TOM. V, 2' PART
Après avoir ainsi épuré cette famille , nous la trou^'ons composée des genres Esox , Belone, Sairis , Tylosiinis et Heniiraniphus , démembrés par les naturalistes modernes du genre Esox de Linné , et auxquels il faut associer le genre Exocettis , quelque éloignée que sa ressemblance puisse paraître. Le caractère distinclif de la famille consiste dans la structure de la bouche , et particulièrement de la mâchoire supérieure , dont le bord est formé soit par les intermaxillaires seuls, soit par les intermaxillaires et les maxillaires supérieurs. Dans tous les cas , les maxillaires supérieurs sont dépourvus de dents et placés à la suite des intermaxillaires sur une même ligne , et non point derrière, sur un second rang , comme chez la plupart des poissons dont les maxillaires sont édentés. La forme du bec varie considérablement suivant les genres : modérément allongé et arrondi chez les vrais Esox, il est très-effdé chez les Belones, les Sairis et les Tylosaures ; dans le genre Heniiraniphus, la mâchoire inférieure seule est effilée, tandis que la supérieure est très-courte; enfin, dans le genre Exocetus, les deux mâchoires sont écourtées. On peut envisager les poissons qui constituent ce dernier genre comme des Hemiranqihes dont les deux mâchoires seraient tronquées et les pectorales extraordinairement développées. Le corps est généralement allongé , la dorsale et l'anale opposées l'une à l'autre et très-reculées ; les ventrales sont suspendues sous le ventre , fort en arrière des pectorales.
Bien qu'ils soient privés d'appendices cécaux au pylore , les Esocides se rapprochent à bien tles égards de la famille des Scombres et en particulier des genres Tetrapterus , Histiophorus et Xiphias. L'absence de nageoire épineuse chez les Esoces ne saurait infirmer ce rapprochement ; car, chez un grand nombre de Sconibéroïdes , tous les rayons dorsaux sont flexibles ou articulés , et les changemens qui surviennent avec Tâge dans la forme de la dorsale du genre Xiphias , nous apprennent qu'il ne faut pas attacher trop d'importance à la disposition de ces rayons , tandis que l'absence de ventrales dans ce même genre et dans plusieurs autres trèsvoisins de genres qui en sont pourvus , montre que les ventrales ne jouent pas , chez les poissons, un rôle aussi important que celui que Linné leur avait assigné. II ne faut pas oublier non plus que la famille des Esoces compte un genre , celui des Sairis ou Scombrésoces , dont les derniers rayons de la dorsale et de l'anale sont séparés en forme de pinnules distinctes , comme chez les vrais Scombres. Des motifs semblables doivent suffire pour faire envisager les Esoces et les Scombres comme plus voisins les uns des autres qu'on ne l'a pensé généralement ; aussi ai-je vu avec une vive satisfaction que le prince de Canino , qui a étudié avec tant de soin les poissons de la Î^Iéditerranée , partageait cette manière de voir, puisqu'il a rapproché ces deux familles dans le conspectus des Poissons d'Italie , qui forme l'Introduction du troisième volume de sa Fauna Italica.
Les poissons fossiles que je range dans cette famille appartiennent pour la plupart à des genres qui n'existent plus ; il me reste dès-lors quelques doutes sur la convenance de laisser à côté des vrais Esoces ces genres que je n'ai pas pu étudier aussi complètement que je l'aurais voulu. Ne leur trouvant pas de place convenable , je les rangerai cependant à la suite de cette famille , sauf à levu' en assigner une autre lorsque leurs affinités seront mieux établies.
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