CHAPITRE II
DU GENRE CATOPTERUS.
Ce qui caractérise surtout ce genre , c'est la grandeur de la dorsale qui est opposée à l'anale ; puis la position reculée de ces deux nageoires qui sont très-rapprochées de l'extrémité de la queue. La structure de la caudale n'est pas un caractère qui lui soit particulier. On retrouve la même disposition dans tous les poissons de l'ordre des Ganoïdes antérieurs aux dépôts jurassiques, savoir, dans les genres : Acanthodes, Amblypterus, Palasoniscus , Platysomus, Pygopterus et Acrolepis. Il n'est pas exact non plus de prétendre que tous les rayons sont sur le côté inférieur de la queue, et qu'il n'y a rien d'analogue parmi les poissons vivans, excepté dans les genres Lepidosteus et Acipenser. Il est vrai que tous les rayons du lobe inférieur de la caudale sont articulés sur l'extrémité des apophyses épineuses inférieures j d'un assez grand nombre des dernières vertèbres caudales; mais les rayons du lobe supérieur sont articulés sur de petits osselets particuliers, qui sont des vertèbres peu développées et insérées en série oblique le long de l'apophyse épineuse supérieure de la dernière vertèbre régulière; comme cela a lieu non seulement dans le Lepidosteus, mais encore parmi les poissons bien connus, dans les genres Esox, Salmo, Thymalus, etc. Les apophyses épineuses supérieures qui correspondent à celles sur lesquelles sont articulés les rayons du lobe inférieur, ne portent point de rayons, ou bien seulement de très-petits accolés le long du grand rayon externe du lobe supérieur de la nageoire. Il n'est même presque aucun poisson qui ait un nombre égal de rayons dans le lobe supérieur et dans le ►lobe inférieur de la caudale. Voyez à cet égard le chapitre sur l'ostéologie des poissons, inséré dans le premier volume de cet ouvrage.
Cuvier donne à ce genre une nageoire dorsale double, comme caractère distinctif des Palaeoniscus ; cependant il m'a été impossible de me convaincre de cette différence sur les pièces que j'ai examinées. J'ai cru voir au contraire que des rayons cassés dans la partie antérieure de la dorsale pouvaient seuls avoir donné lieu à la supposition d'une séparation en deux nageoires, dont les rayons seraient du reste de la même nature. Dans tous les cas, cette dorsale est beaucoup plus grande et surtout plus large que dans les Palseoniscus ; elle est de plus opposée à l'anale , tandis que dans les Palaeoniscus elle est opposée à l'espace qu'il y a entre l'anale et les ventrales. Les pectorales sont petites. La présence des ventrales est encore douteuse.
Tout le corps est recouvert d'écaillés rhomboïdales , émaillées, de moyenne grandeur. Je n'ai pu recueillir aucun document sur la structure de la tête.
L'incertitude qui reste encore sur la présence de deux dorsales m'a fait préférer au nom générique Dipterus, proposé pour les poissons dont il s'agit, celui de Catopterus qui désigne la position reculée de la dorsale et de l'anale^ ces nageoires étant plus rapprochées de la caudale que dans aucun autre genre de la famille.
Jusqu'à présent je n'ai vu de ce genre que quelques fragments qui m'ont été communiqués à Paris par M. Pentland. L'examen que j'en ai fait m'a convaincu qu'ils doivent être rangés dans la famille des Lépidoïdes , qui , quoi qu'on en dise , n'a rien de commun avec les Malacoptérygiens , si ce n'est le plus souvent des rayons mous dans les nageoires. Mais cette distinction des poissons en Malacoptérygiens et en Acanthoptérygiens comme divisions primaires n'est pas fondée sur des différences bien essentielles dans la structure du squelette , et elle rompt trop violemment les affinités naturelles pour que j'aie pu la conserver. Les écailles des Dipterus n'ont pas non plus la forme arrondie que Cuvier leur a donnée dans la figure restaurée qu'il en a esquissée (Geol. Trans. 2'= ser. vol. 3. tab. 14. f- 4-)' quoiqu'elles soient bien représentées dans quelques-unes des figures qui l'accompagnent. J'ai cherché à le reconstruire d'après ce que j'en ai vu dans la tab, A. f. 2. du premier volume de cet ouvrage. N'ayant du reste rien à ajouter à ce qu'ont dit (dans leur mémoire sur la structure et les rapports des dépôts contenus entre les roches primitives et la série oolithique dans le nord de l'Ecosse) Sedgwick et Murchison sur ces fossiles, d'après les renseignements de Cuvier, Valenciennes et Pentland, je me bornerai à traduire leur description, en faisant remarquer cependant que je ne crois pas possible de distinguer quatre espèces, comme ils l'ont fait. Peut-être y en a-t-il deux, si les différences indiquées dans la grandeur des écailles ne proviennent pas d'un changement dans leur position relative , par l'affaissement du corps suivant la position qu'il a prise dans la roche qui le contient. Les différentes plaques figurées dans le mémoire susmentionné me paraissent plutôt les différents âges d'une même espèce que je propose d'appeler Catoptenis analis. Yoici ce qu'en disent Sedgwick et Murchison, Geol. Trans. 1" ser. vol. 3. p. 125 et suivantes :
u Lorsque l'attention des géologues se porta pour la première fois sur ces ich- )) thyolithes, on ignorait qu'on en eût trouvé des exemplaires dans d'autres carrières j) que dans celles de Banniskirk. Les auteurs de ce mémoire ont cependant depuis » lors découvert que de semblables débris sont abondamment, et on pourrait même » dire généralement, répandus dans les dépôts de Caithness , et que leur présence » n'est pas limitée à une seule couche particulière , mais qu'elle est caractéristique n pour cette vaste formation schisteuse , depuis les assises les plus élevées jusqu'aux
plus profondes. Dans les assises supérieures, les poissons ou leurs fragmcns se trouvent abondamment près de Uowburn Head, au nord de Tliurso, de même en divers lieux le long de la côte de Pentland Firtli, sur le revers septentrional de laquelle des couches contenant le même poisson, se prolongent jusqu'aux îles d'Orkney qui sont vis-à-vis. Sur une section transverse, dans l'intérieur de Caithness, ces ichthyolithes ont été successivement découverts dans les carrières de schistes de Widel, à trois milles au sud-est de Thurso, à Banniskirk, à Clythe, à Lybster, et enfin à Latheron Wheele , près de la base de cette formation.
» On trouve ce poisson constamment dans des assises de schistes calcaires d'un gris foncé , très-bitumineux et micacé , dont les couches à Banniskirk et dans plusieurs des autres localités susmentionnées , recouvrent immédiatement les meilleures et les plus larges ardoises à couvrir les toits. En général, les débris de l'animal se distinguent aisément de la roche qui les contient, par leur teinte plus foncée j mais à Banniskirk ils sont aussi remarquables parce qu'ils changent de reflet, lorsqu'ils sont exposés à l'air. Leur couleur ordinaire, qui est d'un gris foncé, passe alors à un bleu pourpré , comme cela a été remarqué déjà précédemment. Quant à leur composition chimique , ces ichthyolithes diffèrent sensiblement les uns des autres. La proportion de magnésie est très-faible ; la matière bleue du poisson est un phosphate de fer ; toute la pierre contient de l'acide phosphorique dans la proportion d'un quart pour cent, et un peu d'une matière carbonée et bitumineuse. Le fer étant un protoxyde, la cassure fraîche est noire \ mais en absorbant l'oxygène elle devient jaune, et le phosphate qui passe à un perphosphate devient bleu. Ainsi le poisson est distinctement dessiné en traits bleus sur un fond jaune.
» Quant à la classification systématique de ces fossiles, M. le baron Cuvier nous a communiqué une description intéressante de ceux de Banniskirk, qui lui furent envoyés, en 1827, pour les examiner. » La voici :
»» Pour décrire les caractères du poisson fossile, sur lequel M. Murchison m'a » demandé mon opinion, j'ai cherché à en tracer au complet les formes, en réunissant » les parties que j'ai vues dans les différens exemplaires. Le résultat de ce travail )) est l'esquisse de la tab. i5. f. 4-5 *ï*^i montre comme caractère essentiel une » caudale pointue dont tous les rayons sont insérés sur le côté inférieur de la queue. » Ce caractère se retrouve dans les poissons du schiste cuivreux de Mansfeld et d'Eis- » leben. Parmi les espèces vivantes je ne connais aucun poisson qui ait ce caractère, « excepté leLépisostée (EsoxosseusL.) et à un moindre degré l'Esturgeon (Acipenser); » mais comme ces poissons fossiles ont de fortes écailles , je les classerais plus volontiers » parmi les Lépisostées. Ils ne sont cependant pas du même genre, n'ayant pas un » museau aussi allongé. Les poissons de Mansfeld et d'Eisleben sont en conséquence,
ToM. II. 4
» M à très-peu près, du même genre que ceux de Banniskirk , excepté que les derniers ont »» une nageoire dorsale double, tandis que ceux de Thuringe n'en ont qu'une simple » » qui est placée plus en avant. Il ne manque que les nageoires pectorales et les ven- »)) traies pour compléter la détermination de ces individus. On trouve bien quelques )))) restes des pectorales, mais je n'ai pas encore pu découvrir un seul vestige des «)) ventrales. Je suis cependant d'avis qu'elles sont placées assez loin des pectorales, )) » pour que ce genre soit de l'ordre des Malacoptérygiens abdominaux et par consé- »« quent analogue du Lépisostée. »»
» Depuis que les exemplaires décrits ci-dessus ont été envoyés à Paris, on en a » découvert de plus parfaits. Les ayant examinés attentivement , MM. Valenciennes » et Pentland ont non-seulement confirmé l'opinion du baron Cuvier, mais encore ils y) nous ont mis à même d'ajouter les détails suivans :
» Les poissons de Caithness appartiennent à l'ordre des Malacoptérygiens abdominaux » et forment deux nouveaux genres. On propose d'en nommer un Diptenis à cause de )) sa nageoii'e dorsale double. L'autre a été appelé Osteolepis.
» On connaît les espèces suivantes de Dipterus :
» La première et la plus commune (tab. 17. f. i. 2. 3.) est reconnaissable à son anale » qui est très-courte et qui ne dépasse pas la moitié de la longueur du lobe inférieur » de la caudale. Cette espèce, qu'on peut appeler D. bracJijpjgopteniSj paraît avoir » atteint parfois une grandeur considérable, car les écailles mesurent un peu plus d'un }) sixième de pouce.
» Une seconde espèce (tab. i5. f. i. 2. (*) 3.) que l'on peut nommer Z>. macropj- » gopterusj égale par sa grandeur la précédente dont on la distingue cependant aisé- » ment par la longueur de l'anale qui se termine en pointe aiguë et se prolonge sous » la caudale presque aussi loin que son lobe inférieur. Les écailles de cette espèce sont » plus grandes que celles de l'espèce précédente 5 elles ont un quart de pouce de large.
» Une troisième espèce semble n'avoir jamais atteint la grandeur des précédentes , » quoiqu'elle soit remarquable par les dimensions beaucoup plus consi'dérables de ses " écailles. La nageoire anale, quoique longue , n'égale pas celje du Dipterus macropy- >) gopterus, dont elle diffère aussi bien que du Dipterus bracliypygopterus par sa cau- » dale arrondie. »
» Une quatrième espèce (tab. 16. f. i. 3.) qui est beaucoup plus petite, a été >i nommée D. Valenciennesii d'après l'observateur ingénieux qui, le premier, en a » découvert les caractères distinctifs. »
» Parmi les fragmens il y a une plaque recouverte de grosses écailles , qui ne » montre aucune trace de la tête, ni des nageoires, mais qui présente, comme un autre
(*) La fig. 2 est tournée sens dessus dessous Agass.
>i -exeniplaire (tah. iG. f. 5.) des débris qui paraissent avoir clé les os de la tète et des » opercules. D'après cela il est impossible de déterminer avec certitude si ces fragments )i sont d'un Dipterus. L'analogie cependant conduirait à cette conclusion ; car les écailles )) sont rondes , imbriquées et couvertes de granulations , caractères par lesquels ils res- » semblent au Dipterus. En attendant que de nouvelles observations fournissent des ma- » tériaux pour prononcer d'une manière définitive à quel genre ce poisson appartient, » il peut être nommé provisoirement D. macrolepidotus. L'exemplaire représente » tab. i6. f. 1. paraît être un jeune individu de la même espèce. »
Cette dernière observation nous apprend donc, je pense, le nom de la troisième espèce mentionnée plus haut.
J'ai fait copier les plaques les plus complètes de ces poissons, sur la tab. i. du vol. 2. La tig. I . représente le Dipterus macropygoptenis des auteurs susmentionnés \ la fig. 2. leurZ>. micropjgoptems; la fig. 3. leur Z). macrolepidotus, et la fig. 4- leur D. Valenciennesii.
diï