VIII. LePIDOTUS UNGUICULA.TUS Ag
Vol. 2. Tab. 3o, fig. 7, 8 et 9. ( et Cah. siippl. T. 29 Cj f . i. ) Ruppell Jbhild. u. Beschr. einiger Versteinerungen , p. 11, tab. 4-
M. Ruppell est le premier naturaliste qui ait connu et décrit ce fossile \ il en a même publié une planche, en 1829, dans la brochure que je viens de citer. Sa description, quoique très-exacte, rappelle cependant si bien l'ignorance complète où Ton était à cette époque, sur une grande division du règne animal dont nous connaissons maintenant des centaines d'espèces, que je ne puis m'empêcher d'en donner ici la traduction complète.
« Cuirasse remarquable (Vun animal fossile indéterminable j probablement de la « classe des reptiles.
« J'ai reçu de la carrière de Deutingen une partie de la couverture écailleuse du " corps d'un animal de fornie si remarquable, que l'on y reconnaît aussitôt un type « différent de celui de tous les animaux connus, sans que l'on puisse pourtant déter- « miner à quelle classe de Vertébrés a pu appartenir l'animal qui était jadis cou- « vert d'une semblable cuirasse. Dans toute la pierre qui contient cette pièce cu- « rieuse, on ne découvre absolument aucune trace de squelette ; et même la forme <( générale de cette couche d'écaillés n'est pas de nature à jeter le moindre jour « sur ce point. Chacune de ces écailles est de forme rhomboïdale, et leurs bords « ont environ 8 lignes chacun. La coupe transversale de chaque écaille est ellip- (f tiqiie, de manière que l'on peut les comparer à des cylindres comprimés. Les t< séries que forment ces écailles se recouvrent comme des tuiles, par imbrication; « le bord libre de chaque écaille, qui est aminci, se prolonge à l'angle latéral en une « pointe mousse qui forme avec celle de l'écaillé avoisinante une saillie pyramidale. « Chaque écaille présente, en outre, à l'un de ses bords latéraux elliptiques, un « prolongement conique , et au liord opposé une échancrure de même grandeur ; au <( moyen de quoi toutes les écailles sont articulées les unes aux autres. La surface (f des écailles est complètement lisse, luisante, de couleur gris clair, et leur cas- « sure foliacée et écailleuse. Sur toute la pièce les écailles sont à-peu-près de même « grandeur ; plusieurs se sont détachées lorsqu'on a fendu cette plaque ; il me man- '< que aussi tout un morceau de la contr'empreinte. On pourrait comparer la forme " générale de cette peau écailleuse à la nageoire de quelque Chélonien ; et dans ce « cas, une série isolée d'écaillés, divergeant latéralement, et se terminant en s'ar- " rondissant, pourrait être envisagée comme un membre distinct, peut-être comme
« un orteil. Mais la grandeur presque uniforme de toutes les écailles rend cette « hypotlièse très-incertaine. — Tous mes efforts pour découvrir d'autres fragmens « de cet animal, ont été infructueux. »
En i832, M. Hermann de Meyer, dans son ouvrage intitulé Palœologicaj, a fait aussi mention de ce fossile (page 208. ) Il en fait un genre à part, sous le nom de Lepidosaurus , qu'il place avec doute dans sa première division des Sauriens. Yoici comment il s'exprime à ce sujet (page 208) : « J'ai découvert en 1829, avec mon '< Racheosaurus j des écailles si grandes et si fortes, qu'il est possible qu'elles aient « fait partie des tégumens d'un grand saurien. C'est ce qui, toutefois, demeure (' incertain, jusqu'à ce que l'on ait découvert des ossemens accompagnés d'écaillés ff semblables, d'après lesquelles on pourra mieux juger de l'animal 5 car il est pos- « sible aussi que ces écailles aient appartenu à un poisson. En attendant, je désigne- « rai du nom de Lépiclosaure l'animal qui portait ces belles écailles -, sans rien pré- (f juger, du reste, de la classe à laquelle il appartient. Krûger ÇJahrb. fur wis- « senchaftl. Kritikj i83i, p. 191 ) a cru même reconnaître dans ces écailles une « espèce de fucus, voisine, quoique différente, du Fucoides Brardii Al. Brogn.* « ce qui n'est guère possible. »
A cette même époque , mes recherches sur les fossiles m'avaient déjà fait reconnaître la classe, l'ordre et la famille auxquels l'animal dont il s'agit doit appartenir. Dans un mémoire inséré dans le Jahrbuch de Leonh. et Bronn., ( i832, 2™'' cah. ) et que M. H. de Meyer cite dans les additions à la fin de son livre, j'avais même déjà caractérisé le genre Lepidotus , auquel il appartient. Mais tels sont les caractères particuliers de ces anciens poissons dont j'ai fait plusieurs familles de mon ordre des Ganoïdes, qu'il n'est pas surprenant qu'on ait souvent cru reconnaître des reptiles dans le petit nombre de ceux qui avaient déjà alors attiré l'attention des naturalistes.
La figure du fossile qui nous occupe maintenant , publiée par Ruppell , est si exacte que je ne la reproduirai pas, bien qu'elle représente l'exemplaire le plus parfait que je connaisse de cette espèce. Cependant, pour s'en faire une juste idée, il faut la placer autrement qu'elle ne se présente en ouvrant le livre de mon savant ami. L'extrémité de cette plaque comprise entre le N° de la planche et la signature du lithographe, doit être tournée en bas, de manière à ce que les trois écailles hors de série se trouvent en haut et sur la droite. De cette façon, les écailles se présentent en séries obliques, comme on les voit dans leur position naturelle dans le Lepidotus gigas représenté dans ma pi. 29, ou dans le L. semiserratiis de ma pi. 29 a. En comparant ces figures entr'elles, on reconnaîtra bientôt la grande analogie que présentent les trois poissons. Dans les deux tiers inférieurs de la planche de Ruppell,
on voit, comme dans les deux de mon ouvrage que je viens de citer, la face extérieure de plusieurs rangées d'écaillés du côté droit du corps ; tandis que dans le tiers supérieur on voit des écailles du côté gauclie par leur face intérieure. C'est dans ces dernières seulement, que l'on distingue à leur bord supérieur les onglets articulaires qui lient entr'elles toutes les écailles d'une même série. Plusieurs de ces onglets étant brisés, on aperçoit en outre à leur bord inférieur les fossettes dans lesquelles ils s'adaptent. Comme ces onglets articulaires surgissent de la partie interne du bord supérieur, et que les fossettes correspondantes sont aussi à la face interne du bord inférieur, il est naturel que l'on n'en voie aucune trace dans toutes les écailles du côté droit qui se présentent sur cette plaque dans leur réunion naturelle. Il n'en est pas de même des saillies obtuses que l'on voit tant en baut qu'en bas , au bord postérieur de toutes les écailles , lorsque la série antérieure qui les recouvre en partie dans l'imbrication est enlevée, comme c'est le cas de celles du bord droit dans la figure de Piuppell. En effet, le bord antérieur des écailles de ce poisson est plus ou moins écbancré, et ses angles supérieur et inférieur forment alors des saillies plus ou moins prolongées et fléchies vers le côté supérieur du corps , et qui , par leur juxta-position , forment les pyramides obtuses mentionnées par Ruppell. Chacune de ces pyramides se compose d'un angle supérieur et d'un angle inférieur de deux écailles contiguës. Dans ma pi. 3o, je n'ai représenté qu'une écaille détachée de ce poisson, dont je dois le dessin au crayon habile de M. de Meyer ; dans la lig. 8, elle est représentée par sa face intérieure, de manière à faire voir son onglet articulaire et la fossette de son bord inférieur, et sa partie moyenne offre une quille arrondie peu saillante, qui s'étend transversalement de l'onglet à la fossette, et qui forme ainsi une arête mousse sur toutes les écailles d'une même série. Dans la fig. 7, on voit cette écaille par sa face extérieure , et l'onglet articulaire y est également visible , parce que l'écaillé supérieure qui le recouvx'ait n'est pas représentée. Cette face extérieure est recouverte d'émail dans toute la partie de son étendue qui n'était pas cachée par l'imbrication. Dans la fig. 9, la ligne noire qui borde la coupe transversale de l'écaillé, indique l'étendue et l'épaisseur de cet émail. Le bord postérieur des écailles présente deux ou trois ondulations, surtout vers son angle inférieur; une partie de la face extérieure de ce côté de l'écaillé, participe aussi à cette inégalité. C'est ce qui m'a fait choisir le nom de h. unguiculatus pour désigner cette espèce.
Quant à la structure intérieure de ces écailles, elle présente des lames osseuses assez minces, mais nombreuses, déposées les unes sous les autres comme les lames cornées des écailles de la plupart des poissons vivans, et qui se détachent incomplètement lorsqu'on les brise. L'épaisseur ordinaire des écailles est d'une ligne à une figue et demie.
Cette espèce ne se trouve pas seulement dans les schistes de Solenhofen ^ j'en ai vu de nombreuses e'cailles détachées provenant de Stonesfield , dans les collections du D'' Buckland, du comte de Munster, de Lord Cole et de Sir Phil. Egerton. J'en ai même fait figurer une de cette dernière collection , appartenant à un individu considérablement plus grand que celui de Deutingen ; elle se trouve dans mes cahiers supplémentaires jiab. agc^fig. i.