‹ Recherches Sur Les Ossemens Fossiles (volume 2)Chapitre 39 sur 43 · DES OS DE REPTILES · texte numérisé non relu

DES OS DE REPTILES

ARTICLE PREMIER

Des os de tortues.

Nous donnerons dans la suite un chapitre sur les os de tortues en général , dans lequel nous exposerons les caractères ostéologiques des divisions de ce genre, savoir : des tortues de mer ou chélonées; des tortues de terre ; des émydes , ou tortues d'eau douce ordinaires; des trionyx, et des ma-

os DE REPTILES. 6oi

nates ou chélydes qui sont aussi d'eau

fuce y les unes et les autres. Mais pour

empiéter ici ce que nous avons à dire sur

s fossiles de nos environs , nous sommes

bligés j comme par anticipation , de sup-

K)ser que ces caractères sont déjà connus

les lecteurs.

C'est aux trionyx que se rapportent les débris les mieux caractérisés des tortues de nos carrières à plâtre.

- On reconnaît principalement ce sous-genre, à ce que ses cotes n'ont pas leurs intervalles ossifiés dans toute leur longueur , qu'elles ne s'articulent point par leur bout externe avec un rebord osseux , et que leur surface est toujours chagrinée ou plutôt creusée d'une infinité de petites fossettes irrégulières, qui servent à rendre plus adhérente la peau molle, seul tégument dont la carapace des trionyx soit recouverte (i).

Tous ces caractères s'observent dans les deux morceaux représentés aux fig. i et 2

(1) Voyez le mémoire de M. Geofïioy dans les Annales du Muséum, tome xiv.

de la pL 157; celui de la fig. a se recou — nait pour une des côtes qui forment la par— tie moyenne de la carapace , à sa forme symétrique et à sa largeur qui n'augmente vers le bout externe que d'une manière peu sensible; enfin à sa troncature, qui se fait carrément au-dessus du prolongement costal, a. Sa partie dilatée est longue de 0,14^ large au bout extérieur de o,o5o, au bout voisin de Tépine de o,o34.

L'autre morceau , fig. i , est une des deux premières côtes qui contribuent à former la partie antérieure de la carapace. On reconnaît cette position à la manière oblique dont son bord externe est coupé. La longueur de son bord postérieur est de 0,1 , mais il lui manque peut-être quelque chose du côté de l'épine. Sa largeur est de o,o5 à peu près partout.

Non - seulement la forme , la courbure et la surface de ces deux portions de carapace s'accordent avec celles des portions analogues des trionjx , mais elles se rapportent encore exclusivement à ce sous-genre, parce que l'on n'y voit point ces traits enfoncés qui existent dans tous les autres , le luth ( testitdo coriacea ) excepté , et qui sont les em-

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preintes des bords de chaque plaque écailleuse; ainsi ^ comme dans les tiionyx^ ces cotes fossiles n'étaient pas recouvertes d'é^ cailles.

Après* avoir observé ces fragment de carir pace, je reçus un os que je jugeai bientôt devoir être Tos de Tépaule d'une tortue; mais comme il ne ressemblait pas à ceux des tortues que je connaissais, j'^us tieu de soupçonner qu'il devait aussi venir d'un trio^ njxj je n'avais point alors de squelette entier de ce sous-genre, mais je m'occupai aussitôt de me procurer les parties qui me manr quaient, et quoiqu'elles vinssent d'un jeune individu, elles vérifièrent suffisamment ma conjecture, qui s'est trouvée ensuite complètement confirmée par un beau squelette adulte de trionyx d'Egypte , obtenu par voie d'échange du cabinet d'Histoire naturelle de Turin , où il avait été apporté autrefois par Donati.

On voit l'épaule fossile à moitié grandeur^

a est l'os qui se rend au plastron ; h , l'empreinte laissée sur le plâtre par celui qui va s'attacher à la carapace \ c , celui qui reste libre se dirigeant en arrière et vers le bas ,

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ayant la forme aplatie d'un scapulum. Les deux os qui vont de la carapace au plastron forment, dans la plupart des tortues, un angle très-ouvert, et sont même presque en ligne droite dans les tortues marines*; le troisième est d'ordinaire allongé, en triangle presque isocèle , avec ses deux bords un peu rentrans et relevés vers chaque face d'une arête saillante , comme nous l'avons représenté dans notre Mémoire sur les tortues fossiles en général. Ici je trouvais les deux premiers os formant ensemble un angle fort aigu; l'empreinte du second montrant qu'il était élargi et concave à sa face supérieure; le troisième entièrement plat, et 'son bord externe coupé convexement et fort oblique d'abord par rapport au bord interne, qui est presque rectilignê.

Or, aussitôt que je pus voir les os de l'épaule d'un trionyx, j'y trouvai précisément les caractères qui me frappaient dans les os d'épaules fossiles; et le lecteur peut en faire comme moi la comparaison sur mes figures.

Je donne ces os d'un trionyx vivant , mais de petite taille ( le trionyx carinatus , GeofT. ), fig. lo; les lettres y désignent les mêmes

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parties que dans ceux du fossile , et la ressemblance en saute aux yeux.

J'ai obtenu récemment une portion de bassin du côté gauche , offrant la fosse cotyloïde qui n'est pas moins semblable.

Ainsi il y a incontestablement dans nos' plâtrières des restes de cette sorte de tortue dont on a fait récemment un sous-genre, sous le nom de trionyx.

Or, tous les trionjx dont Thabitation est connue vivent dans l'eau douce.

Forskahl er a décrit une espèce du Nil ( le thirsé des Arabes , testudo triunguis ) , que M. Geoffroy regarde comme le ddychnis des anciens; Pennànt en a fait connaître une seconde ( le testudo ferox ) des rivières de Géorgie et de Caroline; M. Olivier en a découvert une troisième dans l'Euphrate et dans le Tigre; enfin M. Leschenault en a trouvé une quatrième dans les rivières de Java, où elle se noinme boulousse. Les espèces que M. Geoffroy, dans son Mémoire sur ce sous-genre, ajoute aux quatre que nous venons de citer, ne sont connues que par leurs dépouilles, et l'on n'a point de renseignemens sur leurs habitudes ; mais il y a bien

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de Tapparence qu'elles ne différeront point par-là de celles dont on a des notions plus complètes.

Les trionvx sont , de toutes les tortues de nos carrières, les plus faciles à reconnaître; mais ce ne sont pas à beaucoup près les plus abondantes. On y trouve aussi en grand nombre des portions de carapaces lisses avec des empreintes d'écaillés, lesquelles annoncent quelque autre sous-genre. Nous en offrons un exemple dans le morceau représenté fig. 4-

Après une comparaison exacte de cet os avec ceux qui composent l'armure des diverses tortues, je reconnus que c'était un de ces os du pourtour qui joignent le plastron à la carapace, ou le sternum aux côtes. Le pli léger a^ hy qui le coupe en travers, le contour, les dentelures obliques de la suture d'une extrémité c, c, et jusqu'aux lignes dj effygy qui marquent la séparation des écailles, s'y accordent. Or, un tel os donne à lui seul l'exclusion aux tortues de mer et aux trionyx; en effet, dans ces dernières, son analogue n'existe pas. Les tortues de mer ont bien des os au pourtour, mais ils ne se recourbent pas en dessous et lie s'engrènent pas avec le plastron.

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^^ poiir} Une pièce qui donne également Texclu- ^'^^ pM sien à ces deux sous-genres, c'est celle de lafig. ï5. EUgt ne peut avoir d'analogue que celui des os du plastron qui se joint à la carapace non-seulement par son bord, mais encore par une saillie transverse a, sous laquelle est récliancrure qui donne passage à la cuisse. Il est clair que le plastron ne peut avoir un os pareil , dans les trionyx et dans fes tortues de mer , où il est simplement suspendu dans les tégumens.

J'ai trouvé jusqu'à un os particulier, qui dans certaines tortues complète la barre transverse qui renforce la jonction du plastron et de la carapace au-dessus de l'échancrure eu question. On le voit fig. 19; on dirait qu'il a été tiré du testudo radiatciy tant sa ressemblance est frappante.

Les tortues marines et les trionyx étant exclues, il restait donc à savoir si ces parties de carapace et de plastron venaient de tortues de terre, d'émydes ou tortues d'eau douce, ou enfin de chélydes ou matamates.

Comme la carapace de ces dernières est inégale, ou hérissée de grosses saillies pyramidales , je ne pus long-temps penser à elles; mais n'ayant pas de doigts, ni même de por-*

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tiens un peu considérables qui pussent me 1 1 faire bien juger la convexité de la. carapace, je trouvai plus de difficulté à me décider entre les tortues de terre et les émydes.

Cependant, comme dans la plupart des tortues de terre, et peut-être dans toutes, les côtes vont alternativement en se rétrécissant et en s^élargissant vers leur bout extérieur, de façon que la première y est plus large qu'au bout qui tient à l'épine, la seconde plus étroite , et ainsi de suite , tandis que dans les émydes , ou tortues d'eau douce , leur largeur reste à peu près égale, et que j'ai observé la même chose dans toutes les côtes de nos carrières que j'ai pu examiner, et notamment dans celles des fig. 5 et 6, j'ai tout lieu de croire que nos tortues fossiles sont plutôt des tortues d'eau douce que des tortues terrestres. On sait d'ailleurs que ce nom de terrestres n'est donné aux tortues à doigts raccourcis et à carapace trèsbombée que dans un sens comparatif, et qu'elles aiment aussi pour la plupart les lieux humides.

Il est difficile que les côtes des fig. 5 et 6 appartiennent à la même espèce que les morceaux des fig. 4 et i5; elles sont beaucoup

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l^lus petites à proportion et paraissent venir i «ependant d'individus adultes. Nous aurions .■ donc les restes de deux émydesdans nos plâtrières.

Outre les morceaux que je viens de citer, J'ai encore les suivans qui doivent appartenir au même sous-genre , selon toutes les analogies :

i^ La pièce impaire du plastron , placée au milieu en avant , entre la première et la seconde paire des huit autres pièces. Ce morceau, représenté fig. 5 , qui existe dans toutes les tortues , n'a cette configuration d'un écusson d'armoiries que dans quelques tortues de terre et d'eau douce ; dans les marines, il se prolonge en arrière en une longue pointe, et dans les trionyx il prend la figure d'un chevron.

a* Une partie renflée du rebord postérieur, derrière l'échancrure pour le passage de la cuisse. Quelques tortues terrestres ont un renflement à peu près pareil ; il est très-sensible dans la grecque.

y Une partie plane du même rebord , plus en arrière, fig. i8.

4"" Plusieurs portions de côtes.

5* Un fémur, fig. 20, qui, ayant été com- T. 39

6lO FiIflSILBft DB 9A9iB.

parérà crax des tortues de terre ^ dep trlonyx et dtt& émydes^ ne s'est trouyé r^sgemblier eomplàtemeot qi^'à ces û^rmèv^.

& Un autre fémur, mutilé vers le bas, pi. i58, fig. 6. Sa tête articulaire et sa tuberosité externe ont été usées ; mais ce qui en subsiste présente les caractères des tortues d'eau douce, et sa grandeur annonce qu'il devait appartenir à une carij^ac^ ^ 0,2^ de longueur.

7^ Une porjtipn de bassiû, contçpaQt la fi3S^ cotyloïde et des parties des trois o^ qui ooacQurentà la fQrmpr, pi. i58, fig. 2. Tout jce qui reste de qe morceau correspond piarfaitement aux trionyx , et sa grandeur est exacteipent celle de notre; squelette de trionyx du Nil, dont la carapace est longue de 0,240, et qui a, du bout du museau à Textrémité de la queue, o,55o.

Enfin 8"*, une tête avec trois vertèbres cervicales-, bien qu'un peu brisée, et dérangée 4aps se;$ parties, elle est encore parfaitement reconnaissable. Il suffirait, poyr se convaincre de sa nature, de comparer ma figure avec les pi. VIII, fig. 18, AetlK, fig. ^5, 3oet3i ^ muQpïj^Kfae oi)yrage que M. Boi9Jxus vient

os DE REPTILES. 6l|

^ publia sur ranatomie de la tortue d'^u douce.

la tête est vue en dessous.

a y est 1*05 basilairej

4 , le corps du sphénoïde j

Cf c, c, des fragmens de ceux que y^fr jUSAle ptérjrgoîdiens internes j

df \e palatin droit J

c, e, les o5 de la caisse y ou tympanaux^ portant la facette articulaire pour la mâchoire inférieure ;

fyff fj des fragmens des parties latérales de la mâchoire inférieure;

g y partie moyenne de la mâchoire inférieure ;

A, le vomerj

i, portion de l'os que je nomme Jrontal antérieurj

k, k, k, fragmens des autres parties du Jfontal ou du maxillaire supérieurs

/, te rocher du coté gauche;

m, m y extrémités des grandes cornes de l'os hyoïde J

6lâ FOSSILES DE PABiS.

n, ô, Pf les trois premières vertèbres du cou.

Toutes ces pièces , dans ce qui leur reste de caractéristique, ont exactement les formes des tortues d'eau douce ou émydes.

Elles doivent . provenir d'un individu dont la carapace pouvait être longue de o^3.

Dans aucun de ces morceaux , je n'ai jamais rien trouvé qui annonçât une tortue marine. Ce que M. Faujas (i)a regardé comme la caparace entière d'une petite tortue de mer, ne consiste, autant qu'on peut en juger par la figure, que dans l'assemblage de deux os du pourtour d'une de ces grandes tortues d'eau douce.

ARTICLE II

Des os de crocodiles.

Pour les caractères distinctifsdes os de crocodiles, je suis obligé de faire comme pour

i^BK^iaHia^M

(1) Annales du Muséum^ tome ii , p. 109.

os DE REPTILES. 6l5

ceux de tortues et de renvoyer au chapitre étendu que je donnerai dans la suite sur ce genre, et où je ferai connaître en détail tontes les parties de son squelettd.

Ici je me borne à décrire les fragmens que j'en ai recueillis dans nos carrières à plâtre.

Je n'en ai eu long-temps qu'un seul , mais ce seul os démontrait déjà qu'il venait d'un saurien du genre des crocodiles , et d'une espèce inconnue.

C'est un os frontal d'une petite dimension. Je le représente en dessus, fig. 7, et en dessous, fig. 8, pi. iSy.

J'ai parcouru toute la série des squelettes de reptiles ( et j'en possède maintenant plusieurs espèces de chacun des sous-genres établis par ceux qui les ont le plus multipliés); je n'en ai trouvé aucun qui ressemblât à l'os fossile, si ce n'est, comme je viens de le dire, le frontal des crocodiles. La comparaison avec celui-ci est au contraire rigoureusement exacte , quant à tous les caractères qui peuvent passer pour génériques.

Il est d'abord simple et sans suture mitoyenne; il est échancré de deux arcs de cercles à bpfds verticaux et relevés, pour les

6l4 FOSSltBS DB PARU.

(yrbîtêd ; en dessous il est creusëT d'un diSÊO^ Mnal qui sert à conduire les nerfs olfkctiA yei^ le nez ; en arrière on voit des restes dêl sutures qui Tarticulaient arec le pariétal iini^^ que et avec les deux os qui représenteot^ dans le crocodile ^ les apophyses post-orbitaires du frontal; en avant ^ son apophyse àigué, qui devait s'avancer entre les lacrymaux, éÈt rompue, mais on voit encore dèê ffaces des sutures qui l'unissaient à ces deux os; enfin sa surface est creusée de petites fossettes irrégulières, comme il y en a plus ou moins dans tous les crocodiles, et comme on n'en retrouve sur la tête dans aucun autre reptile, pas même dans les trionyx, dont la cîarapace seule en a de semblables. Tels sont tes caractères communs à ce frontal et à ceux des autres crocodiles.

Ses caractères particuliers sont, que les rebords des orbites sont moins saillans, plus rapprochés en avant, et que la courbure longitudinale de sa face supérieure est plus convexe que dans les dix ou douze espèces de ce genre que J'ai déterminées par l'ostéologie de leur tête.

Depuis lors il ne m'est arrivé qu'un autre os de oe genre. C'est la partie sàpërieure âe

os DE REPTILES. &tS

l'humérus gauche d'un individu beaucoup plus grand, que nous représentons pi. i58; fîg, 3, 4 et 5.

Cet humérus est précisément de la gran^ deur de celui d'un squelette de caïman, à museau dé brochet , dé grandeur médiocre , que nous possédons, et dont la longueur totale, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de là queue, est âè 0,7.

N'en doutons donc point, il y avait à Montmartre des crocodiles, dans le même temps où il y avait Jl^s sari^ës; dëî trionyx, et tant d'autres animaux et végétaux dont les congénères ne se retrouvent plus que si loin de nôtiâ. Mais les crocodiles devaient y être rares ^ puisque ce frontal et cet huménis sont leÉ seuls vestiges qui m'en soient parvenus.

Je n'ai pas besoin dé rappeler qiië lëi crd^ cbdilés sont tous dès ànimkui d'ëâtt dSlilcé.

6l6 FOSSILES 1>£ PAaiS.

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