‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 55 sur 98 · tome m1, 1v° cah · texte numérisé non relu

tome m1, 1v° cah

Ces dépôts de tuf alternent avec d’autres, en grande partie formés de glaise, et dans lesquels on trouve aussi de ces os, quoique plus rarement. *

Les deux squelettes de 1696 et de 1799 étaient à cinquante pieds de profondeur.

On recueillit du premier un fémur pesant trente-deux livres ; et la tête de l’autre fémur, grande comme celle d’un homme, et pesant neuf livres ; un humérus long de quatre pieds, large de deux empans et demi; des vertèbres, des côtes ; la tête avec quatre molaires pesant ‘chacune douze livres, et deux défenses lonsues de huit pieds ; mais une grande partie de ces pièces fut brisée.

Nous ne nous arréterons pas à rendre compte des disputes occasionées par cette découverte. Les médecins du pays, consultés par le duc de Gotha, déclarérent bien unanimement que ces objets étaient des jeux de la nature, et soutinrent leur opinion par plusieurs brochures; mais Tentzel, bibliothécaire de ce prince, opérant plus sensément , compara chaque os pris à part avec son analogue dans l'éléphant, tel qu’il les connaissait par la description d'Allen-Moulin, et par quelques remarques d’Aristote, de Pline et de Ray, et en démontra la ressemblance,

Il alla plus loin , et prouva par la régularité des lits au-dessous desquels on avait trouvé ce squelette, qu’on ne pouvait attribuer sa présence en ce lieu à quelque inhumation faite de main d'homme; mais qu'il ne pouvait y avoir été amené que par quelque cause générale, telle que l’on se représente le déluge.

Le deuxième squelette, celui de 1799, était dans une position comprimée et courbée : il occupait une longueur d'environ vingt pieds; les pieds de derrière étaient près des défenses. Celles-ci ont dix pieds de long; elles étaient sorties des alvéoles et se croisaient. Elles sont tendres , mais entières ; le bras entre aisément dans leur cavité. On ne put conserver de la tête qu'une partie de la mâchoire inférieure et les deux plus grosses molaires; la plupart des autres os et des côtes se brisèrent aussi plus ou moins en les détachant du tuf; mais on a trouvé des portions de tous. Les cellulosités des os étaient en partie remplies de cristaux de spath.

La couronne d’une molaire a neuf pouces de long sur trois de large, et sa hauteur est de six à huit pouces de diamètre ; une tête de fémur six pouces, etc. (r).

(1) Zach, loc. cit., page 27 (note de la page 51).

À peu de distance, et dans des couches semblables, on à trouvé des bois du cerf ou élan fossile , et à Ballstadt, village voism, des dents de rhinocéros.

* La vallée de l'Unstrut a fourni encore des os fossiles d’éléphans en d’autres de ses parties ; notamment une défense pesant cent quinze livres et de dix pieds de long, près de Véra (1).

Un lieu non moins célèbre que celui de Tonna, par les nombreux ossemens d’éléphans et d’autres animaux étrangers qu'il a fournis, est la petite ville de Canstadt, dans le pays de Wirtemberg, sur le Necker. La principale décoùverte s’en est faité en 1700; et David Spleiss, médecin de Schaffhouse, en rendit compte dans une dissertation particulière intitulée : Æ'dipus osteolithologicus , seu diss. histor. phys. de corntbus et ossibus Jossi- Ubus canstadiensibus, Schaff. 1701, 4°, où il inséra une relation assez bien faite, par Salomon Reisel, médecin du duc. Il en est traité aussi dans la Medulla mirabiliim de Seyfried , et la Descriptio ossiurm fossilium canstadiensium de Reiselius, 1715 ; et Jean Samuel Carl en a

(1) Knoli Wuuder erscheinungen , ete. ;et Gothaische gel. Zeitung, 1782—85, février, page 668.

donné une analyse chimique fort bonne pour le temps, dans son ZLapis lydius philosophicoprrotechnicus, etc., Francf. 1705.

J'en dois de plus un rapport circonstancié à l'amitié de M. Autenrieth, professeur d’anatomie à Tubingue, et de M. Jæger, garde du cabinet d'histoire naturelle de Stuttgart.

Ces deux savans ont encore les os. euxmêmes sous les veux ; ils connaissent le local où on les a trouvés, et ils ont pu compulser une partie des procès-verbaux que l’on dressa dans le temps de la découverte.

L'endroit même est à l’est du Necker, à mille pas en dehors de la ville, du côté du village de Feldbach. Reisel dit qu’il y avait des débris d’un ancien mur, épais &@e huit pieds et de quatre-vingts de tour, qui parait avoir été l’enceinte d’un fort ou d’un temple, et l’on en voit en effet encore quelques restes. Aussi Spleiss conclut-il que ces os étaient ceux des animaux qu'on sacrifiait ; mais ils étaient pour la plupart bien plus profondément que les fondations de ce mur : d’ailleurs l’on en trouve encore plus près du Necker, dans un sol naturel, et tout semblable à celui où on les déterra. Tout ce qu’on pourrait conclure de leur abondance dans cette enceinte, c’est qu'ils avaient déjà été une fois déterrés et ras-

88 ÉLÉPHANS semblés à cet endroit par quelques curieux.

Le solest une argile jaunâtre, mêlée de petits grains de quartz roulés, et de petites coquilles. M. Autenrieth m'a envoyé les dessins de cinq de ces coquilles qui m'ont paru du nombre de nos petites coquilles d’eau douce.

Cette argile remplit les divers enfoncemens des collines calcaires, à bancs réguliers, qui bordent la vallée du Necker, et qui, après avoir formé la masse du bas pays de Wirtemberg, vont se joindre à des collines plus élevées d’une marne rougeàtre, qui entourent les montagnes du haut pays, calcaires entre le Necker et le Danube (lalb de Souabe}), et formées de granit, de psammite et de grès, entre le Necker et le Rhin ( la forêt Noire ).

Ces collines marneuses offrent souvent des plantes pétrifiées et des couches de charbon de terre ; et leur sommet est recouvert de pétrifications marines anciennes, comme ammonites, bélemnites , etc.

M. Autenrieth a trouvé dans le voisinage une forêt entière de trones de palmiers couchés.

Ce fut un soldat qui remarqua le premier par hasard, en avril 1700, quelques os qui se montraient hors de terre. Le duc alors régnant, Éberhardt - Louis, fit continuer les

fouilles pendant six mois. On garda ce qu'il y eut de plus entier; le reste, en quantité prodigieuse, car 1l y avait, selon Reise], plus de soixante défenses, fut envoyé à la pharmacie de la Cour pour être employé comme licorne fossile.

Les os eux-mêmes étaient sans aucun ordre, en grande partie brisés, quelques-uns roulés, sans aucune proportion entre eux.

Il y avait, par exemple, des dents de chevaux par charretées, et pas des os pour la dixième partie de ces dents. Les os d’éléphans paraissent avoir été plus élevés que la plupart des autres.

En général, on n’en trouva plus aucun, passé vingt pieds de profondeur. Une partie était engagée dans une espèce de roc, formée par de l'argile, du sable, des cailloux et de l’ocre, agglutinés ensemble ; et l’on fut obligé d'employer la poudre pour les avoir.

Les os d’éléphans que l’on a encore à Stuttgart dans le cabinet royal, consistent dans les morceaux suivans : une portion de màchoire supérieure avec deux molaires parfaitement parallèles; deux molaires supérieures antérieures, presque entières , et des fragmens de deux autres; les lignes d’émail, dans les parties usées, sont, comme dans presque toutes

les molaires fossiles, minces et droites, presque sans festons et anguleuses dans le milieu ; quatre molaires supérieures postérieures; deux molaires inférieures ; des fragmens et des germes où il y a des lignes d’émail bien festonnées ; une défense très-courbée de cinq pieds et demi, et une autre de quatre pieds et demi, mesurées par le côté convexe ; des fragmens de beaucoup d’autres; des portions de vértébres et de côtes; quatre omoplates , et des fragmens de quelques autres; un fragment d'humérus ; trois cubitus ; six os innominés du côté droit et sept du gauche, la plupart incomplets ; quatre têtes de fémurs; trois corps de fémurs sans.tête ; une rotule; deux tibias; il y a de plus, chez un apothicaire de la même ville, une mâchoire inférieure et une portion du tibia.

Ces os sont accompagnés, dansle cabinet, de beaucoup d'os de rhinocéros, d’hyène et d’animaux du genre du cheval, du cerf, du bœuf, du lièvre et de petits carnassiers. De très- grandes épiphyses de vertèbres pourraient faire soupçonner des cétacés. Il y a aussi quelques fragmens humains sur lesquels jereviendrai. Malheureusementon n’apasassez distingué les hauteurs différentes où chaque os fut trouvé, pendant six mois que les fouilles

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durèrent, ni les os qui étaient dans le retranchement mentionné par Reisel, de ceux qu’on trouva hors de ses limites. On déterra par exemple aussi des morceaux de charbon et des fragmens d’objets fabriqués par l’homme, comme de vases, etc., qui sûrement n’avarent pas été déposés en même temps que les grands

Le même canton a fourni dans ce siècle de nouveaux débris d’éléphans, et il y en fut trouvé surtout, en octobre 1816, un dépôt très - remarquable, que le roi Frédéric E fit déblayer et recueillir avec le plus grand soin. On assure même que la visite qu’y fit ce prince, si ardent pour tout ce qui avait quelque grandeur , contribua à la maladie dont il mourut peu de jours après. Un officier, M. Natter, avait commence quelques recherches. En vingt-quatre heures on mit à découvert vingt et une dents ou parties de dents et un grand nombre d'os. Le roi ayant ordonné de continuer les fouilies, dès le deuxième jour on trouva un groupe de treize défenses placées les unes près des autres et avec quelques màchelières, comme si on les y avait entassées exprès. C’est alors que le roi S'y transporta, et ordonna d'enlever le tout avec l'argile qui l'enveloppait, et en conservant à chaque objet

sa position. La plus grande des défenses, quoiqu'elle eût perdu sa pointe et sa racine, était encore longue de huit pieds, sur un pied de diamètre. On trouva aussi plusieurs défenses isolées ; une quantité de machelières depuis deux pouces jusqu’à un pied de lonsueur ; quelques-unes adhéraient encore à des portions de mächoires. Tous ces morceaux étaient mieux conservés que ceux de 1700, ce qu’on attribue à la profondeur de leur gisement, et peut-être à une autre nature du sol. Les défenses étaient en général fort courbées. Il se trouvait dansle même dépôt, commeen 1700, des os de cheval, de cerf, une quantité de dents de rhinocéros , des dents que l’on jugea d'ours, et un échantillon que l’on crut pouvoir attribuer au tapir.

L'endroit où s’est fait cette découverte se nomme Seelberg, et est à environ six cents pas de la ville de Canstadt, mais de l’autre côté du Necker. Le sol est une argile rougeûtre ; les os s’y trouvent de quatre à vingt pieds de profondeur, pèle-mêle avec des fragmens de grès , de tuf, et des cailloux d’espèces très-différentes.

Cette relation a été insérée par M. Natter, dans la Feuille du matin, de novembre 1816, et dans le Manuel des chasseurs de Weid-

mann , où il a ajouté un dessin fait par luimême et sur les lieux du principal groupe de défenses.

D’après un avis du savant naturaliste M. Kielmeyer, que M. Natter a joint à sa notice, Îles molaires sont à lamelles minces et droites, comme la plupart des molaires fossiles. La courbure des défenses entières prend les trois quarts d’un cercle, et se fait dans une direction spirale en dehors (1).

Tous les bassins des grandes rivières d’AIlemagne ont donné des os d’éléphans comme les endroits que nous venons de nommer; et d’abord, pour continuer le dénombrement de ceux qu'ont fournis les vallées qui aboutissent au Rhin, Canstadt n’est pas le seul lieu de celle du Necker et des vallons qui s’y rendent, où : l’on ait fait &e pareïlles découvertes.

Près du viliage de Berg, au-dessus de Canstadt, au débouché du petit vallon du Neisenbach, où est Stuttgart, est une masse d’un tuf calcaire singulier, qui ne consiste qu’en incrustations de plantes aquatiques; je l'ai visitée moi-même plusieurs fois, et j'apprends

(1) Archives du Monde primitif, par Ballenstedt, 1819, 1° vol., 1°" cah,, page 31—47,

de M. Autenrieth qu'il y a trouvé un squelette fossile de cheval. On en avait tiré en 1745 une défense du poids de cinquante livres, et M. Jæger y a trouvé, il y a quelques années, une mâchoire inférieure d’éléphant. C’est cette place que Guettard a vue, la prenant pour celle de Canstadt (1). On a trouvé des os dans ce même petit vallon, un peu au-dessous et d’autres au-dessus de Stuttsart. Tout près des murs mêmes de la ville, on trouva, il n'ya pas long-temps , sous la terre végétale, en creusant une cave, une partie considérable d’un grand squelette d’éléphant, deux grandes défenses et une petite dans de l'argile rougeûtre et bleuâtre. Dans le vallon de la Rems, qui débouche au-dessous de Canstadt, on a eu une grande molaire. M. Storr en a découvert une autre sur ie haut-Necker, près de Tubingue. Le bas-Necker en a donné à Weinsperg, près d’Heilbron (2), et outre le grand crâne dont nous avons parlé, c’est près du confluent de cette rivière avec le Rhin, qu’on a tiré une des maàchoires inférieures déposées à Darm-

(1) Voyez les Mémoires de l’Acad. des Sc. de Paris pour 1763.

(2) Bausch, de Ebor. fauss., 189.

stadt. Bausch (1) cite déjà, d’après Boëtius de Boodt , de l’ivoire fossile des environs d’Heidelberg , et Geyer mentionne des os et des dents d’auprès de Manheim (2).

La vallée étroite du Kocher a fourni des défenses près de Halle en Souabe, en 1494 et en 1605. Cette dernière, encore aujourd’hui suspendue dans l’église de Halle, pèse cinq cents livres (3), mais sans doute en y comprenant les ferremens qui la supportent. Une inscription dit qu'il y avait auprès beaucoup de . grands os. Un incendie ayant détruit le tiers de cette ville en 1728, on trouva, en creusant de nouvelles fondations, beaucoup d'ivoire fossile, dont une défense de sept pieds et demi. Une molaire du même lieu est représentée dans le Museum closterianum , fig. 8.

Parmi les ossemens de la vallée du Mein et de ses affluens, Bausch (de Unicornu fossili, p. 190 et suiv. ) cite une défense de neuf pieds, trouvée, en 1571, près de Schweinfurt ; une

(1) De Ebor. foss., 189.

(2) Misc. nat. cur., dec. 11, an. 6, pag. 176, ob. Lxxxv.

(3) Dissertatio inauguralis physico medica de Ebore fossili Suevico Halensi, præs. Fr. Hoffmann, auct. Joh.

Fred. Beyschlag , Hale Magd. 1734.

seconde du mème lieu, en 1648; une troisième, de treize à quatorze pieds de long, en 1649, l’uneet l’autre dans les fortifications de la ville; une, en 1595, à Carlbach, près d’Hamelburg ; une, en 1649, à Zeil, découverte par une inondation du Mein; on y en avait déjà trouvé en 1631, et l’on y en retrouva en 1657 ; une auprès de Wurtzbours ; une des environs de Bamberg; une des environs de Geroïdshofen ; une molaire du poids de douze livres, près d'Arnstein, en 1655. Si l’on jette un coup d'œil sur une carte de Franconie , on verra que tous ces endroits, depuis Bamberg jusqu’à Wurtzbourg, n’occupent pas, dans la vallée du Mein, une longueur de plus de vingt-cinq lieues, en suivant les courbures.

Quant au grand bassin du Danube, nous avons d’abord dans la vallée de l’Altmühl le riche dépôt décrit par Collini (1) et par Esper (2), situé entre les villages de Kahldorf et de Raiterbuch, à trois lieues d’Aichstedt, et où les os d’éléphans étaient accompagnés, comme à Canstadt et à Fouvent et ailleurs, d’ossemens d’'hyènes. M. Hammer possède une ver-

(1) Mém. de l’Ac. de Manh., tome v.

(2) Société des nat, de Berlin, neue Schr,, tome v.

tèbre et une portion de crâne trouvés en 1770 auprès d’Aichstedt.

J'ai vu une molaire donnée comme du même lieu, dans la collection de M. Ebel, à Brême; quoique d’apparence bien fossile, elle était remarquable par sa ressemblance avec les molaires d'Afrique.

Dans un Mémoire de M. Sæmmerring, sur les os fossiles du cabinet de l’Académie de Munich , lu à cette compagnie le 10 janvier 1818, il est question de fragmens de défenses déterrés, en septembre 1817, à Mühldorfsur lInn, et d’un autre fragment provenant de Burghausen, sur la Salzach, rivière qui se jette dans l'Inn.

M. de Schlotheim parle d'un squelette déterré près de Passau, au confluent de PInn et du Danube, dont il possède plusieurs débris (1).

Plus bas, on a la dent mâchelière déterrée à Krembs, en 1644, par les Suédois (2), en creusant un iossé , ainsi que le tibia et le fé-

(1) Connaiss. des Pétrific., page 5.

(2) Théât, europ., tome v, Seybold medulla mirabil., pag. 439.

mur déterrés à Baden , près de Vienne, sur la Schwecha (1).

On pourrait être tenté d'y joindre le prétendu géant trouvé aussi près de Krembs en 1645; mais on sait aujourd’hui, comme nous le verrons en son lieu, que c'était le corps d’un mastodonte à dents étroites.

L’ivoire fossile de Moravie, dont parle Wormius (2), appartenait ésalement au grand bassin du Danube.

La grande tête déterrée, en 1805, à Wülfersdorf, non loin de Bleya, dont parle André Stütz dans son Oryctographie de la Basse-Autriche (3), n’en était elle-même pas fort éloignée.

Pour la partie de ce bassin qui s'étend en Hongrie, on a d’abord les os d’éléphans de Kayser-Steinbruck, immédiatement de l’autre côté de la Leitha , dont parle aussi André Stütz.

On lit, dans le Journal de l'Empire du 26 décembre 1807, un article daté de Francfort, le 21, portant qu’on a découvert à Neustædtl

(1) Lambecius, Bib. cæs., vol. vi, page 315—316; Happelius, Relat. cur., 1v, pag. 47.

(2) Mus., pag. 54.

(3) Vienne, 1807, in-12, page 164.

ou Vag-Ujheli, sur le Vag, en Hongrie, en creusant la terre à quelque profondeur, plusieurs parties du squelette d’un éléphant, bien conservées.

M. Hammer possède un fragment de molaire de Buggau, près de Schemnitz, en Hongrie, dont les eaux tombent dans la rivière de Gran.

On peut voir dans Marsigli, Danub., p. 73 et pl. xxvrrr, xxIX, xxx et xxx1, un atlas, un fragment d’humérus, une molaire, un fragment de défenseet unetrès-srande mâchoire inférieure, trouvés en différens lieux de Hongrie et de Transylvanie, la plupart dans des maraïs. La mâchoire était d’un peu au-dessus du retranchement des Romaïns qui va de la Theiss au Danube, vis-à-vis de Peter-Varadin ; il n’en fallait pas davantage pour. supposer qu’elle était romaine d’origine. La vertébre et les dents étaient d’un marais de la Syrmie, entre la Save et la rivière de Buszut, où les paysans disent que l'on trouve aussi des côtes. Enfin l’humérus était d’un autre marais, auprès de Fogaras, en Transylvanie, lieu où résidaient autrefois les princes du pays, et qui est proche de la rivière d’Alts. de

Une partie de ces pièces se conservent encore au cabinet de l’Institut de Bologne, où je les ai vues.

Fichtel (1) dit qu’il a été détaché, près de Jegenye, district de Rolocz, dont les eaux tombent dans le Marosch, une défense longue de six pieds, d’un monticule tout composé de nummulaires : ce qui serait une circonstance presque unique, si elle était bien constatée; mais il est possible que des couches tendres, remplies de nummulaires , se soient éboulées sur des terrains plus modernes.

Le Journal littéraire de Gœættingue (2) parle d'os et de dents trouvés près de Harasztos, village voisin de Klausbours, dont les eaux tombent dans la Fheiss.

Brückmann avait déjà parlé de dents d’éléphant calcinées de Transylvanie (3).

Pour revenir à l'Allemagne, nous trouvons dans le bassin du Weser le squelette déterré en 1722, à Tiede, dans le vallon de l'Ocker, tout près de Wolfenbuttel, sur la grande route qui conduit de Gœttingue à Brunswick (4);

(1) Traité des Pétrific. du grand-duché de Transylvanie, en all., Nuremb., 1780, in-4°, tome 11, page 119.

(2) Ne G de 1798.

(3) Epist. itiner., 48. N. B. Je le cite d’après Tarpioni, car je n'ai pu trouver le passage. .

(4) Brückmenn, Enist. itin., 30; et Hamburg : Be-

richte, vol de 1744.

Leibnitz avait déjà fait représenter une màchelière de cet endroit (x).

M. Berger, chirurgien de Brunswick, vient d'y faire tout récemment une magnifique découverte d’une quantité prodigieuse d’os, de défenses, de mâchelières d’éléphans , rassemblés en un même groupe avec des os de rhinocéros, de chevaux, de bœufs et de cerfs. Il y a une très - belle gravure de cet étonnant amas, publiée en 1818, par M. C. Schroeder, dont Je dois la communication à l’amitié du célèbre M. Blumenbach, accompagnée d’un petit écrit de M. Ch. Bieling, vétérinaire du duc de Brunswick (2); et l’on en trouve d’autres relations dans le Magasin de Brunswick pour 1817, n% 19 et 20, dans les Annales de physique de Gilbert, 11° numéro de 1817, traduites dans le numéro de février 1818 de la Bibliothèque universelle de Genève; dans les Archives du monde primitif, de M. Ballenstedt, pasteur du pays de Brunswick (1"° part., p.95), et sans doute encore dans d’autres ouvrages.

(1) Protogæa, pl. dernière.

(2) Wolfenbüttel, 1819, in-4°, intitulé en allem., Histoire de la découverte et représentation de la situation géognostique du groupe d’os et de dents fossiles découvert près du village de Tiede, etc.

Ces os étaient au pied d’une colline de gypse et d’anhydrite mêlée de sel, connue dans le pays sous le nom de Lindenberg, et qui s’élève à près de cent cinquante pieds au-dessus du niveau de l’Ocker ; ils étaient recouverts d'environ douze pieds d'argile.

M. Berger, ayant aperçu par hasard une grande mâchoire parmi les pierres dont on se servait pour recharger la chaussée, se mit à faire des recherches dans les carrières de la colline, et, secondé par le propriétaire, M. Rœæver, il parvint à mettre à découvert cet immense dépôt. IL s'y trouvait au moins onze défenses, dont une de onze pieds et une} diton, de quatorze pieds huit pouces, courbée en demi-cerele parfait; au moins trente mâchelières, dont vingt-deux ont été reconnues par M. de Strombeck pour entièrement semblables aux autres molaires fossiles d’éléphant. Ce minéralogiste en a pris trois pour des màchelières d'Afrique ; mais nous verrons plus bas ce qui peut faire douter de son assertion. Quelques os avaient cinq pieds de longueur(r).

Nous trouvons encore dans le bassin du We-

(1) Strombeck , rotes sur la traduction allemande de la Géologie de Breislack , tome r, page 428.

ser le squelette entier découvert en 1742, par le docteur Kænis, à Osterode, sous Klausthal, et au pied du Hartz qui regarde Gœttingue, au même endroit d’où l’on a eu une omoplate et un radius de rhinocéros en 1773 (x).

On y avait déjà déterré de ces os en 1724; selon M. Blumenbach, qui cite le fait d’après un mémoire manuscrit.

Il paraït y en avoir dans tout le pourtour du Hartz; on en trouva, en 1663, près d'Herzberg , selon Scheffer (2), et en 1748 près de Mauderode, dans le comté d'Hohenstein. Plus récemment, en 1803, on en a découvert près de Steiger-Thal, dans le même comté, selon Feder (3).

M. Blumenbach, qui me fournit les faits précédens, a décrit lui-même une trouvaille encore plus récente , faite tout près de là , en 1808, au pied du Hartz, à une lieue de l’endroit où furent déterrés les os de rhinocéros décrits par Hollman. Les os étaient à deux pieds sous terre dans une couche marneuse, entre des collines gypseuses. Il y avait quatre

(1) Brückmann, Epist. in cent., n , ep. 29; page 306. (2) Voyage au Hartz , dans la collection de Grundig. (3) Magasin d'Hanovre.

mâchelières d’éléphant et une mâchoire inférieure presque complète d’hyène (x).

Les os de Bettenhausen, près de Cassel, sur la Fulde (2), ainsi que ceux de la Hesse en général (3), et ceux d'Hildesheim sur l’Innerste (4) et ceux des environs d'Hildburghausen (5) appartiennent encore au bassin du Weser.

M. Grandidier, directeur du cabinet de Cassel, m'a fait l'honneur de m'écrire que l’on y conserve dix mâchelières de Bettenhausen, trouvées en creusant un puits, et plusieurs portions découvertes près de Cassel même, sur une colline calcaire.

Dans le bassin de l'Elbe, outre les squelettes entiers de la vallée de l'Unstrut, mentionnés ci- dessus, nous trouvon sles nombreux ossemens d'Esperstædt, dans le comté de Mansfeld, entre Halle en Saxe et Ouerfurt, et dans un vallon qui aboutit à la vallée de la Sala (6). Ce qui est bien remarquable, c’est qu'une

(1) Nouv. littér. de Geœttingue, 2 juin 1808 ; et une Lettre particulière de M. de Bonnard, ingén. des mines.

(@) Valch. in Knorr, Monum., t. 1, sect. 11, p. 162.

(3) Bausch , de Ebor. foss., pag. 189.

(4) Jdem., ibid.

(5) Keissler, Voyages, 11, page 1360.

(6) Hoffmann et Bevchlag , de Ebore fossili suevico

partie fut trouvée dans une carrière de pierre dure : apparemment que c'était dans quelque fente. Scheuchzer en avait une molaire dans son cabinet (1); il en avait aussi une de Querfurt même , à la source d’un petit ruisseau qui se jette dans la Sala (2).

Il paraît que ces carrières de Querfurt, d'Esperstædt et des environs sont très-riches en os fossiles, ainsi qu’on peut s’en assurer par les indications de Büttner (3).

On vient encore d’y trouver une dent de dix pouces de long et du poids de six livres au village de Reinsdorf, au bas d’un coteau, dans une couche d'argile, à quatre brasses de profondeur (4).

La Sala mit à découvert, en 1672, près de Kambers, un peu au-dessous d'Iéna, une défense de six pieds de long , et en faisant quelques fouilles on déterra six molaires et divers

grands os (5).

Halensi, pag. 9 ; Schultz, Commerc. litt. norimb., 1732, pag. 405 ; et Buttner, Ruder. dil. test., pag. 215.

(1) Museum diluv., pag. 101, n° xxv.

(2) Ibid., n° xv.

(3) Büttner, Ruder. dil. test., pag. 223 et suiv.

(4) Gazette de France du 18 janvier 1821.

(5) Buttner, loc. cit., pag, 215.

On en a trouvé plus récemment au-dessous de Dessau, sur l’'Elbe même (1); à Potsdam, au confluent du Havel et de la Sprée (2), et à Wester-Eseln, sur la Bude, à six milles de Magdebourgs. Ces derniers sont annoncés comme ayant été trouvés dans une carrière de gypse; mais il est probable qu'ils étaient plutôt sur ou près des couches de gypse comme ceux de Tiede (3).

En 1809, au mois de juin, on a découvert des os d’éléphans à Zellendorf, village près de la petite ville de Seyda, elle-même voisine de Wittemberg. Il en a été recueilli quelques-uns par MM. Langguth et Nitsch, professeurs à Wit-= tembers, et ils se trouvent dans le cabinet du premier; ils étaient à six pieds sous terre dans du gravier, dans un enfoncement à une demilieue de Zellendorf, près d’un petit étang, en un lieu où les habitans prennent de la marne; et où ils se souviennent d’avoir déjà vu de pareils os il y a trente ans. Ce que M. Langouth put soustraire à la maladresse des ouvriers,

(1) Meincke, Soc. des nat. de Berlin , 1171, page 479.

(2) Fuchs, :b., page 474.

(3) Archives des découvertes du Monde primitif, par Ballenstädt et Kruger, 1821 , 1° vol., page 419.

Et nt ss Le

consiste en deux mâchelières, chacune de neuf lames, et en quelques fragmens (x).

Sondershausen , sur la Wipra, qui se jette dans lJ’Unstrut, appartient encore au bassin de l’Elbe. Walch (2) dit qu'on y a trouvé des os d’éléphant très-calcinés. Altenbourg, sur la Pleiss, est du même bassin; on y trouva de l'ivoire fossile en 1740 (3). On doit encore rapporter ici l'ivoire fossile trouvé près de Rabschitz, sur le chemin de Meissen à Freyberg , dont parle Fabricius dans ses Annales de la ville de Meissen (année 1566) (4) ; la défense retirée d’un rocher auprès de Saalberg, sur laquelle ce même auteur rapporte de mauvais vers latins (5), et les os trouvés sous la terre végétale à Erxleben, près d’Erfurt (6).

(1) Feuille d’avis de Wittemberg , n° xxv, 1809. Je dois cette indication à l’amitié de M. Chladni.

(2) Knorr, Morum., tome 1, sect. 17, page 163.

(3) Schnetter, Lettre à J.-J. Raab, Iéna, 1740, 8°.

(4) Ap. Bausch, de Eb. foss., 189.

(5) Ap. Albinus, Meissniche Berg-Chronik ; tit. xx, pag. 172.

(6) Walch, Monum. de Knorr, 1, sect. 11, page 162, qui cite Baumer, Act. acad. elect. mog. Erfurti , tome 1 ; mais je n’ai rien trouvé à ce sujet dans les Observ. ad Geogr. subterr. pertin., dans le volume de l’Académie

La Bohême a beaucoup d'os d’éléphans, selon M. Jean Meyer, qui en représente une mâchelière trouvée avec d’autres et avec des

os, près de Podiebrad, en 1782 ; il possédait |

un morceau d'ivoire de Kosteletz sur l’Elbe, entre Melnik et Liboch : le diamètre de ce dernier est de dix pouces. Le même auteur rapporte que le cabinet impérial de Prague a une défense presque entière des environs de Libeschiz. Enfin il assure qu'il connaït plusieurs autres morceaux, et que les historiens de Bohème font mention de beaucoup de découvertes d'os remarquables par leur grandeur, faites le plus souvent lorsque les rivières emportaient quelques parties de leurs rives (1).

Il n’était pas aisé d'attribuer aux Romains des éléphans enterrés dans le nord de l’Allemagne et jusqu'aux bords de l’Elbe, où il ne paraît pas que les armées de ce peuple se soient jamais avancées ; mais On avait décou-

d’Erfurt de 1776, seule dissertation de Baumer que cette désignation puisse indiquer. Seulement il y a dans ce volume deux planches qui représentent des os de rhinocéros , et sur lesquelles je reviendrai.

(1) Mémoire d’une soc. privée de Bolième , tome vr, page 269, pl. ur.

vert dans Épinhart (1) et dans les autres annalistes de Charlemagne, quele calife Haarounal-Raschid, à la prière de ce prince, lui avait envoyé un éléphant qui était arrivé heureusement jusqu'à Aix-la-Chapelle; on supposa que Charlemagne pouvait l'avoir fait conduire plus loin , et tant que l'on ne fit que des découvertes isolées, ce fut par cet individu que l’on chercha à les expliquer. Je n’ai pas besoin de dire combien ce serait une idée puérile aujourd’hui , que l’on a trouvé en Allemagne des os d’éléphans par centaines.

Si, passant la mer d'Allemagne, nous nous transportons dans les iles Britanniques, qui, dans l'antiquité, par leur position , n’ont pas dû recevoir beaucoup d’éléphans vivans, si ce n’est ceiui que César y conduisit au rapport de Poliænus, lib. vin, cap. 25, $ 5, nous n’y en remarquerons pas un moindre nombre de fossiles que sur le continent.

Dans le moyen ôge on y avait trouvé des géans, et Simon Majolus en cite un, déterré par une rivière en 1171 (2).

Sloane avait une défense déterrée à Londres

(1) Recueil des Histor. de France, tome v, page 95. (2) Dierum canicul. coll., 1, pag. 36, ap. Sloane; Acad. des Se., 1797, page 290,

même, dans la rue de Grays-Inn Lane, dans du gravier , à douze pieds sous terre (1).

La belle carte minéralogique d'Angleterre, publiée en 1819 par la Societé géologique de Londres, et due principalement aux travaux et au zèle de M. Greenough, président de cette savante association, marque un dépôt d'os d’éléphans au rivage de la mer du comté de Kent, au nord de Cantorbéry, dans un endroit qui est recouvert par les hautes marées.

Non loin de là l'ile de Scheppey , à l’embouchure de la Tamise et de la Medway, a fourni une défense, une vertébre, un fémur, dans un point également lavé par le flot (2).

M. Vetch, officier anglais , vient de me faire voir le dessin d’une mâchelière de dix - sépt pouces anglais de longueur (0,43) et de vingtune lames, dont dix usées, qu'il a trouvée cette année (1820), à Chatham, près de la Medway, à quatre pieds de profondeur dans le gravier; il l’a déposée au Muséum britannique.

Il y avait des os d’éléphans , avec ceux de rhinocéros, d’hippopotames, de cerfs et de bœufs, qui furent découverts par feu M. Trim-

(1) Acad. des Sc., 1727, page 306 et sui. (2) Jacob, Trans. phil., tome xuviu , pag. 626627".

mer, très-près de Brentford , dans le comté de Middlesex, vis-à-vis de Kew, avec des coquilles de terre et d’eau douce, et dont une partie a été décrite dans les Transactions philosophiques en 1813. Ils étaient dans un lit de gravier et sur la grande couche d'argile bleue dont l’étendue en France et en Angleterre est si considérable (x).

On y voit surtout deux grandes portions de mâchelières.

M. Delue parle de découvertes de ce genre faites au même lieu dès 1791 (2).

Près de Woodstock, dans le comté d'Oxford, dans une carrière dite Stonefield , on a trouvé des vertèbres et un très-grand fémur (3).

Sloane possédait aussi une molaire du comté de Northampton, trouvée dans de l'argile bleuâtre, sous quatorze pouces de terre végétale, dix-huit d’argile et trente de cailloux méêlés de terre (4). Cüper (5) aurait voulu

(1) Trans. phil. de 1813.

(2) Lettres à M. Blumenbach, page 15.

(3) Giornale di medic. di Venezia, 1, 20 , cité par Targioni, Viagg., vin.

(4) Sloane, loc. cit., pag. 434; et Morton, Nat. Hist. of Northamptonshire, pag. 252.

(5) Gisb. Cuper, de Eleph. in numm. obv., pag. 154.

qu'elle fût précisément de l'éléphant de César, dont nous venons de parler; mais il y en aun trop grand nombre d’autres pour que cette conjecture soit admissible.

Une molaire du même canton et de quatorze lames était plus profondément, sous seize pieds de terre végétale, cinq pieds de terre sablonneuse mêlée de cailloux , un pied de sable noir mélangé de petites pierres, un pied de gravier menu, et deux de gros gravier où était la dent, et sous lequel seulement venait l'argile bleue (1).

À Newnham, près de Rugby, dans le comté de Warwick, on a eu, en 1815, trois grandes défenses et d’autres os d’éléphans, en même tempsquedeux crànes de rhinocéros dont je reparlerai, et divers bois de cerfs. Tous ces fossiles étaient dans du gravier fort mêlé d’argile. Je dois cette connaissance à M. Howship, chirurgien de Londres, et à M. Buckland, professeur de géologie à l'Université d'Oxford. Ces défenses étaient fort courbées en dehors comme la plupart de celles de Sibérie. M. Parkinson

(1) Sloane, loc. cit., pag. 445; et Morton, &., et tab. xr, fig. 4.

en avait une de Wellsbourn, dans le même comté (1).

Une mâchoire inférieure avait été déterrée à Trentham, dans le comté de Stafford (2).

M. Parkinson possédait une molaire à lames très-épaisses, aussi du comté de Stafford (3).

En 1700, divers grands os, dont un humérus , furent déterrés à Wrebness, près de Harwich, sur la rivière de Stowr, dans le comté d’'Essex, à quinze ou seize pieds de profondeur dans du gravier (4).

M. de Burtin possédait une molaire des environs de Harwich (5).

Au mois d'août 1803, on trouva près de la même vile un grand squelette auquel la relation suppose trente pieds de long ; mais les os s'étant brisés quand on voulut y toucher, il y a apparence que cette mesure fut seulement conclue , et non pas prise immédiatement (6).

(1) Fossil remains, 1, page 345.

(2) Sloane, 2b., pag. 467 ; et Rob. Plot, Hist. nat, du comté de Stafford.

(3) Fossil remains, 11, 344, et pl. xx, fig. 6.

(4) Jobn Luffkin, Trans. phil., tom. xxir, n° cczxxrv, page 924.

(8) Burtin, Mém. couronné à Haarlem, page 95.

(6) V. Fortia d’Urban, Consid. sur l’origine et l'Hist, ancienne du globe ; Paris, 1807, page 188.

Il. 8

M. Parkinson parle aussi d'os d’éléphans, trouvés avec ceux d’autres grandes espèces et notamment de rhinocéros, au cap Walton, qui est un peu au midi de Harwich, toujours dans du gravier et sur l'argile. Il mentionne encore une mâchoire inférieure et plusieurs dents à lames minces du comté d'Essex (1).

À Norwich, dans le comte de Norfolk, il se trouva, en 1745, une molaire du poids de onze livres anglaises, et plusieurs grands os (2).

La carte minéralogique de l'Angleterre marque encore des dépôts d’os d’éléphans en deux ou trois endroits des côtes de la mer, dans le comté de Norfolk, ainsi que dans un lieu de celles du comté d’York, placé entre Whitby et Scarborough.

J'ai eu moi-même sous les yeux, par la communication qu'a bien voulu m’en donner M. G..- A. Deluc, l'os du métacarpe du petit doigt du pied de devant droit, trouvé à Kew, dans le comté de Surrey, à dix-huit pieds de profondeur, dont un pied et demi de terreau, cinq

(1) Fossil remains, 111, 344.

(2) Henry Baker, Trans. phil; vol. xzv, page 331, art. x1,

pieds d’argile sableuse rougeûtre, bonne à faire des briques ; huit de gravier siliceux et trois pieds de sable rougeûtre, lequel repose sur de l'argile. Ce sable contenait beaucoup d’autres ossemens, entre autres le noyau d’une corne du genre du bœuf; et, dans une autre fouille du même champ, on trouva sur l’argile une défense longue de 8° 7” qui se brisa quand on voulut l’enlever. L’argile elle-même contient des coquilles, et entre autres des nautiles selon M. Deluc; mais peut-être ne s’agissait-il que de planorbes (1).

M. Peale cite encore des os trouvés dans la plaine de Salisbury au comté de Wilts, auprès de Bristol dans le comté de Sommerset et dans les Iles des Chiens (2). Dom Calmet avait déjà parlé d’un géant des environs de Salisbury, près du fameux Stone-Henge (3).

Dès 1630 on avait trouvé à Glocester, dans le comté du même nom, près de la Saverne, une portion de crane avec quelques dents (4).

(1) Ges détails sont extraits d’une lettre que m'avait écrite feu M. G.-A. Deluc, en date de Genève, Le 6 décembre 1805.

(2) Historical Disquis. on the Mammoth, p. 7; note.

(3) Dict. de la Bible, page 460.

(4) Sloane, Acad. des Sc., 1727, page 445.

Pennant (1) avait reçu deux molaires et uné défense du comté de Flint, au nord du pays de Galles. Elles avaient été tirées par des mineurs de dessous une mine de plomb, à 118 de profondeur, dans un lit de gravier; et parmi les lits supérieurs en était un de pierre calcaire épais de 11 à 12; un bois de cerf était avec ces dents. Je soupçonne bien cette position de n'avoir pas été décrite exactement :

elle serait peut-être la seule de son genre.

L'Irlande a fourni &es os d’éléphant même dans ses parties septentrionales. Il y en eut quatre belles màchelières de déterrées en 1715, à Maghery, à huit milles de Belturbet, dans le comté de Cavan) en creusant les fondemens d’un moulin (2).

La Scandinavie, ce pays si peu propre à nourrir des éléphans vivans, en contient cependant de fossiles.

M. Quense], intendant du cabinet d'histoire naturelle de Stockholm , a eu la bonté de m’envoyer le dessin d’une grande mäâchelière infé-

(1) Pennant’s Works, tomé xv, quad. 1, page 158.

(2) Francis Neville, Trans.-phil., tome xxx , n° 349, page 367. Voyez aussi Neville et Molineux , Nat. Hist, of Ireland, Dubl., 1726 , in-4, page 128.

rieure très-usée du cabinet qu'il dirige; elle a été trouvée dans une colline de sable , près du fleuve de Fic en Ostrobothnie.

J.-J. Dæbeln a déjà décrit et représenté des os gigantesqnes (1), déterrés en 1733 à Falkenberg , dans la province de Halland. A en juger par les figures, ce sont une première côte et un os du carpe d’un éléphant.

Les os déterrés en Norwége, dont parle Pontoppidan, ne peuvent guère non plus se rapporter à autre chose (2).

1 n’est pas jusqu’à l'Islande qui n’en ait.

bus © Bartholin fait mention d’une màchelière ‘éléphant qui fnt envoyée de cette ile à Resenius, et donnée par celui-ci au cabinet public de l'Université de Copenhague.

Elle était pétrifiée en silex (3).

Sloane en avait une dans son cabinet , changée dans la même matière (4); mais il n’en fait point connaître l’origine.

Pontoppidan cite aussi d’après Torfæeus un

oo

(1) Act. ac. nat. cur., vol. v, tab. v.

(2) Pontoppidan , Hist. nat. de N orwége , trad. angl., 1755 , 11, page 262.

(3) Act. med. hafn., r, page 83, n° xLvr.

(4) Mém. de l’Ac. des Sc. de Paris , 1727, in-12, tone 11, page 447.

crâne et une dent trouvés en Islande, et d’une grandeur prodigieuse.

C’est à lorient de l'Allemagne que commencent les immenses plaines sablonneuses qui donnent leur nom à la Pologne, et s'étendent, sur toute la largeur de la Russie, jusqu’à la mer Caspienne et aux monts Ourals.

Le premier bassin qui s’y rencontre est celui de lOder. À son égard il faut consulter la Szlesia subterranea de Volkmann. Il y parle d’un humérus (1) pendu dans l'église de Trebnitz, d’un fémur dans la cathédrale de Breslau (s), et d’un prétendu géant déterré à Lieonitz, en fondant l’église , dant les as fnrent distribués pour être placés dans les principales églises du pays. Un fémur fut tiré de l’Oder même en 1652, près de Kleinschemnitz (5).

A l’est du bassin de l’Oder, on trouve en Pologne et en Prusse celui de la Vistule.

Quoique beaucoup moins examiné que ceux des fleuves d'Allemagne, il a pourtant aussi fourni des os d’éléphans, et a donné leu, comme tant d’autres, à des récits de géans, sur lesquels on peut consulter l'Histoire natu-

PR PE mare PRIT Lt, te 84. Es CRE (1) PL xxvrig."d.

(2) 1b., fig. 2.

(3) Eph. ac. nat. cur., an. 1665.

relle de la Prusse par Bock, tome IE, p. 394. Conrad Gessner avait déjà reçu une défense de ce pays-là (1).

Raczinsky mentionne une molaire découverte au bord même du fleuve, à six milles de Varsovie (2), et Klein, une autre déterrée en 1736, à six pieds de profondeur dans le sable, à demi-mille de Dantzick , près du couvent de Saint-Adelbert (3).

Nous avons au Cabinet du roi, deux molaires fossiles venues de celui de l'Académie des Sciences, et indiquées comme originaires de Pologne. Il y a apparence qu’on les doit à Guettard.

Le bassin du Dniester ou Tyras n’en est point exempt. Le même Klein parle de molaires et de plusieurs autres os mis à découvert par ce fleuve en 1726 (4), auprès de Kaminiek.

Il y en à aussi sur le Bog ou Hypanis. On voit dans le Journal de Marseille, du 19 février 1820, la description d’un fémur pêché dans cette rivière, vis-à-vis de Nicolaïef, à dix ou douze lieues de son embouchure, le

(1) De fig. lap., pag. 137.

(2) Hist. nat. Pol., 1, 1.

(3) Hist. pisc. nat. promov. miss.. 17, pag. 32. (4) Idem, ibid. .

25 août 1819, et dont la tête inférieure a été apportée en France par M. le chevalier Raynaud, négociant d’Odessa, qui, sur l'invitation de M. le duc de Richelieu, en a fait présent au Cabinet du roi. J'ai fait dessiner cette pièce qui annonce un individu de près de quinze pieds de haut.

De tous les pays du monde, celui qui a le plus fourni et qui recèle encore le plus d’ossemens fossiles d’éléphans, c’est le vaste empire de Russie, et surtout celles de ses provinces où l’on devrait le moins s'attendre à en trouver, les parties les plus glacées de la Sibérie.

Déjà, dans la Russie d'Europe , on en a découvert en beaucoup d’endroits ; il en fut trouvé de monstrueux, en 1775, à Swijatowski, à dix-sept werstes de Pétersbourg (1).

Il y a au cabinet de cette ville une défense des environs d’Arkhangel (2), dans la vallée de la Dwina.

Corneille Lebrun cite des défenses trouvées près de la surface à Kostynsk, près de Voronej, et que Pierre le Grand, qui n'était

(1) Journ. de pol. et de litt., 5 janvier 1776 ; ap. Buffon, Epoques de La nature, note just., 9.

… Le" eu A - (2) Pall,, Nos. coin Petrop , ts 454

apparemment pas encore informé de toutes celles qu’on trouve en Sibérie, attribuait à Alexandre (1). Il y en a en effet un énorme amas, ainsi que de beaucoup d’os d’autres animaux , près de cette ville de Kostynsk, sur la rive du Tanaïs ou du Don (2).

M. Pallas, dans son nouveau voyage des provinces méridionales de la Russie, en rapporte des exemples de plusieurs lieux entre le Tanaïs et le Volga, comme des environs de Penza (3)et de deux autres endroits plus près du Volga (4).

C’est auprès du Volga et d’une couche sableuse et ferrugineuse, que fut extrait le crane long de quatre pieds donné à l’Académie de Pétersbourg par M. le comte de Puschkin , et représenté par M. Tilesius , dans les Mémoires de cette Académie (5).

M. le comte Maison, officier français au service de Russie, qui commande les Tartares Nogaïs, a adressé, il y a quelque temps, au Cabinet du roi, par M. le chevalier Gamba,

(1) Lebrun, Voy. aux Ind. or., page 65.

(2) Pall., Nov. com. Petrop., xvir, 578 : © en Sib., en allem., 1, 34 et 78

(3) Trad. fr. «mel; page A1.

4) Ibid., pag. 93 et 94, et pag. 101 et 102.

5) Tome v; pl. x.

ss.) VOY.

consul de France à Taganrog, uné portion de tête de fémur, déterrée à quarante-cinq pieds de profondeur, auprès du Malochnye-Vodi, petit fleuve qui se jette dans le Palus-Méotide, et l’un de ceux que l’on a cru pouvoir regarder comme le Gerrhus d'Hérodote. Ce morceau annonce un individu de quatorze à quinze pieds de haut.

Déjà Phleson de Tralles, sur la foi de Théopompe de Sinope, avait parlé d’un cadavre, disait-il, de vingt-quatre coudées, mis au jour par un tremblement de terre, près du Bosphore Cimmérien (1), et dont on jeta les os dans le Palus-Méotide.

Peut-être était-ce aussi un éléphant, que cet animal gigantesque dont les restes furent mis à découvert par les flots, à peu de distance d’Azof, et dont la mâchoire inférieure, pesant trente livres, est déposée au cabinet de PAcadémie de Pétersbourg (2). Ce qui est singulier, c’est que cette savante société en ait fait mention dans ses Mémoires, sans en déterminer positivement l'espèce.

Mais, pour toute la Russie asiatique propre-

(1) Phlegon de Tralles , de Reb. mir., cap. x1x. (2) Nova act. Petrop., tom. xur, pag. 23 et 33.

ment dite, le témoignage universel des voyageurs et des naturalistes s'accorde à nous la représenter comme fourmillant de ces monstrueuses dépouilles (x). | Ce phénomène y est si général, que les habitans de la Sibérie ont forgé une fable pour l'expliquer, et qu’ils ont supposé que ces os et ces défenses proviennent d’un animal souterrain vivant à la manière des taupes, mais ne pouvant voir impunément la lumière du jour. Ils ont nommé cet animal mammont ou mammmouth : selon quelques - uns, du mot Mamma, qui signifie terre dans quelque idiome tartare (2); et, selon d’autres, de larabe 4ebemoth , employé dans le livre de Job, pour UP 8 4 animal inconnu, ou de mekemoth,

épithète que "Arabes ont coutume d'ajouter au nom de l'éléphant |) uand il est très-

and (3). C’est sous le nom de ©.

grand (5) "es de mammont (mammontovakost) que les Sibérie. ., signent les défenses fossiles, lesquelles sont si nombreuses et si bien conservées, surtout

(1) Voyez Ludolf, Gram. russ.; Isbrand-Ides, Laurent Lang., Sam. Bernh. Muller, Strahlenberg , Gmelin , Pallas, etc.

(2) Pall., loc. cit.

(3) Strahlenbers , trad, angl., page 403.

dans les parties septentrionales , qu’on les emploie aux mêmes usages que l’ivoire frais , et qu’elles font un article de commerce assez important pour que les czars aient voulu autrefois s’en réserver le monopole (x).

Cette fable d’un animal souterrain n’est point ignorée des Chinois, qui nomment les dents de mammouth #en-schu-ya (dents de tien-schu ).

Dans la grande histoire naturelle, Bun-z00sann-mu, composée au XVI siècle, on trouve sur le tien-schu l'article suivant.

« L'animal nommé tien-schu, dont il est « déjà parlé dans l’ancien ouvrage sur le céré- « monial, intitulé Ly-ki (ouvrage du V° si «cle avant Jésus-Christ }, s'appelle + ve

> ,“ure la souris « schu, ou yn-schu, cet ; . au Continuellement dans « qui se cache. Il s°

souterraines ; il ressemble à « des cav”, sine uv Souris, mais égale en grandeur un « bœuf ou un buffle. Il n’a point de queue ; sa « couleur est obscure. Il est très-fort, et se « creuse des cavernes dans des lieux pleins de « rochers et de forêts. »

(1) Etat prés. de la Russie, en angl., ap. Sloane, loc, cit.

Un autre écrivain, cité par celui-là, s’exprime ainsi :

« Le tyn-schu ne se tient que dans des en- « droits obscurs et non fréquentés. II meurt « sitôt qu’il voit les rayons du soleil ou de la « lune; ses pieds sont courts à proportion de « sa taille, ce qui fait qu'il marche mal. Sa « queue est longue d’une aune chinoise. Ses « yeux sont petits et son cou courbe. Il est fort « stupide et paresseux. Lors d’une inondation « aux environs du fleuve Tan-schuann-tuy « (en l’année 1571), il se montra beaucoup de « tyn-schu dans la plaine ; ils se nourrissaient « des racines de la plante fu-kia. »

Ces détails curieux sont extraits d’une note communiquée à l’Académie de Pétersbourg par M. Klaproth et imprimée par M. Tilesius, dans les Mémoires de cette Académie, t. V, P: 409.

M. Klaproth dit aussi dans cette note, qu'ayant consulté un manuscrit mantchou, il y trouva ce qui suit:

« L'animal nommé fin-schu ne se trouve « que dans les régions froides, aux bords du « fleuve Tai-tunn-giann, et plus au nord « jusqu’à la mer septentrionale. Il ressemble à « une souris, mais est aussi grand qu'un élé- « phant; il craint la lumière et se tient sous

« terre dans des grottes obscures. Ses os sont « blancs comme de l’ivoire, se laissent aisé- « ment travailler, et n’ont point de fissures. Sa « chair est d’une nature froide, et fort saine. »

C’est probablement le profit que procurent les défenses du mammouth, qui a excité les Russes et les autres peuples qui habitent la Sibérie à en faire la recherche, et qui a fait découvrir tant d’ossemens de cet animal dans ce vaste pays; ajoutez que les rivières immenses qui descendent à la mer Glaciale, et qui s’enflent prodigieusement à l’époque du dégel, rongent et enlèvent de nombreuses portions de leurs rives, et y mettent chaque année à découvert des os que la terre contenait : ce qui n'empêche point qu'on n’en trouve beaucoup d’autres quand on creuse des puits et des fondations.

Ainsi on ne peut pas croire qu'ils aient sim— plement été amenés par ces fleuves , des montagnes voisines de l'Inde, où les éléphans pourraient se porter naturellement encore aujourd’hui, comme feu Patrin l'avait imaginé (1). D'ailleurs il n’y en a pas moins le long

(1) Patrin , Hist. nat. des minéraux , t. v, page 391 et suiv. ; ét Nouv. Dict. des Sc. nat., art. Fossiles.

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