânes, j'étais dans une position défavorable pour juger la question de conservation artificielle. En effet : « cette nécropole était presque entièrement spoliée et de nos fouilles il ne provient qu'un squelette très bizarre et quelques crânes ; les plus nombreux, tout blanchis parle soleil, ont été trouvés par terre à côté des tombes vidées par des fouilleurs illicites, il y a peu de temps. 11 n'y a aucun doute à avoir sur leur provenance et sur l'âge de la nécropole »*.

J'ai tenu à citer textuellement les renseignements qui m'ont été fournis et j'ajouterai que mon étude des crânes extraits par la fouille

I, Lellre de M. Jéquier, Keneh, i/j mars 1897.

OU trouvés sur le sol me permet de dire que, certainement, les uns et les autres ont la même provenance. Les n'^'S, 26, 27, 31, 32, 33 ont des marques extérieures de matières colorantes et même de bitume. Le n* 10, rhomme au a squelette très bizarre », dont il est question plus haut, a des dépôts visibles de bitume sur différents os (humérus, sternum, cubitus, radius), et surtout à la partie postérieure de la cage thoracique, sur les côtes, au voisinage de la colonne vertébrale. En ces points il existait un véritable dépôt de matières résineuses qui ont encore une cassure brillante, vitreuse, et qui brûlent facilement avec production d'odeur caractéristique.

Dans la nécropole de Kawamil^ je lai indiqué plus haut, les mêmes faits ont été observés et des fragments entiers de cerveau, enduits de matières résineuses, ont pu être extraits et conservés. Je ne crois pas qu'il soit utile d'insister, tant l'évidence est grande.

A Négadah nord, qui ne m'a fourni qu'un petit nombre de crânes, les n*' 1, 3, 4 présentent des traces extérieures de bitume et même dans les numéros 5 et 6, qui étaient entièrement remplis par un fin limon du Nil, il existait dans la masse des fragments de cerveau bituminé.

Enfin, à Guebel-Silsileh, l'extérieur des crânes et leur contenu se rapprochent beaucoup plus de ce que Ton observe dans les momies égyptiennes. L'aspect des os, celui du bitume, Podeur encore très nette de celui-ci, mêlée à l'odeur d'aromates, permet de distinguer ces crânes de tous ceux des séries précédentes. Le n® 2, dont la base du ^râne était brisée quand l'envoi m'est parvenu, permettait de voir le dépôt bitumineux, encore adhérent dans la région frontale gauche et en plusieurs points du receptaculum cerebellL Entre l'os et les matières résineuses, des insectes s'étaient faufilés, avaient rongé la table interne de l'os et creusé le diploé par des galeries analogues au travail des vrîUettes dans le bois. Il n'y a point lieu de confondre ces altérations et les lésions pathologiques avec lesquelles je les comparerai dans un paragraphe spécial.

Le n** 3 de Guebel-Silsileh présente, au point de vue de l'embaumement, tous les caractères du numéro 2, mais de plus, comme le crâne est complet, on peut encore s'assurer, une fois de plus (fig. 40), de rintégrité des fosses nasales. La cloison est très visible, l'ethmoïde intact. On doit savoir en effet que certains embaumeurs habiles, aux époques subséquentes, pénétraient dans le cerveau par les narines en laissant subsister toute la partie antérieure de la cloison.

mais ici elle existe tout entière comme dans tous les crânes bien conservés de nos séries.

A la période qui nous occupe, Tenveloppement du corps était rudimentaire. M. Jéquier m'a signalé des traces de nattes autour de certains ossements ; le fait a une grosse importance, car il y a lieu de le rapprocher des pratiques décrites par Verneau, chez les Guanches de Tantiquité *. Aux Canaries, où Fauteur a fait ses observations, on trouve quelquefois^ au lieu de nattes, des peaux superposées dont la plus fine est toujours en contact avec le corps, de môme que les linges les plus fins appliqués sur la peau des momies égyptiennes. Les peaux se retrouvent au Pérou où les attitudes données aux momies se rapprochent de celles que Ton trouve chez les Guanches et chez nos Égyptiens préhistoriques. Les observations faites sur le terrain ne sont ni assez complètes, ni assez nombreuses pour que Ton puisse se croire autorisé à conclure, mais il y a dans ces faits épars de telles analogies que l'esprit est involontairement entraîné vers Thypothèse d'une race unique d'embaumeurs dispersés à l'époque où leur art était encore limité à des pratiques grossières que l'on retrouve partout les mêmes à l'origine et qui se différencient de plus en plus, à mesure que les siècles s'écoulent, en vertu de la loi de l'adaptation au milieu.

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