I. Pycnodus Platessus Ayass
Vol. 2, Tab. 72, fig. 1-Zi.
SyN. Pijcnorfiis Platessus Ag.— Conjphœna apoda Ut. vcr. Tab. 35, fig. 1 el 2.— Zeus Platessus de Bl. Ich. p. a2. — Diodon reticulatiis Ut. ver. Tab. 20 , fig. 3 (jeune) — Bronii. U. n" 41 et 6(1.
Celle espèce, assez fréquente à Monle-Bolca, a élé décrite et figurée par Voila sous le nom de Coryphaena apoda. M. de Blainville en fait un Zeus. Mais ces déterminations sont l'une et laulre également erronnées ; el d'après la forme et la disposition des dents, qui sont assez bien conservées dans plusieurs exemplaires, il est évident que c'est au genre Pycnodus qu'il faut la rapporter. L'espèce est facilement reconnaissable à la forme grêle et allongée de sa partie postérieure, qui contraste d'une manière frappante avec la forme massive et lourde de la partie antérieure.
Dans l'origine, j'envisageais comme une espèce à part le petit exemplaire que Voila a figuré comme une variété du Coryphaena apoda (Ittiol. veron. Tab.SS, fig. 2), et je le désignais sous le nom de Pycnodus ijibbus; mais plus lard j'ai reconnu que ce n'est qu'un jeune individu du Pijcnodus Platessus (Coryphaena apoda), comme l'avait pensé Voila. Le seul caractère qui les distingue et qui est d'autant plus marqué que les individus sont plus jeunes . consiste dans une bosse que la nuque forme en avant de la dorsale , el dans la proéminence qui se voit au dessus de l'œil. Mais il paraît qu'à mesure que le poisson grandissait, ces saillies s'aplanissaient el prenaient insensiblement la forme qu'elles ont chez les adultes.
Le poisson de fig. i , qui se trouve au Musée de Munich, est de tous les exemplaires que je connais, le plus grand el l'un des plus parfaits. Le squelette tout entier est resté sur la plaque gauche, de manière que l'on y voit les côtes des deux côlés. La plaque droite n'offre qu'une empreinte imparfaite, à l'exception des dénis de la mâchoire inférieure, qui sont Irès-distinctes.
Un caractère qui frappe au premier coup d'œil dans notre poisson , c'est le profd Irès-élevé et presque vertical de la tête, qui rappelle un peu les Xyrichlhys. La plus grande largeur correspond à l'espace compris entre la nuque el le commencement de la dorsale; elle est de quatre pouces el demi dans l'exemplaire figuré. A partir de cette nageoire, le corps se rétrécit en ligne droite et assez brusquement jusqu'à la caudale, devant laquelle la queue est trèsmince. Les mâchoires font une faible saillie au bas de la tète; l'orbite est très-haute, et par conséquent à une distance considérable de la gueule.
Si maintenant nous examinons le squelette en détail , nous trouverons que la colonne vertébrale est composée de trente-huit vertèbres, dont vingt-six caudales el douze abdominales, qui les unes el les autres sont lai'ges . mais courtes el très-intimement liées entre elles. Les
apophyses sont vigoureuses, et munies de lames ou crêtes saillantes à leur bord antérieur, T(M. Il , -l' Part. 24
qui vont en augmentant de largeur d'avant en arrière. Sur les apophyses des vertèbres abdominales , ces crêtes sont même tellement développées , qu'elles forment une cloison osseuse continue entre les muscles latéraux. La même cloison existe aussi entre les apophyses inférieures des dernières vertèbres caudales (de la 20" à la SG*" vertèbre).
Les côtes sont très-fortes, larges, aussi épaisses que les apophyses épineuses, et insérées sur de fortes apophyses transverses. Il y en a dix paires qui vont en s'allongeant d'arrière en avant ; les onzième et douzième vertèbres abdominales n'en portent pas. Les côtes sternales sont également très-robustes. J'en compte sept paires , toutes armées de pointes dirigées en arrière, qui forment, sur le milieu du ventre, une série de pignons imbiiqués. Ces pignons s'étendent jusqu'à l'anale, devant laquelle il y en a deux plus gros que les autres.
Les osselets derrière la nuque sont au nombre de sept ; ils partent du bord dorsal et se dii^igènt obliquement en bas et en arrière, de manière à former des losanges très-réguliers avec les apophyses des dernières vertèbres abdominales ; quelques-uns semblent atteindre la colonne vertébrale. Au bord dorsal, ils se rattachent à de petits bourrelets ou renflemens anguleux. Ces bourrelets sont surtout développés dans le petit exemplaire de fig. 3 ; tandis que les osselets eux-mêmes y sont bien moins robustes. Dans aucun exemplaire ils ne s'étendent au delà de l'insertion de la dorsale.
La caudale, de toutes les nageoires la plus dévelopée, est supportée par les neuf premières vertèbres caudales ; les sept premières portent la fourche et les rayons internes au nombre de dix-neuf, qui sont tous articulés et fendus à l'infini , surtout les extérieurs. Les S" et 9^ vertèbres portent en haut et en bas une dizaine de petits rayons latéraux , ensorte que la formule de la caudale est 10. I. 7. 12. L 10. Le pédicule de la queue est long et grêle.
La dorsale est très-basse, mais fort longue, quoique pourtant moins étendue que le pense M. de Blainville, qui dit « qu'elle commence peu en arrière de la nuque, par une première partie plus élevée , de six à sept rayons simples , assez longs , et se continue ensuite , fort basse, jusqu'au pédicule de la queue. » Il est évident que ce naturaliste commet ici une erreur, et qu'il prend pour une nageoire les osselets en V que nous venons de décrire. La nageoire proprement dite se borne à ce que M. de Blainville appelle la partie basse de la dorsale; elle s'étend depuis la onzième vertèbre caudale jusqu'à la neuvième abdominale. Ses rayons sont simplement bifurques à leur extrémité ; il y en a soixante-trois qui sont insérés sur autant de petits osselets interapophysaires, à-peu-près spatuliformes. On en compte généralement trois entre deux apophyses, dans toute la partie qui correspond aux vertèbres caudales. Ce rapport est un peu différent dans la région des vertèbres abdominales, où il n'y en a guère que deux ou un entre deux apophyses. Dans les jeunes exemplaires ( lig. 3) , les osselets interapophysaires n'atteignent pas les apophyses, et ne commencent qu'aune certaine distance de lextrémité de ces dernières.
L'anale est conformée à-peu-près conmie la dorsale ; cependant les rayons antérieurs sont uu peu plus longs que les suivans. Dans le grand exemplaire de fig. 1 , ils sont brisés au
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luilieu et courbés en arrière. Le nombre total des rayons est ici de ciriquante-trois , qui sont soutenus par autant d'osselets interapopliysaii-es de la même forme que ceux de la dorsale. Il y en a pour l'ordinaire trois, quelquefois quatre entre deux apophyses. Quant aux deux gros crochets qui se voient en avant de la série des osselets interapophysaires, ce ne sont autre chose que des apophyses des grands interépineux , ou bien des dernières côtes sternales. Je suis cependant plutôt porté à croire qu'ils sont portés par un grand osselet interapophysaire , que par la première paire de côtes sternales.
Les pectorales sont rarement conservées ; elles sont composées de rayons extrêmement fins, un peu plus longs que les rayons de l'anale et fort nombreux. On en voit un fragment déplacé dans Texempiaire de fig. i, au-dessus de l'œil. Dans le petit exemplaire de fig. 3 cette nageoire est en place, articulée , à l'angle de l'humérus , aux osselets du carpe. Les os du crâne sont trop détériorés pour qu'il soit possible de les reconnaître tous dans l'exemplaire de fig. i . Ils sont un peu mieux conservés dans le petit individu de fig. 3 ; mais ils ne sont pas plus reconnaissables à cause des fractures qui les traversent. Les exemplaires du Musée de Pai'is sont sous ce rapport plus parfaits. Tous les os sont marqués d'une fine granelure, semblable à celle des os de la tête des Crocodiles, des Dapedium , des Lepidotus, etc. L'ethmoïde est très-allongé ; c'est lui qui forme , avec les frontaux , la crête verticale . au-dessous de laquelle s'attachent les intermaxillaires supérieurs. Je n'ai remarqué aucune trace de l'opercule; mais l'os temporal est conservé dans une des plaques du Muséum de Paris La plaque correspondante laisse apercevoir distinctement les hautes branches latérales du maxillaire inférieur et surtout la partie inférieure dilatée de l'humérus et du cubitus , ainsi que la large plaque qui résulte de leur réunion.
Les dents sont conservées dans les deux exemplaires de fig. i et 3 , et nous avons reconnu par là que l'espèce appartient au genre Pycnodus. On voit sur la mâchoire inférieure de l'exemplaire de fig. 1 trois rangées de dents allongées , à-peu-près d'égale dimension ; mais ii n'y a que la moitié de la mâchoire qui soit visible. Dans le fragment de fig. 2, qui représente l'autre moitié de la même mâchoire, qui est adhérente à la plaque correspondante . on reconnaît, outre deux rangées à-peu-prés égales et une troisième rangée latérale, de petites dents à-peu-près circulaires, mais cependant aplaties comme les grandes. Dans l'individu de fig. 3, les dents sont beaucoup plus petites, mais elles trahissent la même disposition. La fig. U les montre grossies. Il existe un exemplaire au Musée de Munich, dont la mâchoire inférieure porte également trois rangées de dents , qui sont cependant bien moins régulières que celles de notre fig. 1 . Les plus grandes sont à-peu-près égales des deux côtés ; celles de la seconde rangée sont plus petites et pointues en dehors ; et celles de la troisième , encore un peu plus petites et pointues en dedans. Le même exemplaire est aussi armé d'une dent canine , à pointe oblique. H se pourrait que ce fut une espèce ditïérente de notre P. Platessus.
Je n'ai rencontré sur aucun des exemplaires que je connais, des écailles entières: cependant je ne doute pas, d'après l'analogie d'autres espèces , qu'elles n'aient été émaillées et en forme
tîe losange ; elles étaient du moins réunies les unes aux autres par des onglets articulaires , comme c'est ordinairement le cas chez les Ganoïdes.
Il paraît que tous les exemplaires qu'on connaît de cette espèce proviennent de Monte-Bolca. Il y en a cinq exemplaires au Muséum de Paris, savoir deux grandes plaques correspondantes, une troisième impaire et trois petites, dont deux se correspondent. Nous avons dit plus haut que l'original de notre fig. 1 se trouve au Muséum de Munich. Il provient de la collection de M. Cobres. Celui de fig. -5 fait partie de la collection du D"^ Hartmann à Gœppingen.