DE LA FAMILLE DES CYPRINODONTES
Les poissons de cette famille se rapprochent par toute leur organisation de ceux de la famille des Cyprins, avec lesquels on les a jusqu'ici confondus. En effet, leur corps est cylindracé, plus ou moins comprimé et revêtu de grosses écailles j leur vessie natatoire est grande; leur intestin est ample, simple, sans coecums. Néanmoins j'ai cru devoir détacher de la famille des Cyprins proprement dits, les genres Anableps Art., Poecilia Schn., Lebias Cuv., Funduliis Lacép., Molinesia Les. et Cjprinoclon Lacép., pour en faire une famille à part, m'appuyant sur plusieurs caractères communs à tous ces genres, mais que l'on ne rencontre pas dansles vrais Cyprins. Tousle^ Cyprinodontes ont en effet des dents aux mâchoires, et nous avons vu que les Cyprins en sont dépourvus. Ces derniers n'ont jamais plus de trois rayons branchiostègues, attachés aux cornes de l'os hyoïde, tandis que les Cyprinodontes en ont constamment davantage; leur nombre va souvent même jusqu'à six. Enfin il est reconnu que plusieurs espèces sont vivipares ; et cette circonstance coïncide sans doute avec quelque autre particularité d'organisation encore inaperçue.
Tous les poissons de cette famille sont de petite taille et de forme trapue , n'excédant guères les dimensions du Goujon (^Gobio). Ils habitent les eaux douces de la zone tempérée, jusques sous les tropiques. Les espèces américaines qui sont les plus nombreuses, ont été pour la plupart décrites par M. Valenciennes dans le i{ea<e// d'observations zoologiques de M. de Humboldt, et par M3I. Lesueur et Mitchill. Bonelli , R. Wagner et Ciamer en ont décrit de Sardaigne et d'Autriche, et tout récemment M. Pvuppell en a fait connaître d'Orient.
Le nombre des espèces fossiles n'est pas encore très-considérable. J'en connais cinq; mais n'ayant pu jusqu'ici examiner leur dentition^ il me reste encore quelques doutes sur leur position générique. Celle d'Oeningen se rapproche évidemment des Lebias par son port, la forme de ses nageoires et le profil de sa tête. Cette ressemblance m'a engagé à inscrire provisoirement les quatre autres espèces sous le même nom générique, en attendant des données plus rigoureuses qui permettront de leur assigner leur place définitive, dansles divers genres de la famille.
I. Lebus Cephalotes Agass. Vol. 5, Tab. [\ï , fig. I, 2,9, lo.
En jetant un coup-d'œil sur la fig. i de cette planche on est tout d'abord frappé de la grande accumulation de petits poissons d'une seule espèce sur la même plaque, d'oii l'on doit naturellement conclure qu'ils vivaient par troupes à la manière des Goujons, mais réunis en nombre plus considérable. La supposition qu'ils auraient été ainsi accumulés après leur mort ne saurait guère être admise ; car dans ce cas on devrait y trouver aussi des individus d'autres espèces, attendu qu'il n'est pas probable que l'événement qui causa leur mort et leur ensevelissement subit, les eût frappés seuls. Au reste la plaque figurée n'est pas la seule qui en offre une accumulation semblable ; au contraire on les trouve presque toujours dans ces conditions ; il est même très-rare d'en rencontrer d'isolés.
J'ai donné à cette espèce le nom de Cephalotes , parce qu'elle a la tête proportionnellement ti'ès-grosse. Toutes les autres parties du squelette sont très-grèles, en particulier la colonne vertébrale et les côtes. Les apophyses épineuses sont d'une ténuité extrême, quoique assez longues. L'appareil operculaire dont il existe ordinairement des traces très-visibles , est grand et lisse. Les nageoires , composées de rayons trèsgrèles, sont de moyenne grandeur. La caudale est tronquée , ou plutôt légèrement échancrée .La dorsale occupe à-peu-près le milieu du corps, en face de l'anale, quoique un peu plus rapprochée de la tête. Je n'ai pas encore vu de trace des écailles ^ quoique la teinte uniforme du corps de tous les exemplaires figurés ne me laisse pas douter de leur existence. En revanche on remarque dans les exemplaires de fig. i une autre particularité bien surprenante, c'est que la cavité abdominale est teinte en noir, ce qui indique des traces incontestables de l'intestin et surtout du foie qui, comme l'on sait, est très-développé dans les poissons de toute cette famille, et contient beaucoup de matière colorante. Sur la planche ces deux figures sont rapportées à tort au Lebias Meyeri.
L'original de la plaque fig. t provient des terrains tertiaires d'Aix en Provence. Il m'a été communiqué par M. Murchison. Je rapporte à la même espèce les individus de fig. 2, 9 et 10, les seuls que je connaisse isolés et dont j'ai voulu donner les figures, afin de mieux faire ressortir les proportions des diverses parties du corps. La conservation de ces parties molles est une preuve de plus en faveur de la supposition d'un ensevelissement subit de tous ces poissons. L'original de fig. 2 appartient à M. le' comte de Munster et provient également d'Aix. Il existe en outre des exemplaires de cette espèce dans la collection de l'Ecole des Mines de Paris.