ARTICLE TITI
Sur les défenses des éléphans, la structure, accroissement, les caractères distinctifs de l’ivoire, et sur ses maladies. — Fin des remarques générales sur les dents.
Nous ne nous arrêterons pas à réfuter l'opinion de quelques modernes (1), que les défenses de l'éléphant sont des cornes. C’est une vieille idée soutenue par Pausanias (2), déjà
complètement réfutée par Philostrate (3), et.
que personne n’adopte plus.
Au contraire, la plupart des anatomistes qui pensent que les dents croissent comme les
(4) Ludolph. æthiop., lib.r, cap. 10; Perrault, dans sa Description de l’éléphant de Versailles, etc.
(2) Lib. v, cap. 12.
(3) Vita Apollonii, hb. 11, cap. 13.
os ordinaires, par une sorte d'intus- susception , prennent leurs preuves de l’ivoire, de ses maladies et de ses accidens.
Cependant l’ivoire se forme, comme les autres dents, des couches successives transsudées par le noyau pulpeux.
J'ai ouvert moi-même l’alvéole de la base d’une défense sur un éléphant frais , et c’est là que j'ai vu évidemment un noyau pulpeux d’une grandeur énorme et entièrement dépourvu de toute union organique avec la défense qu’il avait cependant sécrétée. Quoique l'individu fût parfaitement frais, on ne voyait pas la moindre adhérence entre la défense et le noyau ; pas la moindre fibre, pas le moindre vaisseau ; aucune cellulosité ne les hait. Le noyau était dans la cavité de la défense comme une épée dans son fourreau , et n’adhérait lui-même qu'au fond de son alvéole.
La défense est done, dans son alvéole, comme un clou enfoncé dans une planche. Rien ne l'y retient que l’élasticité des parties qui la serrent; aussi on peut en changer la direction par des pressions douces. C’est une expérience qui a réussi avec notre second éléphant : ses défenses se rapprochaient de manière à gêner les mouvemens de sa trompe; on les écarta par degrés au moyen d’une barre de fer dont le
milieu était en vis, et qui s’alongeait à volonté. Chacun sait que les dentistes font la même chose en petitavecdes fils, pour les dents qui n'ont qu'une racine.
Les couches successives dont l'ivoire se compose ne laissent que peu de traces sur la coupe d’une défense fraiche; mais ici les fossiles nous aident à mieux connaître la structure des parties. Les défenses décomposées et altérées par le séjour dans la terre se délitent en lames coniques et minces, toutes enveloppées les unes dans les autres, et montrent par là quelle a été leur origine.
Aucun os proprement dit ne se délite jamais de cette manière. Sloane est, je crois, le premier qui ait fait cette remarque.
Les gravures, les entailles quelconques faites à la surface d’une défense, nese remplissent jamais ; elles ne disparaissent qu'à mesure que la défense s’use par le frottement.
Il est vrai qu'on trouve quelquefois des balles dans l’intérieur de l’ivoire, sans qu’on voie le trou par lequel elles sont entrées.
Notre Muséum en possède trois exemples ; on en voit d'autres allégués dans divers ouvrages (1). .
(1) Blumenbach , Manuel d’Anat. comp., page 43;
Quelques-uns en ont conclu que le chemin traversé par les balles avait dû être rempli par les sucs mêmes de la défense et par sa force organique (1); ou, comme s'exprime Haller, par une espèce de stalactite (2) : mais il est aisé de voir, au contraire, qu’il n’y avait pas eu de trou, et que la balle n’était pas entrée par le côté où elle adhère. Toute la portion d'ivoire en dehors de la balle est semblable au reste ; il n'y a que ce qui l'entoure immédiatement
qui soit irrégulier : c’est que, venue par le côté opposé, elle avait traversé l’alvéole et la base encore mince de la défense d’un jeune éléphant, et s'était logée dans le noyau pulpeux qui était encore dans tout son développement ; elle a été saisie ensuite par les couches que ce noyau à transsudées, et y est restée prise.
Camper l'a déjà expliqué ainsi (Descript.
anat. d’un éléph., p. 54).
| On ne peut donc déduire de ce fait aucune conséquence propre à justifier la nutrition de \Nivoire par intus-susception.
Néllandat, Mém. de l’Ac. de Haarlem, 1x, 352; Bonn, “Thes. Hovian., page 146 ; Camper, An. d’un EL, pl. xx
| fig. x1 et x11 ; Haller, Op. min., 11, page 554.
(1) Haller, Phys., vur, page 319.
4 (2) 1b., page 330.
Par la mème raison, il ne prouvait rien contre l’opinion de Duhamel sur la formation des os par l’endurcissement des couches successives du périoste, quoique Haller en ait tiré l’un de ses principaux argumens.
Quant aux maladies de l’ivoire, celles qui tiennent à l’altération de son tissu viennent tout simplement d’une maladie dans le noyau pulpeux, à l’époque où il sécrétait la portion altérée ; et ce qu’on a appelé des exostoses est toujours en dedans et jamais en dehors. C'est l'effet d’une sécrétion momentanément trop abondante en un certain point. |
Au surplus , on a donné souvent pour ivoire | malade des portions de dents canines de morse | (trichechus rosmarus), dont la texture est naturellement grenue. Il y en a de décrites sous | ce titre dans Daubenton lui-même.
Les maladies des dents sont à peu près dans!
le même cas que celles de l’ivoire.
Ce qu’on a nommé carie, suite presque né=|
cessaire de l’enlèvement de l'émail, est la dé-| composition que la substance interne subirait, quand même elle ne serait plus adhérente au!
corps, si elle restait exposée à la chaleur de laf bouche et à l’action de la salive et des divers alimens; mais elle n’a point de rapport avec la carie des os.
Ce
La disposition de certaines personnes à voir leurs dents se carier, vient de ce que la substance de celles-ci n’est pas d’une bonne composition, et tient au mauvais état du noyau pulpeux lorsqu'il les transsudait.
Il en est de même des taches, des couches plus tendres, qu’on observe dans l’épaisseur de certaines dents. Ce sont des effets d’indispositions momentanées du noyau pulpeux.
Les douleurs, les inflammations sont dans le noyau pulpeux et non dans la partie dure de la dent. C’est le noyau pulpeux qui est sensible aux chocs et à la température des corps, au travers de l’enveloppe que la partie dure Jui forme.
On s’étonnera peut-être Lie enveloppe aussi épaisse et aussi dure n’émousse pas toute sensation ; mais la pulpe du noyau des dents est, après la rétine et la pulpe du labyrinthe de l'oreille, la partie la plus sensible du corps animal. Les poissons, qui ont leur labyrinthe enfermé dans le crâne , sans caisse , sans tympan, sans osselets, en un mot, sans aucune communication ouverte à l'extérieur, entendent par les ébranlemens communiqués au crâne : c’est quelque chose de beaucoup plus fort en sensibilité que ce que les dents éprouvent. Les exostoses des dents, les fongosités , ne
viennent point à la surface de l’émail d’une dent saine, mais dans le fond des creux des caries. Ce sont des productions du noyau pulpeux qui ont percé la matière dure dans le fond aminci de ces creux.
L’alongement continuel des dents qui n’en ont point à leur opposite pour les retenir, s’accorde avec tous ces faits; la portion une fois sortie de la défense de l'éléphant s’alonge toujours, mais ne grossit et ne durcit point : c’est qu'elle est toujours poussée en arrière par des couches nouvelles , tandis qu’elie-même ne
peut plus éprouver aucun changement. On sait | jusqu'où cet alongement se porte dans les la- ? pins qui ont perdu une dent, et dont la dent | opposée ne s’use plus par la mastication. Con- } tinuant d’alonger en arrière, elle finit par em- |
écher l’animal de manger. C’est dans ce sens P
qu'Aristote a dit que les dents croissent toute # la vie, tandis que les autres os ont des limites &
déterminées.
Il faut ajouter cependant que les dents ordinaires én ont aussi une : c’est quand l'entrée de leur cavité est oblitérée, et que leur noyau
pulpeux ne reçoit plus de nourriture; mais la!
nature à eu soin de laisser les voies toujours ouvertes dans les animaux qui, usant beaucoup leurs dents, avaient besoin qu’elles se
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réparassent toujours en arrière : tels sont les lapins , pour leurs incisives, et les é/éphans, pour leurs défenses : la racine ne S'y rétrécissant point , son canal ne peut être bouché.