‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 144 sur 289 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

DL GENRE ACROLEPIS Agass.

J'ai établi ce genre d'après un fragment qui se trouve dans la collection de M. William, et qui comprend la partie postérieure du corps avec la dorsale, l'anale, la caudale et une partie des ventrales. J'avais conclu, d'après cet échantillon , que le poisson dont il provient devait être trèsélancé , et. comme les nageoires sont très-développés et qu'elles font, par conséquent, supposer un excellent nageur, je n'avais pas hésité à le ranger parmi les Sauroïdes, qui, comme l'on sait, se distinguent par leur appareil natatoire vigoureux. Ces prévisions ont été pleinement justifiées par la découverte qu'on a faite depuis d'une autre espèce , dont le corps entier, est admirablement conservé, et que nous décrirons plus bas, sous le nom d'y4. asper. Mais ce qui caractérise plus particulièrement ce type, c'est la structure de ses écailles. Elles sont rhomboïdales et à-peu-près d'égale grandeur sur tout le corps, et leur surface, au lieu d'être lisse, est ornée d'une ou de plusieurs grosses rides longitudinales et irrégulières qui se combinent de diverse n^anière entre elles, et qui, lorsqu'elles sont peu nombreuses et très-saillantes , peuvent facilement induire en erreur; car on les prend alors pour les contours des écailles. A cet égard, il n'y a parmi la famille des Sauroïdes que le genre Ptycholepis qui se rapproche du genre Acrolepis. Cette structure ridée se trouve également sur les os de la tête , avec cette dilTérence que les rides ne sont pas circonscrites ici de la même manière que sur les écailles, ensorte qu'elles forment un réseau plus continu et plus compliqué, d'une apparence toute particulière.

L'arrangement des nageoires est à-peu-près le même que dans le genre Pygopterus. La dorsale est opposée à l'espace entre l'anale et les ventrales. L'anale de son côté occupe le milieu de l'espace entre les ventrales et la caudale; mais elle n'est pas aussi étendue que dans le genre Pygopterus; sa forme est semblable à celle de la dorsale. Les ventrales sont situées au milieu du corps et partant beaucoup plus rapprochées de l'anale que des pectorales. La caudale est inéquilobe : le lobe supérieur diffère du lobe inférieur , non-seulement par sa grandeur , mais aussi par sa squammation : enfin il est un dernier caractère qu'il m'importe d'autant plus de signaler, qu'il m'a échappé lorsque j'ai examiné pour la première fois ce type , c'est que le lobe inférieur est garni d'écaillés comme le lobe supérieur. Sous ce rapport, la figure restaurée que j'ai donnée du genre Acrolepis, dans la Tab. H du Tom. i , a besoin d'être cor-

rigée. A part cela , elle est exacte , car les erreurs que M. Quenstedt a cru remarquer dans les détails , proviennent de ce que j'ai emprunté les proportions de mon poisson à l'espèce anglaise , tandis qu'il a eu sous les yeux l'espèce de Mansfeld. Or, ces deux espèces diffèrent justement l'une de l'autre par les particularités que M. Quenstedt relève comme des inexactitudes dans ma figure.

La tête est grosse et courte ; le museau est assez pointu ; les mâchoires sont armées de fortes dents coniques très-serrées. On ne connaît point encore la charpente osseuse, mais j'ai tout lieu de croire qu'elle est vigoureuse.

Les espèces connues jusqu'ici ne se montent qu'à deux, qui proviennent l'une et l'autre du Zechstein ou calcaire magnésien.

L AcROLEPis Sedgwickii Agass.

Vol. 2, Tab. 52.

Sedgwick Geological Transactions , 2™^ Série, Vol. 3, Tab. 8.

Cette espèce a été figurée pour la première fois par M. Sedgwick , d'après un exemplaire de la collection de M. Witham , que l'on avait pris pour un Palœoniscus et que j'ai reproduit dans ma planche. C'est le seul fragment de cette espèce qui soit connu jusqu'ici. Je ne m'arrêterai point à démontrer que ce fossile n'est point un Palœoniscus et qu'il n'appartient pas môme à la même famille. Ce qui frappe au premier abord dans notre À. Sedxjivickii ., c'est sa forme très-élancée , jointe à des nageoires très-dé veloppées. La caudale , en particulier, est très-grande et profondément échancrée , le lobe supérieur est notablement plus grand que le lobe inférieur ; il est recouvert sur la moitié de sa largeur d'écaillés dont les unes , celles des rangées externes , sont tout-à-fait semblables à celles du tronc , tandis que celles des rangées internes sont beaucoup plus étroites et plus allongées. Les rayons , dont on ne voit que les extrémités , sont dicholomés et forment un angle aigu avec la direction des écailles allongées qui les bordent. Il en est à-peu-près de môme du lobe inférieur, mais avec cette différence qu'ici les écailles sont plus petites, plus uniformes et rhomboïdales. Les bords externes des devlx lobes sont munis de rayons ou de fulcres roides ; ceux du lobe supérieur sont très-gros et s'étendent jusqu'à l'extrémité de la nageoire ; j'en compte seize. Ceux du lobe inférieur sont beaucoup plus petits et paraissent même limités à la base du lobe. La dorsale est étroite, mais composée de rayons assez longs. Le premier rayon est probablement garni de fulcres , du moins en aperçoit-on plusieurs à sa base. L'anale est beaucoup plus grande; mais ses rayons décroissent rapidement en arrière , et les derniers ne sont pas plus gros que les petits rayons indivis du bord antérieur. Les fulcres du premier rayon sont très-petits et ils s'étendent jusqu'au sommet de la nageoire. Les ventrales sont à-peu-près de la grandeur de la dorsale. Ces trois nageoires (la dorsale, l'anale et les ventrales) sont composées de rayons

assez grêles , articulés et distinctement dicliotomés ; mais comme toute la surface de la nageoire est garnie d'écailles , on n'aperçoit les articles que lorsque ces dernières sont enlevées, ensorte qu'il faut être sur ses gardes pour ne pas les confondre ; car les écailles ont ordinairement les mêtnes dimensions que les articles, seulement elles sont orientées dans un autre sens , ainsi qu'on peut le voir sur la dorsale de notre exemplaire.

Les écailles constituent à la fois le caractère générique et spécifique essentiel de ce poisson. Elles sont en général rhomboïdales et ne s'allongent un peu que sur le pédicule de la queue et sur le lobe supérieur de la caudale. Leur surface est marquée de deux et quelquefois de trois rides qui convergent à leur extrémité , de manière à former une sorte d'épine allongée , que l'on est tenté de prendre, au premier coup d'œil, pour l'écaillé elle-même (fig. 3). Les écailles des nageoires font cependant aussi ici une exception à la règle : celles du lobe infé-rieur de la caudale et probablement aussi celles de l'anale n'ont qu'une seule ride ; il en est de même de celles des rangées internes du lobe supérieur de la caudale. Par contre, celles des rangées externes qui sont beaucoup plus larges , ont quatre et cinq rides et davantage (fig. 2 et 4). Lorsque le poisson n'a laissé que son empreinte, ces rides se dessinent en creux sur la roche ambiante, comme cela se voit dans notre exemplaire au-dessus des ventrales. La racine des écailles est courte et simple, les séries ne sont réunies que par des bords obliques; je n'ai du moins pas remarqué d'onglet articulaire.

Cette espèce provient du calcaire magnésifère ; lord Enniskillen et sir Philipp Egerton en possèdent divers fragmens fort intéressans.

IL AcROLEPis ASPER Agass.

SvN. Acrolepis Sedgwichii Owew&itài inWicgman Arcliiv. 1835. vol. 2. p. 92. Acrolepis asper Agass. Poiss. foss. II , p. 6 et 69.

Palœoniscus Duiikeri Germar Versteiiieriingen des MansfeMer Kupferscliiefers. Acrolepis Dunkeri Miinst. Beitrœge zur Petrefactenkunde. Heft 4.

Je donne ce nom à l'un des plus beaux poissons qui aient été trouvés dans les terrains antérieurs à l'époque jurassique , et dont l'original , recueilli dans le Zechstein de Mansfeld , fait l'ornement de la collection de lord Enniskillen. Il a deux pieds de long, en évaluant le bout de la queue qui manque à un pouce. Sa plus graiule largeur, qui est à l'origine des pectorales, est de quatre pouces et demi. ha. tête est contenue quatre fois dans la longueur du corps; elle est à-peu-près aussi large que longue (comme k à 5). Le corps va en se rétrécissant graduellement, depuis la ceinture thoracique , jusqu'à l'origine de la caudale. Il n'y a qu'un seul endroit, derrière l'anale, où il se resserre un peu plus brusquement. La dorsale est située au-deKà du milieu de la longueur , entre l'anale et les ventrales; elle est de moyenne grandeur , composée de trente-deux à trente-trois rayons distinctement articulés, TOM. II. 2= Part. 11

mais peu divisés. Les articles sont plus longs que larges; les premiers surtout ont à-peu-prés le double de la longueur des autres ; ensorte que l'on en est à se demander si ce sont bien réellement des articles. L'anale offre absolument la même structure; mais ses rayons, sans être moins longs, sont plus fins et plus nombreux ; j'en compte de quarante-cinq à cinquante. Les ventrales sont un peu plus courtes et plus étroites ; en avant du rayon principal , il y en a six ou sept plus petits , qui s'allongent graduellement ; tous sont distinctement articulés , mais les derniers seuls sont divisés à plusieurs reprises. Les pectorales sont longues et composées de rayons très-grèles , qui ne se dicliotoment qu'à leur extrémité. La caudale est inéquilobe; le lobe supérieur est recouvert, sur la moitié de sa longueur , d'écaillés semblables à celles du tronc , et l'on ne découvre les rayons que dans leur partie terminale , où ils sont très-divisés et distinctement articulés. Les écailles du lobe inférieur sont fort différentes de celles du lobe supérieur ; ce ne sont plus les écailles du tronc qui se continuent directement sur la nageoire ; il y a au contraire une limite distincte entre les deux formes , et celles de la nageoire ne son'' plus, dans cette partie, que de petites écailles carrées comme les articles des rayons. De même que dans l'anale et la dorsale , celles qui recouvrent la base de la nageoire sont sensiblement plus longues que les autres. A cet égard , il existe par conséquent une grande dilTérence entre cette espèce et VA. Seclywickii , où les écailles du lobe inférieur conservent, à quelques petites modifications près, le caractère des écailles du tronc. Si ces différences se retrouvaient à l'avenir aussi tranchées sur un plus grand nombre d'espèces, il serait peut-être convenable de séparer les deux types et d'en faire deux sections distinctes. Pour le moment, je crois devoir me borner à signaler le fait, afin de fixer sur lui l'attention des paléontologistes. Le lobe supérieur est en outre garni de très-gros fulcres , qui ont jusqu'à quatre ou cinq lignes de long et près de deux lignes de large. Le lobe inférieur n'en a que de très-petits.

Les écailles sont d'une grande uniformité, quant à leur forme et à leur grandeur; mais les rides qui ornent leur surface ne sont pas semblables sur toutes les parties du corps; elles sont en général moins grosses et moins saillantes que dans l'espèce précédente ; les écailles de la partie antérieure du corps en ont en outre de plus fines et de plus nombreuses que celles de la partie postérieure et du pédicule de la queue. On en compte jusqu'à cinq et six sur une écaille , mais elles sont ordinairement assez irrégulières.

Les os de la tête sont en grande partie conservés dans notre exemplaire. On y distingue très-bien les deux mâchoires, qui sont armées l'une et l'autre de dents coniques très-uniformes. La surface des os maxillaires et des plaques buccales, qui sont en partie conservées, est finement sculptée, c'est-à-dire, ornée d'une granulation confluenle, qui donne à ces pièces une apparence semblable à celles des écailles du dos. Le préopercule est étroit, et son bord postérieur droit ; l'opercule est proportionnellement très-petit et de forme carrée; audessous se voit un subopercule allongé et une dixaine de rayons branchiostègues , dont les supérieurs sont les plus grands et les plus larges. La partie visible de la ceinture thoracique est presque aussi large que l'opercule. La surface de tous ces os est ornée comme celle des mâchoires.

J'ai tout lieu de croire (jue c'est la même espèce ([ue M. Germar a décrite sous le nom de Palœomscus Dioikeri, el M. le comte de Mi'mster sous celui A' Acrolepis Dunkeri. Je l'ai moimême, dans l'origine, réunie à tort aux Gyrolepis , sous le nom de G. «.s/jey. L'espace ne me permettant pas de joindre ici la (îguro de ce poisson, je me réserve de la publier plus tard.

A la suite de ces genres . il faut ranger plusieurs types nouveaux de la famille des Sauroïdes, que je désigne sous les noms de Diplopterus , Orognathus , Graptolepis et Pododus. qui constituent des genres à part et dont je donnerai la description dans ma monographie des poissons fossiles du système dévoni^n et dans d'autres Supplémens.

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