II. Pycnodus Rhombus Agass
Vol. 2, Tab. 72, fig. .5—7.
L'espèce dont il s'agit ici parait être particulière à un dépôt de calcaire fétide deTorre d'Orlando, à l'ouest de Castellamare , près de Naples. Elle y est assez fréquente et il parait qu'on l'envisage généralement à Naples comme l'analogue du Sparus quadracimis . M. de Blainville a déjà fait voir tout ce que ce rapprochement a d'erronné , et il remarque avec raison que . quoique beaucoup plus petite, notre espèce se rapproche fort du Coryphœna apocla de l'Ichthyologie véronaise (notre Pycnodus Platessus). C'est en effet dans ce genre qu'elle doit être placée, d'après ses affinités les plus intimes.
Le nom spécifique de Rhomhits indique sa forme générale qui est a-peu-près rhomboïdale. Cependant, malgré sa brièveté et sa grande hauteur, le profil n'est pas aussi droit que dans le P. Platessus ; il passe à la nuque d'une manière insensible, par une légère courbure ; dans quelques exemplaires, la nuque et le profil sont même à-peu-près tout d'une venue et sur la même ligne. La cavité abdominale, quoique très-bombée, est moins proéminente que le dos: l'anale arquée comme la dorsale atteint , ainsi que cette dernière , l'extrémité du poisson immédiatement à la base de l'insertion de la caudale. On retrouve en outre , dans cette espèce , toutes les particularités d'organisation qui nous ont frappé dans le P. Piatessus, les côtes sternales et les os enVen avant de la dorsale, ainsi que les carènes ou lames de la surface antérieure des apophyses épineuses. Ces lames sont d'autant plus élevées et plus larges que les vertèbres sont plus antérieures.
Le nombre des vertèbres est de trente-deux, dont douze abdominales et vingt caudales. Les apophyses épineuses, surtout les antérieures, sont très-longues, sans être très-épaisses, et atteignent presque le bord dorsal ; les dernières vertèbres caudales vont en se rapetissant , à mesure qu'elles se rapprochent de l'insertion de la caudale. C'est aux apophyses des sept dernières vertèbres que s'attache la caudale , qui est proportionnellement très-grande , et dont le lobe inférieur est le plus développé ; les petits rayons, au nombre de trois ou quatre, s'attachent à la septième de ces vertèbres ; les grands simples à la sixième , et les suivans aux cinq dernières ; il y a par conséquent I. 7. 8. I rayons fourchus et articulés. La dorsale occupe le
bord dorsal depuis le milieu du corps jusque près de l'insertion de la caudale ; et l'anale s'étend de la aiênie manière le long du ventre; seulement son insertion est un peu plus reculée que celle de la dorsale. Tous les rayons sont articulés , mais simples. Les premiers sont un peu plus allongés que les suivans. Le nombre des rayons de la dorsale est de trente-six , portés sur autant de petits osselets interapophysaires, fixés ordinairement deux à deux entre les apophyses épineuses des vertèbres; l'anale en a trente disposés de la même manière , entre la première et la treizième apophyse épineuse caudale. Le premier interapophysaire de l'anale est très-gros, arqué en avant et terminé par un bourrelet surmonté d'un piquant, qui appartient peut-être à la dernière cote slernale.
Je ne puis distinguer que dix paires de véritables côtes ; elles sont assez grandes , plus épaisses même que les apophyses épineuses , et atteignent presque le bord du ventre. Les grandes côtes sternales remontent très-haut ; elles sont aussi fortes que les véritables côtes, se dilatent dans leur partie inféi'ieure , et se terminent à leur symphyse en arêtes imbriquées et dirigées en arrière. Il y en a douze paires ; les antérieures sont les plus courtes. A la nuque, en avant de la dorsale , on voit distinctement des os qui se croisent avec les apophyses épineuses et qui sont, pour ainsi dire, à cheval sur les extrémités de ces dernières. On ne saurait douter que ce ne soient les os en V, car quelques-uns sont couchés sur le flanc et montrent l'angle que forment leurs deux branches. Us sont en outre très-grands et très-longs, car ils dépassent les corps de vertèbres ; leurs bourrelets supérieurs et leurs arêtes sont très-développés et s'imbriquent distinctement d'avant en arrière ; leur pointe est dirigée dans le sens de la partie libre des écailles. Dans le plus beau des exemplaires que j'ai vus, ces pièces sont un peu relevées ; ce qui occasionne une petite bosse sur le dos.
La tète, sans être très-complète , est suffisamment conservée pour permettre d'y reconnaître les principaux caractères de son organisation. Les os du crâne et des pièces operculaires sont finement granulés, le crâne et l'occiput surtout sont très-élevés et terminés en pointe rehaussée. L'œil est grand et situé à la hauteur de la colonne vertébrale ; l'opercule est trèslarge et granulé comme l'humérus . qui forme une proéminence au-dessus de l'insertion de la pectorale. La pectorale elle-même est composée d'une vingtaine de rayons très-fins, disposés en demi-cercle et insérés sur cinq osselets carpiens.
liO museau n'est pas allongé, et, malgré les longues apophyses des intermaxillaires, il ne parait pas être protractile ; il n'est du moins bien proéminent dans aucun des nombreux exemplaires que j'ai vus.
Les dents sont disposées exactement comme dans le Pycnodus Platessiis ; elles ont aussi la même forme; seulement elles sont un tant soit peu plus déprimées à leur surface extérieure.
C'est à l'obligeance de M. Pentland que je dois la première communication des trois exemplaires figurés. Depuis, j'en ai vu un assez grand nombre aux Musées de Paris, de Vienne, de la Société géologique de Londres, et dans les collections de Lord Enniskillen et de sir Philipp Egerton. M. Auldjo m'a fait voir une plaque sur laquelle se trouvaient réunis plusieurs
exemplaires de cette espèce, très-rapprochés les uns des autres ; ce qui me ferait penser qu'ils vivaient en troupe.
Le terrain d'où proviennent ces ichthyolithes appartient sous aucun doute à la formation jurassique, puisque indépendamment du Pycnodus que je viens de décrire, on y a aussi trouvé des Semionotus, des Pholidophorus, des Notagogus, tous genres exclusivement jurassiques. Il me serait cependant difficile de me prononcer maintenant sur l'étage jurassique auquel le calcaire de Torre d'Orlando doit être rapporté.