‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 14 sur 289 · I. AcANTHODES Bronni Agass · texte numérisé non relu

I. AcANTHODES Bronni Agass

Vol. 1. Tab. I.

Dansle Zeitschnftfnr Minéralogie de Leonhard et Brorm, 1829, vol. 2, pag. 483. , Bronn cite ce poisson comme un Acanthoptérygien. — Dans le 2' caliier de 1882 du même journal, je l'ai désigné à la page 149 sous le nom d'Acanthoessus Bronnii, que je crois convenable de changer en Acantliodes.

Les plus beaux exemplaires de cette espèce que j'aie vus jusqu'ici, se trouvent dans

la collection de 31. le professeur Bronn à Heidelberg^ ce sont les originaux de mes

dessins; j'en ai vu plusieurs autres , également bien conservés, dans le comptoir miné-

ralogique de la même ville. Tous ont été trouvés à Bœrscliweiler près de Saarbriick,

avec plusieurs centaines d'Amblypterus macropterus, dans des boules de fer oxydé carbonate.

Les deux plaques que j'ai fait figurer (vol. 2. tab. i.) se complètent mutuellement. L'individu de la fig. i paraît avoir conservé sa position naturelle, mais l'extrémité de la caudale et la tête entière lui manquent. L'autre (f. 2.), au contraire, est arqué verticalement dans sa partie postérieure; il a la tête tellement contournée, qu'elle se présente par sa face inférieure ; des deux pectorales que l'on voit par dessous , celle de gauche est au dessus de celle de droite. Cette position confirme l'opinion énoncée dans les caractères du genre, que la tête est déprimée et que c'est le bord proéminent de la mâchoire inférieure qui termine le contour semicirculaire antérieur de cette empreinte. L'interruption de la ligne latérale, dans la partie où le corps paraît être ployé sur lui-même ; un pli dans la peau au même endroit ; l'extrême petitesse des plaques dans l'espace entre les rayons épineux et le pli cité ; le rapprochement des deux pectorales de la dorsale et de l'anale ; leur position en avant et entre ces deux dernières ; enfin, la continuité du bord de la tête; tout cela confirme cette manière de voir, sur laquelle il est indispensable de s'entendre d'abord pour apprécier exactement les rapports des parties entr'elles, et pour comprendre comment il se peut que ces deux empreintes représentent la même espèce.

Je ne saurais donner une idée plus nette de la forme de ce poisson, qu'en plaçant sur le corps du Silurus Glanis, les nageoires que je viens de décrire et la peau chagrinée de certains Balistes.

L'épaisseur du corps en arrière des pectorales est à peu près égale à la distance qu'il y a entre l'extrémité de l'anale et de la dorsale , lorsqu'elles sont dressées. La distance des pectorales à l'anale est à peu près égale à celle entre l'insertion de l'anale et l'extrémité du lobe inférieur de la caudale ; car les deux exemplaires figurés ayant la même taille, l'un peut servir de point de comparaison pour l'autre. La tête paraît de la longueur du gros rayon pectoral ; l'épaisseur de la queue entre la dorsale et la caudale

égale la longueur du gros rayon anal. Les nageoires pectorales, la dorsale et l'anale, paraissent toutes avoir la même forme, c'est-à-dire que, soutenues en avant par de forts rayons simples et articulées par une base étroite , elles se dilatent d'abord et vont ensuite se terminer en pointe arrondie. Devant cbacun de ces gros rayons, chacune des nageoires en a un plus faible et plus court, mais également simple, qui en augmente la force. Dans la dorsale de l'exemplaire fig. i. l'on distingue parfaitement bien des osselets interapopliysaires ; ce qui permet de supposer à ce poisson un squelette osseux. Au reste les nageoires paraissent avoir été entièrement adipeuses, ou bien semblables à celles de certains Hétérobranches qui ont une nageoire fibreuse , ou bien enfin les rayons poux-raient avoir disparu en se pétrifiant. Ce qui pourrait le faire présumer c'est que, dans la pectorale de gauche du poisson fig. 2, on voit quelques traces de rayons.

Le lobe inférieur de la caudale (f. 2. ) est parfaitement conservé : on y voit distinctement les rayons simples et innombrables dont elle est composée; ils sont tous articulés, et cela si fréquemment qu'ils paraissent être composés d'une série de petites plaques, semblables à celles du corps. C'est une structure semblable des rayons, qui a fait dire, en général, des Palaeoniscus , que leurs nageoires sont écailleuses. Les rayons du lobe supérieur sont si fins et si rapprochés, qu'à peine on peut les distinguer. Ce n'est que par analogie que l'on peut conclure la longueur de ce lobe, qui n'est entier dans aucun des individus que j'ai eu occasion de voir.

Le croissant qui borde la partie antérieure de la fig. 2 est certainement l'empreinte de la mâchoire inférieure ; mais toute la tête est trop mutilée pour qu'on puisse déterminer la forme de ses autres parties.

Je ne saurais indiquer quelle est la nature des écailles de la ligne latérale, puisque je n'en trouve pas une seule, par où elle passe, assez bien conservée pour cela; mais l'empreinte qu'elles ont laissée est assez distincte pour pouvoir en indiquer la direction. Elle s'étend sur le côté du poisson tout le long du corps , parallèlement au dos dont elle est un peu plus rapprochée que du ventre.

Les écailles du reste du corps (fig, 3.) sont de petites plaques rhomboïdales et presque carrées, disposées par rangées obliques, de manière à former autour du corps du poisson des ceintures transverses, dirigées d'avant en arrière , depuis le dos vers la partie inférieure de l'abdomen. Ces plaques ont à leur surface extérieure une légère impression centrale, qui les fait paraître concaves. Cette forme résvdte de ce que chaque nouvelle lamelle dont une semblable plaque est composée , déborde les précédentes par son bord renflé et qui est plus relevé que dans les antécédentes. L'empreinte que laissent les çcailles sur la pierre est parfaitement lisse et légèrement concave. Lorsque les lamelles les plus anciennes d'une plaque se détachent des nouvelles, il en résulte un

creux plus profond sur le milieu de chaque plaque : elles se vident quelquefois entièrement de cette manière. 11 ne reste alors de chaque plaque, que la dernière lamelle avec ses bords relevés et qui , réunis à ceux des voisines , forment des cellules semblables à celles d'un rayon de miel.

31. Hermann de 31eyer m'a communiqué l'esquisse d'un poisson fossile du Musée de Bonn, que lui a fait voir Goldfuss, et qui est certainement aussi mon Acanthodes Bronni. Il provient des mines houillères de Lebach près de Saarbrûck, et gît dans une boule de fer oxydé carbonate. Il en existe aussi un exemplaire dans le Musée de Francfort. Dechcn dit qu'il se trouve aussi à Liège dans les couches inférieures de la houille.

Declien,dan§ la traduction du Manuel géologique de de la Bêche, suppose que ce poisson a quelque analogie avec les Chipes. Je ne sais trop sur quoi repose cette assertion , car il n'existe pas de genre dans toute la classe des poissons avec lequel l'Acanthodes ait moins de ressemblance. En général, on verra figurer comme synonymes, dans le cours de cet ouvrage, des poissons fossiles de presque toutes les familles et des genres les plus différens, cités jusqu'ici indistinctement sous les noms de Clupea, Cyprinus, Esox et Perça, quelquefois même des individus d'une seule espèce mentionnés en même temps dans plusieurs genres.

La fig. I. tab. A. du i" vol., faite d'après tous les exemplaires que j'ai examinés et rapportés les uns aux autres en les réduisant aux mêmes dimensions, peut donner une idée de ce qu'a du être ce poisson.

Au reste, il n'y a rien dans sa structure qui puisse le faire prendre pour un Acanthoptérygien , comme l'a fait Bronn (l. c). Car si la présence d'un seul gros rayon dans l'une ou l'autre des nageoires suffisait pour faire ranger un poisson parmi les Acanthoptérygiens , il n'y aurait pas de famille dans toute la classe qui ne comptât quelque genre de cette division, pour peu que l'on voulût suivre rigoureusement une méthode basée sur cette considération. Mais c'est en attachant ainsi une arande importance à l'organisation d'une partie peu essentielle que l'on rompt toutes les affinités naturelles. C'est par cette raison aussi que les systèmes zoologiques, actuellement en vogue, pour toutes les classes du règne animal, s'accordent si peu avec la succession des fossiles dans la série des formations, et masquent constamment les lois de cette succession. Je crois déjà entrevoir une réforme complète de cette partie des sciences naturelles ; quoique je sois encore bien loin de pouvoir développer en détail mes idées sur ce sujet. Je m'attends déjà à une vive opposition contre les principes que j'ai posés pour la classe des poissons-, en définitive, il en jaillira plus de lumière sur une matière que je ne prétends pas même avoir épuisée dans ma spécialité.

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