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CHAPITRE IV

DU GEIVRE MICRODON Agass.

Dans Porigine je confondais les Microdon avec les vrais Pycnodus en un seul genre ; et en effet ils se touchent par bon nombre de points. La forme du corps est ramassée, quelquefois même presque circulaire. Le profil de la tête est très-haut, presque vertical. La gueule est au bas de la tête. Les mâchoires sont légèrement proéminentes. L'œil est très-haut et séparé de la gueule par un espace considérable. Les nageoires présentent le même arrangement que nous avons décrit dans le genre Pycnodus: la caudale est três-développée, largement fourchue et supportée par un pédoncule grêle, mais cependant vigoureux. La dorsale et l'anale commencent l'une et l'autre à-peu-près au milieu de la longueur du corps et se prolongent jusqu'à l'ongine de la caudale. Leurs rayons sont très-uniformes : cependant ceux de la dorsale sont d'ordinaire proportionnellement plus longs que dans le genre Pycnodus. Les pectorales sont petites , à rayons très-fins. Les écailles ne sont que rarement visibles, mais à en juger par leurs empreintes, il paraît qu'elles étaient d'une certaine épaisseur ; leur forme est celle de losanges plus ou moins parfaits.

Le squelette est robuste ; les apophyses des vertèbres se font surtout remarquer par leur forme massive et, d'après ce que nous en avons pu observer, elles étaient garnies de carènes très-larges qui se réunissaient même pour former une cloison continue. Les côtes sont fortes, ainsi que les côtes sternales qui , avec ces dernières , étaient destinées à protéger la cavité abdominale. Enfin nous rencontrons aussi ici au devant de la dorsale ces singuliers osselets en V qui se croisent avec les apophyses des vertèbres abdominales et qui aboutissent à de petites vexilles très-distinctes au bord dorsal, La même question que nous nous sommes faite au chapitre du genre Pycnodus se présente donc de nouveau ici. Sont-ce des empreintes d'os du squelette interne, ou bien ces quilles ne relèvent-elles que du squelette légumentaire ? Nous avons discuté plus haut (pag. 184) les raisons qu'on peut alléguer en faveur de l'une et de l'autre explication.

Tous les caractères que nous venons d'énumérer sont aussi propres aux vrais Pycnodus. Il n'y a que la dentition qui soit dilïérente. Il est vrai que les mâchoires sont rarement bien conservées surtout lorsqu'une partie des tégumens existe. Cependant comme la dentition est

Irès-distincle, il suffit de quelques dents pour décider avec connaissance de cause. Lorsqu'elles manquent complètement, la détermination générique reste douteuse.

Voici quels sont les caractères des dents : elles sont beaucoup plus petites que les dents de Pycnodus. On en compte à la mâchoire supérieure cinq rangées sur le vomer et une rangée sur chacun des maxillaires. A la mâchoire inférieure nous retrouvons, comme dans les Pvcnodus , de chaque côté , quatre rangées de dents , mais elles sont à peu-près toutes d'égale forme, du moins n'y en a-t-il pas d'allongées et d'autres circulaires. La structure microscopique présente plusieurs particularités remarquables (Voy. chap. IX).

Les Microdon sont, comme les Pycnodus, des poissons essentiellement jurassiques; la plupart proviennent des terrains récens de cette formation et en particulier du portiandien. J'ai cherché à reproduire les caractères généraux de ce type , dans une figure restaurée au trait , Tab. G,fig. 3.

L MicBODOM >LEGAKs Agass.

Vol. 2, Tab. 69 6.

Il existe au Musée de Miinich un charmant exemplaire de cette espèce provenant de Solenhofen. On ne saurait méconnaître, en le voyant, la grande analogie qui existe entre ce poisson et le Pycnodvs Platessus , (\ue nous avons décrit ci-dessus. Quoique court et trapu , il a cependant quelque chose d'élégant. Sa hauteur en avant de la dorsale est de cinq pouces. Le profil de la tête est moins vertical que dans le P. Platessus et rappelle à cet égard le P. Rhombus. Une conséquence de cette coupe de la tête, c'est que le museau paraît plus pointu , et l'espace entre l'œil et la gueule , plus petit. Je dois encore mentionner au nombre des caractères distinctifs les particularités que présentent les nageoires. La caudale s'attache immédiatement au tronc; elle est très-grande, largement échancrée; ses lobes sont pointus; tous les rayons en sont distincts ; et ceux du milieu un peu plus longs que leurs voisins forment un renflement assez notable, au milieu de la fourche caudale. Formule : k, I, 9, 10, I, 5, Ils sont supportés par les apophyses des huit premières vertèbres caudales. Les sept premières portent de grands rayons articulés, la huitième, les petits rayons externes. La dorsale et l'anale, à-peu-près symétriques, commencent l'une et l'autre au point le plus élevé du corps et s'étendent jusqu'à l'origine de la caudale; elles sont composées de rayons très-fins, sup-. portés par un nombre égal d'osselets interapophysaires. Les premiers rayons de la dorsale sont petits , puis ils augmentent tout-à-coup et deviennent très-grands , diminuent ensuite, d'abord brusquement et puis d'une manière insensible jusqu'à la caudale. La même chose se remarque à l'anale où les grands rayons diminuent encore plus brusquement vers la caudale. La même dégradation s'observe dans les osselets interapophysaires des deux nageoires, avec cette difïérence cependant que les premiers ne se ressentent pas de l'infériorité des rayons qu'ils portent, mais sont aussi grands et même plus grands que les suivans. Il existe quelques rudimens des pectorales; les rayons en sont très-fins et ont à-peu-près un pouce de long.

Le squelette est vigoureux ; les vertèbres sont grosses et courtes; les apophyses sont munies des mêmes arêtes osseuses qui caractérisent aussi les Pycnodus, Ces arêtes vont en s'élargissant de plus en plus dans la région abdominale, où elles finissent par former des cloisons osseuses continues. Les côtes sont très -grosses ; notre exemplaire les montre des deux côtés ainsi que les côtes sternales qui cependant sont assez difficiles à distinguer. Enfin l'on remarque d'une manière très-distincte les osselets en V en avant de la dorsale; on en compte une quinzaine qui, à l'exception des deux ou trois derniers, s'étendent jusqu'à la colonne vertébrale qu'ils ont même l'air de traverser. Ils sont très-fins, parallèles, évidemment superposés aux apophyses et se terminent au bord du dos en autant de renflemens en croix très-saillans. Les écailles n'ont laissé des empreintes qu'au bord abdominal, au-dessous des pectorales. Tout ce que l'on peut conclure de leur présence, c'est qu'elles formaient des losanges très-allongés.

J'ai représenté deux autres fragmensde ce même poisson, afin d'en compléter l'étude. L'un montre la tête avec la ceinture thoracique. On y distingue fort bien l'humérus avec son élargissement elliptique qui recevait sans doute les muscles inférieurs des pectorales. Le préopercule est étroit, l'opercule assez large. La mâchoire inférieure est courte et assez grosse. Enfin il existe plusieurs séries de dents très-bien conservées qui nous indiquent que c'est réellement au genre Microdon qu'appartient notre poisson.

La fig. 2 montre une caudale très-bien conservée d'un individu plus grand que celui de fig. 1 . On y distingue surtout bien les apophyses des dernières vertèbres caudales et la manière dont elles supportent les rayons de cette nageoire.

IL Microdon hexagonus Agass.»

Vol. 2, Tab. 69 c, fig. 4 et 5.

Cette espèce est voisine à plusieurs égards du Microdon eleyans , mais elle en diffère d'un autre côté par plusieurs particularités qui ne permettent pas de la confondre spécifiquement. Elle est plus trapue et son pourtour présente à-peu-près la forme d'un hexagone irrégulier. .Le profil de la tête paraît être plus vertical et la cavité de l'œil plus grande ; mais ce qui la distingue surtout, ce sont ses grosses nageoires. L'origine de l'anale et de la dorsale est bien plus rapprochée de la queue, et au lieu de commencer à l'endroit le plus large du corps, elles ne commencent guère qu'aux deux tiers de la longueur. La caudale est plus fortement échancrée ; ses deux lobes sont excessivement longs et grêles, et ce qui m'a surtout frappé , c'est qu'elle est supportée par un nombre bien plus considérable de vertèbres. Le lobe supérieur s'appuye au moins sur une douzaine d'apophyses très-serrées, et le lobe inférieur sur un nombre à-peu-prés égal.

On éprouve la plus grande difficulté à expliquer dans cette espèce les différentes lignes ver-

ticales et obliques qui traversent le corps. Au premier abord il paraît tout naturel d'envisager les grosses raies verticales de la partie abdominale , comme des côtes ; d'autant plus qu'elles présentent . près de la colonne vertébrale , une sorte de renflement à leur sommet , qui rappelle involontairement une surface articulaire ; mais d'un autre côté , comment se fait-il que les côtes sternales ne soient pas visibles , et pourquoi ces mêmes lignes se continuent-elles, en suivant la même direction , au-delà de la région abdominale jusqu'à la queue , tandis que les apophyses ont ordinairement une direction inverse ? Ne pourrait-on pas dès-lors les envisager comme des empreintes du squelette tégumentaire? Mais alors comment se fait-il que les osselets interapophysaires de l'anale, qui pourtant appartiennent au squelette proprement dit, soient visibles ? La partie dorsale présente à-peu-près les mêmes difficultés. Ce qu'il y a de plus probable , c'est que les lignes croisées sont formées par les apophyses des vertèbres et par les osselets en V. Mais ici se présente un cas particulier : ces osselets s'étendent jusqu'à la caudale, tandis que dans les autres espèces elles ne dépassent jamais l'origine de la dorsale. Pour décider d'une manière définitive si ces lignes sojit dues au squelette intérieur ou au squelette tégumentaire. il faudrait pouvoir examiner de nouveau la superposition des lignes sur l'original, et c'est ce qu'il m'a été impossible de faire depuis prés de dix ans que j'ai vu ces fossiles pour la dernière fois.

La fig. k représente des fragmens de mâchoires que j'ai tout lieu de rapporter à cette espèce, parce qu'elles ont été trouvées dans la même localité et que ce sont de vraies mâchoires de Microdon.

Les originaux de ces deux figures se trouvent au Musée de Munich et proviennent des carrières de Solenhofen. Il en existe en outre deux plaques dans la collection de Sir Philipp Egerton , et une troisième dans celle de M. le comte de Miinsler.

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