CHAPITRE Xy
DU GENRE OPHIOPSIS Agass.
Ce genre est voisin , à bien des égards , des Pholidophores que nous venons de décrire ; mais il s'en éloigne d'un autre côté par plusieurs particularités de structure, dont l'importance ne saurait être contestée. Au premier abord , on est tenté de le ranger dans la division des Hétérocerques , parce que les lobes de la caudale sont effectivement inégaux; mais cette inégalité n'a pas la même valeur ; car, en réalité , la colonne vertébrale ne se prolonge p^s comme dans les Hétérocerques, dans le lobe supérieur ; ce dernier est seulement placé un peu plus en arrière et déborde ^ar conséquent le lobe inférieur. Le principal caractère réside dans la dorsale, qui est très-longue et continue; elle n'occupe pas moins de la moitié de la longueur du dos; ce qui n'a lieu dans aucun autre genre de ce groupe de la famille des Lépidoïdes ; ses rayons n'ont rien de particulier ; ils sont assez grêles , articulés et dichotomés , comme ceux de tous les Lépidoïdes. Les écailles sont rhomboïdales et très-régulières sur tout le corps ; leur surface est lisse et leur bord postérieur uni. Le squelette est assez robuste. Les vertèbres surtout sont fortes , plus longues que larges et à articulations très-saillantes. La gueule est armée de petites dents coniques, qui sont proportionnellement plus développées que celles des Pholidophores.
Les espèces connues jusqu'à présent sont toutes de l'époque jurassique.
L Ophiopsis procerus Agass.
Vol. 2, Tab. hS. .
C'est d'après cette espèce que j'ai établi le genre Ophiopsis. C'est un poisson de taille moyenne , plutôt élancé que trapu ; la tête , en revanche , est courte , car elle est contenue près de cinq fois dans la longueur totale. La plus grande largeur du tronc , à l'origine de la dorsale , égale exactement la longueur de la tête ; de-là le corps se rétrécit très-insensiblement jusqu'à l'origine de la caudale, qui est encore assez large. La dorsale, qui constitue à la fois le caractère essentiel du genre et de l'espèce, est très-vigoureuse; elle occupe près de
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la moitié du dos. Ses rayons sont très-gros et fort espacés ; aussi n'en compte-t-on que vingtquatre ou vingt-cinq dans toute l'étendue de la nageoire ; tous se bifurquent à quelque distance de leur insertion , et les derniers se divisent même en une quantité de petits filets à leur extrémité. La caudale ne paraît être qu'imparfaitement bilobée; la limite des écailles décrit, à l'origine des rayons, une ligne oblique légèrement arquée, qui résulte de ce que les rayons du lobe supérieur avancent beaucoup plus que ceux du lobe inférieur ; ils sont tous sans exception bifurques. Les pectorales sont composées de rayons minces, assez longs, très-serrés et divisés nombre de fois. Les ventrales sont petites, situées à l'opposite du milieu de la dorsale.
Les écailles sont grandes, rliomboïdales et très-uniformes; celles du pédicule de la queue sont à peine plus petites que celles de la partie antérieur du tronc ; elles sont en outre épaisses; leur surface est lisse et leur bord postérieur paraît être uni. Dans notre exemplaire (fig. i), les écailles elles-mêmes ne sont conservées que dans la partie antérieure du corps , en avant de la dorsale et des ventrales ; ce qui est au-delà ne sont que des empreintes des écailles du côté gauche. Le squelette n'est pas visible , mais il paraît que la colonne vertébrale était assez large, à en juger d'après la ligne foncée, qui en indique la direction, le long du dos. La gueule est petite. Les deux mâchoires, mais particulièrement l'inférieure, sont munies de trèslines dents coniques.
Je rapporte à la même espèce un petit poisson du Musée de Carisruhe (fig. 2), que je crois être le jeune de notre Oph. procerits. C'est la même forme générale , la même coupe des écailles, la même disposition des nageoires, et si les rayons en sont plus fins, c'est à l'âge qu'il faut l'attribuer. La tête n'est si large que parce qu'elle est aplatie.
Les deux poissons figurés proviennent du calcaire lithographique de Solenhofen. L'exemplaire de fig. i se trouve en la possession de M. le comte de Miinster.
IL Ophiopsis PENiciLiATUS Agass.
La tête de cette espèce est proportionnellement très-grande ; elle occupe plus du quart de la longueur totale du poisson , et sa largeur le cède à peine à celle du tronc. Les mâchoires sont robustes ; la gueule est largement fendue ; on distingue à la mâchoire supérieure plusieurs rangées de-fines dents assez robustes et coniques. L'orbite n'est pas très-grande; en revanche, l'appareil operculaire est très-développé , ainsi que la ceinture thoracique , à laquelle sont attachées les pectorales. La dorsale commence au tiers antérieur du dos et s'étend jusques près de l'origine de la caudale ; le premier grand rayon est précédé de trois rayons plus petits et indivis. La caudale est très-inéquilobe ; le lobe supérieur est plus long, plus avancé, mais en somme plus grêle que le lobe inférieur; il est supporté par l'extrémité de la colonne vertébrale ; le lobe inférieur, au contraire, est suspendu au-dessous. Les rayons
de l'un el de l'aulre sont gros et composés d'articles assez disions ; leur extrémité seule est finement diohotomée. Les pectorales sont assez grandes, mais composées de rayons trèsgrêles. Les ventrales sont très-petites , beaucoup plus rapprochées de ianale que des pectorales. L'anale est encore plus grêle. Les écailles sont remarquables à cause de leur grande uniformité ; celles de l'arrière du tronc sont de même dimension et de même forme que celles de la partie antérieure , sauf quelques légères différences dans le contour des bords supérieur et inférieur ; elles sont toutes lisses à leur surface , et leur bord postérieur ne présente aucune trace de dentelures. Fig. 3 représente quelques écailles de la partie antérieure du tronc , et fig. 4, quelques-unes de la partie postérieure, les unes et les autres grossies à la loupe. On aperçoit au-dessous de la dorsale une portion de la colonne vertébrale; les vertèbres sont grosses et plus longues que hautes. La ligne latérale tient le milieu du corps.
L'original de cette espèce provient du calcaire de Purbeck et fait partie de la collection de sir Philipp Egerton.