DE LA FAMILLE DES GYMNODONTES
En exposant plus haut les caractères de la famille des Sclérodermes , j'ai déjà suffisamment fait connaître les particularités qui les distinguent des Gymnodontes , pour pouvoir me dispenser d'y revenir et d'insister de nouveau sur ce qui constitue les caractères distinctifs de ces derniers. Cependant, comme le nombre des espèces fossiles est très-petit et qu'elles appartiennent toutes au genre Diodon , je crois devoir ajouter encore quelques détails sur la conformation du squelette dans le genre Tetraodon , pour donner une idée plus complète de la famille entière. Je décrirai également celui d'un Diodon vivant pour servir de comparaison avec les espèces fossiles que j'ai représentées. Enfin, des indications précises sur la structure des dents et des piquans des Gymnodontes compléteront ce tableau de leur organisation.
DU SQUFXETTE DES GYMNODONTES.
La colonne vertébrale du Tetraodon perspicUlahis , que j'ai eu occasion d'examiner au musée de Francfort, où M. Ruppell a déposé un fort beau squelette de ce poisson , n'est composée que de dix-huit vertèbres qui sont assez distinctes ; il y en a huit abdominales et dix caudales ; leur longueur égale environ leur largeur ; la surface de leur corps est irrégulièrement sinueuse. Les corps de vertèbres sont faiblement comprimés. Il n'y a pas de côtes. Les apophyses épineuses qui naissent des différentes régions sont très-différentes entre elles ; les cinq abdominales antérieures ont même pour norme un type qui se rapproche du Spina bifida, en ce que les arcs de droite et de gauche des apophyses épineuses ne se réunissent pas ; celles des trois premières vertèbres divergent même considérablement en dehors , et l'on verrait à nu la moelle épinière, s'il n'existait pas une masse osseuse transverse entre elles, formant une espèce de voûte vers la base des apophyses. La quatrième vertèbre a les apophyses moins distantes ; et dans la cinquième elles sont parallèles et presque accolées l'une à l'autre, sans se confondre. Cette disposition rappelle une loi générale de l'organisation du squelette des poissons et même des vertébrés en général : c'est que, quelle que soit la forme des apophyses épineuses, elles sont composées de deux pièces paires. Dans la plupart des poissons osseux malacoplérygiens , ces deux pièces restent distinctes , quoique très-rapprochées , et le canal de la moelle allongée se ferme par une petite pièce transverse confondue avec les apophyses ; mais ici ces parties sont tellement divergentes, que l'on croirait avoir sous les yeux une anomalie bifide de la colonne vertébrale. Ces apophyses sont aussi fort larges , la cinquième surtout , qui s'étend au-delà des bords du corps de la vertèbre. Les apophyses épineuses supé-
rieures des cinq vertèbres suivantes, ou des trois dernières abdominales et des deux premières caudales sont, au contraire, effilées, arrondies et beaucoup plus longues (la dernière exceptée, qui est fortement inclinée en arrière) ; c'est entre elles que les osselets inlerapophysaires de la dorsale sont fixés. Le nombre de ces osselets paraît être de huit ; cependant ils sont si intimement liés par leur extrémité supérieure , qu'il est plus facile d'en connaître le nombre par les crêtes saillantes de leurs côtés, que de les compter directement ; le premier est placé obliquement sur la pointe de la sixième et de la septième vertèbre abdominale ; le second, qui est le plus grand et le plus large, est dilaté à son extrémité supérieure, de manière à former une crête osseuse en avant de la base de la nageoire ; il occupe la plus grande partie de l'espace compris entre les septième et huitième vertèbres abdominales ; les rayons de la nageoire sont insérés sur les onglets suivans par une masse cartilagineuse informe et sans articulation distincte. Les dix rayons de la nageoire sont assez gros, divisés à plusieurs reprises, maïs surtout articulés de très-près jusqu'au tiers inférieur de leur longueur. Les huit dernières vertèbres ont de nouveau des apophyses épineuses supérieures courtes , dont la largeur va en augmentant jusqu'à l'extrémité de la queue, où elles forment, avec les inférieures qui leur correspondent, une large plaque arrondie sur le bord extrême de laquelle les rayons de la caudale sont insérés. Sur les vertèbres abominales, les apophyses articulaires sont peu distinctes ; mais sur les caudales elles apparaissent sous la forme de petits mammelons saillans aux bords antérieurs supérieur et inférieur de chaque vertèbre. Dans la dernière vertèbre caudale, la plaque qui porte les rayons provient évidemment du développement des six dernières apophyses normales; cela est surtout évident pour la portion inférieure de la vertèbre, dont les trois rayons apophysaires antérieurs sont distincts. Les rayons de la nageoire sont très-gros, fréquemment divisés, et articulés transversalement et de près ; il n'y a que cinq rayons au lobe supérieur, et six au lobe inférieur, dont l'externe est court et simple. L'avant-dernière vertèbre a une apophyse épineuse inférieure très-dilatée, dont l'extrémité s'étend jusqu'aux rayons de la nageoire caudale. Les autres vertèbi'es caudales ont en général les apophyses épineuses inférieures plus grandes que les supérieures , surtout aux vertèbres antérieures ; la première vertèbre caudale surtout diffère beaucoup des autres par ses apophyses inférieures, dont les bords internes restent parallèles entre eux, et sont fermés par une lame transverse très-mince , tandis que leurs extrémités inférieures se dilatent latéralement et forment une arête transverse sous la vertèbre à laquelle s'attache le premier inlerapophysaire de l'anale. Celui-ci a une conformation tonte ditïérente de ce qu'on observe ordinairement dans les poissons : comprimé latéralement à sa partie inférieure, cet os se dilate de plus en plus à son extrémité supérieure qui est fortement comprimée d'avant en arrière, ensorte qu'il forme une aile saillante sur les côtés de Pos, dont l'extrémité supérieure tronquée est mobile sur l'arête transverse inférieure de la première vertèbre caudale. Les deux osselets suivans sont presque de moitié plus courts et simplement comprimés sur les côtés. La ceinture thoracique est très-curieuse ; le scapulaire est un os trèssimple , triangulaire , à angles arrondis ; l'humérus est large dans sa partie supérieure et pos-
térieure, et va en s'amincissant en pointe comprimée vers la gorge ; de sa surface interne s'élève une crête très-saillante dans la partie horizontale inférieure de cet os. C'est sur le bord de celte crête que sont fixés le radius et le cubitus ; le premier, qui est le plus petit, est percé d'un trou ovale qui résulte de la juxta-position de la grande échancrure de son bord , contre la crête humérale interne ; le cubitus est beaucoup plus grand , mince à son extrémité antérieure , et dilaté en forme de disque hémisphérique en arrière , présentant de cette manière aussi une échancrure contre la crête humérale. Il y a quatre os métacarpiens, dont les trois inférieurs sont les plus grands et parallèles entre eux ; dilatés en spatule à leur extrémité et arrondis au milieu , ils enclavent trois trous de forme ovale. Le bord postérieur de leur réunion est légèrement arqué et porte les dix-huit rayons de la pectorale. En arrière de l'angle postérieur de l'humérus, il y a deux os styloïdes arrondis, insérés à la suite l'un de l'autre, et dont l'extrémité dépasse la longueur des pectorales. Il n'existe ni ventrales, ni os du bassin.
Tous les os du crâne sont intimement soudés entre eux , même l'arcade temporale et palatine est immobile ; il n'y a que les mâchoires qui puissent tourner sur leurs gonds, et l'opercule qui soit susceptible de s'écarter et «le se rapprocher de la tête. Vu en dessus, le crâne paraît très-large , à cause de la dilatation extérieure des os mastoïdiens , et surtout de la voûte qui domine les orbites et qui est formée des frontaux principaux conjointement avec les frontaux antérieurs et postérieurs. L'opercule est étroit, et se termine en bas en une longue pointe qui est entourée d'un os bifurqué , représentant le subopercule et l'interopercule. Le préopercule est une large plaque triangulaire, terminée par devant en une longue pointe qui s'étend jusque vers l'articulation du jugal. Le temporal est caché derrière le préopercule , l'angle de l'opercule et l'apophyse externe du frontal postérieur. Le jugal est le plus grand os de l'arcade palatine; il a une large rotule articulaire transverse à son extrémité inférieure. L'elhmoïde est un petit os étroit placé en avant des frontaux principaux et entre les frontaux antérieurs ; en avant de l'ethmoïde, les palatins sont articulés par une suture osseuse. La mâchoire supérieure est composée des intermaxillaires et des maxillaires , qui sont soudés en une masse compacte, de telle sorte cependant que l'on reconnaît encore que les dents appartiennent en entier aux intermaxillaires. Ces pièces sont mobiles entre les palatins et rethmoïde. La mâchoire inférieure est très-courte et armée comme la supérieure. Le vomer est une lame perpendiculaire , plate , très-large , et tranchante à son bord inférieur, semblable par sa forme au vomer de l'homme ; il est placé sous les frontaux entre les deux orbites. Les arcs branchiaux et le corps de l'os hyoïde n'ont rien de particulier ; mais les cornes antérieures et latérales sont très-développées et portent des rayons branchiostègues qui sont au nombre de six ; le premier, qui est énorméiiient large , recouvre une grande partie de la gorge ; sa forme ne laisse aucun doute sur la nature de la plaque qui recouvre la gorge des Polypterus, et qui y remplace les rayons branchiostègues. Les cinq suivans sont également très-longs, mais grêles et arrondis.
Le squelette du Diodon Schokie , que j'ai également étudié au Musée de Francfort, est en général conforme à celui du Tetraodon qui vient d'être décrit , quant au plan de son organi-
salion ; mais il y a des difTérenccs notables dans la forme; la tète est proportionnellement plus grosse et plus arrondie . la voûte susorbitale plus spacieuse, l'inleropercule plus grand, le maxillaire supérieur plus développé à son extrémité. D'un autre côté, la partie palatine et mandibulaire de la gaine dentaire, qui est plissée à l'intérieur de la bouche , et qui y forme cette plaque circulaire si connue et que l'on a si faussement comparée à certains palais fossiles . a ceci de très-particulier et de caractéristique, c'est que l'on voit distinctement sur son milieu une suture médiane qui prouve la parité des côtés de cette plaque ; tandis que toutes les dents fossiles qu'on lui a comparées , ne sont que des dents isolées de l'un ou de l'autre côté des mâchoires. Les plaques des Diodons sont composées de lames obliques qui se forment sur le bord postérieur de la plaque, et dont le bord antérieur, usé au fur et à mesure, est constamment remplacé par les nouvelles lames qui marchent d'arrière en avant.
Comme dans le Telraodon , le premier rayon branchiostègue est une large plaque ; l'humérus forme une voûte plus forte en avant de l'insertion de la nageoire. Le nombre des vertèbres abdominales est de onze, et il y en a huit caudales. Depuis la huitième vertèbre jusqu'à la quatorzième, les apophyses inférieures se dirigent obliquement et pres(|ue horizontalement en avant sur les côtés du corps de la vertèbre ; et c'est sous le plateau fonné par ces ailes transverses que sont insérés les osselets interapophysaires qui portent les rayons de l'anale. Plus loin les apophyses épineuses inférieures semblent former la continuation naturelle des osselets interapophysaires. Il en est de même de la dorsale : les osselets interapophysaires sont confondus avec les petites apophyses épineuses jusqu'à la quatorzième vertèbre ; mais plus loin , il y a de nouveau d'épaisses apophyses ; la dernière est une grosse plaque arrondie.