‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 2 sur 98 · V OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

V OBSERVATIONS

Un des sujets qui devaient faire l’objet de ses méditations consiste dans les faits nouveaux recueillis en Égypte par M. Champollion, et en vertu desquels cet illustre académicien , ce créateur aussi d’une science nouvelle, s'était cru fonde à reculer l'origine de la race humai-

ne fort au-delà des limites que lui assignaient

les monumens de la science jusqu'alors connus ; et à en juger par quelques-unes des notes dont nous venons de parler, mon frère était loin de regarder comme démonstratives les preuves qui résultaient des découvertes de son savant collègue. Malheureusement il n’a rien ajouté à l'expression de ce doute qui nous permette d'en indiquer les motifs.

On a paru croire que l'opinion de mon frère sur cette origine des homimes tenait à un préjugé propre à l’aveugler sur les faits qui servaient de base à ses raisonnemens. On a donc combattu cette opinion, comme on combattrait une hypothèse, mais une hypothèse mensongere, bonne tout au plus à étayer des croyances que Ja raison ne pourrait plus admettre. Ce ne sont point les érudits qui se sont chargés de cette tâche; ce n’est point dans les monumens de l'histoire qu'on a cherché des preuves

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aune plus grandeantiquité du monde; l'examen critique auquel ces monumens avaient été soumis, dans le discours préliminaire des Recherches sur les animaux fossiles, laissait peu d’espoir d'arriver à d'autres résultats que ceux auxquels ils avaient conduit. Ce fut parmi les naturalistes que se trouvèrent les adversaires les plus ardens de la nouveauté d'origine de notre espèce, et c'est dans les couches du globe qu'ils cherchèrent des preuves favorables à leur opinion.

Jusque-là, toutes les observations bien constatées conduisaient à cette conclusion trèslégitimement tirée par mon frère, que l'espèce humaine était postérieure aux dernières catastrophes qui avaient mis à nu nos continens actuels. Il importait donc à ceux qui ne voulaient pas qu'il en fût ainsi, de découvrir dans des couches anciennes, dans celles où lon trouvait des restes d'animaux dont l'existence était censée antérieure à la nôtre, des restes de squelettes humains : par là ils acquerraient la preuve incontestable, directe , de la fausseté de l'opinion contre laquelle ils se déclaraient. Les recherches auxquelles conduisirent ces vues, firent croire en effet qu’on avait décou-

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vert des ossemens bumains mélangés à des ossemens de ces animaux anciens qui paraissent avoir vécu sur notre sol avant nous; mais l’espérance d’avoir détruit par une seule observation, par un seul fait, une généralité importante, et d'avoir entraîné dans la même chute les vérités cosmogoniques qui trouvaient en elle un appui et les raisonnemens sur lesquels elle-même reposait en partie, ne se soutint pas long - temps : un examen attentif de ces faits a démontré leur nullité, et ils sont rentrés dans leur obscurité première.

Rien sans doute n'était plus naturel et plus juste que de combattre une opinion qu’on n’adoptait pas, à condition toutefois qu'on sût pourquoi on la rejetait. Rien même n'était plus légitime que de rechercher des faits favorables à l'opinion qu'on adoptait, n’eût-on pour cela aucun autre motif que cette opinion toute nue ; mais pourquoi cette ardeur contre une vérité contingente qui n'eut jamais la prétention d'avoir un autre caractère, à laquelle on n'avait aucun fait à opposer , qu'aucun vice de raisonnement ne souillait, et qui par conséquent avait droit à l’assentiment de tous les esprits sains ? Pour toute réponse à cette question , je

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me bornerai à faire remarquer que vint-on à affaiblir ou à renverser même cette vérité contingente par la découverte de débris humains dans les anciennes couches de la terre, cela n’ôterait rien au mérite des recherches profondes et des raisonnemens ingénieux d’où elle a été déduite, ni par conséquent à la gloire de celui qui se livra avec assiduité aux unes et qui soutint les efforts persévérans que demandaient les autres ; et que le discours où elle est prouvée si clairement et exprimée avec tant de noblesse, n’en restera pas moins un modèle éloquent pour tous les esprits droits qui travailleront au perfectionnement des sciences par un sincère amour de la vérité.

La méthode sévère qui règne dans ce discours , l'enchaînement qui en lie toutes les propositions , la rigueur qui caractérise toutes les formes sous lesquelles le raisonnement sy présente, ne resteront muets que pour ces intelligences malheureuses privées de toute logique naturelle, auxquelles la vérité semble sans attraits, et qui, à aucun signe, ne savent la reconnaître.

Je dois à présent défendre mon frère d’un autre reproche qui serait grave s'il l'avait mé-

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rité; mais si sa mémoire m'impose cette défense comme un devoir, d’autres considérations la rendent pour moi difficile. J'ai tout lieu d'espérer cependant qu'une discussion toute scientifique, à laquelle présidera le sentiment d'affection que je porte au savant que je me vois forcé de combattre, conservera le caractère de gravité qui lui convient, et que rien n'échappera à ma plume qui ne soit conforme à ce sentiment.

Le reproche qu'on fait a mon frère est de ne pas avoir adopté comme certaine, pour en faire la base de ses travaux sur les animaux perdus , une hypothèse renouvelée des temps anciens , et qui consiste à faire dériver d’une ou de plusieurs espèces primitives toutes les espèces animales, tant celles qui ont existé autrefois que celles qui existent aujourd'hui.

On suppose que son intelligence n'était pas assez étendue pour une aussi vaste conception; qu'attaché à l'observation des faits matériels , 1] lui était impossible de s'élever au-delà : semblable à ceux dont la vue, forcée de s'arrêter continuellement sur des objets qui ne peuvent être vus que de près, finit par ne plus pouvoir embrasser l'horizon commun. Je ne

PRÉLIMINAIRES. D sais sil lui serait jamais venu à l'esprit de se défendre de ce reproche; j'en doute : car Je ne trouve pas un seul mot dans ses notes qui s’y rapporte. D'ailleurs, bien loin de regarder cette hypothèse comme une vaste conception, il la mettait au rang de ces jeux légers de l’imagination avec lesquels la vérité n’a rien de commun, dont on peut s'amuser quand ils sont accompagnés de grâce et d'adresse, mais qui perdent tous leurs agrémens quand on les prend au sérieux.

Nous voudrions qu'il nous fût permis de nous renfermer sur ce sujet dans le silence qu'il paraissait disposé à garder; mais, pendant sa vie, ce silence avait une signification qu'il n’a plus, aujourd'hui que le reproche se renouvelle, et à laquelle le nôtre ne peut suppléer.

Les Recherches sur les ossemens fossiles, et tous les travaux qui, à limitation de ceux-ci, ont eu pour objet les animaux dont les restes se trouvent enfouis dans les parties inférieures de notre sol, et qui vivaient sur nos continens avant la dernière catastrophe qui a mis ceuxci a découvert, tous ces travaux, dis-je, ont démontré que les animaux anciens , sans exception, différaient spécifiquement de ceux qui

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