‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 165 sur 289 · I. Thrissops roRMosus Agass · texte numérisé non relu

I. Thrissops roRMosus Agass

Vol. 2, Tab. 6Sfl.

Cette espèce est celle que j'envisage comme le vrai type du genre Thrissops. L'exemplaire figuré est l'un des plus beaux poissons fossiles que l'on puisse voir ; aussi rien n'est plus facile que d'en étudier en détail tous les caractères. La tête est très-petite ; elle est contenue presque sept fois dans la longueur du corps. La plus grande largeur est au milieu du corps près des ventrales ; de-là le tronc se rétrécit insensiblement jusqu'au pédicule de la queue. Les nageoires présentent plusieurs particularités dignes de remarque ; les pectorales , de moyenne grandeiu' mais peu larges , sont composées d'un petit nombre de rayons , bifurques nombre de fois. Les ventrales , situées au milieu de l'espace entre l'anale et les pectorales , sont très-petites , et ne comptent guère que quatre ou cinq rayons. L'anale commence par un lobe trèsproéminent mais peu large, et se termine par de très-petits rayons qui sont tous bifurques et distinctement articulés. La dorsale n'est pas conservée dans notre exemplaire , on n'en reconnaît que les contours ; mais je me suis assuré par l'étude d'autres exemplaires qu'elle n'est pas trèsdéveloppée ; elle a à-peu-près la forme et les dimensions du lobe antérieur de l'anale. La caudale est très-grande, équilobe ou à-peu-près, largement et profondément échancrée; ses rayons qui sont assez grêles , sont tous articulés et dicholomés à leur extrémité ; ceux du milieu sont même très-ramifiés. Les articles sont sensiblement plus longs que larges. Les grands rayons qui sont au moins au nombre de douze dans chaque lobe , sont précédés de plusieurs rayons indivis, assez longs. La nageoire est supportée par les trois dernières vertèbres caudales. La dernière qui est très-dilatée porte les rayons du milieu ; l'avant-dernière et l'antépénultième servent de soutien aux grands rayons et aux petits rayons simples du bord.

Les écailles sont très-grandes ; aussi n'en compte-t-on que douze rangées longitudinales dans la partie la plus élargie du poisson. Il est difticile de s'en faire une idée exacte d'après notre exemplaire , par la raison qu'on ne les voit que par la face interne et que leur contour postérieur reste caché ; ensorte que la figure 2 ne représente que le bord antérieur qui est arrondi. Tout ce que j'ai pu voir c'est qu'elles sont très-minces.

C'est le squelette qui mérite le plus de fixer l'attention de l'ichtliyologisle , d'abord à cause de sa structure , et ensuite parce qu'étant ordinairement seul conservé , il est d'un intérêt plus pratique pour le géologue. Toutes les parties, jusqu'aux arêtes musculaires sont conservées avec la plus grande netteté. La colonne vertébrale est plutôt grêle que massive. Le nombre des vertèbres est de cinquante-quatre , dont vingt-huit caudales et vingt-six abdominales. Ces dernières sont à-peu-près toutes intactes. Les vertèbres caudales , au contraire, sont divisées par le milieu , ensorte que l'on voit la ca\ ité à double cône de l'intérieur des vertèbres ; elles sont en outre plus longues et plus grêles que les vertèbres abdominales. Les côtes sont longues et

grêles ; les premières surtout sont fort minces. Les apophyses sont moins développées cl toutes régulièrement anpiées. Celles de la région caudale s'articulent siu' le milieu des corps de vertèbres ; celles de la région abdominale , au contraire , près du bord postérieur ; la base des apophyses supérieures est surmontée d'un double crochet ou rendement longitudinal. Les apophyses inférieures , au contraire , n'ont qu'un léger renflement en avant. La fig. 3 représente une vertèbre caudale grossie, d'un grand exemplaire, pour faire voir ce mode d'insertion. Les arêtes musculaires sont fines , à-peu-près aussi longues que les apophyses , mais beaucoup plus inclinées ; elles sont attachées au bord antérieur articulaire des vertèbres abdominales. Les osselets interapophysaires sont grêles et petits , comparativement aux autres parties du squelette ; il y en a un pour chacun des rayons de la dorsale et de l'anale. La grande netteté de tons ces os et leur bel état de conservation , me font supposer que ce poisson n'avait point d'osselets inermes ; car dans ce cas il en serait resté quelques traces sur l'un ou l'autre des exemplaires que je connais. Les rayons branchioslègues sont courts et nombreux. La gueule est très-peu fendue. Les dents ne sont qu'imparfaitement conservées , mais il parait quelles étaient petites ; en général , je crois que les Thrissops et surtout ceux de Solenhofen . étaient peut-être les moins voraces de tous les Sauroïdes.

L'original de ma planche est l'un des ornemens de la collection de M. le comte de Munster. Il provient du calcaire de Kehiheim , ainsi que plusieurs autres exemplaires également fort beaux, qui se trouvent dans la même collection. 11 en existe un autre non moins parfait au Musée de Munich , provenant de Solenhofen.

IL TiiRissops Cephaius Agass.

Vol. 2, Tab. 61, fig. 1-5.

Quoique cette espèce soit très-petite , relativement à l'espèce décrite ci-dessus , je ne doute cependant pas qu'elle n'appartienne au genre Thrissops , et au groupe du Th. formosus. Si au premier coup-d'œil , on peut être induit en erreur et la prendre pour un Leptolepis , il suffit d'examiner avec quelque attention la disposition des nageoires , et en particulier de l'anale , pour reconnaître ses véritables affinités. Or, pour peu que l'on accorde quelque importance à ce caractère , on ne pourra laisser réunies dans un même genre des espèces chez lesquelles la dorsale est plus reculée que l'anale , et d'autres chez lesquelles elle est opposée aux ventrales , comme dans les Leptolepis macrolepidotus et polyspondylus (fig. 4-6 et 7 et 8). Les écailles n'étant pas conservées ne peuvent nous fournir aucun indice. Le squelette , en revanche , est très-distinct ; les vertèbres sont grosses ; les apophyses épineuses sont longues , relativement à la taille du poisson; en revanche, il m'a été impossible de découvrir des osselets interapophysaires inermes, ensorte que sous ce rapport , il y a une différence importante à signaler entre notre espèce et le T. interinedhis. Quant anx nageoires, on ne saurait nier leur grande affinité

avec les nageoires des autres Thrissops : les pectorales sont grandes; les ventrales sont petites ; plus rapprochées de l'anale que des pectorales ; l'anale occupe une assez grande étendue ; la caudale est équilobe et profondément fourchue ; la dorsale est petite. La tête est grande proportionnellement au tronc ; l'œil est énorme.

C'est une espèce propre au calcaire de Solenhofen. Les originaux se trouvent dans la collection de M. le comte de Miinster.

II L Thrissops micropoduis Agass.

Vol. 2, Tab. m.

Le caractère dominant de cette espèce consiste dans sa forme très-élancée, qui rappelle un peu les Brochets de nos jours; aussi M. de Blainville Ta-t-il désignée sous le nom d\Esox incognitm. Cette erreur est d'autant plus excusable que les écailles sont ordinairement émoussées à leurs angles , ce qui fait que l'on est naturellement tenté d'y reconnaître le type ordinaire des écailles de Cycloïdes. Ayant examiné le même exemplaire que celui que décrit M. de Blainville, j'ai cependant découvert, le long de la ligne latérale, et près de la ceinture thoracique, quelques endroits où les écailles sont mieux conservées et où elles trahissent leur forme rhomboïdale. Ce qui prouve d'ailleurs que c'est bien là la forme normale des écailles, c'est que dans la partie postérieure du corps, qui n'a laissé que son empreinte sur la pierre, le contour des écailles est réellement anguleux et non pas arrondi. La tète est petite proportionnellement au corps , elle n'égale guère que le sixième de sa longueur totale , mais toutes ses parties sont bien conservées ; l'on reconnaft entre autres l'opercule qui est large et à bords droits en arrière; le préopercule qui est étroit et dentelé en avant, et plusieurs os du crâne, ainsi que les mâchoires. L'orbite est grande. Les mâchoires ne sont pas très-robustes. Les dents sont coniques et entremêlées de dents plus petites , comme dans le genre Jspidorhtjnchus. Sous la mâchoire inférieure , on remarque une série de rayons branchiostègues qui ne sont pas très-serrés.

Les nageoires sont en général petites, surtout les ventrales qui sont plus rapprochées des pectorales que de l'anale. Les pectorales sont beaucoup plus grandes ; elles ont au moins douze rayons, dont le premier, qui est le plus grand , a près d'un pouce et demi de long. L'anale s'étend jusqu'à l'origine de la caudale , et , comme ses rayons vont en décroissant d'avant en arrière, il en résulte que les derniers sont très-petits. Le nombre total des rayons est très-considérable. La dorsale correspond par son bord antérieur au milieu de l'anale; ses rayons sont un peu plus longs que ceux de cette dernière nageoire et se divisent en un très-grand nombre de lilets à leur extrémité. La caudale est très-i'égulière et largement échancrée ; en avant du rayon principal , on remarque une quantité de petits rayons fourchus et indivis. Les rayons du milieu de la caudale sont courts, fort larges à leur base et divisés un très-grand nombre de

fois, de manière qu'ils représentent chacun un faisceau de très-pelils filets. Les articles dos grands rayons sont fort longs et leurs articulations forment sur chacun des lobes des séries obliques régulières. Le rayon principal des deux lobes est en outre hérissé de fulcres jusqu'à son extrémité.

Le poisson que je viens de décrire se trouve dans la collection du Muséum de Paris. Son origine n'est pas connue d'une manière précise ; mais il parait cependant, d'après tous les indices, que c'est un poisson jurassique. Il est renfermé dans une sorte de rognon argileux. C'est jusqu'ici la seule espèce de ce groupe.

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