X OBSERVATIONS
existent aujourd'hui; que plus on descend profondément dans la terre, plus ces différences augmentent ; et enfin que le nombre des espèces aquatiques, comparées aux espèces terrestres, va également en augmentant, à mesure qu’on passe des couches supérieures du globe aux couches inférieures : ainsi les animaux à mamelles ne se trouveraient que dans les couches superficielles ou dans les couches moyennes, et les animaux ovipares viendraient après. Voilà les faits établis par ces travaux, chacun les reconnaît; et toutes les conséquences, toutes les inductions légitimes qu'ils renfermaient en avaient été tirées et exprimées dans un langage pur et clair. Ce n’était pas assez pour des esprits moins sévères. Suivant eux, il fallait, par la considération de l'ensemble des faits de la science , en déduire cette autre conséquence, que les espèces nouvelles n'étaient point spécifiquement différentes des anciennes ; qu’elles n’en étaient que des modifications ; que tous ces animaux ne se divisaient qu'en simples” races, et que ces races s'étaient formées sous l'influence des divers milieux dans lesquels les espèces primitives avaient successivement vé-
cu, depuis le commencement du monde jusqu’à
PRÉLIMINAIRES. x} nos jours. Quand je dis les espèces, il serait possible que, sans le vouloir, je commisse une erreur. Je devrais vraisemblablement dire l’espèce : car, suivant le système que j'expose , ilne dut y en avoir originairement qu'une seule, représentée sans doute par un nombre quelconque d'individus, si ce n’est par des molécules organiques vivantes, comme le supposait Buffon, lesquels individus se développant chacun dans des conditions particulières, qui, depuis des milliers d'années, se sont elles-mêmes modifiées des milliers de fois, ont fini par produire ce monde d'animaux qui couvrent aujourd'hui notre globe, depuis les êtres microscopiques, dont toute l'existence paraît végétative, jusqu'à l’homme intelligent et libre.
Lorsqu'on n’est pas familiarisé avec l’étude approfondie de la nature, on peut, au premier abord, se laisser séduire par un système qui, simple dans son principe, conduit à l’explication non moins simple de toutes les différences animales. Ceux qui sont dans l'habitude d’'adopter sans autre examen les idées de cet ordre, quand elles flattent leur imagination , ne concoivent rien de plus heureux que ce système , et ils le défendent avec zèle. Comment en effet