L Anthropologie^ 1%^^'tfi
2. La trépanation du crâne dans VAurès, par II. Malbot et R. Verncau {V Anthropologie, 1897).
Kawamil, n'40F,
Comme dans les pièces déjà examinées, il s'agit d'ulcérations d'un os du crâne ; elles siègent ici à la face externe du pariétal droit (fig. 58) sur deux points.
1® Une grande perte de substance, longue de 0",035, mesurant dans sa partie la plus large O^jOlB, située à 0'",025 de la suture pariétofrontale; elle se dirige obliquement de bas en haut et d'avant en arrière, intéressant la table externe de l'os et une grande partie du dîploé. Les bords, surtout à la partie antéro-inférieure, semblent
Fig. 58. — Kawamil, 4o F.
comme ruginés, et ce que Ton sait de la trépanation et du traitement des lésions osseuses du crâne à l'époque de la pierre taillée ne fait que confirmer cette hypothèse d'une intervention chirurgicale pratiquée en vue de faciliter l'élimination de parties nécrosées. Comme dans les faits publiés par Broca en 1876*, la perte de subtance est elliptique, les bords sont obliques, les cellules du diploé sont détruites. Si la lésion qui nous occupe est due à une intervention chirurgicale, le malade a dû succomber peu de temps après l'opération ;
I. Broca, La trépanation du crâne et les amulettes crâniennes à V époque néolithique Congrès d'anthropologie de Buda-Pesth, 1876).
2o En arrière, au voisinage du bord postérieur, près de la suture lambdoïde, se trouve un groupe de lésions dont la principale, en voie de réparation, porte également des traces d'un grattage incomplet. Si la pratique de la trépanation semble être tombée dans Toubli (autant que j'ai pu en juger par mes recherches personnelles), chez les Egyptiens modernes, elle reste encore en usage chez les Berbères de TAurès, tribu des Chaouias ', et l'existence de cet usage, chez les habitants de Kawamil, fournit un léger argument en faveur de Topinion de ceux qui veulent rapporter à la race berbère les habitants de l'Egypte à l'époque de la pierre taillée.
L'aspect des ulcérations décrites plus haut ne permet pas de les attribuer à des traumatismes. Elles sont très évidemment dues à une cause pathologique identique, je crois, à celle qui avait causé les lésions du crâne qui fait Tobjet de l'observation suivante.
Crâne d'El-Amra, n' 4.
Le crâne dont il s'agit ici a déjà été sommairement publié par moi l'année dernière *. J'avais signalé, sans y insister, différentes lésions du crâne, le problème que soulevait leur examen me semblait bien gros pour être traité avec Taide d'une pièce en assez mauvais état de conservation, dans plusieurs de ses parties. L'âge du sujet d'ailleurs me semblait devoir faire naître des objections, car il s'agit d*un jeune homme d'une vingtaine d'années, dont les épiphyses des os longs sont à peine soudées. Pendant l'hiver, éclairé par des observations nouvelles, je repris la question. Je nettoyai méticuleusement la pièce et je la soumis à la critique de Zambaco-pacha, qui n'hésita pas à la considérer comme un cas très net de syphilis osseuse et l'eût volontiers publiée comme telle si je n'avais cru devoir, suivant le conseil de M. de Morgan, la joindre à l'ensemble de mes observations faites, cette année, sur les ossements exhumés pendant la campagne d'hiver.
I. Malbot et R. Verneau, La trépanation du crâne dans VAurès. {C Anthropologie^
a. De Morgan, Recherches sur les origines de l'Egypte, Appendice parle D' Fou-
quet, p. 225. Paris, Leroux, 1896.
La figure 59 reproduit très exactement les lésions disposées en trois groupes principaux siégeant tous sur le frontal : le premier, à droite, au niveau et au-dessus de l'arcade sourcilière; le second dans la région correspondante du côté gauche; le troisième composé d'une seule ulcération déjà en voie de réparation et située près de la suture
KMILIO MARCHETTTNl (DIS} Fig. 59. — Crâne d'EI-Amra, n© 4-
fronto-pariétale un peu à gauche de la ligne médiane. Le squelette, aux épiphyses non soudées, très friable et arrivé en mauvais état de conservation, n'a pu me fournir aucun renseignement complémentaire.
On peut discuter sur la nature de la maladie qui a produit ces lésions; il n'est pas possible, ici encore, de mettre en doute leur nature pathologique, 11 n'en est pas de môme pour les ossements dont l'étude va suivre et que j'ai groupés ici pour bien montrer les diffé rences qui existent entre ce que nous venons de voir et les lésions post morlem.
Kawamil, no 26 F.
Le crâne, très friable et aminci, d'une femme jeune, est arrivé brisé. Le paroi extérieure est saine, sauf en un petit point irrégulièrement perforé à 0'",025 au dessus de l'arcade sourcilière gauche et à environ 0",020 de la ligne médiane. La partie concave de l'os, dans toute la moitié gauche, au niveau de l'insertion de la faulx du cerveau et à droite encore sur plusieurs points, on voit (fig. 60) des ulcéra-
Fig. 60. — Kawamil, 26 F.
tions irrégulières, comme serpigineuses, intéressant la lame externe de l'os et toute l'épaisseur du diploé qui semble rongé. Des dépôts bruns ou gris foncé se trouvent au fond de ces ulcérations et ressemblent aux résidus du bois rongé par les vrillettes ou les larves de longicornes, qui laissent derrière elles et les détritus et leurs excréments. Les bords des ulcérations sont creusés en caverne ; en plusieurs points il existe, sous la table interne de l'os, des tunnels qui vont d'une ulcération à l'autre. On doit noter que toujours ces altérations existent dans la partie la plus déclive du crâne, dans celle où
reposaient les amas de matières organiques fermentescibles dont les sucs ont imprégné Tos au moment de leur décomposition, et c'est ce qui a, dans la suite, attiré les colonies de travailleurs de la mort. J'en ai déjà noté un exemple dans la description des crânes de Guebel-Silsileh.
Fig. 6i. — Kawamil, n" 3i F. Fig. 62. — Kawamil, n* 3i F.
Nous trouvons encore des altérations presque identiques dans le frontal du n** 31 F. de Kawamil (fig. 61. et 62). Les altérations étaient ici plus profondes que dans le cas précédent et entamaient, par sa profondeur, la table externe de l'os qui s'est effondré en fragments nombreux. Les deux principaux ont été représentés ici*.
1. Les lésions du frontal, dont les deux principaux fragments sont représentés figures 61 et 62, m'avaient inspiré des doutes. J'ai pu, grâce à M. le professeur Lacassagne, soumettre une minime parcelle de celte pièce à d'éminents spécialistes, MM. les professeurs Durand, Rollet, Gangolphe, de Lyon. Mon manuscrit était déjà parti à l'impression lorsque j'ai reçu, le 19 juillet, l'avis conforme à mes conclusions : il s*agit bien là de lésions post mortem. Je ne puis résister au désir de citer en détail la très intéressante note de M. le professeur agrégé Gangolphe qui, non seulement écarte pour cette pièce toute idée de lésion pathologique, mais encore fournit à Tappui de son opinion des arguments tout à fait en faveur^ il me semble, de la nature syphilitique des lésions observées sur le frontal du n" 4 d* El-Anira et sur la partie postée rieure du pariétal 40 f de Kawamil. Voici cette note :
« A. Il n'est nullement prouvé que ce frontal a été le siège d'un travail pathologique quelconque. La régularité absolue de la table externe, le fait qu'elle ne présente aucune trace de réaction périostique, concordent d'une façon absolue avec l'intégrité du diploé. Celui-ci est d'une épaisseur inégale, mais ce n*est là qu'une apparence. Sans doute le lent travail de destruction dû à Tantiquilé de la pièce doit être mis seul en cause. Si, par la pensée , on prolonge la table interne (dont il reste un vestige), on voit que celle-ci viendrait recouvrir la face profonde du diploé sans qu'il y ait là une cause d''exostose interne ou enoslose. En aucun point, le diploé n'offre de pertes éburnées
Le n* 5, toujours de Kawamil, est un crâne d'homme dont la face latérale gauche est en partie détruite par les mêmes altérations. Une partie de Técaille de Foccipital, Técaille entière du temporal sont détruites. Le rocher, plus résistant, est conservé, mais la presque totalité de la lame interne de Tos est enlevée et laisse apercevoir Tanatomie de Toreille interne mise à nu par cette fine dissection (fig. 63).
Ces pièces méritent un examen plus approfondi qui sera fait ultérieurement et confié, autant que possible, à un spécialiste qui trouvera, peut-être, quelques nouveaux morticoles destinés à grossir la liste déjà longue publiée par M. Mégnin*.
ou plus particulièrement vermoulues. En aucun point l'architecture cellulaire ni alvéolaire du diploé n'a été remaniée. Le poids de l'os n'estpas modifié, ce qui arrive d'une façon constante et appréciable s'il y a de l'éburnation. Quant au petit fragment de table interne restant il est absolument intact.
c( Je le répète, on ne peut pas dire que cet os a été le siège d'un travail pathologique quelconque. Mais ce que je puis affirmer c*est, à coup sûr, quil n'y a pas là de syphilis. Voici pourquoi ;
« Les lésions syphilitiques ont sans doute comme siège de prédilection le frontal et y affeclent deux formes, souvent associées :
" 1® La forme hypérostosique : a, parenchymateuse ; b, externe (exostose) ; c, interne (enostose) ;
« 2« La forme ulcéreuse.
« Or il ne peut être question de la forme hypérostosique] la bosse frontale n'a rien d'exagéré et j'ai dit que la table externe^ le diploé, la table interne étaient normalement constitués.
« J'ajouterai même (ce qui n'est pas utile tant le fait est évident), que la constatation d'une exostose seule, h la surface du frontal, n'aurait aucune valeur. J'ai vu des exostoses du frontal dues à la grossesse et à la fièvre typhoïde,
«Pour quel'exostose ait une valeur absolument démonstrative, il faut qu'il s'y joigne des lésions typiques, telles que des gommes... ou alors qu'elles atteignent des dimensions que ne présentent jamais les légères hypérostoses gravidiques ou typhiques.
« B. Quant à la /orme ulcéreuse de la syphilis crânienne, je n'en parlerais même pas si la disparition d'une partie du diploé et de la table interne n'étaient pas susceptibles d'y faire songer.
« Là encore je puis affirmer que la syphilis n'y est pour rien,
« Ordinairement les bourgeons gommeux pénètrent de la face externe du crâne dans le diploé. Émanés de la face profonde du péricràne, ils s'enfoncent dans l'os, le sillonnent, décrivent des rampes hélico'idales, qui s'enchevêtrent, empiètent les unes sur les autres et détruisent l'os ne laissant plus subsister que des saillies stalactiformes. La table interne offre toujours une résistence notable,,,
M L'os est troué, vermoulu, mais il est plus lourd. La table externe a disparu, pour faire place à des saillies irrégulières'... J'ajoute que l'hérédosyphilis s'accompagne d'altérations semblables . »