CHAPITRE III
DU GENRE PYGOPTERUS Agass.
Le développement excessif des nageoires est un caractère qui frappe au premier coup-d'œil dans ce genre. La caudale en particulier est très-robuste, à lobes inégaux , largement échancrée et portée par un pédicule ^igoureux. Ce caractère, il est vrai, se retrouve également, quoique à un moindre degré , chez les Acrolepis. Mais ce qui caractérise plus particulièrement les Pygopterus , c'est qu'à celte caudale inéquilobe se joint une anale fort longue qui garnit le bord inférieur du corps sur une grande étendue. La dorsale est opposée à l'espace entre les ventrales et l'anale , mais de manière à être plus rapprochée de cette dernière. Les nageoires paires sont moins développées. Il existe en avant de toutes les nageoires une série de petits rayons qui se prolongent sous la forme de fulcres de plus en plus petits jusqu'à l'extrémité du rayon antérieur. Le squelette est robuste , et les vertèbres sont en général plus larges que longues. La mâchoire supérieure déborde la mâchoire inférieure ; l'une et l'autre sont armées de dents coniques très-pointues. Les écailles sont petites proportionnellement à la taille du poissoji ; elles sont lisses , rhomboïdales et s'étendent non-seulement sur le corps , mais encore sur l'origine des nageoires et recouvrent même tout le lobe supérieur de la caudale , jusque près de son extrémité. En restaurant ce type d'après les débris qu'on en possède , j'ai trouvé qu'il devait avoir à-peu-près la forme et la physionomie que je lui ai données dans ma Tab.B, fig. 3 du Vol. i. Seulement ses dimensions étaient beaucoup plus considérables. Il parait surtout avoir dominé dans les formations anciennes , et particulièrement à l'époque du Zechstein et de la houille, où il représentait les Eugnalhus et les Caturus de l'époque jurassique.
L Pygopterus Humeoldti Agass.
Vol. 2,Tab. SI et ^5.
SVN. Palceothrissum magnum Blaiiiv. Ichtliyolitlies in nouv. Dict. des se. nat. Tom. 28.
Pygopterus Hum-holdti Ag. Munster Beytrage zùr Petrefaktenlv. Heft 5. p. 48. Tab. S, fig. 1.
Palœoniscus exsculptus Germar die Versteiner. des Mansfelder Kupferscli. Halle 1840. — Kiirtze coramentatio de jie-
trefaclis qiiœ in schislo Ijitiim. Mansf. reper. Hallse 1839. Esox eislebensis Blainv. Ichtliyol. in Nouv. Dict. des se. nat. Tom. 28. — Wolfart Hassia subterranea. Tab. 18 et 19.
C'est ce poisson que M. de Blainville a décrit sous le nom de Palœothrissum magnum. La plaque d'après laquelle cet auteur a établi son espèce , se trouve dans la collection de M. Alex.
Brougniart. ol comme elle est très-incomplète . il n'est pas étonnant qu'il ait pris le change sur sa véritable nature. Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas un Pal.Tothrissum, mais bien un Sauroïde du genre Pygopterus. Ce qui aura sans doute contribué à le faire envisager par M. de Blainville connue un Pala'olhrissum , c'est le fait que le lobe supérieur de la caudale est abondamment couvert d'écaillés, absolument comme dans les vrais Pala'Othrissum.
Comme espèce , ce poisson est facile à distinguer. Il est très-élancé , et semble avoir été fusiforme. Toutes ses nageoires, sans exception , sont larges et bien fournies. Les pectorales ont près de deux pouces de long ; leurs rayons sont gros, articulés de près et divisés en un grand nombre de petits fdets ; il n'y a que le premier grand rayon qui soit indivis. Les ventrales sont beaucoup plus petites et ont des rayons plus gi'èles. La dorsale a à-peu-près les dimensions des pectorales , mais ses rayons sont aussi moins gros et plus nombreux. Mais c'est l'anale qui mérite surtout de fixer l'attention ; elle est tellement développée , qu'elle s'étend sur le tiers de la longueur du poisson. Ses rayons , d'abord aussi larges que ceux de la dorsale se raccourcissent de plus en plus d'avant en arrière et les derniers ne sont plus que de trèspetites soies (Tab. ok). Il est assez difficile d'en indiquer le nombre total , mais il est de près de cinquante , qui tous se dichotoment plus ou moins , à l'exception des cinq premiers qui sont petits et indivis. La caudale n'est pas conservée dans les deux exemplaires que j'ai fait figurer; mais je l'ai trouvée très-complète sur un exemplaire du Muséum de Paris. Elle est très-grande et largement échancrée. Le lobe supérieur est beaucoup plus long que l'inférieur, et recouvert d'écaillés jusqu'à son sommet et dans la moitié de sa largeur. Les fulcres du bord sont très-gros et s'étendent également jusqu'au sommet. Le lobe inférieur n'est pas garni d'écaillés et les fulcres de son bord sont beaucoup plus petits. Le nombre total des rayons est d'au moins vingt au lobe inférieur ; ceux du lobe supérieur sont bien plus nombreux. Les écailles varient peu d'après leur position sur le corps ; elles sont en forme de losanges très-réguliers ; elles ne deviennent irrégulières que sur le dos et sur le ventre. Leur petitesse relative est d'ailleurs un caractère qui contribuera toujours à les faire reconnaître quelque part qu'on les trouve.
La tête a dû être considérable d'après ce qu'on en voit dans l'exemplaire de Tab. 5-3 , qui représente notre poisson par la face inférieure , un peu tourné sur le côté. La mâchoire supérieure déborde évidemment la mâchoire inférieure ; toutes deux sont hérissées de petites dents très-espacées , mais fort acérées. L'exemplaire de Tab. oi permet de reconnaître ({uelques parties du squelette , entre autres certaines apophyses et une partie des osselets interapopbysaires destinés à soutenir l'anale. Les uns et les autres sont gros et massifs. 11 est surtout digne de remarque que les osselets soient bien moins nombreux que les rayons qu'ils portent, car il y a au moins deux rayons pour un osselet , sinon davantage.
C'est l'un des plus beaux poissons que nous ait fournis jusqu'ici le Zechstein ; aussi me suisje fait un plaisir de le dédier au savant physicien dont l'Allemagne s'honore. L'espèce a été trouvée en plusieurs endroits , entre autres à Mansfeld , à Nendershausen , à Rigelsdorf et à
Gliicksbi'iinn. Les originaux de mes planches font tous deux partie de la collection du Muséum de Paris. Celui de Tab. 5i y est en double plaque.