‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 251 sur 289 · DE LA STRUCTURE DES DENTS ET DES PIQUANS DES GYMNODONTES · texte numérisé non relu

DE LA STRUCTURE DES DENTS ET DES PIQUANS DES GYMNODONTES

Extérieurement les piquans des Diodons sont fort différents des écailles larges et plates des CofTres ; mais ils leur ressemblent pourtant beaucoup par leur structure. J'ai déjà fait voir que les grands piquans de quelques espèces de Coffres, de VOstracion cornutus , par exemple, ne sont que des plaques écailleuses allongées. 11 en est de même des piquans des Diodons , qui sont grêles, acérés, cylindriques vers la pointe, et implantés dans la peau par une base à trois cornes à laquelle s'attachent des muscles propres à les mouvoir, La substance principale de ces piquans est une dentine compacte et transparente, qui forme à elle seule toute la pointe, tandis que vers la base , elle ne forme que la couche supérieure. Cette dentine , déposée en couches concentriques très-régulières , est traversée par un grand nombre de tubes calcifères très-fins , droits et très-serrés , qui rayonnent vers la périphérie. Une coupe transversale d'un picjuant pareil prise près de la pointe ressemble à une coupe d'un tronc d'arbre avec ses nombreux anneaux d'accroissement et ses fibres rayonnantes. Une masse presque homogène, jaune et de nature cornée, s'ajoute à celte dentine, à la base du piquant dont elle remplit le centre.

Quoique cette substance ressemble en tout à celle que nous avons trouvée dans les écailles des Coflfres , il lui manque pourtant cette élégante disposition en feuillets et fibres qui caractérise ces derniers. Les piquans des Diodons sont donc des écailles de Coffres transformées, allongées et isolées , où la couche d'émail ou de dentine a pris le dessus , tandis que la couche cornée est singulièrement réduite.

Les dents des Gymnodontes sont d'une structure toute particulière , qui est la même dans tous les genres. On peut y distinguer deux parties , une racine , par laquelle la dent est implantée sur l'os de la mâchoire, et une couronne composée de lames verticales de dentine. La racine est de dentine homogène , transparente, traversée par un grand nombre de canaux médullaires, qui forment des réseaux quelquefois très-élégans. Une grande quantité de tubes calcifères partent de ces canaux ; ils. sont courts, très-ramifiés , à la manière des arbres, et dirigés dans tous les sens. L'aspect de la racine est le même que chez la plupart des poissons osseux et une partie des poissons cartilagineux , surtout des Requins , qui n'ont pas de cavité pulpaire unique.

Au dessus de cette racine s'élèvent des lames verticales d'une dentine tellement dure , que je la crois même siliceuse; du moins donne-t-elle quelquefois des étincelles au briquet; les lames font le tour de la mâchoire et sont courbées comme cette dernière. La seule différence que l'on remarque à cette égard entre les Diodons et les Tétraodons, etc. , c'est que, chez les premiers, chaque lame fait le tour de la mâchoire, tandis que, chez les Tétraodons, il y a une suture au milieu , où les lames sont enchâssées , comme les dents d'une roue de montre. Les lames elles-mêmes sont concentriques et s'amincissent vers l'intérieur, ce qui leur donne la forme d'un ciseau large et tranchant à son bord extérieur vertical, tandis qu'il s'abaisse graduellement avec chaque lame, jusque vers la muqueuse de la bouche. Les vaisseaux nutritifs de la dent montent depuis la racine par les interstices des lames , et c'est de ces mêmes interstices que partent aussi les tubes calcifères ; ces derniers sont excessivement nombreux , fins , serrés , et dirigés horizontalement, de manière qu'ils sont à angle droit avec le plan des lames. Un fait curieux c'est que chez les Tétraodons une partie de la racine se recourbe d'arrière en avant, pour couvrir le sommet des lames postérieures , de manière qu'il n'y a que les lames extérieures formant le tranchant du biseau qui soient entièrement découvertes. Il paraît qu'à mesure que les lames externes s'usent , les lames internes les remplacent, et que les lames nouvellement formées (qui sont toujours les postérieures) , sont dans l'origine préservées de l'usure par une couche de dentine différente.

Il résulte de tout ceci que les dents des Gymnodontes ressemblent beaucoup à celles des poissons cartilagineux broyeurs . tels que les Callorhynques et les Cestraciontes en général , avec cette différence , qu'au lieu de canaux médullaires verticaux et isolés , il y a des fissures longitudinales, desquelles partent les tubes calcifères. Qu'on place par exemple les canaux de la dent d'un Callorhynque en ligne droite et qu'on les réunisse par des fissures, et l'on aura la structure de la dent d'un Gymnodonte.

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