‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 73 sur 98 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE CE PREMIER CHAPITRE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE CE PREMIER CHAPITRE

Ainsi, d’après toutes ces recherches et toutes ces comparaisons,

L’éléphant à crâne arrondi, à larges oreilles, a mâchelières marquées de losanges sur leur couronne, quenous appelons éléphant d’ Afrique (elephas africanus), est un quadrupède dont la seule patrie connue est jusqu’à présent l'Afrique.

On est certain que c’est cette espèce qui habite au Cap, au Sénégal et en Guinée; on a lieu de croire qu’elle se trouve aussi à Mozambique : mais on ne peut assurer qu'il n’y ait point des individus de l'espèce suivante dans cette partie.

On n’en a point vu, représenté, ni comparé assez d'individus pour savoir si cette espèce offre des variétés remarquables.

C'est elle qui produit les plus grandes défenses. |

234 ÉLEPHANS

Les deux sexes en portent également, du moins au Sénégal.

Le nombre naturel des ongles est de quatre devant et dé trois derrière.

L’oreille est immense et couvre l'épaule.

La peau est d’un brun foncé et uniforme.

Cette espèce n’a point été domptée dans les temps modernes. Elle paraït cependant l’avoir été par les anciens, qui lui attribuaient dans cet état moins de force et de courage qu’à l’espèce suivante ; mais leurs observations ne paraissent pas confirmées, du moins pour ce qui concerne la grandeur.

Ses mœurs naturelles ne sont point parfaitement connues. Autant qu’on peut en jugér par les notices des voyageurs, elles ressemblent cependant pour l'essentiel à celles de l'espèce suivante.

L’éléphant à crâne allongé, à front concæe, a petites oreilles, à mächelières marquées de rubans ondoyans, que nous appelons éléphant des Indes (elephas indicus), est un quadrupède qu'on n’a observé d’une manière certaine qu'au-delà de l’Indus.

Il s'étend des deux côtés du Gange, jusqu’à la mer Orientale et au midi de la Chine; on en trouve aussi dans les îles de la mer des Indes, à Ceylan, à Java, à Bornéo, à Sumatra, ete.

Il n’y a point encore de preuve authentique qu'il existe dans aucune partie de l'Afrique, quoique le contraire ne soit pas absolument prouvé non plus.

Les Indiens ayant, depuis un temps immémorial , l'habitude de prendre cette espèce et de l’apprivoiser, on l’a beaucoup mieux observée que l’autre.

On y a remarqué des variétés pour la grandeur, pour la lésèreté de la taille, pour la longueur et la direction des défenses, pour les couleurs de la peau.

Les femelles et une partie des males n’ont jamais que de petites défenses droites.

Les défenses des autres mâles n'arrivent point à une aussi grande longueur que dans l'espèce d'Afrique.

Le nombre naturel des ongles est de cinq devant et de quatre derrière.

L’oreille est petite , souvent anguleuse.

La peau est ordinairement d’un gris tacheté de brun. Il y a des individus tout blancs.

La taille varie de huit à quinze et seize pieds.

: Ses mœurs , la manière de le prendre et de le dresser, ont été décrites avec soin par une multitude de voyageurs et de naturalistes, depuis Aristote jusqu'à M. Corse.

L'éléphant a crâne allongé, a front concave, à très-longues alvéoles des défenses , à mâchoire inférieure obtuse, à mächelières plus larges, parallèles, marquées de rubans plus serrés, que nous nommons éléphant fossile (elephas primisenius, Blum.), est le mrammouth des Russes.

On ne trouve ses os que dans l’état fossile ; personne n'en a vu dans l’état frais qui fussent semblables à ceux des siens par lesquels il se distingue, et l’on n’a point vu dans l’état fossile Les os des deux espèces précédentes.

On trouve ses os en grand nombre dans beaucoup de pays, mais mieux conservés dans le Nord qu'ailleurs.

Il ressemblait à l'espèce des Indes plus qu’à celle d'Afrique.

IL différait néanmoins de la première par les mâchelières, par les formes de la mâchoire inférieure et de beaucoup d’autres os, mais surtout par la longueur des alvéoles de ses défenses.

Ce dernier caractère devait modifier singulièrement la figure et l’organisation de sa trompe , et lui donner une physionomie beaucoup plus différente de celle de l'espèce des Indes , qu'on n'aurait dû s'y attendre d’après la ressemblance du reste de leurs os.

Il parait que ses défenses étaient généralement grandes, souvent plus ou moins arquées en spirale , et dirigées en dehors. Il n’y a point de preuve qu’elles aient beaucoup différé selon les sexes ou les races.

La taille n'était pas beaucoup au-dessus de celle à laquelle l’espèce des Indes peut atteindre : il paraït avoir eu des formes en général encore plus trapues.

Il est déjà manifeste, par ses débris osseux, que c'était une espèce plus différente de celle des Indes, que l’äne ne l’est du cheval , ou le chacal et l’isatis du loup et du renard.

On ne sait point quelle était la grandeur de ses oreilles, n1 la couleur de sa peau ; mais on est certain qu'au moins une partie des individus portaient deux sortes de poils, savoir : une laine rousse, grossière et touffue, et des crins raides et noirs, qui, sur le cou et l'épine du dos, devenaient assez longs pour former une sorte de crinière.

Ainsi non-seulement il n’y a rien d’impossible à ce qu'elle ait pu supporter un ch atqui ferait périr celle des Indes ; il est mème probable qu’elle était constituée de manière à préférer les climats froids.

Ses os se trouvent pour l'ordinaire dans les couches meubles et superficielles de la terre,

et le plus souvent danses terrains d’alluvion qui remplissent le fond des vallées ou qui bordent les lits des rivières.

Ils n’y sont presque jamais seuls, mais pêlemêle avec les os d’autres quadrupèdes de genres connus, comme rhinocéros, bœufs, antilopes, chevaux, et souvent avec des débris d'animaux marins, tels que coquillages ou autres, dont une partie se sont même attachés dessus.

Le témoignage positif de Pallas, celui de Fortis et de beaucoup d’autres, ne permettent pas de douter que cette dernière circonstance n’ait souvent lieu, quoiqu’elle ne s’observe pas toujours. Nous avons nous-même en ce moment sous les yeux une portion de mâchoire chargée de millépores et de petites huitres.

Les couches qui recouvrent les os d’éléphans ne sont pas d’une très-srande épaisseur; presque jamais elles ne sont d’une nature pierreuse. Ils sont rarement pétrifiés, et l’on ne cite qu'un ou deux exemples où il y en ait eu d’incrustés dans de la pierre , coquillière ou autre ; souvent ils sont simplement accompagnés de nos coquilles communes d’eau douce; la ressemblance, à ce dernier égard, ainsi qu’à l'égard de la nature du sol, des trois endroits dont on a les relations les plus détail-

lées, savoir : Tonna ,#Canstadt et la forêt de Bondy, est même très-remarquable. Tout paraît done annoncer que la cause qui les a enfouis est l’une des plus récentes qui aient contribué à changer la surface du globe.

C’est néanmoins une cause physique et générale : les ossemens d’éléphans fossiles sont en trop grand nombre, et il y en a däns trop de contrées désertes et même inhabitables, pour que l’on puisse soupconner que ces animaux y aient été conduits par les hommes.

Les couches qui les contiennent et celles qui sont au-dessus d'eux montrent que cette cause était aqueuse, ou que ce sont les eaux qui les ont recouverts, et dans beaucoup d’endroits ces eaux étaient à peu près les mêmes que celles de la mer d'aujourd'hui, puisqu’elles nourrissaient des êtres à peu près semblables.

Mais ce ne sont pas ces eaux qui les ont transportés où ils sont. Ii y a de ces ossemens à peu près dans toutes les contrées que les naturalistes ont parcourues. Une irruption de la mer qui les aurait apportés seulement des lieux que l'éléphant des Indes habite maintenant, n'aurait pu les répandre aussi loin, ni les disperser aussi également.

D'ailleurs l'inondation qui les a enfouis ne s’est point élevée FE de des grandes chaïnes de montagnes, puisque les couches qu’elle a déposées et qui recouvrent les ossemens ne se trouvent que dans des plaines peu élevées. On ne voit donc point comment les eadavres d’éléphans auraient pu être transportés dans le Nord, par-dessus les montagnes du Thibet et les chaines des Altaï et des Ourals.

De plus ces os ne sont point roulés : ils conservent leurs arêtes, leurs apophyses ; ils n’ont point été usés par le frottement; très-souvent les épiphyses de ceux qui n'avaient point encore pris leur accroissement complet y tiennent encore , quoique le moindre effort suffise pour les détacher : les seules altérations que l'on y remarque viennent de la décomposition qu'ils ont subie par leur séjour dans la terre.

On ne peut pas se représenter non plus que les cadavres entiers aient été transportés violemment. À la vérité, dans ce cas, les os seraient restés intacts; mais ils seraient aussi restés rassemblés et ne seraient pas épars.

Les coquilles, les millépores et les autres productions marines qui se sont fixées sur quelques-uns de ces os, prouvent d’ailleurs

qu'ils sont restés au roins quelque temps déjà dépouillés et séparés au fond du liquide qui les recouvrait.

Les os d’éléphans étaient donc déjà dans les lieux où on les trouve, lorsque le liquide est venu les recouvrir. Ils y étaient épars comme peuvent l’être dans notre pays les os des chevaux et des autres animaux qui l’habitent, et dont les cadavres sont répandus dans les champs.

Tout rend donc extrêmement probable que les éléphans qui ont fourni les os fossiles habitaient et vivaient dans les pays où l’on trouve aujourd’hui leurs ossemens.

Hs n’ont donc pu y disparaitre que par une révolution qui a fait périr tous les individus existans alors, ou par un changement de climat qui les a empêchés de s’y propager.

Mais quelle qu’ait été cette cause, elle a dû être subite.

Les os et l’ivoire, si parfaitement conservés dans les plaines de la Sibérie , ne le sont que par le froid qui les y congèle, ou qui en général arrête l’action des élémens sur eux. Si ce froid n’était arrivé que par degrés et avec lenteur, ces ossemens, et à plus forte raison les parties molles dont ils sont encore quelquefois enveloppés, auraient eu le temps de

se décomposer commesceux que l’on trouve dans les pays chauds et tempérés.

Il aurait été surtout bien impossible qu’un cadavre tout entier, tel que celui que M. Adams a découvert, eût conservé ses chairs et sa peau sans corruption, s’il n'avait été enveloppé immédiatement par les glaces qui nous l'ont conservé.

Ainsi toutes les hypothèses d’un refroidissement graduel de la terre ou d’une variation lente, soit dans l’inclinaison , soit dans la position de l’axe du globe, tombent: elles mêmes.

Si les é/éphans actuels des Indes étaient les descendans de ces anciens éléphans qui se seraient réfugiés dans leur climat d’aujourd'hui, lors de la catastrophe qui les détruisit dans les autres , il serait impossible d’expliquer pourquoi leur espèce a été détruite en Amérique, où l’on trouve encore .des débris qui prouvent qu'ils y. ont existé autrefois. Le vaste empire du Mexique leur offrait assez de hauteurs pour échapper à une inondation aussi peu élevée que celle qu'il faudrait/supposer, et le climat. y est plus, ehaud. qa 8 ne faut pour leur tempérament. | Les divers mastodontes ; V lippopotame et le rhinocéros fossile vivaient dans les mêmes pays,

dans les mêmes cantofis que les é/éphans fos= siles , puisqu'on trouve leurs os dans les mêmes couches et dans le même état. On ne peut pas imaginer une cause qui aurait fait périr les uns en épargnant les autres. Cépendant ces premiers animaux n'existent bien certainement plus, et il ne peut y avoir à leur égard aueuné contestation, ainsi que nous le montrons à leurs chapitres.

Tout se réunit donc pour faire penser que Féléphant fossile est, comme eux, d’une espèce éteinte ; quoiqu'il ressemble plus qu'eux à l’une des espèces aujourd’hui existantes , et que son extinction a été produite par une cause subite, par cette même grande catastrophe qui a détruit les espèces de la même époque et dont nous allons retrouver des preuves dans tous les chapitres suivans.

ADDITION

Sir les causes qui ont enfour les os d éléphans.

M. Jéan André Deltié, fils et neveu de déux dés hornmés qüi ont rendu le plus de services à là géologie , a fait insérer dans là Bibliothéque Universelle de Genève, fevriér 1822, page r 18 , dés considérations intéressantes sur

244 ÉLÉPHANS le gisement des os À d'etéphans , et sur les catastrophes qui les oft enfouts.

Bien que la dissémination de ces os soit générale dans toute l'Europe et dans tout le nord de l'Asie, M. Deluc ne pense pas que les éléphans occupassent en même temps tous ces pays, ni que l'irruption de la mer qui les fit périr fut générale, unique, et momentanée : « Car autrement, dit-il, on ne saurait s'expliquer les coquilles et les autres corps marins qui se sont fixés sur eux, ni les couches de sable, de marne, ete., dans lesquelles ils ont été enterrés ; phénomènes qui indiquent un long séjour de la mer.» Il suppose.

donc que ces pays étaient partagés en iles d’étendues variées, sujettes à des révolutions qui. les faisaient passer alternativement sous les eaux de la mer pour un temps plus ou moins long. Les os que l’on trouve épars sont ceux des animaux qui étaient morts naturellement sur ces iles. Lorsqu'ils sont en grands amas, c'est que les eaux en s’élevant avaient obligé ces animaux à se concentrer dans les lieux élevés , où ils périrent, ou bien qu’arrivant avec impétuosité, elles avaient entrainé les os épars vers les lieux bas. Ils ont été alors diversement transportés , roulés , recouverts de couches variées, ou mêlés avec de animaux

marins. Un affaissement plus général ayant fourni aux eaux de n. : un lit nouveau et plus profond , elle abandonna une grande partie de l’ancien , et les îles qui étaient restées se trouvèrent réunies en un seul continent, qui est celui où nous trouvons maintenant les ossemens fossiles.

Ainsi, selon l’auteur, les os n'ont pas été tous enfouis en même temps. Ceux sur lesquels il s'est fixé des corps marins, ou qui en sont accompagnés, seront au nombre des plus anciennement recouverts; au contraire, ceux qui ont conservé tout ou partie de leurs chairs auront été les victimes de la dernière de ces révolutions. Peut-être même l'éléphant de M. Adams n’a-t-il jamais été submergé, et n’a-til péri que par le changement subit du climat , résultat de ces révolutions.

Ces hypothèses qui, de l’aveu de l’auteur, sont un développement des vues de son oncle, ne me paraissent avoir rien de contraire aux idées générales que j'ai exprimées, soit dans mon chapitre des éléphans , pages 239 et suivantes ci-dessus , soit surtout aux pages 208 à 210 de mon Discours préliminaire.

Néanmoins je ne pense pas qu'il y ait des preuves d’un changement de climat. Les éléphans et les rhinocéros de Sibérie étaient cou-

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