‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 167 sur 289 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DU GENRE LEPTOLEPIS Agass

Lorsqu'on voit pour la première fois des poissons de ce genre , on ne songe guère à les ranger parmi les Sauroïdes , tant ils ressemblent peu à celte fanuUe de poissons voraces qui peuplaient les Océans des anciennes époques. Nous ne nous étonnons donc pas que les auteurs en aient fait des Clupes. Les écailles , il est vrai , ne ressemblent en rien à celles des Harengs , puisqu'elles sont revêtues d'émail, ce qui prouve que le genre appartient à un tout autre ordre, à celui des Ganoïdes. Mais il est à remarquer que les écailles sont rarement conservées et en outre si minces , qu'il est souvent assez difficile de reconnaître l'émail. Un autre caractère plus généralement accessible consiste dans le squelette qui est dépourvu de ces côtes sternales, qui sont si caractéristiques pour les Clupes. Il est plus difficile de distinguer nos Leptolepis de certains genres de Lépidoïdes , entre autres des Pholidophores. Ce sont . comme ces derniers , des poissons réguliers , fusiformes , en général de petite taille et doués de nageoires assez faibles. Ils se trouvent ordinairement réunis en assez grand nombre dans la même localité. Avec cela , ils ont des mâchoires armées de dents coniques , absolument comme les Sauroïdes. Or, ce seul caractère est plus que suffisant pour les éloigner des Lépidoïdes, et les faire rentrer dans la famille qui nous occupe. Par le fait , il ne peut donc y avoir des doutes sur le genre, que lorsque les dents ne sont pas conservées; et alors je conviens qu'il est assez difficile, dans certains cas. de distinguer un Leptolepis d'un Pholidophore. Une fois qu'il fut reconnu que les Leptolepis étaient des Sauroïdes , il devint urgent d'en faire un genre à part , dont la forme grêle et Faspect inoffensif sont l'un des principaux caractères. Les nageoires sont disposées comme dans les Caturus. La dorsale est opposée aux ventrales ; l'anale est d'ordinaire un peu plus rapprochée des ventrales que de la caudale. Aucune de ces nageoires n'est très-dévelopj)ée , non plus que les pectorales , ni même la caudale. Cette dernière est équilobe , très-échancrée , mais peu large. Il y a loin d'une nageoire pareille à la caudale puissante des Caturus : mais un caractère qui lui est commun , à ce qu'il paraît , avec ce dernier genre , c'est que le premier grand rayon n'est pas hérissé de fulcres. Les rayons eu général sont fins , mais cependant dichotomés et articulés , à l'exception des petits rayons situés à la base de la caudale, qui sont indivis. La tête est de moyenne grandeur: mais ce qui mérite d'être mentionné, c'est TOM. II, 2' Part. 17

que ses os sont en général lisses et non sculptés , comme dans la plupart des Pliolidophores. La colonne vertébrale est composée de vertèbres courtes et grosses ; mais les côtes et les apophyses sont excessivement grêles. Ces dernières ne deviennent un peu vigoureuses que dans la partie postérieure du corps. Les écailles sont ordinairement arrondies au bord postérieur comme des écailles de Cycloïdes , mais leur minceur extrême est cause qu'elles sont rarement conservées.

Toutes les espèces conques jusqu'à ce jour proviennent des terrains jurassiques ; mais elles dominent surtout dans les étages supérieurs de cette formation. A en juger d'après leur fréquence , ces poissons vivaient probablement en troupes, à la manière des Anchois , auxquels ils ressemblent à bien des égards. On pourrait dire qu'ils sont aux Pholidophores ce que les Anchois sont aux Harengs ou aux Aloses , c'est-à-dire , qu'ils ont des dents acérées , tandis que les autres n'en ont qu'en brosse ou pas du tout.

L Leptolkpis sPRATTiroKMis Agass.

Vol. 2, Tab. 61 «, lig. i. ,

Syn. Cliipea sprattiformis Blainv. Iclitli. — Knorr Toni. I, Tab. 23, tig. 2 et 3 ; Tab. 260, lig. 1-4; Tab. 2f>,

fig. 3, et Tab. 29, fig. 2> 3 et 4.

Cette espèce est très-commune dans le calcaire lithographique de Pappenheim et de Solenhofen ; aussi en trouve-t-on des exemplaires dans une foule de collections publiques et particulières. C'est un petit poisson de trois, tout au plus quatre pouces de long. La tête occupe environ le quart de la longueur ; elle est à-peu-près aussi large que le corps. L'orbite est trèsgrande. La colonne vertébrale est composée de vertèbres courtes et grosses. J'en ai compté quarante-deux dans un exemplaire du IMusée de Munich , dont vingt-cinq caudales et dix-sept abdominales. Les apophyses des vertèbres sont de moyenne grandeur, mais très-peu inclinées, même près de la caudale. Les côtes sont beaucoup plus longues et plus grêles. Les osselets interapophysaires sont excessivement minces et petits ; il n'y en a guère qu'un inerme , les autres supportent chacun un rayon. L'os du bassin est assez robuste. Les rayons branchiostègues sont courts. Quant aux rayons des nageoires ils sont très-serrés ; il y en a une douzaine à la dorsale et à-peu-près autant à l'anale ; ceux de la dorsale sont plus longs et plus gros que ceux de l'anale ; les uns et les autres sont dichotomés. Les rayons des ventrales et surtout des pectorales sont plus longs, mais également très-grèles. La caudale est profondément échancrée ; ses lobes sont égaux, mais peu fournis ; il y a , en avant du rayon principal , plusieurs petits rayons indivis , qu'il est souvent difficile de compter à cause de leur finesse.

Il existe un grand nombre d'exemplaires de cette espèce au Musée de Munich , dans la collection du comte de Munster, dans celle de M. Lavater, à Zurich , dans celle du Muséum de Paris et dans plusieurs autres encore. Tous proviennent des schistes de Pappenheim et de Solenhofen .

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