‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 163 sur 289 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

DU GENRE SAUROPSIS âgass.

Ce genre est l'un des mieux caractérisés de toute la famille des Sauroïdes , par son squelette aussi bien que par ses tégumens et ses nageoires. Quant au squelette , il n'est aucun Sauroïde qui ait des vertèbres aussi courtes ; leur longueur n'égale pas la moitié de leur hauteur, et comme, jnalgré cela, ces poissons ne sont pas très-trapus, le nombre des a ertèbres doit par-là même être très-considérable. Aussi les apophyses , quoique grêles , sont tellement rapprochées qu'elles se touchent en quelque sorte ; et comme le dos est en outre garni d'osselets interapophysaires inermes , le tout forme une grille osseuse très-serrée. Les côtes sont grêles , plus longues et moins arquées que les apophyses.

Les écailles sont d'une petitesse extrême , au point de n'avoir parfois que la grandeur d'une tête d'épingle ; leur forme est rhomboïdale , autant que j'ai pu m'en assurer jusqu'ici. Mais comme elles sont en même temps très-minces , il en résulte qu'elles sont rarement conservées ; aussi ne sont-elles pas ordinairement d'un bien grand secours pour la détermination générique.

Un autre caractère générique réside dans les pectorales, qui sont excessivement développées , au point qu'elles débordent de beaucoup l'origine des ventrales. Celles-ci sont mésogastriques et par conséquent également rapprochées de l'anale et des pectorales. La dorsale est opposée à l'anale; la première est assez petite; l'anale, au contraire, est fort large et s'étend jusque près de ''origine de la caudale. La caudale elle-même est équilobe , très-dilatée , et largement fourchue ; il y a , à la base de chaque lobe , un certain nombre de petits rayons indivis ; mais le •rayon principal n'est pas hérissé de fulcres. Les rayons de toutes les nageoires sont très-fins.

La tête est courte et grosse ; les mâchoires sont armées de dents coniques, très-acérées et assez espacées.

D'après cette diagnose , il est assez facile de déterminer le genre Sauropsis , soit que l'on ait sous les yeux une portion du squelette ou quelque partie de la cuirasse tégumentaire avec les nageoires.

C'est un genre propre à la formation jurassique. Je n'en connais jusqu'ici que trois espèces. Ce sont des poissons d'assez grande taille et de forme régulière. '

Sauropsis longimanus Agass,

Vol. 2 , Tab. 60.

J'envisage oeUe espèce comme le type de mon genre Sauropsis. C'est un poisson très-bien proportionné , d'un pied de long sur deux pouces et demi de large. La tète est contenue plus de cinq fois dans la longueur totale ; elle est par conséquent très-courte. Mais ce qui frappe au premier coup-d'œil , c'est l'énorme quantité d'apophyses épineuses , de côtes et d'osselets interapophysaires qui entrent dans la composition du squelette. Le nombre des apophyses, depuis la nuque jusque un peu au-delà de la dorsale , n'est pas moins de quatre-vingt dix , ensorte qu'en évaluant à quarante celles qui occupent l'espace entre la dorsale et l'anale (d'après la manière dont elles sont serrées en quelques endroits) , ce poisson n'aurait pas moins de cent et quarante vertèbres. Sur ce nombre il y en aurait environ trente-cinq d'abdominales et par conséquent autant de paires de côtes , à supposer que toutes les vertèbres en portaient une paire. Les vertèbres elles-mêmes ne sont pas conservées , ce qui me fait présumer qu'elles n'étaient qu'imparfaitement ossifiées. On ne les reconnaît qu'aux empreintes qu'elles ont occasionnées , et qui sont tellement étroites que leur longueur n'égale pas même le quart de leur hauteur. Les apophyses , ainsi que les côtes, sont excessivement grêles. Les premières sont d'abord presque droites , mais elles s'inclinent insensiblement en arrière , et celles de la région postérieure sont surtout fortement recourbées. Les osselets inlerapophysaires sont longs, mais également minces. Ceux de l'anale , qui sont le plus en vue dans notre exemplaire , sont presque aussi grands que les apophyses auxquelles ils correspondent. Le premier surtout est fort allongé et recourbé en avant d'une manière toute particulière. Ceux de la partie postérieure de la nageoire deviennent de plus en plus courts. Quoique les apophyses vertébrales soient très-serrées, il me paraît cependant que les osselets interapophysaires le sont encore davantage, et qu'il y en a parfois plus d'un par apophyse. Les nageoires reflètent en quelque sorte à l'extérieur cette forme grêle du squelette , car leurs rayons sont tous sans exception excessivement fins. Les pectorales qui ont valu à l'espèce son nom sont très-dévcloppées , fort longues et en même temps très-larges. Les plus grands rayons débordent beaucoup l'insertion des ventrales. Autant les pectorales sont grandes, autant les ventrales sont petites. Nous avons déjà indiqué comme un caractère générique leur position mésogastrique qui les rapproche également des pectorales et de l'anale. La dorsale occupe une position assez reculée ; elle est peu large, mais ses rayons sont assez longs, surtout les premiers. L'anale occupe un espace considérable. Son insertion est un peu en arrière de celle de la dorsale. Ses premiers rayons ont environ un pouce de long , mais ils décroissent rapidement et les derniers sont fort courts. La caudale est grande , équilobe et profondément échancrée ; ses rayons qui sont déjà très-fins par eux-mêmes , se dichotoment encore à plusieurs reprises. Au milieu de cette quan- ToM. II. 2' Part. 16

tité de rayons si fins et si homogènes, il est curieux d'en voir au milieu six qui se distinguent par une forme toute particulière. Ils sont courts , ondulés et très-espaces et appartiennent selon toute apparence au lobe supérieur. Les rayons indivis de la base des lobes s'allongent insensiblement le long du premier grand rayon. Il n'y a aucune trace de fulcres tels qu'ils existent dans la plupart des autres genres. Par-là les Sauropsis se rapprochent du genre Pachycormus. On ne distingue point non plus d'articulations aux rayons ; mais c'est sans doute une conséquence de l'état de conservation de notre exemplaire , dont les rayons ne sont généralement reconnaissables qu'à leurs empreintes.

Les écailles sont très-petites , en forme de losanges réguliers et en général uniformes. Si on vient à les examiner à la loupe , on trouve qu'elles sont finement striées dans le sens longitudinal. La ligne latérale est distincte dans noti'e exemplaire , elle suit assez régulièrement la colonne vertébrale.

La tête est courte , à-peu-près aussi haute que longue. Aucun de ses appareils n'est bien robuste , à l'exception de la ceinture thoracique qui supporte les pectorales. Les dents sont très-acérées , mais en même temps assez distantes les unes des autres.

L'original de ma planche se trouve au Musée de Munich. Il provient des schistes de Solenhofen. Il en existe un autre exemplaire dans la collection de M. le comte de Miinster.

Le Sauropsis LATus est une espèce également très-remarquable ; ses dimensions sont un peu plus considérables que celles du S. longimanus ; elle est surtout plus large ; la dorsale est plus reculée. Les apophyses sont tout aussi grêles ; mais les vertèbres ne paraissent pas être toutà-fait aussi courtes. Elle se trouve dans le lias deGoppingen, de l'Oberland badois et de Lyme- Regis. Je décrirai cette espèce dans mes Supplémens , avec une troisième espèce provenant de Stonesfield que j'appelle Sauropsis mordax.

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