‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 75 sur 98 · ST ——— · texte numérisé non relu

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ment seulement des collines plus nombreuses, plus élevées, plus minces, séparées par des vallons plus étroits, plus profonds ; mais une différence tout-à-fait essentielle, c’est que dans l'éléphant ces vallons sont entièrement comblés par le cortical, tandis que dans le mastodonte ils ne sont remplis par rien : il arrive de là que la couronne de l'éléphant devient plate de très-bonne heure par la détrition , et demeure néanmoins toujours sillonnée transversalement, tandis que celle du mastodonte est long-temps mamelonnée ; que la détrition n’y produit d’abord que des troncatures en forme de losanges à ses collines; et que, lorsqu'elle est devenue plate par la détrition entière des collines, sa surface est aussi toute unie, ou même uniformément concave (1). |

Le mastodonte devait donc faire de ses dents

() M. Tilésius paraît n’avoir pas compris toute l’importance de ces différences, et l'influence qu’elles devaient avoir sur le genre de vie des deux animaux, lorsqu’il a trouvé étrange que je m’en servisse pour faire du mastodonte un genre particulier. Il ignorait apparemment aussi que, dans plusieurs familles, on ne peut établir de bons genres que sur la structure des molaires. Voyez

Méin. de l’Acad. de Pétersh., v, 1815, pag. 475 et 476.

le mème usage que le cochon et l’hippopotame, qui ont les mêmes caractères que lui à leurs dents. Il devait surtout s'attacher aux végétaux tendres, aux racines , aux plantes aquatiques ; mais 1l ne faisait point sa nourriture d'une proie vivante.

C'est ce régime végétal qui usait ses dents, et qui à fait que l’on en trouve, comme nous venons de le dire, dont les pointes sont émoussées; d’autres où elles sont usées jusqu’à la base des pyramides ; d’autres, enfin, où toutes ces bases sont réunies en une seule surface de substance osseuse entourée d’émail.

Comme les pointes sont en pyramides à peu près quadrangulaires, la coupe de chacune d'elles, à un certain degré de profondeur, représente un losange.

Les dents à demi usées offrent donc sur leur couronne des rangées transversales, de deux losanges chacune.

Les racines de ces dents ne se forment, comme toutes les autres, qu'après la couronne. On ne les trouve complètes que dans des dents déjà au moins un peu usées.

L'émail étant très-épais, le collet de la dent est très-renflé.

On distingue les racines de ce mastodonte à des lignes transverses enfoncées, signes

très- marqués des accroissemens successifs.

Les différences des dents du mnastodonte, entre elles, consistent surtout dans le nombre des pointes, et dans le rapport de la longueur à la largeur.

J'en connais de trois sortes :

De presque carrées , à trois paires de pointes;

De rectangulaires, à quatre paires de pointes;

D’autres, encore plus longues, un peu rétrécies en arrière, à cinq paires de pointes, et un talon impair. |

Les premières sont généralement celles qu'on trouve le plus usées. J’en connais beaucoup qui le sontà moitié, et quelques-unes qui le sont jusqu'au collet.

Les dernieres, au contraire , sont très-rarement usées, et ont presque toujours au moins leurs dernières pointes entières.

Cette circonstance indiquerait déjà leur position. Les dents à six pointes sont antérieures et paraissent les premières; celles à huit et à dix viennent après elles, et sont situées derrière. |

L'observation directe confirme cette induction.

Dans les mâchoires inférieures adultes , on

trouve une mâchelière à dix pointes en arrière , et une à six en avant.

C’est ce que l’on peut voir dans léchantillon donné à notre Muséum par M. Jefferson , et représenté pl. 21, fig. 1 et 2. L'arrièremolaire à dix pointes y est très-peu usée; ses premières pointes seulement sont entamées ; la molaire à six pointes, placée en avant, a au contraire toutes ses pointes plus ou moins émoussées.

La mâchoire rapportée par M. Legris de Bellisle, et représentée pl. 22, fig. 1 et 2, est d’un individu plus âgé; toutes les pointes de l’arrière-molaire y sont usées; mais aussi la molaire à six pointes y est tombée, et son alvéole commence déjà à se remplir.

Nous constatons en même temps, par ces deux pièces, que les molaires à huit pointes ne sont pas de la machoire inférieure; autrement elles seraient placées entre les deux dont nous venons de parler, ce qui n’est pas.

De là nous devions conclure qu'elles appartiennent à la mächoire opposée. C'est en effet ce que nous prouve un fragment de cette machoire, aussi envoyée par M. Jefferson , et que nous donnons planche 20, fig. 4. On y voiten place une molaire à huit pointes , telles que celles que nous avons décrites détachées.

Il est certain d’ailleurs, par les fragmens de M. Michaëlis, pl. 20, fig. 2, 3 et 5, et par le crâne du squelette de M. Peale, qu’en avant de la dent à huit pointes de la mâchoire supérieure, il y en a une à six pointes, à peu près pareille à celle de la mâchoire inférieure.

La disposition des mâchelières de l'adulte est donc qu'il en a quatre à chaque mèchoire, savoir : deux à six pointes et deux à huit pointes en haut ; deux à six pointes et deux à dix pointes en bas.

Les arrière-molaires, soit à huit , soit à dix pointes, ont en outre un petit talon plus ou moins irrégulier, et qui à induit en erreur quelques dessinateurs, au point de le représenter comme si c'était une paire de pointes de plus. D’autres dessinateurs, au contraire, ont quelquefois rendu la dernière paire de véritables pointes, lorsqu'elle était un peu plus petite qu’à l'ordinaire, comme si ce n’était qu’un léver talon (1). Ces inexactitudes de certaines figures m'avaient fait croire , lors de ma première édition , qu'il pouvait y avoir des

(1) Ainsi, dans la gravure de la mâchoire inférieure du Muséum britannique (Trans. phil., t. zvur, page 34), la cinquième paire de pointes n’est pas assez marquée. En revanche le talon l’est trop, dans la dent de la mâ-

mächelières à huit pointes en bas , entre celles à six et celles à dix; mais l'observation m'a détrompé.

D'après cette différence des arrière-molaires supérieures et inférieures, on voit qu'elles ont entre elles, dans le mastodonte , des rapports semblables à ceux que l’on observe dans l’hippopotame, où la dernière molaire d’en bas est aussi un peu plus compliquée, et a une pointe de plus que la dernière d’en haut.

Mais, outre ces huit molaires qui restent dans l'adulte, il y en a d’autres placées audevant de celles-là dans les jeunes individus , et qui tombent successivement.

La jeune mächoire donnée à notre cabinet par M. Jefferson , et représentée pl. 21, fig. 3 et 4, en est la preuve; elle a, tout-à-fait en arrière, un reste de grande cellule qui devait contenir un germe d’une grande molaire dont nous ignorons le nombre de pointes, attendu qu'elle est perdue, mais qui était probablement cette molaire à dix pointes que nous voyons dans les mâchoires adultes.

choire supérieure du squelette de Peale, donné par Bonn,

si toutefois ce n’est pas une dent postiche que l’on a rattachée au crâne.

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En avant de cette cellule est une dent sortie de l'alvéole, mais qui ne l’était pas de la gencive, puisque ses collines sont encore parfaitement intactes ; il y en a six paires. En avant encore est une molaire aussi à six pointes, mais déjà un peu usée; et tout-à-fait vers le devant de la mâchoire, on voit des restes d’alvéole qui annoncent qu'il était déjà tombé une dent.

Celle-ci était-elle aussi à six pointes, ou n’en avait-elle que quatre? C’est ce qu'il ne sera possible de décider que lorsqu'on aura trouvé des mächoires encore plus jeunes que celles dont nous venons de parler.

Ce qui est toujours constant, d’après cette jeune machoire , c’est que le grand mastodonteavait successivement au moins quatre molaires à chaque côté de sa mâchoire inférieure ; et comme il n’y a pas de raison de croire qu'il ne s’en soit trouvé autant à la supérieure, on doit penser qu'il en avait au moins seize en tout.

Mais, comme dans l’eléphant, ces dents ne sont jamais toutes ensemble dans la bouche.

Leur succession se fait, comme dans l’eléphant , d'avant en arrière. Quand celle de derrière commence à percer la gencive , celle de devant est usée et prête à tomber; elles se remplacent ainsi l’une après l’autre, Il ne pa-

rait pas qu'il puisse y en avoir plus de deux à la fois de chaque côté en plein exercice ; à la fin même il n’y en a plus qu’une, comme dans l'éléphant. Dans la machoire mférieure de la pl. 22, fig. r et 2, où la dent à dix pointes est déjà un peu usée, on ne voit plus en avant qu'un reste d’alvéole à demi rempli.

Mais on voit encore une dent à six pointes et une à huit, dans le crâne de la pl. 50; une dent à six pointes et une à dix, dans la màchoire inférieure de la pl. 21, fig. r et 2.

Ainsi , le zombre effectif des mâchelières qui peuvent agir ensemble est de huit dans la jeunesse, et de quatre seulement à la fin de la vie.

Ce résultat diminue déjà beauccup les idées que s'étaient faites de la taille du mastodonte, ceux qui lui supposaient un nombre de dents mächelières approehant du nôtre, et qui les croyaient toutes égales aux plus grandes. Buffon , par exemple, dit : «La forme carrée « de ces énormes dents machelières prouve « qu’elles étaient en nombre dans la mâchoire « de l'animal, et quand on n'y en supposerait « que six où même quatre de chaque côté, on « peut juger de l’énormité d’une tête qui au- « rait au moins seize dents mächelières pesant « chacune dix ou onze livres. » ( Époques de la nature. Note jnstif, 0. )

RS

C’est d’après cette idée qu'il supposait cet animal d’une grandeur beaucoup supérieure à celle des plus grands éléphans ; tandis que nous verrons qu'il n’y a point encore de preuve qu'il ait atteint 12 pieds de hauteur, et que, selon Buffon lui-même, les éléphans des Indes en ont quelquefois jusqu'à 15 ou 16.

Entrons maintenant dans un plus grand détail à l'égard de ces dents et de leurs variations.

Notre pl. 19 en représente , à demi-grandeur, quatre de différentes sortes et en différens états.

Commençons par celles à six pointes.

Fig. 5 en est une à six pointes à demi usée : elleest copiée d’après un dessin qu'a bien voulu m'envoyer M. Blumenbach.

Nous en avons depuis lons-temps au Muséum trois pareilles, anciennement rapportées par Fabri. Ce sont elles que Daubenton ( Hist. pat., Xi, n°1106, 1107, 1108) et Buffon (Époques de la nature, pl. v) ont prises pour des dents d’Arppopotames gigantesques ; mais elles sont faciles à distinguer des dents d’Aippopotames , par ces losanges dont notre figure donne une idée fort juste, et qui différent beaucoup des trefles de l’hippopotame ; d’ailleurs l’h‘ppopotame n’a jamais que quatre trèfles et non pas six.

Cette figure à six losanges résulte d’une détrition moyenne ; quand la détrition n’est pas aussi avancée , il n'y a que de légères troncatures, et lorsque la dent n'était pas encore sortie de la gencive, la couronne présente seulement trois collines crénelées, un peu enfoncées dans leur milieu.

Nous possédons maintenant , par la générosité de M. Jefferson , deux de ces germes nullement entamés , dont un tient encore à la mâchoire. Voyez pl. 21, fig. 3 et 4. Celui qui est détaché a 0,1 de long , et 0,065 de large.

Au contraire, quand la détrition va plus loin , comme dans la dent de Pallas, Act. petrop. , 1777, n° partie , planche 1x, fig. 4, les losanges s'unissent deux à deux en bandes transversales.

Enfin la détrition arrive jusqu’à réunir ces bandes elles-mêmes ensemble, et en formealors un seul disque irrégulier de matière osseuse, comme à la dent de notre pl. 22, fig. 4, qui a été rapportée par M. Legris de Bellisle. Elle est longue de 0,11, et large de 0,08.

Les dents à six pointes, ou à six losanges, varient en longueur de 6,095 à 0,12, et ce ne sont pas toujours les plus longues qui sont les plus larges ; en sorte qu'il ÿ en a de plus ou moins carrees,

Une différence qui n’est pas moins essenelle , c’est que les collines transversales sont plus obliques dans celles qui sont à proportion plus étroites , et plus à angle droit dans celles qui sont plus carrées.

Les échantillons que nous avons vus en place à des màchoires inférieures étant tous de l'espèce plus oblique, nous avons lieu de croire que ce sont les dents supérieures qui sont plus carrées et ont les collines plus transverses. Cela est d'autant plus probable que la même différence de direction des collines a lieu pour les arrière-molaires.

Les deux dents anciennement rapportées par Longueil, et dont l’une est représentée par Buffon, suppl., tome v, pl. v, étaient de cette sorte carrée et bien transverse. L'une d'elles a 0,12 de long sur 0,09 de large, l’autre 0,11 Sur 0,085.

Les dents à six pointes obliques diffèrent elles-mêmes en grandeur et en largeur relative. La jeune mâchoire, fig. 5 et 4, pl. 21, nous apprend que les plus petites, qui sont aussi les plus étroites, sont placées avant les autres. En effet , la dent postérieure y a 6,095 sur 0,066, et l’antérieure 0,08 sur 0,055.

Passons maintenant aux dents à dix pointes, et rétrécies en arrière , c’est-à-dire aux ar-

rière-molaires inférieures. Elles varient par les degrés de détrition , presque autant que celles à Six pointes.

Leur grandeur est vraiment faite pour surprendre. Celle du cabinet d’Ebel , qu'a décrite le baron de Bock , et qui est à demi usée, est longue de 0,257.

Nous en avons une au Cabinet du roi, donnée par M. le duc de Plaisance , encore intacte dans ses pointes, et longue de 0,230 sur 0,11 de large. Nous la représentons pl. 19, Ne 2.

Une autre, donnée par M. Dufrène et également intacte, a 0,225 de long sur 0,1 de large.

Celle de nos fig. 1 et 3, qui est déjà en parüe usée, a été dans les cabinets de Joubert et de M. de Drée. Elle est longue de 0,2, large de 0,09), haute avec ses racines de 0,18, et du poids de 8 Liv. 12 onces.

Celle de la mâchoire adulte, donnée par M. Jefferson , pl. 21, fig. 1 et >, est à peme entamée. Sa longueur est de 0,182, sa largeur de 0,095.

J'en a vu une, rapportée de La Nouvelle- Orléans , dans un état de détrition imtermediaire, et longue de 0,182, et une autre du même pays, encore intacte, longue de 0,18.

Toutes celles-là avaient un talon encore assez marqué.

Il y en a où le talon est réduit à un léger tubercule, ou même presque à rien. Telle en est une que m'avait donnée feu le docteur Barton, et que j'ai déposée au Cabinet du roi. Elle est remarquable par sa blancheur, et un peu usée seulement de ses trois paires de pointes antérieures. Sa longueur est de 0,18, sa largeur de 0,102.

Il y a même de ces dents, rétrécies en arrière, et d’ailleurs entièrement semblables aux précédentes, où les deux dernières pointes se confondent presque en une seule, en sorte qu'on peut dire qu'elles n’ont que huit pointes et un fort talon. Je ne crois pas cependant qu'on doive leur assigner une place particulière dans les mâchoires, encore moins les attribuer à une autre espèce.

Les unes sont à peu près aussi grandes que les plus ordinaires. Telle est celle de la fig. 4 de notre pl. 19, qui m'a été communiquée par feu M. Tonnelier. Elle est longue de 0,17, large de 0,08, Ses pointes commencent à s’entamer.

Nous en avons deux pareilles de M. Jefferson, dont l’une a une teinte bronzée. Leur longueur est de 0,18 et de 0,17; elles sont larges de 0,095.

D’autres sont un peu plus petites, mais pas assez différentes pour qu’on puisse les regarder comme venant d’une autre espèce.

De ce nombre est celle qui fut donnée à Buffon par l'abbé Chappe, et représentée, Hist. nat., suppl. , tome v, pl. m1, fig. 1 et 2. Sa longueur n'est que de 0,165, sa largeur de 0,090.

Les arrière-molaires supérieures, dont le caractère est déterminé par celles que nous représentons encore adhérentes à l’os maxillaire , pl. 20, fig. 2, 4 et 5, me paraissent différer des inférieures, outre le nombre de leurs pointes, parce qu’elles sont un peu moins longues à proportion, moins rétrécies en arrière, et parce que leurs collines, comme celles des supérieures à six pointes , sont plus constamment à angle droit. L’échantillon que nous venons de citer est long de 0,15, et large de 0,095. Le talon de ces arrière-molaires supérieures se réduit quelquefois presque à rien.

C’est à cette sorte, presque sans talon, qu’on doit rapporter la dent que Vergennes avait donnée à Buffon, et qui est représentée, Hist. nat., suppl., tome v, pl. r et n. Elle tient aussi à quelque reste d’alvéole. Sa longueur est de 0,195, sa largeur de 0,12.

MASTODONTE. 207 2 La mächotre inférieure

Est la partie qu'on a connue le plus tôt après les dents molaires. La moitié, représentée Trans. phil., Lvix, en donnait une idée suffisante.

On y voyait déjà : r° que cet animal, comme l'éléphant et le morse, n'avait en bas ni incisives ni canines ; 2° que sa mâchoire inférieure se termine en avant, encore comme dans l’éléphant et le morse, en pointe creusée d’une espèce de canal; 3° que l’angle postérieur, quoique obtus, y est prononcé, et non pas arrondi cireulairement comme il l’est dans l'éléphant.

Le condyle, partie la plus caractéristique de la mâchoire inférieure, y était mutilé ; mais on peut en prendre une idée dans la fig. 6 de notre pl. 21, que je dois à l’obligeance de M. Rembrandt Peale. La mächoire du mastodonte y est vue par-devant, et peut être comparée à celle de l'éléphant de la fig. 7. On y voit que le condyle diffère peu de celui de l'éléphant; ce qui se joint aux formes des dents pour montrer que l'animal n’est point carnivore. Toute la partie montante est moins haute à proportion; et l’apophyse coronoïde

s'élève au niveau du condyle, tandis qu'elle est beaucoup plus basse dans léléphant. La partie longitudinale est moins élevée à proportion de sa longueur, mais tout aussi bombée, surtout en arrière.

La mâchoire inférieure du squelette de M. Peale est longue de 2° 10” angl. ou 0,86, et pèse 63 livres. Notre moitié mutilée (pl. 22) a, de sa pointe jusqu'à quelque distance derrière la molaire (de a en b, fig. r et 2), 0,54, ce qui fait juger qu’entière elle aurait été un peu plus grande. La hauteur de sa partie dentaire est de 0,175, et son épaisseur de 0,114. Elle pèse vingt-six livres trois onces,

Celle d’un éléphant de 8° n’a que 0,65 de long.

Mais, pour bien connaitre la partie antérieure de cette mâchoire, il faut consulter notre fig. 5, pl. 21, qui est copiée de M. Mitchill.

On y voit que la pointe en est plus rétrécie et plus prolongée en avant qu’elle ne paraît dans nos autres échantillons, lesquels sont mutilés dans cette partie fragile ; ce caractère peut aisément faire distinguer une mâchoire de mastodonte , même quand les dents n'y sont plus, de célles de l'éléphant fossile.

MASTODONTE. 209 3°, Le cräne.

On en a connu d’abord, par les descriptions de Michaëlis et de Camper, le propre fragment représenté dans notre pl. 20, fig. 1, 2 et 5, avec lequel correspond le morceau de la fig. 3, qui a dû tenir au premier, de manière que a, b, fig. 3, touchait ab’, fig. 2; et que la dent À, fig. 3, se trouvait être la congénère de la dent A”, fig. 2. Ainsi B est l’apophyse malaire de l’os maxillaire ; CC, les apophyses ptérygoides des os palatins ; D, le bord postérieur du palais; E, E, la suture qui sépare les os palatins des maxillaires, etc.

Nous avons vu que Michaëlis et Camper avaient considéré ce morceau dans un sens inverse; qu'ils prenaient l'extrémité postérieure pour l’antérieure, et les os palatins pour les inter-maxillaires.

Il y avait cependant dès-lors des raisons suffisantes à allévuer contre leur opinion.

1°. Les machelières antérieures auraient été plus grandes que les postérieures, au contraire de tous les herbivores, et même de la machoire inférieure de cet animal-ci.

»°,. Elles auraient été moins usées, chose non moins contraire à l’analogie et même au raisonnement.

5° Il n'y aurait point eu de trou incisif, ete.

Voilà une partie de ce que j'alléguai à M. Adrien Camper, et ce qui le détermina à faire un nouvel examen de ce morceau ; examen d’où il résulta de nouvelles lumières qui achevèrent de convaincre mon savant ami.

i° En nettoyant le morceau de l'argile dureie qui le recouvrait encore, il mit au jour les sutures palatines qui avaient échappé à son père.

2° Il découvrit les trous spaéno-palatins F, F, fig, 1, et la division de leur canal dans les trous G, H, etc, fig. 2, pour la conduite du nerf au palais, etc.

Il était impossible que de pareils indices fussent trompeurs ; aussi la découverte d’un crane avec son museau, faite par M. Peale, vint-elle bientôt confirmer ce que nous avions reconnu.

Mais ce premier morceau nous indiquait déjà à lui seul les caractères suivans pour le mastodonte.

s° Ses maächelières divergent en avant, tandis que celles des éléphans ordinaires convergent plus ou moins, et que celles de l’éephant fossile ou vrai mammouth des Russes sont presque parallèles.

Il n'y a que le cochon et l’hippopotame qui

se rapprochent un peu du mastodonte à cet égard.

2° Son palais osseux s'étend fort au-delà de la dernière dent : le phacochære ou sanglier d'Éthiopie seul en approche à cet égard parmi les herbivores.

3° . Les apophyses ptérygoïdes de ses os palatins ont une grosseur sans exemple parmi les quadrupèdes.

4 L’échancrure au- devant de cette apophyse a quelque rapport avec celle de l’hippopotame, qui est pourtant beaucoup plus étroiteelc.

Le crâne plus complet de M. Peale nous donne encore quelques autres caractères.

5° M. Rembrandt Peale nous dit qu’on ne voit point de trace d'orbite à la partie antérieure de l’arcade; ce qui doit avoir placé l’œil beaucoup plus haut que dans l'éephant.

6° Les os maxillaires, ainsi qu’on peut le voir par notre pl. 20, fig. 1, ont beaucoup moins d’élévation verticale que dans l’éléphant, et ressemblent davantage aux animaux ordinaires.

7° Par la même raison, l’arcade zygomatique est moins élevée, surtout en arrière : ce qui correspond d’ailleurs avec la forme de la

mâchoire inférieure. La position de l'oreille dépend de celle de l’arcade.

8° Cette proportion influe beaucoup sur la position des condyles occipitaux, si élevés dans l'éléphant au-dessus du niveau du palais, et presque à ce niveau dans le mastodonte.

9° Mais, pour ce qui regarde les grandes cellules qui donnent tant d'épaisseur au crane de l'éléphant, en écartant ses deux lames, et qui sont toutes des prolongemens des differens sinus du nez, le mastodonte parait les avoir absolument semblables. C’est ce que montrent toutes les figures de notre pl. 20.

Il est impossible de savoir précisément à quelle hauteur s'élevait le sommet de la tête, puisque cette partie manque au cràne de M. Peale. Mais sa pesanteur, celle des mâchelières, et plus encore celle des défenses, ne permettent pas de douter que l’occiput ne füt très-élevé, pour donner des attaches suffisantes aux muscles releveurs; par conséquent le mastodonte devait encore à cet égard ressembler beaucoup à l'éléphant.

M. Peale n’a pas donné la longueur du crâne de son squelette; mais, à en juger par les figures, elle doit être à peu près de 1,156. La portion qui est au cabinet de M. Camper (pl. 20) a 18” angl. ou 0,455, depuis le devant

de la dent à six pointes, jusqu’au bord postérieur des apophyses ptérygoides. En calculant sa longueur totale, d'après la proportion imdiquée par les figures de M. Peale, elle serart de 0,91. Le mastodonte de M. Peale, supposé haut de dix pieds, cette portion de tête aurait done appartenu à un individu de huit. Un éléphant de huit pieds n’a que 0,8 du bord alvéolaire aux condyles occipitaux. Ainsi la tête du mastodonte est un peu plus longue, à proportion de la hauteur du corps, que celle de Véléphant.

4 Les défenses.

Le devant de la mâchoire inférieure, dépourvu de dents et rétréci, indiquait bien qu'il devait y avoir à la supérieure quelques dents sortant de la bouche, comme à l’é/ephant où au morse.

Les défenses qui se trouvent assez fréquemment avee les mâchelières de rrastodonte le confirmaient : ce fut d’abord l'opinion de Camper, avant qu'il eût donne daps l'erreur que nous venons de réfuter.

À la rigueur cependant, il était possible que les défenses vinssent d’un autre animal que les dents hérissées de pointes, et Daubenton l'avait conjecture ainsi.

Les raisons pour soutenir cette opinion auraient augmenté, lorsqu'on reconnut pour certain qu'il se trouve dans les mêmes lieux de véritables molaires d’éléphans.

C'est done M. Peale qui a le premier véritablement prouvé que le mastodonte avait des défenses, en découvrant un crâne encore pourvu de leurs alvéoles, et qui conservait ses molaires.

Elles sont implantées dans l'os incisif, comme celles des é/éphans. Elles sont composées, comme ces dernières, d’un ivoire dont le grain présente des losanges curvilignes : il doit être à peu près impossible de distinguer une tranche d'ivoire d’éléphant, d'une d'ivoire de mastodonte.

C’est là du moins ce que j'observe sur une défense de cette dernière espèce que j'ai sous les veux, et qui a été apportée à notre Muséum , de l’ouest des Alleghanys, avec la portion de mâchoire inférieure déjà plusieurs fois citée.

À la vérité M. Peale s'explique autrement sur celles de son squelette.

« Une section transversale de la défense de « l'éléphant, ditl, est toujours ovale ; celle du « mastodonte est parfaitement ronde. L’iwotre « des premières est uniforme, les secondes

« offrent deux substances d'stinctes : l'interne « a le tissu de l’ivoire, mais sa consistance est « beaucoup moindre ; l’externe n’a point ce « tissu, est beaucoup plus dure que l’ivoire, « et forme une enveloppe épaisse sur toute la « défense.»( ist. disq. on the mammouth, p.50.)

Mais ces distinctions ne sont point exactes, car :

1° Les défenses d’éléphant sont souvent plus ou moins rondes, et au contraire celle de m4stodonte que j'ai sous les yeux est elliptique.

2°. Celles d’'é/éphant ont une enveloppe d'une matière dont le tissu n’est pas celui de l'ivoire, dont les fibres sont convergentes vers le centre, et qui, quoique moins ‘dure que l'émail ordinaire, en est cependant une espèce.

« La bande de la circonférence, dit Dau- « benton, est quelquefois composée de fibres « droites transversales qui aboutiraient au « centre si elles étaient prolongées. » (Hist. nat., t. XI, in-4°.) j

C’est d’ailleurs une observation que tout le monde peut faire sur les défenses lorsque leur surface n’a pas été usée.

Notre défense de mastodonte ressemble en cela à celles de l'éléphant.

3°. C'est peut-être une cause accidentelle qui a ramolli l'intérieur des défenses trouvées

par M. Peale, en les décomposant plus ou moins, quoique les os-découverts en même temps ne fussent presque point altérés. M. Morichini , professeur de chimie à Rome, a reconnu, il y a quelques années, que l’ivoire fossile est sujet à être décompose, en changeant, par une cause encore inconnue, son phosphate de chaux en fluate de chaux.

Notre défense de mastodoite intacte n'a point d'acide fluorique, ainsi que s’en sont assurés MM. Vauquelin et Laugier, qui ont bien voulu l’analyser. Peut-être celles de M. Peale en ont-elles.

La courbure de ces défenses varie autant que dans les éléphans. Celle du dessin de M. Michaëlis est presque droite; la nôtre (pl. 22, fig. 3) est légèrement arquée. Une très-grande, trouvée avec la tête du squelette de Philadelphie, est presque courbée en demicerele. Comme elle avait été mutiée, on n'a pu en placer au squelette même qu'une copie en bois. Elle a 10° 7” angl. ou 5,17 de longueur en suivant la circonférence (1). Celle qui nous a été envoyée par M. Jefferson, a de longueur 2,35 ou plus de sept pieds, et 0,194 de diamètre vers la base.

(1) Remb, Peale, Hist. disq., p. 61.

Les alvéoles du squelette de M. Peale ont huit pouces anglais, ou 6,202 de profondeur ; la pointe des défenses qui sy implantent n’est pas tout-à-fait dans le même plan que la base, et forme un commencement de tire-bourre.

Il parait que leur direction, à la sortie de l'alvéole, est un peu plus oblique en avant que dans l'éléphant.

On les avait d’abord placées, comme dans l'éléphant, la pointe en haut : dans cet état elles avaient 6” ou 0,15 de distance entre leurs bases, et 8° 9” ou 2,65 entre leurs pointes (1).

M. Rembrandt Peale s’est déterminé depuis à les mettre dans une position renversée, e’està-dire la convexité en avant, et la pointe revenant en bas et en arrière.

Il donne lui-mème les motifs suivans de ce changement (2).

1°. L'abaissement du eondyle occipital et la forte courbure des défenses élevaient la pointe de celles-ci à une trop grande hauteur au-dessus du sol, et de la tète même de l’anumal. .

(#) Extrait d’une lettre de Philadelphie, 23 mars 1809, dont M. Everard Home a bien voula m'adresser copie.

(2) Hist. disg., pag. 52.

f n'aurait pu les abaisser assez pour s’en servir à quoi que ce füt.

2. Les défenses trouvées à l’un des endroits mentionnés ci-dessus sont usées à leur extrémité; de manière qu'il faudrait, en supposant que cette extrémité ait été en haut, imaginer aussi que l'animal la frottait sans utilité contre des rochers escarpés et verticaux. Il est plus naturel de croire qu'il l’a usée en cherchant des coquillages ou en fouillant les bords des rivières et des lacs.

Ces raisons ne paraitront peut-être pas péremptoires à tout le monde.

L'éléphant fossile, ou vrai mammouth des Russes , avait souvent des défenses tout aussi fortement courbées que le mastodonte, et cependant elles avaient leur pointe en haut.

On ne conçoit guère plus à quoi elles auraient pu servir dans la position que M. Peale leur assigne, que dans celle que l’analogie leur indique.

Le morse (trichecus rosmarus) a, il est vrai, des défenses dirigées vers le bas; mais c’est un animal à membres raccourcis, destiné principalement à nager dans l’eau : et, dans cet élément, des défenses semblables peuvent servir; mais le mastodonte, dont les membres sont si élevés, vivait à terre sans aucun doute.

Il a très-bien pu user le devant ou la convexité de ses défenses en les frottant contre des arbres, contre des rochers ou de toute autre manière.

Enfin le babiroussa, dont les défenses se dressent verticalement vers le haut, et recourbent leur pointe spiralement en arrière et en dessous, a bien moins encore l’air de pouvoir s’en servir que le rastodonte n’a dù faire des siennes; cependant il s’en sert, et les use précisément par leur côté convexe, comme le mastodonte.

Ainsi, jusqu'à ce que l’on ait trouvé un crane de mastodonte avec ses défenses encore implantées, rien n'autorise, selon nous, à les placer autrement que dans les éléphans.

5° 5: le mastodonte avait une trompe.

Le mastodonte avait donc une tête volumineuse ; les dents mâchelières, épaisses et compactes, en augmentaient le poids; des défenses longues et pesantes l’augmentaient aussi, et portaient en outre le centre de gravité encore plus loin du point d'appui : ce sont les causes qui ont exigé que le cou de léléphant fût court; celui du mastodonte devait donc l'être aussi, Comme ses jambes sont très-élevées,

ainsi que nous l’allons voir, il n’aurait pu atteindre à terre avec sa bouche, s’il n'avait pas eu une trompe; ses défenses l’en auraient d’ailleurs empêché, quand même les autres circonstances ne l’auraient pas fait. S'il eût vécu dans l’eau, comme les phoques, les morses et les cétacés, ces raisons n'auraient pas été démonstratives; mais il n’y vivait pas, car ses pieds ne sont pas faits pour nager : ils sont beaucoup trop longs et les doigts en sont trop peu développés.

Il est done indubitable que le rastodonte avait une trompe, et qu'il ressemblait aux éléphans en ce point comme en tant d’autres.

6° Les os du tronc.

Il n'est guère possible aujourd’hui de vérifier par le fait la conclusion du raisonnement précédent, puisque les parties molles ont dû disparaître dans presque tous les cas; mais on peut constater du moins la partie des prémisses qui concerne le cou.

Les vertébres en sont effectivement minces, et forment un eou qui est bien loin de permettre aux lèvres de descendre jusqu'au niveau des pieds de devant.

On en peut juger par notre figure du sque-

MASTODONTE. Sri

lette, pl. 25. La première vertébre, que je n'ai connue que par une des figures de M. Michaëlis, m'a paru ressembler beaucoup à celle de l'éléphant.

M. Peale dit que les apophyses épineuses des trois dernières vertèbres du cou sont moins longues que dans l'éléphant.

La seconde, la troisième et la quatrième dorsales ont de treès-longues apophyses; elles décroissent ensuite rapidement jusqu'a la douzième , après laquelle elles deviennent trèscourtes (1). L'éléphant les à plus uniformes : ce qui suppose plus de force dans ses muscles de l’épine et dans son ligament cervical.

Il y a sept vertèbres cervicales, dix-neuf dorsales et trois lombaires, L’éléphant a une vertébre dorsale et une paire de côtes dé plus; mais peut-être celles du zastodonte s'étaientelles perdues.

Les côtes sont autrement faites que dans l'éléphant : minces près du cartilage, épaisses et fortes vers le dos. Cette différence est surtout très-remarquable dans la première. Les six premières paires sont très-fortes en comparaison des autres, qui deviennent aussi fort

(1) Hist. disq., pag. 54.

courtes à proportion; ce qui, joint à la dépression du bassin, indique que le ventre était moins volumineux que dans l'éléphant (1).

7° Les grands os de l'extrémité antérieure.

1° L'’omoplate parait avoir été plus étroite encore que celle de l'éléphant d'Afrique, et avoir eu cependant l’apophyse récurrente placée aussi haut que dans l’éléphant des Indes, comme on peut s’en assurer en comparant celle du squelette de notre pl. 23 avec les fig. 6 et 7 de notre pl. 14 sur les éléphans. Du reste, cette omoplate a tous les caractères de celles des éléphans, et en particulier cette apophyse récurrente qui n'appartient qu'à ce genre et à quelques rongeurs.

Celle du squelette de M. Peale a 3° 1” angl.

ou 0,935 de longueur.

Un fragment considérable , aujourd’hui au cabinet de M. Camper, montre que l’épine est caverneuse intérieurement.

La facette articulaire est longue de 0,22, large de 0,14. La longueur totale de ce qui reste de l’os est de 0,75.

(1) Hist. disq., pag. 56.

L’acromion ÿ manque : mais M. Peale le représente très-long et très-pointu (1).

2° L’humérus. M. Peale remarque en général que les os longs de l’extrémité antérieure sont beaucoup plus épais à proportion que ceux de l'extrémité postérieure, et que la différence des uns et des autres à cet égard est plus sensible que dans l’éléphant.

En effet, l'humérus du squelette, pl. 23, et deux autres du cabinet de M. Camper, dont nous donnons un, pl. 24, fig. 8 eto, ont surtout leur crête inférieure remontée beaucoup plus haut que dans l'éléphant, quoique leur forme générale soit à peu près la même.

Le plus grand est long de 0,84; sa largeur en bas est de 0,235. Sa crête monte à 0,42, c’est-à-dire à moitié de sa longueur; tandis que celle de l'éléphant ne va qu'aux deux cinquièmes.

L’humérus du squelette de M. Peale a 2° 10°.

angl. ou 0,86.

5° L’avant-bras. M. Peale se borne à dire que la largeur extrême des deux os fait que la direction oblique du radius au-devant du cubitus y est plus sensible que dans aucun autre

(1) Hüst. disq., f. vir.

animal. J’en avais conclu, dès ma première édition , que leur disposition est à peu près la même que dans l'éléphant.

M. Jefferson nous ayant envoyé depuis un radius bien entier, je l'ai fait représenter, pl. 24, fig. 5, Get 7, et je l'ai comparé avec attention avec celui de l'éléphant. Sa forme générale est à peu près la même; sa facette supérieure est moins rétrécre au dehors; ses arêtes sont plus prononcées; il est plus fortement anguleux ; Sa partie inférieure commence plus tôt à grossir, et est plus grosse à proportion vers le bas.

Ce radius de M. Jefferson est long dé 0,670; la largeur dé sa tête supérieure est de 6,150; celle de l’inférieure, prise à la facette articulaire, de 0,152, et un peu au-dessus, à l’endroit le plus gros, de 0,160.

Le radius du squelette de M. Peale a 2° 5° 6” angl. où 0,745 de longueur. C’est, avec lhumérus, un peu plus que le rapport de 6 à 7.

Dans l'éléphant, ce rapport est comme 6 à 8.

Ainsi l’avant-bras du mastodonte est plus long, et son bras plus court à proportion que ne le sont ceux de l'éléphant.

Le rapport de l’'humérus à l’omoplate est encore plus différent. Dans l'éléphant, il est comme 8 à 6 et demi, c’est-à-dire que l’humeé-

rus est plus long de plus d’un cinquième.

Dans le mastodonte , au contraire, ilest comme un peu plus de 8 à 9 : ainsi lhumérus y est plus court de près d’un neuvième.

On ne peut élever de doute sur l'exactitude de ces rapports, parce que les os des extrémités ayant été trouvés ensemble par M. Peale, il est à peu près certain qu'ils venaient tous du même individu.

8° Les grands os de Pextrémité postérieure.

1° Le bassin est beaucoup plus déprimé que dans l'éléphant, à proportion de sa largeur ; son ouverture est aussi beaucoup plus étroite : c’est ce que dit M. Peale, et ce qui se verra aussi en comparant le bassin en profil du squelette, pl. 23, avec celui dé notre pl. 7 sur les éléphans, et l’esquisse de ce même bassin, vue de face, pl. 24, fig. ro, avec la fig. 3 de notre pl. 13 sur les éléphans. Cette forme de bassin devait rendre l'abdomen plus petit et par conséquent les intestins moins volumineux que dans l'éléphant; ce qui s'accorde avec la structure des dents pour faire regarder le #7astodonte comme moins exclusivement herbivore.

M. Peale dit que la largeur du bassin de son squelette est de 5’ 8” anglais; mais je crains

qu'il n'y ait à cet endroit une faute d’impression, où qu'il n'ait entendu le contour.

2° Le fémur est la partie qui a été décrite la première, Daubenton fit graver celui de notre Muséum dans les Mémoires de l’Académie pour 1762. Sa masse énorme frappe véritablement au premier coup d'œil, surtout sa largeur, qui le distingue beaucoup de celui de l'éléphant, même fossile. Il est aussi plus aplati d'avant en arrière à sa partie inférieure, parce que le canal qui répond à la rotule y est plus court.

Il est long de 1,088, large en haut, entre la tête et le grand trochanter, de 0,44; en bas, de 0,29; au milieu, de 0,18. Son diamètre antéro-postérieur est en haut de 0,15; au milieu, de 0,104, et en bas, de 0,21. Le diamètre de sa tête est de 0,18. ( Voyez pl. 22, fig. 5,6 et 7.)

Le fémur du squelette de M. Peale est long de 5° 7" angl. ou 1,085. C’est à peu près comme le nôtre.

3° Le tibia. Celui du squelette de M. Peale est long de 2” angl. ou 0,607 ; ce qui lui donne avec son fémur un rapport comme de 6 à 10.

M. Peale pense que ce rapport est moindre que dans l'éléphant; mais je n’ai pas trouvé la chose ainsi : nos deux squelettes des Indes ont les fémurs de 0,92, et les tibia de 0,56.

Ce qui donne également le rapport de 6 à ro à peu près. Néanmoins si, comme il est probable, l'abdomen du mastodonte est moins gros que celui de l’éléphant, son genou devait paraitre plus dégagé du ventre.

Nous donnons, pl. 24, fig. 1, 2, 3 et 4, le tibia envoyé à notre Muséum par M. Jefferson.

Comparé avec celui de l'éléphant, il est beaucoup plus gros à proportion de sa longueur. La crête antérieure supérieure est beaucoup plus pleine et plus obtuse; elle n’est pas creusée d’une fosse aussi profonde, vis-àvis de l'intervalle des deux facettes articulaires fémorales. Celles-ci sont plus inégales, c’està-dire que l’externe est plus étroite à proportion , d’arrière en avant. La face postérieure dans le haut est plus creuse; la malléole interne est plus saillante vers le bas; la poulie du tendon du péronier est plus creusée.

Ce tibia est long, y compris la malléole interne , de 0,595. Sa tête supérieure est large de 0,238, et l’inférieure de 0,181.

Feu M. Adrien Camper avait dans son cabinet un tibia long de 0,71; large en haut deo,25, en bas de 0,21 ; ce qui annonce un animal plus grand, mais de proportions à peu près semblables.

Je ne puis rien dire sur le péroné,

318 GRAND o° La taille en général.

En additionnant ensemble les longueurs de l’'humérus et du radius , et celles du fémur et du tibia, on trouve pour la hauteur de l’extrémité de devant 1,60, et pour celle de derrière 1,69.

L’éléphant de 8 pieds a ces mêmes hauteurs, ou plutôt ces mêmes sommes, de 1,40 et de 1,48. Aipsi le rapport des extrémités entre elles est à peu près le même dans les deux espèces, quoique celui de leurs parties ne le soit pas.

Cette hauteur des extrémités, considérée seule , donnerait 9 pieds , ou près de 3 mètres, de hauteur totale pour le mrastodonte; mais comme l’omoplate de celui-ci est de près d’un tiers plus longue, on peut accorder quelque chose de plus à sa taille. M. Peale a donné à son squelette 11 pieds anglais, ou 10° 1” au garrot. Nous croyons qu'il l'a un peu trop élevé en plaçant les omoplates trop bas, et en ne ployant pas assez les articulations. C'est aussi l'opinion du célèbre anatomiste M. Everard Home, qui a vu lui-même ce squelette.

Au reste , celui-ci eùt-il réellement dix pieds, il serait toujours au plus de la taille des éléphans les plus communs aujourd’hui dans les

Indes, et resterait fort éloigné de ees dimensions gigantesques qu'on se plait ordinairement à attribuer au r#7astodonte ; et comme les grands os que possèdent, soit le Muséum britannique , soit le nôtre, soit celui de M. Camper, ne surpassent pas beaucoup en volume ceux que M. Peale a rassemblés en squelette, on ne peut pas dire que ces derniers sont venus de quelque individu de taille médiocre.

En calculant d’après les plus grandes dents que l’on ait eues isolément , calcul souvent sujet à de l’exagération, on trouverait tout au plus qu'elles appartenaient à des individus de onze pieds trois ou quatre pouces; et le #bra cité ci-dessus , du cabinet de M. Camper, en indiquerait un de onze pieds huit pouces. Ainsi, comme nous l'avons dit au commencement de ce chapitre , il n’y a point encore de morceau qui prouve que le mastodonte aït atteint, encore moins surpassé, douze pieds de roi, de hauteur au garrot.

Le squelette de M. Pealé a 15° anglais ou 4,55 depuis le 7renton jusqu'au croupion, eomme il s'exprime. Je pense qu’il a voulu dire depuis le bout du museau jusqu’au bord postérieur de l’ischion.

L'éléphant n'a pas cette dimension beaucoup plus considérable que sa hauteur. Un é/éphant

de dix pieds de haut ne serait pas tout-àfait long de onze, ou de 3,57. Ainsi le mastodonte était beaucoup plus allongé à proportion de sa hauteur que l'éléphant. C’est ce dont on peut prendre une idée fort juste , en comparant notre pl. 23 avec notre pl. 7 sur les éléphans.

10° Les pieds.

Selon M. Peale ( Æist. disq.; p. 57 ), les os des pieds de derrière sont remarquablement plus petits que ceux des pieds de devant; mais la même chose a lieu dans l'éléphant. Dans ceux de devant, les deuxièmes phalanges se terminent, selon le même auteur, par des rainures qui semblent indiquer que les troisièmes , ou les onguéales, avaient plus de mouvement que dans l'éléphant, et ressemblaient davantage à celles de l’hippopotame.

Les présens de M. Jefferson nous ont mis à même d'établir des comparaisons plus détaillées.

Ces os ressemblent en général à ceux de l’éléphant, comme on devait s’y attendre dans deux animaux aussi voisins.

Nous n'avons pas eu le scaphoïde du carpe, ni le frapeze, ni le trapézoide , ni le pisiforme.

Le semilunatre (pl. 25, fig. 2 )est beaucoup plus écrasé que dans l'éléphant, c’est-à-dire beaucoup plus large et moins haut. Il est aussi moins long d'avant en arrière; du reste, ses contours et ses facettes sont à peu près les mémes. Cette dépression existe aussi dans le cunétforme, mais à un moindre degré.

L'unciforme ( fig. 3 ) est dans la proportion du semilunaire, c’est-à-dire plus long et moins haut que celui de l'éléphant. Nous n'avons eu cet os qu'un peu mutilé, en sorte que nous ne pouvons comparer les figures de ses facettes.

Quant au grand os (fig. 4), 1l faut qu'il ait tenu moins d'espace en travers à proportion , car ses dimensions proportionnelles sont à peu près les mêmes que dans l'éléphant.

Les os du rnétacarpe que nous avons eus sont tous plus courts et plus gros à proportion que ceux de l'éléphant. Cette forme trapue est surtout marquée dans celui de l'index ( pl. 25, fis. 6), qui, sans être plus long que celui d’un éléphant de huit pieds, est du double plus large; en outre sa facette articulaire trapézoïdienne est convexe et plus large que dans l’éléphant; la trapézienne plus longue, et celle qui répond au métacarpien du médius, moins verticale.

Le métacarpien de l’annulaire (pl. 25, fig.7), à longueur égale, est d’un tiers seulement plus large que dans l'éléphant. La facette par laquelle il correspond à l’unciforme est divisée en deux plans par une arête plus saillante.

Nous avons pu d'autant mieux saisir cette différence, qu'à côté de ce métacarpien d’annulaire de mastodonte, nous en avions un d'éléphant, fossile, trouvé au même lieu et presque éntièr ‘ement semblable à celui de Péléphant des Indes.

L’astragale, envoyé par M. Jefferson (pl. 25, fig. 8), est plus écrasé que celui de l’éléphant ; sa facette tibiale est plus rectangulaire, un peu moins large à proportion; sa partie qui avance vers le scaphoïde est beaucoup plus courte. Sous tous ces rapports, il ressemble tellement à l’astragale de l'éléphant fossile de Toscane (pl. 7, fig. 2, Fr), que nous douterions presque que ce füt celui d’un mastodonte, si un calcanéum envoyé en même temps, et qui parait se bien rapporter avec cet astragale, n'offrait des différences un peu plus marquées, et en même temps analogues.

Ce calcaneum (pl. 25, fig. 9) est plus gros ët plus court; sa partie descendante vers le cuboïide est beaucoup plus courte; sa facette péronéale remonte beaucoup plus haut le long

de sa facette astragalienne interne. Célle-ci se rapproche de lexterne et la touche vers le haut. La facette scaphoïdienne, placée sous le bord antérieur de l’astragalienne interne, est plus étroite et presque ronde.

Le scaphoïde du tarse (fig. 10) est plus mince à proportion de sa largeur; comme tous les autres os, il est plus écrasé.

Nous n’avons eu ni le cuboïde ni les cunétformes du tarse en assez bon état pour oser les décrire.

Les o$ du métatarse sont encore plus gros et plus courts à proportion de ceux de éléphant, que les os du métacarpe.

Le deuxième (pl. 25, fig. 11), outre sa grosseur, se distingue encore de celui dé l'éléphant, en ce que sa facette pour le premier os, touche tout du long à celle qui répond au premier cunéiforme.

Le troisième os (pl. 25, fig. 12) est moins gros à proportion de sa longueur; ses facettes différent peu de celles de léléphant : seulement les deux latérales sont plus grandes, surtout celle qui répond au quatrième.

Lé quatrième os (pl. 25, fig. 13), par la même raison, a sa facette latérale plus grande ; en outre il y a une arête prononcée entre les deux parties de sa facette cuboïdienné. Il pa-

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