‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 139 sur 289 · II. Du GENRE Polypterus · texte numérisé non relu

II. Du GENRE Polypterus

Le genre Polypterus est encore une de ces formes exceptionnelles parmi les êtres vivans, dont le type ne semble avoir été conservé sur la terre que pour nous éclairer sur les espèces <jui peuplaient jadis notre globe. Les rapports que ce poisson a avec les espèces fossiles des terrains secondaires et de transition , sont si frappans , que les détails les plus minutieux sur son organisation ne peuvent que compléter les notions acquises par les fossiles sur le singulier ordre des Ganoïdes, auquel il appartient, et dont il est, avec le Lepidostée , l'unique représentant dans la famille des Sauroïdes. M. Geoffroy-St-Hilaire qui a décrit et représenté le premier l'espèce qui habite le Nil et établi le genre sous le nom qu'il porte maintenant , a rapporté au Musée de Paris les exemplaires sur lesquels j'ai puisé mes premières notices sur ce singulier poisson. Le Musée de Francfort en possède aussi plusieurs exemplaires provenant des voyages de l'infatigable Rûppell, dans un très-bel état de conservation et qui m'ont servi à compléter ma description.

Ce genre est surtout caractérisé par les rayons détachés de forme particulière qui tiennent lieu de dorsales , par une large plaque branchiostégale au lieu de rayons étroits , comme en portent la plupart des poissons, et par les valves mobiles ou évens qui s'ouvrent au-dessus de la cavité des branchies.

Le squelette de ce genre , mieux connu que les autres détails de son organisation , diffère si notablement de celui de tous les autres poissons vivans, que l'on conçoit à peine comment le genre Polypterus a pu successivement être placé dans les familles des Esoces et des Chipes, La tête , par la disposition de ses os , par la forme arrondie de ses contours et par la position des veux qui sont placés très en avant , et le tronc par la forme des vertèbres et le mode d'insertion de côtes , rappellent à bien des égards le squelette des reptiles , et surtout celui des Sauriens. Ce sont même ces analogies, vagues du reste, mais très-significatives pour la zoologie génétique , qui m'ont engagé à donner le nom de Sauroïdes à la famille à laquelle je rapporte les genres Polypterus et Lepidosteus. Ces rapports avec les reptiles n'existent cependant pas seulement dans les deux genres de cette famille qui ont des représentans dans répoque actuelle : ils se retrouvent aussi , et souvent même encore plus prononcés dans une

foule lie genres de l'ordre des Ganoïdes que l'on ne connaît encore (jue par des espèces fossiles.

Comme poisson vorace. le Polyptents Bichir a le corps iMancé; sa tête, proportionnellement petite', n'a pas toul-à-fait le cinquième de la longueur totale du corps, qui est arrondi cl faiblement comprimé ; la queue est très-courte et comprimée.

Les intestins, d'après ce que M. Geoffroy en rapporte, ne paraissent pas différer notablement de ceux du genre Lepidosteus. Cependant une remarque du savant membre de l'institut d'Fgvple mérite de fixer l'attention des géologues aussi bien que des anatomisles : c'est que l'intestin présente à l'intérieur une vaLve en spirale , comme on en connaît chez un grand nond)re de Plagiostomes. Ce fait nous servira à expliquer la formation des coprolithes en spirale que l'on trouA e dans les terrains houillers à côté des débris de divers Sauro'ides gigantesques . cnlr'autres du genre Megaliehlliys, et la présence de ceux que j'ai trouvés dans la cavité abdominale même du genre Macropoma de la craie de Kent. On ne saurait dès-lors plus douter que les coprolithes des terrains secondaires et de transition ne proviennent tantôt de reptiles et en particulier d'Ichthyosaures et de Plésiosaures, tantôt de Sauro'ides et notamment des Megaiiclithys , des Dendrodus , des Labyrinthodontes et des Macropoma , comme aussi de divers Cestraciontes , et en particulier des Orodus , des Psammodus , des Acrodus, etc.

Cette analogie entre l'organisation des Ganoïdes et des Placo'ides est d'un haut intérêt quand on considère que toutes les espèces de poissons fossiles qui ont existé avant la craie ont appartenu exclusivement à ces deux ordres, et que les représentans des ordres des Cténo'ides et des Cyclo'îdes n'ont commencé à exister qu'à l'époque de la déposition des terrains crétacés ; ce qui prouve qu'indépendamment des caractères de familles et de genres, il existe dans 1rs êtres organisés des caractères d'époque plus ou moins marqués, comme nous reconnaissons aussi dans la création actuelle des caractères de localité dans les diverses faunes. Pour s'en convaincre, il suffit de songer à la Nouvelle-Hollande.

Un fait également important à signaler, c'est que tous les Gano'ides de ces temps anciens sont abdominmix , comme les Placo'ides, avec lesquels ils vivaient, c'est-à-dire qu'ils ont tous les A'entrales sous le milieu du ventre, et n'offrent dans aucun cas un déplacement bizarre de ces nageoires , comme on le remarque chez les poissons thoraciques , et surtout chez les jugulaires. Ce n'est qu'après l'apparition des reptiles, chez lesquels les extrémités prennent un développement normal plus grand et plus indépendant que chez les poissons, que l'on aperçoit en quelque sorte une réaction dans les rapports des membres locomoteurs pairs des poissons (jui affectent des positions étranges parmi les Cténo'ides et les Cycloides dès l'époque de la craie.

Ces faits et ceux auxquels j'ai déjà fait allusion ailleurs prouvent que les Gano'ides en général et les Sauro'ides en particulier, ont une certaine analogie avec les vrais Sauriens ; ce qui donne un nouvel intérêt aux rapprochemens, exagérés, il est vrai, qui ont été proposés par plusieurs auteurs systématiques anciens et notamment par Linné , entre les Chondroptérigiens et les reptiles. Il serait très-important pour la paléontologie qu'un anatomiste habile reprît toutes

ces questions sous le point de vue que je viens de signaler ici , afin de préciser davantage ces analogies encore beaucoup trop vagues pour permettre des conclusions rigoureuses. Déjà M. J. Miiller a publié dans ses Archives d' Anatomie des remarques très-intéressantes sur la vessie natatoire du Polypterus et sur son ouverture dans la paroi ventrale de l'ésophage , qui offre ainsi une analogie remarquable avec les reptiles ; mais son but ayant été de signaler plutôt les différences qui existent entre les poumons et les vessies natatoires , il s'est moins attaché à faire des rapprochemens entre les genres que je viens de nommer. Quoi qu'il en soit des idées que je viens d'émettre, il sera toujours curieux de voir que les limites des différences que l'on cherche à établir, d'une manière plus ou moins tranchée , entre les organes qui doivent caractériser les classes et les familles , viennent justement aboutir à ces mêmes genres que j'ai mis en conctact dans mes rapprochemens.

Le squelette du Polypterus représente un type non moins remarquable dans la classe des poissons que celui des Lépidostées. J'ai même été tenté, à cause des particularités de sa structure , d'ériger ce genre extraordinaire en une famille à part : si je ne l'ai pas encore fait , c'est parce que j'ai éprouvé de la répugnance à créer une nouvelle famille pour un genre qui en serait probablement toujours resté l'unique représentant dans la création actuelle , tandis que toutes ses affinités paraissent se rattacher aux êtres éteints , dont nous trouvons les débris dans les couches de la terre. D'un autre côté, si les nombreuses particularités qu'on obser^e dans la structure des opercules, des mâchoires, des organes de la locomotion et dans la composition du squelette paraissent éloigner ce genre de celui des Lépidostées , il présente sous d'autres rapports de grandes affinités avec lui, notamment dans la structure des écailles.

La tête du Bichir est large, aplatie et courte. Les mâchoires ne sont pas allongées en bec , comme c'est le cas des Lépidostées ; elles sont au contraire sensiblement arrondies , à peu près comme les mâchoires de la Lote ou du Silure. La tête est recouverte sur toutes ses faces d'un émail vitré , dur et cassant , dont la structure est absolument semblable à celle de l'émail qui recouvre aussi les écailles. Cet émail ne forme pas une couche imiforme , mais il présente ici partout de petites aspérités relevées en forme de grains , qui paraissent réparties sans ordre apparent sur les grandes plaques de la tête , tandis que les petites plaques ont ordinairement , au milieu , des grains a'ssez développés, autour desquels d'autres grains plus petits sont disposés en cercle. La grandeur et la disposition plus ou moins serrée des granules diffèrent sur les différens os , mais il n'y en a jamais sur les surfaces qui ne sont pas externes. Quelques os extérieurs, comme la mâchoire inférieure, en sont môme entièrement dépourvus.

Nous procéderons dans la description des os du Polypterus de la même manière que nous l'avons fait pour le Lépidostée , en les répartissant en plusieurs groupes , et en examinant l'un après l'autre les os tels qu'ils se présentent dans la nature. Cette description étant destinée à résumer le peu de notions que nous pouvons tirer des représentans vivans de la grande famille des Sauroïdes, on fera bien de suivre, les figures à la main , les différens os que

nous analyserons, afin de juger jusqu'à quel point sont fondées les interprétations que nous en donnerons lorsque nous essayerons de les ramener dans un autre chapitre , dune part , au type des poissons ordinaires, et de l'autre, à celui des autres vertébrés, et nolanuuent des reptiles.

A la face supérieure du crâne se présentent d'abord deux grandes plaques éniaillées , réunies sur la ligne médiane par une suture , et occupant le milieu du crâne. Ce sont elles qui forment le toit supérieur des orbites, tout eu montrant en cet endroit une légère écbancrure ; elles s'élargissent davantage derrière les orbites , pour se rétrécir de nouveau vers le milieu delà longueur du crâne où elles louchent aux os n °7 ; ces os, n° i (Tab. C , %. 1, 2, a et 6) sont sans doute les frontaux principaux de Cuvier; ils sont plats à leur surface extérieure, et se distinguent chez le Polypterus par plusieurs particularités de leur surface inférieure. Et d'abord ils montrent en arrière une petite pointe placée verticalement , de forme triangulaire (Tab, C', fig. 5), qui forme le pilier postérieur de l'orbite et touche presque le sphéno'ide principal. Cette arête, quoique réunie sans suture au frontal principal, a été désignée dans les figures par le chilTre k ; elle correspond en effet par sa forme et par sa position au frontal postérieur auquel nous avons donné ce même chiflre. Le frontal est en outre remarquable par ses arêtes inférieures, qui forment le canal pour les nerfs olfactifs (fig. 7, 12 et 13). Chacun de ces os latéraux porte, dans toute sa longueur, une arête mince, mais haute, qui forme, avec celle de l'autre côté, une gouttière très-profonde, et d'une largeur considérable. Cette gouttière, transformée en bas en un canal, par le sphéno'ide principal n" 6, traverse toute la longueur des orbites , de telle manière que chez le Bichir , la cloison interorbitaîre, au lieu d'être formée d'une simple paroi médiane et d'une ossification imparfaite, comme c'est le cas chez la plupart des poissons , est au contraire formée de deux parois très-complètes, enclavant entre elles un canal médian, qui égale presque en largeur la profondeur d'une orbite, de manière qu'une coupe à travers les orbites montre trois espaces de largeur presque égale , deux ouverts sur les côtés , les orbites , et un troisième au milieu , entièrement fermé, pour les .nerfs olfactifs.

Derrière les frontaux se trouvent deux plaques émaillées oblongues , soudées au milieu et affectant dans leur réunion une forme presque carrée, n° 7 (fig. 1 , 2 et 7), Une longue épine osseuse part du coin extérieur de chaque os , pour se porter en arrière et servir d'appui aux écailles qui couvrent l'occiput. Ces os sont soudés en avant aux frontaux, en bas et sur les côtés à l'os n° 12, et en arrière, ils forment la limite postérieure du toit crânien. Ce sont les pariétaux de Cuvier.

Il n'y a , chez le Bichir , que ces deux paires d'os , les frontaux et les pariétaux , qui forment la couverture supérieure de la boîte crânienne; tous les autres os de la partie supérieure de la tête doivent être considérés comme des os de la face, puisqu'ils ne prennent aucune part active à la formation de la cavité cérébrale. Le crâne même est très-petit et surtout très-étroi! : il ne paraît aussi spacieux qu'à cause des grandes voûtes osseuses que les

expansions latérales des os du crâne forment avec ceux de la face. A cet égard le Bichir ressemble beaucoup aux Chéloniens.

La face postérieure du crâne (fig. k et 10) est formée d'une manière tout aussi simple. Un grandes, n° 5 (fig. k, 5, 6, 10), en forme la masse principale. Cet os contient d'abord la cavité giénoïdale pour l'articulation de la tète avec la première vertèbre, cavité qui est très-large, mais très-basse et creusée en croissant. Les deux arêtes qui la bordent latéralement sont tellement saillantes en arrière , [qu'elles ont presque l'air d'apophyses articulaires ; et Ion pourrait croire que la cavité giénoïdale, ordinairement simple, est changée en deux tètes articulaires latérales, séparées par un enfoncement médian. Pour mieux faire voir ces rapports du canal olfactif, nous avons représenté quelques coupes faites à travers de la tète, (fig. 10 — 13) : la première représente la partie postérieure, et la seconde la partie antérieure de la boite crânienne, vue en dedans; fig. 12 est la même coupe vue depuis les orbites, et fig. 10, la partie antérieure des orbites et du canal olfactif. Au-dessus de cette cavité giénoïdale , los est percé par le grand trou occipital pour le passage de la moelle épinière ; ce trou est en forme d'ogive. De là, l'os forme un plan incliné, s"élevant très-doucement vers le toit du crâne , de sorte que toute la face postérieure du crâne , au lieu d'être verticale , se rapproche tellement de l'horizontale , qu'elle est a isible d'en haut , aussi bien ou même mieux que par derrière. Mais l'os ne touche nullement les pariétaux: il y a entre lui et ces os, au milieu, un espace carré vide , qui est rempli sur le frais par du cartilage , tandis que latéralement se voient les parties postérieures de l'os n° 12.

Notre os n" 5 s'étend aussi sur la face latérale , et il est même visible sur la face inférieure du crâne. La face latérale (fig. d) est triangulaire, verticale, et soudée à la partie latérale de l'os n° 12. Un sillon profond marque cette face tout le long de son bord supérieur, et dans ce sillon sont creusés plusieurs trous pour le passage des nerfs du crâne. Le plus grand de ces trous, situé en haut, et destiné au nerf vague, se trouve formé moitié par cet os, moitié par celui n° 1 2 ; les deux autres plus petits (pour les nerfs hypoglosse et glosso-pharyngien ) ne traversent que l'os n° o .

Une petite facette triangulaire est encore visible sur le dessous du crâne (fig. 3 et 6). entre l'écartement des arêtes postérieures du sphénoïde. Elle est percée d'un trou assez considérable, qui conduit dans un canal, longeant tout le corps de l'os qui forme le plancher pour la moelle épinière, et qui donne probablement passage à des vaisseaux sanguins.

En somme notre os n° 5 a la forme d'un entonnoir à ouverture carrée (fig. 10), et c'est dans sa cavité qu'est logée la moelle épinière. 11 n'entre en contact qu'avec le sphénoïde n° 6 en bas, et avec le mastoïdien n° 12 en haut. Cet os est donc un véritable herniaire ou occipital ; on y trouve réunies en une seule pièce toutes ces parties démembrées de l'occipital . que nous connaissons chez les autres poissons sous les noms d'occipitaux latéraux , externes , supérieurs et basilaires. La forme tubuleuse de la région occipitale du crâne que nous menons

de sisfiialer ooiniuo une pai-licularité de la lèle du Bichir, s'observe de la niêuie manière dans le genre Trionvx. de Tordre des Chéloniens; mais elle n'existe chez aucun autre poisson.

Les angles supérieurs des faces latérale et postérieure du crâne sont complétés par un os de forme pyramidale , qui s'avance en une arête particulière située en dessous et en dehors de celle formée par le pariétal n° 7. Entre cet os, n° 12 (fig. k et 5), et l'occipital u" 5 est creusé le grand trou pour le nerf vague. La face de cet os , qui est tournée vers la cavité crânienne, contient les cavités pour les canaux semicirculaires postérieurs. L'os louche en haut aux pariétaux n" 7, en arrière et en bas â l'occipital n° 5 , en avant, par deux poinis très-peu considérables, au sphénoïde n° 6. 11 est évident que si l'on tient compte de ces liaisons, et en outre, du fait que c'est sur la face externe de ces os que se fixe l'appareil operculaire, et si l'on prend en considération que cet os forme l'arête postérieure externe du crâne, et qu'il contient, dans sa partie intérieure, la plus grande partie des canaux semicirculaires postérieurs , il est évident , dis-je , que cet os ne pourra être envisagé autrement que comme formé de la fusion des deux os que Cuvier a désignés , chez les poissons , sous les noms de inastoklien et de rocher ; et, en effet, ses rapports extérieurs répondent aux particularités du premier os, tandis que les fonctions de la partie du crâne à laquelle il correspond, sont en général celles qu'on assigne à ce dernier. Nous le nommerons mastoïdien.

La face extérieure du crâne est complétée par une aile latérale du sphénoïde principal n° 6 . Cette aile a une forme triangulaire , et elle présente en dehors un plan incliné vers l'orbite. En arrière, elle se joint par deux processus courts au mastoïdien, et forme ainsi un grand trou de forme oblongue, destiné au passage du nerf vague. En avant, l'aile se joint par une suture au processus du frontal , que nous avons dit correspondre au frontal postérieur. Nul doute que cette aile du sphénoïde ne corresponde à celle qui , chez les autres poissons , forme im os particulier sous le nom de la grande aile.

La face extérieure du crâne est, comme on peut le voir par cette description , loin d'être complètement ossifiée. Outre les trous pour le passage des nerfs , on y remarque encore deux grands espaces, qui, sur le crâne frais, tel que nous l'avons dessiné fig. 3, sont remplis par du cartilage, mais qui desséchés sur le crâne, sont complètement vides. L'inférieur de ces espaces est compris entre le sphénoïde en bas et en avant, le mastoïdien en haut et l'occipital en arrière; il est irrégulièrement quadrangulaire , oblong , et le sac du labyrinthe est enfermé dans la masse cartilagineuse qui le couvre. L'autre se trouve en haut et plus en avant, enti'e le pariétal en haut , le frontal postérieur en avant , le sphéno'ide en bas et le mastoïdien en arrière. Il est d'une forme irrégulièrement triangulaire.

Il n'existe proprement pas de face extérieure de la boîte cérébrale , et il ne s'y trouve aucun os particulier. Nous avons déjà fait remarquer que la cavité cérébrale se continue immédiatement dans le grand canal médian destiné aux nerfs olfactifs, situé entre les arêtes inférieures du frontal, et â côté duquel se trouvent les orbites. Le trou irrégulier, en forme de croissant vertical, par lequel les orbites conmiuniquent avec la cavité cérébrale (fig. H et 12).

est bordé en dedans par l'arête inférieure , en haut par la plaque émaillée , en dehors par le processus postérieur du frontal, et en bas par le sphénoïde.

La face inférieure du crâne , qui sert de plafond à la cavité buccale , n'est formée que paiun seul os, sauf un petit espace triangulaire à l'extrémité , où le basilaire paraît à sa surface. Tout le reste est couvert par l'os n° 6 , le sphénoïde , qui acquiert dans le Bichir un développement très-considérable. Rétréci en arrière, où il forme le plancher de la cavité cérébrale , l'os s'élarg^it latéralement derrière les orbites , où il détache les deux ailes que nous a^'ons décrites plus haut , se rétrécit de nouveau entre les orbites , où il forme , avec deux petites carènes supérieures, le plancher du canal olfactif, et se continue en avant entre les cavités nasales, où il finit près de l'extrémité du museau en un bord arrondi. La forme générale de l'os est celle d'une croix. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que le sphénoïde porte de petites aspérités, en forme de dents, comme du chagrin. Cette plaque de dents en \ elours commence sur les deux ailes latérales , converge vers la ligne médiane , forme , entre les orbites , une bande très-mince , qui laisse les deux bords à découvert , mais qui s'élargit insensiblement jusqu'à envahir toute la surface de l'os , à l'endroit où les orbites finissent. La lame dentaire est séparée de l'os en-dessus par une profonde rainure, qui me fait croire que ces deux os sont entièrement séparés dans les jeunes individus et que la lame dentaire correspond au vomer. Nous reviendrons sur cette question en examinant la composition de la face.

Le crâne du Polyptère est donc, d'après nos recherches, d'une étonnante simplicité. Nous n'y avons trouvé que deux frontaux., n" d , deux pariétaux, n" 7, deux mastoïdiens, n" 12, un basilaire, n° .5 , et nn sphénoïde, n" 6. Tous les autres os qu'on a signalés dans le crâne des poissons , savoir : le sphénoïde antérieur , les occipitaux supérieurs , externes et latéraux , les frontaux antérieurs et postérieurs , les rochers , les grandes ailes et les ailes orbitaires , îuanquent complètement, ou sont réunis aux os principaux, dont ils ne sont que des démembremens.

La face, qui est fixée au crâne d'une manière immobile, participe à la simplicité de ce dernier. Nous remarquons d'abord ici deux plaques émaillées à la surface supérieure, qui sont séparées par une suture médiane et soudées à l'extrémité antérieure du frontal. Ces plaques, n" 5 (fig. f , 2 , 5) , sont ovales et couvrent les cavités nasales d'en haut. Elles correspondent à los nommé par Cuvier elhmoïde , chez les autres poissons.

Sur le bord extérieur de ces plaques, là où elles présentent une petite échancrure au dessus des cavités nasales, est appliqué un petit os lenticulaire , n° 20 (fig. 1 , 2, S), qui par son mouvement ouvre et bouche en partie les narines ; c'est le nasal de Cuvier.

Le pourtour extérieur du museau est formé par un seul os , n° 1 7 (fig. 1 , 2 , S , 6 , 7) , sur le milieu duquel on aperçoit les traces d'une suture. Il porte une rangée de fortes dents courbées en arrière, et représente les intermaxilluires , réunis par le milieu. Du côté externe, une apophyse assez forte se recourbe en arrière, pour aller se joindre à l'extrémité antérieure de

l'arête inférioure du frontal et au bord extérieur de Fethmoïdc. Cet arc ferme ainsi la cavité nasale, qui a en haut une ouverture lenticulaire. La suture médiane de l'os est très-distincte sur sa face inférieure ; elle s'élargit même à l'extrémité antérieure du museau , et forme une petite lacune. Chaque os a une partie horizontale inférieure, qui concourt à former la partie antérieure du plafond de la cavité buccale , en se joignant au vomer. Mais un espace considérable entre cette partie horizontale et le vomer en dedans, l'arc extérieur de l'intcrmaxillaire en dehors et l'arête inférieure du frontal en arrière , reste vide , et laisse le canal olfactif de chaque côté à découvert ; sur la tête fraîche cette lacune est bouchée par du cartilage.

Plus en arrière , le plafond de la bouche est formé par la lame dentaire n" i 6 (fîg. 6 , 7) du sphénoïde n°6, qui, comme nous l'avons dit, i-eprésente le vomer. Cette lame porte une arête supérieure médiane qui divise le grand canal olfactif en deux canaux latéraux , qui viennent aboutir dans les cavités nasales.

La partie immobile de la face est donc formée par deux os pairs , les ethmoïdes n" 3 (d'après nous les nasaux), les nasaux n° 20 (d'après nous un os propre correspondant aux cartilages du nez), et deux os impairs, l'intennaxillaire, n° 17, et le vomer, n° 16, qui est ici fondu (Ml un seul os avec le sphénoïde n° 6.

Si nous nous appliquons maintenant à rechercher quelle est la composition des appareils mobiles de la tête , qui servent à la nutrition et à la respiration , nous trouverons d'un côté des difficultés analogues à celles que nous a offertes le Lépidostée , plus celles qui résultent des différences notables qui distinguent le Bichir du Lépidostée et de tous les autres poissons connus.

L'appareil operculaire, les os tégumentaires des joues, l'arcade palatine et le maxillaire supérieur forment un seul battant mobile, dont toutes les parties sont réunies d'une manière fixe par des sutures, sauf l'opercule, qui peut seul exercer des mouvemens propres. Nous allons décrire ces différens os dans leur succession naturelle d'arrière en avant , en prenant l'opercule pour point de départ.

U opercule n° 28 (fig. 1, 2, 6, 8, 9) ne peut être révoqué en doute. De grandeur moyenne, il a une forme triangulaire, à angles arrondis. Sa face intérieure est lisse, un peu creuse, et sur l'angle supérieur se trouve la face articulaire.

Au-dessous de l'opercule , complétant son angle inférieur , se trouve une petite plaque émaillée, n° 32, le sous-opercule (iig. 1 , 5, 6,8, 9).

Ces deux os forment ensemble le battant operculaire, qui cependant ne jouit pas, chez le Bichir , d'une aussi grande mobilité que chez les autres poissons , étant garni d'une forte et épaisse membrane, qui le serre sous la gorge.

Mais si ces deux pièces operculaires sont faciles à déterminer , il n'en est pas de même des divers autres os qui y touchent. Nous trouvons ici d'abord un grand os plat , de forme presque quadrangulaire , qui s'applique tout le long du battant operculaire, et s'étend en avant sur la joue, la recouvrant dans toute son étendue. Cet os, n" 30 (fig. 1 , 2, 8, 9j,

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touche en haut à la chaîne des osselets muqueux, et porte en particuh'er les deux osselets de la soupape branchiale, dont nous parlerons plus bas. En avant, le maxillaire supérieur est soudé fixement à la face interne de cet os; en bas, deux petits os squanimeux sont appli({ués contre son bord inférieur ; en dehors l'os est recouvert par une couche d'émail granulé , sauf une bande le long du bord postérieur , qui en est dépourvue , et qui fait saillie en-dedans par sa face interne. On est assez naturellement porté à prendre cette plaque osseuse pour le préopercule, et c'est en effet comme telle qu'il faudra l'envisager, quoique ses rapports soient des plus étranges. N'est-il pas surprenant, en effet, de Aoir un préopercule, qui non-seulement recouvre de sa partie antérieure la fosse temporale et le grand muscle masticateur, mais qui est en outre soudé au maxillaire supérieur ? Pour expliquer cette singulière disposition , on doit admettre que les parties écadieuses, qui, par exemple, chez les Joues cuirassées et le Lépidostée, couvrent les tempes, se sont fondues en im seul os et réunies au préopercule. Dans cette manière de voir, il n'y aurait que la partie dépourvue d'émail qui correspondrait au véritable préopercule, tandis que le reste représenterait les plaques squammeuses de la joue.

Sur la face interne du préopercule, et en particulier sur la limite entre celui-ci et le battant operculaire, est appliqué un os plat, courbé en croissant, n° 23 (fig. 6, 8,9), surmonté en haut d'un petit osselet triangulaire, n° 2.5', qui forme tellement corps avec lui. qu'il faut beaucoup d'attention pour ne pas laisser inaperçue la suture qui les sépare. L'os n° 2.1 porle en arrière une tèle articulaire , qui forme , de concert avec la cavité glénoïdale de l'opercule, l'articulation operculaire; sur le bord antérieur du préopercule, est appliqué, tout en bas, l'os n° 27, et à son extrémité inférieure l'os carré n° 26. Le petit os triangulaire n° 23' forme une articulation avec le bord externe du mastoïdien n° i2 et du pariétal n" 7. Comme c'est le temporal de Cuvier qui porte l'articulation de l'opercule , nous ne pouvons refuser à notre os n° 23 cette désignation, et nous devons regarder l'os triangulaire n° 23' comme une partie démembrée du temporal.

L'os cylindrique n" 26 (fig. 2, 3, 8), par lequel la branche de l'os hyoïde s'attache au préopercide et au temporal , ne peut être méconnu , à cause de sa nature particulière , bien qu'il ait changé considérablement de forme. Cet os porte à son extrémité inférieure une face articulaire arrondie, sur laquelle la mâchoire inférieure se meut. Il représente par conséquent, d'après ce caractère essentiel, \e jiigal de Cuvier, qui, chose très-remanpiable , est ici mobile sur le temporal, et correspond à un véritable os carré.

Au-devant du temporal , à la face interne du préopercule , et formant le plancher de l'orbite, se montre l'arcade palatine, composée de quatre os qui sont soudés ensemble, et qui se lient d'une manière intime d'un côté au temporal, de l'autre au maxillaire supérieur . Ce dernier . n" 1 8 ( fig. 2,3,6,8, 9 ) forme le bord extérieur de la gueule en arrière , et est armé d'une rangée de fortes dents coniques, placées dans une rigole alvéolaire commune et peu profonde. C'est dans cette rigole qu'est contenue la rangée de fortes dents dont l'intermaxillaire est armé. Le maxillaire possède en outre une lame dentaire qui s'avance à l'intérieur vers la ligne

médiane, recouvrant en grande partie les échancrures palalino-nasales de l'interniaxillaire, et qui . anpiée en cercle , doiuie insertion à une seconde rangée intérieure de dents en brosse, séparée de la rangée externe par une rigole profonde.

Cette seconde rangée se continue en arrière sur l'os n° 22 ( lig. 3 , 6 , 8 ) . Cet os est plat , plus large en arrière qu'en avant ; il forme la partie extérieure du plancher incliné de l'orbite et soudé d'abord par sa partie antérieure au maxillaire, il s'en sépare ensuite, occasionnant ainsi une large ouverture carrée, bordée en arrière par l'os n" 2i et en dehors j)ar le préopercule et, ses deux appendices écailleux. C'est par cette ouverture que passe le grand muscle temporal , pour s'insérer sur la mâchoire inférieure. Par sa situation, sa forme, ses liaisons d'un côté avec le maxillaire supérieur, de l'autre avec l'os n° 24 , cet os se caractérise comme le véritable ^w/rti/y; ; c'est pour tel qu'il a aussi été reconnu par Cuvier.

Le bord interne de cet os est bordé par une autre plaque oblongue n° 25 (fîg. 6, 8), qui forme le bord intérieur du plancher des orbites, occupe par son bord interne la rainure entre le sphénoïde et le vomer, se soude encore par «sa partie postérieure sur l'os n° 27, et porte en outre sur sa face buccale de petites aspérités , qui cependant ne sont pas développées en véritables dents. Il est évident que cet os ne peut être autre que le ptéryyoïdien interne de Cuvier.

Les deux os qui réunissent le palatin et le ptérygoïdien au temporal paraissent plus difficiles à déterminer. L'inférieur, qui est le plus petit , n° 2i (fig. 6, 8) , noITre cependant pas, en réalité, de bien grandes difficultés. C'est une plaque mince et creuse, de forme carrée, qui touche par son angle antérieur supérieur au palatin, qui est fixée par sa partie postérieure au préopercule, et soudée par tout son bord supérieur à l'os n° 27. Cet os ne paraît être là que pour unir entre eux les os ci-dessus mentionnés , et pour protéger en avant l'articulation de la mâchoire en formant au-dessus une espèce de capsule. Or, comme c'est le caractère dislinctif du transverse de Cuvier, de réunir les os qu'il désigne sous les noms de palatin et de jugal , nous n'hésitons pas un instant à lui donner ce nom.

Quant à la plaque quadrangulaire et plate , n° 27 , (fig. 6,8), qui occupe l'espace entre le ptérygoïde en dedans , le palatin en avant , le transverse en bas et le temporal en arrière , elle est envisagée par Cm ier dans tous les autres poissons réguliers comme l'os tympanal.

Pour compléter cette description des os, nous parlerons encore des parties tégumentaires et écailleuses qui sont développées sur la tète du Bichir. Une rangée longitudinale d'os, a. a (fig. 1,2), recouvre la ligne de séparation entre le frontal, le pariétal et le préopercule, et s'étend encore plus en arrière, entre l'opercule et les plaques émaillées qui recouvrent l'occiput. Celte rangée commence au coin postérieur de l'orbite , et se continue , accompagnée d'un nombre variable de petits osselets, pour la plupart de forme carrée, jusqu'à la suture, entre le frontal et le pariétal. Ici se trouvent deux plaques oblongues plus grandes, h. h (fig. 1,2), qui forment une valve fixée sur le préopercule , laquelle peut se lever et s'abaisser sur le pariétal. Cette valve recouvre l'ouverture d'une large fente, qui conduit en

bas dans la cavité branchiale. 11 ii y a pas de muscle propre pour la soulever, mais au lieu de cela un fort ligament élastique, qui tient la valve serrée contre le pariétal. Il est dès-lors évident que le mécanisme de la respiration doit se faire d'une autre manière chez le Polyptère que chez les autres poissons qui aspirent l'eau par la bouche et la font sortir par la fente des ouïes. Ici cette fente est presque fermée par la forte membrane qui est accolée au bord postérieur de l'opercule, et c'est la forte compression de l'eau contenue dans la cavité ' branchiale qui ouvre la valve pour se frayer une issue. M. Geoffroy a fort bien observé cette formation toute particulière.

La série des osselets se continue encore en arrière par quatre pièces c. c (fig. 1 , 2), qui longent le bord supérieur de l'opercule. L'occiput est en outre couvert de quelques plaques irrégulières ff (fig. I), qui se distinguent des écailles imiquement par le fait que quelques unes, celles qui touchent le pariétal , sont creusées d'un canal muqueux.

Les canaux muqueux en général sont très-développés sur la tète du Bichir ; on en distingue deux principaux , l'un longeant la chaîne des osselets que nous venons de décrire et s- avançant à travers le frontal et l'ethmoïdc vers le nez, l'autre qui descend entre l'opercule et le préopercule vers la mâchoire inférieure.

La mâchoire inférieure est composée de quatre pièces emboîtées les unes dans les autres. Le de)daiye, u (fig. 2, 3, ik), porte une rangée simple de dents coniques et implantées dans une rigole peu pi'ofonde. A son extrémité antérieure, là où il se réunit à celui de Tauti'e côté, se trouve un petit amas de dents en brosses plus petites et plus serrées que celles de la rangée externe.

L'angle postérieur de la mâchoire est complété par l'os angulaire v (fig. 2, 3, 14), qui est long, tronqué obliquement, et apparaît aussi un peu à la face interne de la mâchoire.

Cette face interne est garnie tout du long par une pièce mince, très-effilée en avant ^ formant la paroi interne du canal maxillaire , et portant sur son bord supérieur une rangée de petites dents en velours. Cette pièce operculaire &: (fig. 3, 1 i), est remarquable par une branche montante très-considérable , qui s'élève à angle droit sur la mâchoire et s'engrène dans le ti'ou temporal formé par l'arc palatin. Cet os offre la même conformation dans plusieurs genres fossiles, et en particulier chez les SaHrichthys et les Emjnathiis.

Entre lui et l'angulaire est engrené l'os articulaire y (fig. 3 , Ik) , de forme presque triangulaire , ayant une fossette articulaire horizontale , peu profonde , en arrière de laquelle se continue un processus horizontal.

Les pièces surangulaires et complémentaires que l'on trouve chez plusieurs reptiles , manquent au Bichir.

Quant à leur forme générale, les maxillaires inférieurs sontétroits; ils dépassent en longueur la mâchoire supéi'ieure ; leur bord extérieur est armé d'une série de dents coniques, portées par le dentaire, et semblables à celles de la mâchoire supérieure : le bord interne est aussi armé de dents, mais elles sont beaucoup plus petites , et forment en ariière des mâchoires une brosse

rude elfino. portée par r(»perculairc ; il y en a en outre un plus grand nombre entre leur symphyse; les plus internes sont les plus grandes. Une rainure assez spacieuse se voit entre ces deux bords, dans laquelle les dents de la mâchoire supérieure sont reçues, lorsque l'animal ferme la "-ueule.

La structure des dents esl très-simple. Elles présentent dans leur intérieur une seule cavité pulpaire (ïab. G, fig. 11 , 12, 1.3 o) assez considérable, qui se rétrécit insensiblement vers la pointe et imite parfaitement la forme conique et courbée des dents. Cette cavité pulpaire, dont la grandeur respective se montre sur la coupe transversale de la dent (Tab. G , tig. H) , est entourée d'un cône creux de dentine (d), composé de canaux calciféres assez fins, mais ramifiés , qui tous sont disposés de manière à atteindre par le chemin le plus court la surface extérieure de la dent (fig. H, 12, 15). Les tubes sont simplement ramifiés, mais légèrement ondulés dans leur cours. Les ramifications extérieures sont plus fines et plus serrées que les insertions des tubes dans la cavité médullaire. En faisant une coupe longitudinale, qui n'entame pas précisément la cavité médullaire , mais qui s'en approche assez pour permettre de distinguer les insertions des canaux (fig. 15), on voit que ces derniers sont disposés en séries longitudinales et assez régulières , de sorte que la paroi de la cavité pulpaire est criblée de petits trous, disposés d'une manière régulière, et non pas épars au hasard, comme cela se voit dans beaucoup d'autres animaux. Quelquefois on parvient aussi à découvrir, sur la face extérieure de la dent, les innombrables ouvertures des ramifications des canaux calciféres: mais elles sont tellement fines et serrées, que même sous un grossissement considérable, elles n'apparaissent que comme un léger pointillage (fig. 15). Cette dentine forme la plus grande partie de la dent ; elle n'est recouverte qu'au sommet par un petit capuchon d'émail très-dur . e, dans lequel je n'ai pu reconnaître ces fibres composées de petits cubes superposés, telles qu'on les a reconnues chez les mammifères. L'émail du Polypterus (fig. 12) est transparent comme du cristal, sans trace de structure, et ce n'est que dans sa base que pénètrent les dernières extrémités effilées des canaux calciféres de la dentine ; les canaux euxmêmes ne sont plus ramifiés dans l'émail , mais tout-à-fait simples , un peu courbés , mais sans ondulations ; ils n'arrivent pas à la surface extérieure de la dent , mais s'arrêtent dans la substance même de l'émail.

La dent est implantée sur un petit support osseux de la mâchoire (fig. 15), qui fait presque corps avec elle. La substance de ce cône est une véritable substance osseuse , caractérisée comme telle par ses canaux médullaires en réseau et ses nombreux corpuscules ramifiés.

La présence d'une simple cavité pulpaire sans ramifications et de canaux calciféres presque rectilignes et dirigés directement vers l'extérieur, éloigne évidemment notre Polypterus, ainsi que plusieurs autres genres, de la plupart des autres poissons, et les rapproche davantage des reptiles. Cependant c'est encore avec son analogue des rivières américaines, le Lépidostée , que le Polj'ptère a aussi sous ce rapport la plus grande analogie. '

L'appareil hyoïde et branchial (fig. 5) est très-simple: les cornes antéi'ieures de l'os

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hyoïde ressemblent aux tires branchiaux; leur bord inlerne est armé de petits faisceaux de dents en brosse; la corne latérale est attachée par son extrémité postérieure au jugal n° 26. Il n'existe pas d'hyoïde impair antérieur ou d'os lingual , mais bien une langue très-charnue . dépourvue de dents et soutenue par deux petites plaques latérales.

Au lieu de rayons branchiostègues, on remarque , entre les branches de la mâchoire inférieure, deux larges plaques,' k'ô (lig. 3), qui en tiennent lieu , et qui se retrouvent avec une conformation semblable dans plusieurs genres de Ganoïdes fossiles, entre autres dans les genres Mecjalichthys et Chelonkhthys.

Les fosses du crâne sont très-remarquables , et distinguent d'une manière frappante le Bichir de tous les autres poissons connus,

La cavité cérébrale commence par un long canal cylindrique , creusé le long de l'occipital , qui reçoit la moelle épinière. La position inclinée et prolongée en arrière de l'occipital est la cause de cette anomalie. La cavité s'élargit considérablement en avant de l'occipital , où elle est renfermée entre les parois incomplètes que forment le mastoïdien , le pariétal et le sphénoïde. La longueur de cet élargissement est juste celle du pariétal ; sa forme est quadrant gulaire ; sur les côtés postérieurs se voient des creux pour loger les organes auditifs. La cavité cérébrale finit avec la suture entre le pariétal et le frontal ; c'est ici que commence le grand canal olfactif (fig. 7) formant la continuation directe de la cavité cérébrale. Plus haut que large , ce canal se continue tout le long du frontal entre les orbites , occupant à peu près le tiers de la largeur moyenne du crâne , sans s'ouvrir sur le palais , et sans être divisé par une carène. La carène médiane ne commence que près de l'endroit où les ethmoïdes de Cuvier (nos nasaux) se réunissent aux frontaux, ou plutôt là où le vomer se détache plus sensiblement du sphénoïde ; elle s'avance jusqu'à l'extrémité du vomer , divisant ainsi le canal en deux cavités latérales qui s'ouvrent largement en dehors par les ouvertui*es nasales, et qui montrent en même temps deux larges trous palatino-nasaux qui , sur le vivant , sont bouchés par du cartilage. La carène médiane ne s'avance pas sur l'intermaxillaire , et c'est pourquoi les deux cavités nasales se confondent ici de nouveau en une seule, de sorte qu'en tenant le crâne de profil, on voit jour à travers les deux ouvertures nasales extérieures.

On pourrait donc dire que le crâne du Polypterus ne présente qu'une seule longue boîte, cylindrique en arrière, qui s'évase ensuite et se continue jusque vers l'extrémité antérieure, où elle se divise en deux canaux latéraux pour se réunir de nouveau en une seule cavité.

Les orbites {i\g. 5) dépouillées des appareils mobiles, sont très-longues, mais basses, et s'étendent sur les deux côtés du crâne tout le long du frontal, étant séparées par les deux arêtes interorbilaires du frontal, qui comprennent entre elles le canal nasal. Elles sont par conséquent peu profondes. L'appareil palatin leur sert de plancher assez incliné, et les mâchoires supérieures et le préopercule les ferment tellement en dehors qu'il ne reste qu'une assez petite ouverture extérieure. Elles communiquent librement en arrière avec la fosse temporale destinée à recevoir le grand muscle masticateur.

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L'étmh» de la tète de ce poisson ouvre . comme on vient de le voir, un champ entièrement neuf à lichlliyologie.

La ceinture tlioracique (Tab. C) est également très-remarquable. Elle est attachée au crâne par une série de petites plaques, que l'on ne saurait pas plus en\isag'cr comme des os que comme des écailles : il y en a deux au bord postérieiu" des pariétaux, une le long des plaques supraoperculaires. La grande pièce qui vient ensuite peut être envisagée comme lesuprascapulaire, puisqu'elle se termine en une pointe osseuse. Le scapulaire est assez court, plus étroit en haut qu'en bas ; il se termine à son bord interne en une apophyse transverse. L'humérus est surmonté à son angle postérieur de deux pièces surnuméraires; du reste, il s'allonge en pointe étroite, avec une carène à sa face interne, jusqu'à la symphyse moyenne des deux pièces de droite et de gauche, où il est recouvert par une large plaque triangulaire osseuse, composée de deux pièces. En dessous de l'angle postérieur de l'immérus , il y a deux os très-anguleux, qu'il faut envisager connue le radius et le cubitus. Le carpe est plus développé que dans aucun poisson : et ce qu'il y a de plus extraordinaire dans ce genre , c'est que ses os forment une articulation extérieure de cette nageoire, dont le moignon est complètement séparé delà masse du corps; le carpe est composé de trois os de forme et de grandeur différentes: l'externe ou supérieur et l'interne ont la même forme , mais celui-ci est beaucoup plus long ; arrondis au milieu , ils sont légèrement dilatés à leurs extrémités où ils vont en divergeant, embrassant entre eux une plaqué arrondie ; à leur extrémité il y a une rangée de dix-sept petits os métacarpiens, formant un bord arrondi, et dont les moyens, qui sont les plus longs, portent les rayons. La surface externe du moignon est recouverte de petites écailles irrégulières , caractère qui rapproche les nageoires du Polypterus des pattes de plusieurs Sauriens de la famille des Seps. Les poissons fossiles de l'ordre des Ganoïdes nous foiu'uissent plusieurs exemples remarquables d'une structure semblable, surtout dans les genres iMeyalicIithys et Glyptosteus.

Les extrémités pelviqi(es (Tab. C) rappellent également, par la singulière conformation des os du bassin, l'organisation des reptiles, plutôt que celle des poissons; et c'est cette forme de l'os pelvique qui est la plus fréquente parmi les Ganoïdes ; on la retrouve surtout chez les Caturiis. C'est un os arrondi au milieu et plus ou moins dilaté et aplati à ses extrémités ; la partie antérieure de chacun d'eux, de celui de droite et de celui de gauche, est moins large et converge en s'unissant par des ligamens , de manière à former un angle aigu, mais assez ouvert; la partie postérieure, qui est la plus dilatée, porte, le long de son bord, quatre ou cinq osselets métacarpiens , dont l'extérieur est le plus petit ; réduit à un cartilage , il disparaît souvent dans les squelettes ; les quatre principaux vont en grandissant vers le bord interne , et c'est le dernier qui est le plus gros. C'est à l'extrémité de ces osselets que sont insérés les rayons des nageoires ventrales ; ceux des bords sont simples , ceux de la partie la plus longue de la nageoire sont bifurques à plusieurs reprises à leur extrémité ; les articulations sont si rapprochées qu'elles paraissent plus distinctes que les articles eux-mêmes , qui sont plus larges que longs. Il y a quatre rayons simples au bord externe , dont les premiers

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sont très-petits ; il y en a en outre onze qui vont en diminuant de grandeur , à partir du dixième ou onzième. .

hdi colonne vertébrale (Tab.C) est composée de soixante-sept vertèbres dont cinquante et une abdominales et seize caudales: toutes les vertèbres sont distinctes; dans aucune partie du squelette, on ne remarque des sutures intimes entre elles. Cependant les articulations intervertébrales et apophysaires établissent des liaisons très-solides entre toutes les pièces de la colonne. Les vertèbres de la partie antérieure du tronc, et celles de l'extrémité de la queue surtout, sont un peu plus courtes que celles du milieu du ventre. Les parties {(ui forment l'arc destiné à loger la moelle épinière sont très-simples; ce sont de larges piliers aplatis, à peine échancrés sur leurs bords, qui sont accolés les uns contre les autres , de telle sorte que la petite saillie de l'apophyse antérieure remplit exactement l'excavation semiplane de lapophyse postérieure de deux vertèbres voisines. Il résulte de cette disposition, que le côté supérieur des corps de vertèbres est surmonté de deux pla([ues osseuses continues, convergentes par leur bord supérieur, et qui forment entre elles un canal dans lequel git la moelle épinière. Les apophyses épineuses des vertèbres ne sont nullement soudées avec le corps des vertèbres; elles y adhèrent simplement par une articulation ligamenteuse. C'est une conformation très- singulière , que je n"ai du reste observée dans aucun poisson vivant, mais qui se retrouve fréquemment dans les poissons fossiles de l'ordre des Ganoïdes, et qui rapproche ces animaux des Sauriens chez qui les apophyses sont séparées du corps des vertèbres sous la forme d'os en V, comme chez les Crocodiles, sous la queue. Du reste, ces apophyses épineuses sont comprimées latéralement et beaucoup plus larges dans la moitié antérieure du tronc que vers la queue ; les plus longues sont celles qui correspondent aux vingtième et vingt-cinquième vertèbres ; celles-ci et les précédentes sont légèrement arquées en avant , celles de la queue sont grêles et droites ; dans la partie supérieure des vertèbres, il n'y en a que jusqu'à la dixième vertèbre caudale ; les six dernières A ertèbres en sont entièrement dépourvues ; en revanche , le dernier interapophysaire dorsal est couché le long des corps de vertèbres.

Cette singulière structure nous met en quelque sorte sur la voie pour expliquer un fait extraordinaire que l'on remarque chez la plupart des Ganoïdes fossiles. Quelque surprenante que soit la disparition complète des corps des vertèbres dans un si grand nombre de ces espèces, il est bien probable que c'est dans cette singulière disposition des apophyses épiet dans leur séparation d'avec les corps des vertèbres, qu'il faut en chercher la possibilité. Ce qui peut avoir contribué à favoriser cette disparition des corps des vertèbres , c'est probablement la nature de ces os mêmes , peut-être plus friables ou moins osseux que les apophyses. Il est possible aussi , qu'au lieu de vertèbres , il existât une corde dorsale cartilagineuse. La structure du squelette du genre Lepidosiren, que je considère, avec MM. Owen et J. Millier, comme appartenant à la classe des poissons , nous offre parmi les types vivans un exemple frappant de ce que je suppose avoir existé chez la plupart des Ganoïdes fossiles. Les squelettes restaurés des genres Platysomus, Caturus et Macrosemius , que j'ai publiés Vol. 2,

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Tab. I). long-lenips avant que Ion connût la charpente osseuse du genre Lepidosiren , semblent cal(|ués sur lépine dorsale de ce singulier animal ; et les observations <[ue Ion vient de lire . écrites il y a plus de div ans . reçoivent maintenant une éclatante confirmation. Dans le Polypterus , les corps des vertèbres ont de très-fortes impressions , ou plutôt de nombreuses excavations latérales , surtout très-accusées dans la partie inférieure des corps de vertèbres . et dans lesquelles gisent les reins ; la série la plus marquée de ces enfoncemens se trou\ c sur le milieu du côté inférieur du corps des vertèbres ; vers la tête , ils sont moins profonds : mais ceux dont la concaA ité est la plus spacieuse , sont ceux du milieu du ventre , surtout de la vingtième à la quarantième ^ ertèbre : ils diminuent de nouveau jusque sous la queue. Sur les côtés des vertèbres , mais encore en dessous des apophyses transverses , il existe une seconde série dexcavalions également plus grandes et même divisées encore en deux par une saillie osseuse ; sur les côtés, en dessus des apophyses transverses, depuis la dixième vertèbre environ , et surtout vers la trentième , il y a des impressions semblables , mais plus arrondies et plus petites. Sur les côtés de la queue , où les apophyses transverses disparaissent , il n'y a plus qu'une cavité arrondie en dessus et en dessous de la saillie qui correspond aux apophyses transverses ; les quatre dernières vertèbres sont entièrement lisses. Les apophyses transverses sont si singulières , qu'en les voyant sur le côté de vertèbres séparées, on les prendrait plutôt pour des parties du squelette d'un Crocodile que pour des vertèbres de poisson. Intimement soudées au corps des vertèbres , et sans aucune trace de séparation , ces apophvses forment, sur les côtés des vertèbres, des saillies horizontales aussi longues et même plus longues que les corps de vertèbres ne sont larges : celles des premières vertèbres sont, il est vrai, sensiblement plus courtes ; mais, depuis la dixième vertèbre, elles ont cette grandeur, et sont tournées directement en dehors , tandis que vers la trentième vertèbre environ , elles s'inclinent légèrement vers l'abdomen , tout en diminuant insensiblement de longueur. Depuis la première vertèbre caudale , elles ne forment plus qu'une légère saillie sur le milieu de la base latérale des corps *de vertèbres. A l'extrémité de toutes ces apophyses, depuis la première jusqu'à la dernière, il y a des côtes, dont les antérieures, qui sont les plus grosses, sont en même temps droites et roides comme des massues , avec lesquelles elles ont quelque rapport de forme, par le renflement de leurs extrémités. Depuis la quinzième vertèbre environ , les côtes sont un peu plus grêles , et elles le deviennent de plus en plus jusqu'au conuuencement de la queue ; elles perdent en même temps de leur roideur, et se courbent d'abord légèrement , puis de plus en plus . jusque vers rextrémilé de la cavité abdominale . où elles commencent à converger toujours plus fortement. On dirait que toutes les singularités ostéologi([ues se trouvent réunies dans cette espèce ; car entre les côtes que je viens de décrire, les apophyses transverses portent encore une seconde rangée d'osselets allongés , espèces d'arêtes intermusculaires ou de côtes accessoires, qui sont fixées par des ligamens aux apophyses transverses. Dans la partie antérieure du squelette, ces osselets sont insérés vers la base et au bord antérieur des apophyses transverses; là ils sont aussi beaucoup plus courts et

plus grêles que les côtes; mais, à mesure que les côtés diminuent d'épaisseur, depuis la trentième vertèbre surtout, ils s'allongent toujours davantage; leur point d'insertion s'avance d'abord vers le milieu , puis vers l'extrémité des apophyses transverses ; depuis la trente-cinquième vertèbre environ , leur longueur égale celle des côtes ; plus loin , ils les dépassent même en longueur et en épaisseur ; enfin celui de la quarante-huitième vertèbre est même articulé vers son tiers supérieur, et converge, de manière à présenter une transition insensible aux apophyses épineuses inférieures de la queue , par ceux des quarante-neuvième et cinquantième vertèbres. C'est en effet encore une des singularités les plus surprenantes de ces osselets , que , loin d'être insérés à la surface extérieure des apophyses transverses , comme les arêtes musculaires surcostales des Perches , ils sont accolés à la face inférieure de ces apophyses , ensorte qu'ici l'on est tenté d'envisager ces pièces comme des côtes doubles , dont les inférieures passent insensiblement aux apophyses épineuses inférieures. Quant à ces apophyses épineuses inférieures , elles ne sont pas plus soudées aux corps des vertèbres que les apophyses supérieures qui leur correspondent ; mais elles sont beaucoup plus longues et surtout plus fortes , et il y en a jusqu'à la dernière vertèbre ; les cinquième et sixième sont les plus fortes ; leur base forme un canal dans lequel est logée la continuation de l'aorte , et qui est plus large dans sa partie antérieure qu'en arrière.

L'insertion de la caudale présente des particularités frappantes qui, je l'avoue à regret, pourraient être mieux représentées dans notre figure : ses rayons , au lieu d'être insérés sur de simples osselets interapophysaires , comme dans la plupart des poissons, sont articulés à l'extrémité d'une double rangée d'osselets mobiles les uns sur les autres par leurs extrémités. La première série de ces pièces , celle qui s'attache directement aux apophyses épineuses inférieures, est composée de cinq osselets coniques , placés en avant les uns des autres , mais devant la première apophyse épineuse et dont la pointe est tournée vers les corps des vertèbres , tandis que leur base plus large et légèrement comprimée, sert d'attache aux six osselets de la seconde série ; ceux-ci sont plus longs que les supérieurs , renflés à leurs deux extrémités qui sont comprimées et arrondies au milieu; le dernier des six est le plus long, mais aussi le plus grêle. C'est à l'extrémité de ces osselets que sont insérés les nombreux rayons de cette petite nageoire. N'est-il pas étonnant en effet qu'une nageoire dont la base est aussi étroite compte autant de rayons ? 11 y en a seize, dont le huitième seulement atteint la plus grande longueur de la nageoire ; les suivans vont de nouveau en diminuant insensiblement. Tous ces rayons sont simples, mais articulés jusque vers leur base ; la longueur des articles égale leur largeur.

Quant aux autres nageoires impaires , il est impossible de les distinguer les unes des autres , tant la dorsale et la caudale sont confondues. Notre poisson nous offre ainsi un exemple concluant de l'identité de formation de ces deux nageoires et de leurs appuis , alors même que leurs rayons ne sont pas insérés de la même manière , puisque ici la portion inférieure de la caudale est insérée directement sur les apophyses épineuses , tandis que la partie correspondante supérieure est insérée sur des osselets interapophysaires. dont le dernier n'est pas même

soutenu enire des apophyses épineuses , mais repose sur le corps des dernières vertèbres. \ Enfin , les rayons épars de la dorsale passent si insensiblement à la caudale , qu'on ne saurait tracer entre elles que des limites arbitraires. Les cinq rayons extérieurs et inférieurs de la caudale , qui vont insensiblement en grandissant ( le premier petit manque dans la figure ) , sont simples et plus courts que les deux suivans, dont l'extrémité est seulement bifurquée ; les divisions vont en augmentant juscju'aux onzième et treizième qui en ont le plus ; cependant le douzième est moins divisé que ceux qui lavoisinent. Ces rayons forment la partie la plus saillante de l'extrémité de la queue et sont encore insérés le long de la dernière apophyse épineuse inférieure ; les suivans sont portés sur des osselets interapopliysaires ( c'est entre ces deux espèces de rayons que finit la ligne latérale). Il y en a huit non fulcrés, qui sont portés sur huit osselets interapophysaires, et dont les divisions sont d'autant moins nombreuses qu'ils sont plus rapprochés des rayons fulcrés ; tous ces rayons sont articulés d'assez près pour que les articles soient plus larges que longs dans toute la portion inférieure de la caudale. Les articulations s'étendent sur toute la partie visible des rayons; leiîr base , en revanche, est cachée par les muscles , et embrasse les côtés de l'extrémité des apophyses épineuses . sans former avec eux de charnière; tandis que les rayons de la portion supérieure de la caudale dont la base n'est pas articulée, forment des ginglymes avec les osselets interapophysaires. Il en est de même de l'articulation de tous les rayons de la dorsale ; chaque rayon a deux capitules articulaires à sa base sur ses côtés, et reçoit entre eux le capitule arrondi de l'extrémité supérieure des osselets interapophysaires ; on compte quinze ou seize de ces osselets suivant les individus; mais les rayons eux-mêmes ont une structure si particulière, que leur disposition est le seul exemple de cette structure dans toute la classe des poissons. Le fort des rayons, ou la partie inférieure , est un os simple , comprimé d'avant en arrière, mais dilaté sur les flancs , de telle sorte cependant , que sa face antérieure est légèrement voûtée , tandis que sa face postérieure est concave et présente une rainure étroite , dans laquelle sont insérés plusieurs rayons ou filets secondaires articulés et mobiles sur le fond de cette cannelure. L'extrémité supérieure des rayons est fortement échancrée , et par conséquent bifurquée. Les filets ou rayons secondaires sont conformés comme tous les rayons, et composés de deux parties latérales paires et articulées à plusieurs reprises sur toute leur longueur ; leur nombre varie suivant la position des rayons principaux , il est de trois ou quatre au premier , de quatre à cinq et même six aux douze ou treize suivans , et de trois ou quatre aux deux derniers; leur largeur est plus considérable que la partie du rayon principal au delà de l'échancrure. Le premier des rayons ordinaires de la caudale est très-remarquable , en ce qu'on observe dans sa portion inféro-postérieure ime tendance à s'articuler plus distinctement et à se séparer encore de la plaque que forme vers sa base la portion antérieure du rayon ; il forme même quelquefois encore une plaque simple , accolée contre un rayon ordinaire. La description que M. Geofïroy de St-Hilaire a donnée dans le premier volume des Annales du Muséum, des rapports des rayons des nageoires verticales avec les apophyses épineuses des vertèbres, est

très-incomplète. Chaque rayon est enclavé à sa base entre deux écailles acuminées , échancrées à leur bord interne , et formant ainsi ensemble une demi-lune qui embrasse la base du rayon. Entre ces écailles il y en a de plus petites qui remplissent l'espace entre deux rayons.

Les écailles du corps présentent cette disposition en séries dorso-ventrales, très-saillantes et obliques d'avant en arrière , qui est commune à tous les Ganoïdes. Cependant nous remarquons aussi ici des différences notables qui contribueront à nous expliquer plusieurs points obscurs de la squammation des genres fossiles. De l'écaillé basale ambiante de chaque rayon naît une de ces séries ; toutes sont d'abord fortement arquées en ari-ière ; sur le milieu des flancs elles sont simplement obliques , et vers le ventre elles s'arquent de nouveau , mais tout en conservant leur direction oblique en arrière. Sur le milieu du- dos ces séries se rencontrent en une écaille impaire, médiane et triangulaire, sous un angle aigu, dont le sommet est dirigé en avant ; les séries nuchales s'enclavent de cette manière entre les branches droite et gauche de la ceinture thoracique. Les séries se rencontrent de la même manière sous le ventre, mais sous un angle un peu plus aigu, et dont le sommet est dirigé en arrière. Cette différence dans le degré de convergence des séries provient de ce qu'elles sont plus fortement inclinées en arrière à partir de la courbure inférieure ; il en résulte aussi que les écailles inférieures sont plus étroites que celles du dos. Ces séries se perdent entre les ventrales , en avant de l'anale et sur la caudale ; en revanche , il naît de nouvelles séries entre les pectorales , sur le bord de la ceinture thoracique , jusqu'à une écaille impaire entre les symphyses.

La direction de la ligne latérale est aussi très-remarquable : naissant en arrière du trou nmqueux suprascapulaire, elle ne passe que par quelques écailles à cette hauteur, et descend à la série moyenne sur laquelle elle se prolonge jusqu'à la caudale ; cependant, jusqu'à la hauteur de l'insertion des pectorales , toutes les écailles qui avoisinent la ceinture thoracique sont , percées de semblables pores. Il existe de plus une seconde série de ces pores, qui s'étend du pore muqueux occipital supérieur sur les côtés de la nageoire dorsale jusqu'à la ligne latérale. On remarque en outre sur les flancs quelques pores épars et dispersés irrégulièrement entre ces deux séries continues.

Les ventrales ne sont pas accompagnées d'écaillés particulières au dessus de leur insertion ; mais il y en a quatre petites hors de série, en avant de leur bord antérieur, qui font une légère saillie ; en revanche , la surface inférieure est recouverte de petites saillies sur le premier quart de la longueur des rayons.

Les écailles se comportent d'une manière toute particulière sur les rayons de la caudale. Les divisions transverses que l'on remarque sur ces rayons ne proviennent pas de leurs articulations , comme on l'a dit et comme on pourrait môme le croire d'après les exemplaires sur lesquels mes figures ont été prises. Ayant eu en mains les exemplaires que Riippel a rapportés du Nil , et qui sont conservés dans l'esprit de vin , j'ai été frappé de la mobilité de ces séries, et j'ai reconnu que toutes ces divisions, visibles extérieurement,

proviennent de séries d'écaillcs, qui longent les rayons, et donnent à la caudale son aspect particulier.

On sait ([ue chez tous les Ganoïdes , les écailles qui recouvrent l'extrémité de la queue , près de la caudale , ont une physionomie particulière , et semblent suivre une règle à part dans leur distribution, bien quelles soient toujours rangées par séries. Dans le Bichir. les séries dorso-ventrales conser^ ent leiu- continuité ; mais ce qui leur donne ce singulier aspect, c'est que les écailles de la partie supérieure des séries se tournent davantage en- haut , et font paraître dune manière plus tranchée les séries médio-dorsales que les séries médio-ventrales; mais ici aussi, la division des séries ne provoque pas de nouvelles rangées, comme dans plusieurs genres fossiles.

De petites écailles recouvrent le bord antérieur de l'anale, qui est très-charnu. Ces écailles sont d'autant plus petites qu'elles sont plus rapprochées du bord même de la nageoire ; le long de la base de la nageoire , la première rangée est la plus grosse ; la base même est comprise entre les deux séries d'écaillés particulières qui la bordent , comme entre deux valves formant une gaine mobile. Il y a, sur les rayons, onze séries d'écaillés qui suivent leur direction ; elles sont imbriquées les unes sur les autres , de manière que le bord postérieur des unes recouvre le bord antérieur des suivantes, comme dans les écailles du tronc. Chaque série est composée d'un grand nombre d'écaillés , beaucoup plus longues que larges; mais comme la moitié de la longueur des écailles est toujours recouverte par la série suivante, il en résulte qu'elles paraissent extérieurement presque équilatérales. Il y a en outre au-dessus de l'insertion de l'anale un grand nombre de petites écailles interposées entre l'extrémité des séries principales qui aboutissent ici.

Les écailles de tout le corps sont en général rhomboïdales ; leur bord postérieur est constamment droit , ou légèrement voûté dans les séries antérieures ; le bord inférieur est trèslégèrement convexe, tandis que le supérieur présente une faible concavité correspondante. On peut remarquer encore qu'en général les écailles des séries postérieures sont plus anguleuses , tandis que celles des séries antérieures sont plus obtuses. Malgré leur solidité, elles sont assez mobiles pour n'entraver en aucune manière les mouvemens du corps.

Examinées au microscope, les écailles du Polyptère montrent à leur surface extérieure une quantité de petits trous qui conduisent dans l'intérieur de l'écaillé. En les usant, principalement du côté inférieur , de manière à les rendre transparentes , et en les plaçant alors sous le microscope (Tab. G, fig. H) , on découvre un réseau assez serré de canaux médullaires, développé sous toute la superficie de l'écaillé , et s'ouvrant par une quantité de petits trous vers l'extérieur. Les canaux médullaires dont se compose le réseau, sont assez égaux en largeur, les mailles assez serrées, et les anastomoses par conséquent assez fréquentes. Dans quelque direction que l'on examine une coupe ainsi préparée (Tab. G, fig. fo) , on aperçoit toujours ce réseau médullaire au milieu de l'écaillé, à peu près à égale distance des deux surfaces, et l'on voit que ce réseau naît de quelques canaux montant depuis la peau dans la substance

— Sade l'écaillé ; on découvre aussi par-ci et par-là des canaux montant depuis le réseau vers la surface extérieure de l'écaillé, qui s'ouvrent en dehors. N'ayant pas à ma disposition des poissons conservés à l'esprit de vin, je ne me suis servi pour mes recherches que d'écaillés sèches. Je n'en ai pas moins découvert des traces des membranes qui tapissaient les canaux, et très-souvent j'ai aussi vu des débris fibreux sortir des trous à l'extérieur, et s'insérer dans la couche mince et membraneuse qui recouvre la surface extérieure de l'écaillé. Nul doute que ces canaux et réseaux médullaires ne soient les canaux conducteurs des vaisseaux capillaires présidant à la nutrition des écailles , et se continuant jusque dans la couche épithéliale, qui couvre l'écaillé à l'extérieur,

La substance principale de l'écaillé , dans laquelle ces réseaux médullaires se développent . est de l'os , parfaitement caractérisé par la présence de corpuscules osseux , à ramilications calcifères, disséminées dans toute la masse sans ordre apparent. Ces corpuscules sont les plus nombreux vers la surface interne de l'écaillé ; ils deviennent plus rares vers l'extérieur, et au dessus du réseau médullaire, la substance osseuse en est presque entièrement dépourvue, de manière que l'on pourrait la confondre avec l'émail. Mise en contact avec de l'acide , la substance osseuse développe beaucoup de gaz carbonique ; la chaux carbonatée se dissout , et les corpuscules et leurs ramilications calcifères disparaissent presque complètement.

A l'extérieur de la substance osseuse se trouve une couche assez mince , mais uniforme , d'une substance très-dure, cassante comme du cristal et presque transparente. C'est cette substance qui donne à l'écaillé cet aspect luisant qui caractérise également les écailles des Ganoïdes fossiles. Nous n'avons pu découvrir dans cet émail aucune trace de prismes ou de fibres, non plus que dans celui des dents. Nous ferons remarquer à ce sujet qu'en préparant les coupes des écailles, il faut avoir soin de ne pas les user trop rapidement, et d'éAiter toute espèce de choc; car l'émail est tellement cassant, qu'il saute et s'enlève très-facilement, ensorte que l'on pourrait méconnaître sa présence.

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