CHAPITRE II
DU GEISRE ESOX.
Lorsque Linné inslilua le genre Esox , il y réunit des poissons fort cHlfércns . ([ui sont maintenant l'épartis dans plusieurs familles sous des noms génériques particuliers. Tels sont: 1" VEsox Sphyrœno , (jui , après être de^ enu le Sphtjrœna Spet , a été rapproché des Percoïdes , el que je crois voisin des Scoml)éroïdes : 2° VEsox osseiis , qui est devenu le type du genre Lepidosteus , placé d'abord dans la famille des Clupes , d'où je l'ai retiré pour en faire le type d'une famille distincte , celle des Sauroïdes , qui est surtout riche en genres éteints ; .5° VEsox viilpes , type du genre Butirinus , de la famille des Clupes ; k" VEsox sijnodiis , qui appartient probablement au genre Saurus. de la famille des Salmones ; 5° VEsox Hepsetus , qui est très-probablement un Emjraulis ; 6" VEsox gyiiinocephalus , qui paraît être un Erythrimis , et trois espèces seulement qui font réellement partie de la famille des Esocides , mais qui sont maintenant les types d'autant de genres dilTérens. savoir VEsox brasiliensis , qui appartient au genre Heiniramphus , VEsox Belone, qui est le tA^pe du genre Belone, et enlîn VEsox Lucias , qui est le type du genre Esox proprement dit, tel que Cuvier l'a circonscrit et tel que nous ladmeltons maintenant.
Dans ses limites nouvelles, le genre Esox est caractérisé par sa forme allongée et cylindracée ; la tête est grande, le museau oblong, large, obtus el déprimé. La gueule est très-fenduc et horizontale. Le bord de la mâchoire supérieure est en majeure partie formé par les os maxillaires supérieurs , qui sont entièrement dépourvus de dents : les intermaxillaires , ornés de trèspetites dents coniques , n'occupent que la partie antérieure de la mâchoire supérieure ; encore sont-ils séparés au milieu du rostre par le vomer. C'est sans doute par l'efTet d'une transposition qu'on lit dans le lU(jne aiuitud de Cin-ier, que les intermaxillaires forment les deux tiers de la mâchoire supérieure ; ils en forment à peine un tiers , tandis que les maxillaires supérieurs en bordent tout le côté. Les palatins et la partie antérieure du vomer sont garnis de fortes dents dont la pointe est dirigée en arrière ; sur le prolongement du Aomer, sur les os pharyngiens et sur les arcs branchiaux, il y en a de plus petites; la surface des os impairs de la langue est également garnie de très-fines dents. La mâchoire inférieure , en revanche , est armée de grosses dents coniques . effdées , très-acérées et tranchantes à leurs bords antérieur et postérieur ; les grosses dents sont peu nombreuses et alternent avec des dents plus faibles, plus petites et plus serrées. Les pièces operculaires sont minces et folia-
cées ; on compte quatorze rayons dans la membrane branchiostègue. Tous les rayons des nageoires sont articulés , grêles et divisés ; la caudale est la plus forte de toutes les nageoires , elle forme avec la dorsale et l'anale une large surface propre à battre vigoureusement l'eau et sert ainsi à imprimer au corps entier les mouvemens l'apides que ce poisson peut exécuter.
Possédant divers os détachés d'une espèce fossile de Brochet et plusieurs squelettes presque entiers d'une seconde espèce fossile , je crois utile de donner d'abord la description de la charpente osseuse de notre Esox Lucius, avant de chercher à préciser les différences qui existent entre les espèces fossiles et les espèces vivantes.
Le squelette du Brochet d'Europe (Esox Lucius), représenté Tab. J et K, se distingue particulièrement par la ténuité de ses os. Les corps de vertèbres, les côtes, les arêtes musculaires , les supports des nageoires , la ceinture thoracique , les pièces operculaires , les os du crâne même, tout en un mot, dans le squelette , à l'exception des mâchoires, est plus mince. j)lus grêle et plus faible que dans d'autres genres ; mais aussi les mouvemens sont plus souples et plus faciles. Ce contraste paraîtra surtout frappant si l'on compare le Brochet à notre Perche, qui est aussi un poisson vorace. Chez celle-ci tout est roide, anguleux, hérissé de pointes ; car lorsque la Perche poursuit sa proie , l'effort qu'elle fait ne se trahit pas seulement dans la position des nageoires , qui se dressent en avant , mais encore dans la tension des pièces operculaires et des mâchoires , tandis que chez le Brochet les mouvemens les plus rapides et les plus vigoureux sont encore faciles et gracieux. Mais aussi quelles différences entre leurs squelettes ! Celui de la Perche est en tous points aussi ramassé , aussi robuste . aussi anguleux, aussi hérissé de piquans que celui du Brochet est grêle, délié et souple.
La colonne vertébrale du Brochet compte soixante-deux vertèbres, dont quarante abdominales et vingt-deux caudales ; leur corps est à-peu-près aussi long que haut sur toute la longueur de l'épine dorsale ; les premières sont dépourvues de côtes ; les suivantes en ont de grêles, effdées à leur extrémité, et larges et plates à leur base. Les arêtes musculaires sont très-développées ; simples à la nuche , elles s'articulent immédiatement à la partie supérieure du corps des vertèbres ; le long du dos jusqu'à l'extrémité de la cavité abdominale , elles sont bifurquées et ne tiennent au reste de la charpente osseuse que par de fins ligamens : sous la dorsale elles sont de nouveau simples ; il y en a de semblables à ces dernières au-dessus de l'anale.
Les osselets interapophysaires qui supportent la dorsale et l'anale sont très-minces et relevés latéralement d'une faible carène. L'articulation avec les rayons se fait par l'entremise de petits osselets cylindracés , plus minces au centre qu'aux deux bouts. Je compte à la dorsale vingt osselets interapophysaires, portant vingt et un rayons, et à l'anale dix-neuf osselets et autant de rayons. La caudale présente quelques particularités dignes de remarque. Les grands rayons sont au nombre de dix-neuf, dont dix forment le lobe supérieur, et neuf le lobe inférieur de la caudale, aux bords supérieur et inférieur desquels on compte encore une dizaine de petits rayons. Les deux lol)es de la caudale sont symétriques dans leur arrangement exté-
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rieur : mais quant à leur iiiode d'insertion sur la colonne \erlébrale, ils diffèrent complèteiuenl et n'offrent même aucune symétrie. Les dix rayons du lobe supérieur sont tous les dix articidés avec les apophyses épineuses de la dernière vertèbre seulement, qui ne porte pas d'autres rayons , tandis que les neuf rayons du lobe inférieur sont articulés avec les apophyses épineuses des deux avant-dernières vertèbres. Les petits rayons des bords de la nageoire tiennent aux apophyses des quatre vertèbres précédentes.
Les os du bassin sont plats , avec une plaque triangulaire et arrondie en arrière , à lacpielle sont fixés les dix rayons des ventrales; le bord externe du bassin est renflé.
La ceinture thoracique, Tab. K, fig. H, se fait remarquer parles proportions singulières de ses parties. Le premier suprascapulaire est fortement bifurqué et plié sur lui-même en forme de gouttière ; le second est un petit osselet plat , qui tient au mastoïdien et au suprascapulaire. Le scapulaire est allongé, étroit en haut et faiblement dilaté en bas. Le styloïde est simple et grêle. L'humérus a sa branche montante beaucoup plus courte et plus effilée que la branche horizontale , qui est faiblement arquée ; son coude est arrondi , sans saillie ni armature particulière. L'utna et le radins sont plats et portent quatre petits os métacarpiens auxquels s'attachent les treize rayons des pectorales.
La face supérieure de la tête est plate ; les os de la partie antérieure du crâne , c'est-à-dire les frontaux, les efhmoïdes et le vomer sont très-allongés en avant et forment comme un point d'appui pour les os de la face , tandis que la plaque ptérygo-palatine est suspendue au frontal antérieur et la plaque temporale avec l'appareil operculairc et la mâchoire inférieure au mastoïdien , auquel la ceinture thoracique est également attachée ; les sous-orbitaires tiennent au frontal antérieur et au frontal postérieur; enfin l'appareil branchial est fixé par en haut au corps du sphénoïde; ses arcs s'unissent en bas les uns aux autres et se rattachent en avant à l'os hyoïde. De cette manière , toute la partie mobile de la tête se trouve rattachée directement ou indirectement aux os du crâne. Un pareil arrangement permet une très-grande mobilité dans les os de la face et des appareils qui en dépendent ; aussi y a-t-il peu de poissons qui puissent ouvrir la gueule plus largement que le brochet et avaler des poissons d'un aussi gros volume comparativement à leur taille.
Les os de la tête sont tous représentés séparément, Tab. k. La fîg. i montre le crâne de profil, les os de la face étant enlevés; la fig. h représente les os du crâne, dans la même position que dans fig. i , seulement séparés aux articulations et écartés les uns des autres; la lig. 2 est le crâne, vu d'en haut; ses os détachés, dans la même position, se voient fig. 5; la fig. ."ï nous montre le crâne d'en bas, avec ses os détachés dans fig. 6; la fig. 7 est une vue de l'occiput, dont les os détachés sont représentés fig. 8. La fig. 9 représente le crâne ouvert, d'en haut. La fig. iO nous fait voir la tête entière de profil avec la ceinture thoracique; tous les os de la face sont en place, excepté les sous-orbitaires qui sont enlevés; la fig. II montre les os détachés de la ceinture thoracique, et la fig. 12 ceux de la face, maintenus autant que possible dans leur position respective. La fig. 13 est plus difficile à comprendre: c'est une
xne de profil de l'appareil hyoïde et branchial et de la ceinture thoraciqne pour montrer leurs rapports avec la base du crâne et l'occiput ; les os du côté gauche de la face sont enlevés ; en revanche , on a dessiné au trait ceux du côté droit que l'on aperçoit par leur face interne et sur lesquels l'appareil hyoïde et branchial se dessine. La fig. Ik représente cet appareil vu d'en haut ; les cornes de l'os hyoïde sont un peu écartées pour laisser mieux voir les rayons branchiostègues ; enfin la fig. d o représente la queue de l'os hyoïde d'en haut et de profil.
Les os du crâne ont cela de particulier ([ue tous ceux de la partie antérieure du crâne sont extrêmement allongés , tandis que ceux de la partie postérieure sont ramassés ; tous sont lisses ; sur aucun point de la voûte crânienne ne s'élèA eut de ces fortes crêtes ou arêtes comme on en remarque chez tant de poissons ; le mastoïdien seul se détache en arrière, en forme de corne.
Les frontaux, fig. 1 — .j . n" I , sont les plus grands de fous les os du crâne: plats en dessus et en dessous , ils offrent seulement cela de particulier, que le centre d'ossification se distingue en dessus par les rayons osseux qui en partent , et en dessous par une crête osseuse à laquelle s'attachent le frontal postérieur et la petite aile sphénoïdale ; les bords articulaires sont très-lacérés, surtout le bord postérieur qui s'unit aux pariétaux ; les bords internes des deux os forment imc suture frontale irrégulière sur le milieu du crâne; le bord orbitaire qui est libre . est plus régulier et légèrement renflé ; sur le milieu de chaque os , un peu plus près du bord interne que du bord externe, on remarque plusieurs ouvertures des canaux muqueux qui traversent le crâne. L'extrémité antérieure des frontaux est une large lame, mince et étroite, (jui repose sur le vomer.
Les frontaux antérieurs, n'^2, et les postérieurs, n° h, sont de petits os dont la forme n'a rien de bien particulier : les antérieurs sont triangulaires et voûtés au milieu ; leur bord extérieur est arrondi et renflé : les postérieurs sont plus allongés , leur face supérieure est concave, le bord interne échancré, dans sa partie antérieure, et l'extrémité postérieure et intérieure relevée en forme de voûte, qui est interposée entre les deux ailes spliénoïdales. Au bord supérieur de l'orbite, on remarque un petit os. n° 1'. tenant au frontal principal et au frontal intérieur, qui est sans doute l'os superciliaire.
Les etlunouhs, n° 3 , sont de petits os plats, três-allongés , atténués en arinère et embrassant les prolongemens antérieurs des frontaux , tandis que leur extrémité antérieure , renflée et arquée en dehors, recouvre les bords de la plaque triangulaire du vomer. Tous ces os. c'est-à-dire les prolongemens des frontaux principaux , les frontaux antérieurs , les ethmoïdes et le vomer ne sont que des plaques osseuses, appliquées sur une grosse pièce cartilagineuse, dont la forme dans son ensemble est la même que celle de la région du crâne que ces os recouvrent.
Les os dit nez, n° 20, situés en dehors de ce rostre osseux ne sont que des tubes entourant le prolongement des canaux muqueux des frontaux.
Le vomer , n° 16. forme la base du rostre crânien. Cet os a la forme d'im coin plat, dont la j)artie antérieure est plus dilatée et plus renflée que le prolongement. (|ui s'étend en ar-
rière sous les clhnioïdos et <|ui s'appli((uo sur la face inférieure du spliénoïde principal. La surface du > orner, qui est tournée vers l'intérieur de la gueule et qui forme la partie antérieure du palais osseux, est cnlièrement garnie de dents; mais celles du chevron antérieur ou plutôt de la partie dilatée de Fos sont beaucoup plus grandes cpie celles qui couvrent son extrémité postérieure.
La hase du crâne est en majeure partie formée par le sphénoïde principal , rf 6. C'est un grand os, très-allongé, dont le corps est plat dans toute sa partie antérieure, avec une légère dépression triangulaire à la face inférieure , dans laquelle s'adapte la pointe du vomer ,• et une forte quille à la f;ice supérieure, à laquelle s'attache le prolongement postérieur de la pièce cartilagineuse dont j*ai parlé plus haut; la partie postérieure de cet os est ployée sur ellemême , de manière à présenter par dessous une quille arrondie et une large gouttière , lorsqu'on l'examine d'en haut; les parois de cette gouttière sont traversées par les carotides et donnent insertion, le long de leur bord, aux grandes ailes sphénoïdales , et en avant aux petites ailes. Au fond de la rainure s'élève une petite quille. L'extrémité postérieure de cet os s'unit au basilaire de l'occiput.
En avant de la gouttière du sphénoïde se trouve le sphénoïde antérieur, n° 1 S , qui est un petit os bifurqué, servant, conjointement avec les petites ailes sphénoïdales antérieures . n° [k, à séparer les orbites de la cavité crânienne.
Les (jrandes ailes sphénoïdales , n" 1 1 , sont des os plats, quadrilatères, marqués de deux plis au bord supérieur. Elles sont traversées par deux trous, qui donnent passage aux cinquième et septième paires de nerfs; le plus grand de ces trous est près du bord antérieur, l'autre beaucoup plus petit et masqué par le bord du pli supérieur antérieur, est presque au centre de l'os. Le bord inférieur des grandes ailes s'unit au bord de la gouttière du sphénoïdal principal ; à leur bord antérieur s'attachent les cornes du sphénoïdal antérieur et les petites ailes sphénoïdales ; leur angle supérieur antérieur touche les frontaux postérieurs , tandis ([ue l'angle postérieur supérieur s'unit aux mastoïdiens; leur bord postérieur enfin est réuni aux occipitaux latéraux.
Les pariétaux , n° 7, présentent des particularités assez singulières. Ce sont de petits os plats, écailleux, séparés l'un de l'autre par l'occipital supérieur , dont le bord antérieur est recouvert par les frontaux principaux et qui recouvrent eux-mêmes le bord antérieur des occipitaux externes. Leur bord postérieur est fortement échancré en dehors, ensorte que la pointe qui en résulte fait suite et paraît se confondre en arrière avec l'arête des occipitaux externes.
L'occipital supérieur, n" 8, que l'on nomme aussi interpariétal , est un petit os de forme circulaire, quoiqu'il paraisse triangulaire à la surface du crâne. Ce qui lui donne cette apparence, c'est qu'il est recouvert de côté par les pariétaux et en avant par les frontaux. Son bord postérieur est abaissé perpendiculairement ; de cette surface s'élève une crête dirigée en arrière, qui est la crête occipitale.
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Les occipitaux externes, n° 9, font saillie en arrière des pariétaux; leur bord interne s" unit aux bords verticaux de l'occipital supérieur.
Les occipitaux latéraux , n° 1 0 , placés au dessus et sur les côtés du basilaire , ferment la cavité du crâne en arrière et sur les côtés du trou occipital. Ils sont ployés à angle droit sur eux-mêmes, de manière à offrir deux larges surfaces; celles d'arrière, par leur réunion, forment en grande partie la paroi postérieure du crâne , et le grand trou occipital est à leur bord inférieur. Les faces latérales sont percées d'un trou au milieu, qui donne passage aux nerfs hypoglosses et glossopharyngiens.
Le basilaire , n° 5 , est très-remarquable en ce qu'il a tout-à-fait la forme d'un corps de vertèbre et que non-seulement sa surface articulaire postérieure, mais même l'antérieure est concave et conique comme les surfaces articulaires des vertèbres ordinaires.
Enfin les mastoïdiens, n° 12, sont des os déforme singulière; leur bord externe, traversé par im canal muqueux est le plus renflé ; il est un peu arqué en arrière et se termine par une corne saillante à laquelle s'attache le suprascapulaire accessoire, n° 21; leur lame horizontale , dilatée en avant, s'unit aux frontaux principaux et aux pariétaux ; la lame verticale s'articule avec les occipitaux latéraux et avec la grande aile sphénoïdale.
Toutes ces pièces osseuses de la partie postérieure du crâne sont engagées dans une capsule cartilagineuse qui constitue l'élément essentiel de toute l'enveloppe crânienne et qui ferme partout les lacunes que les pièces osseuses laisseraient entre elles dans les parois de cette importante cavité. Dans le Brochet, même adulte, je n'ai pas remarqué de point dossilication à l'endroit ou devrait se trouver l'os n" 13, que Cuvier appelle rocher.
La cavité du crâne est petite et circonscrite dans l'espace compris entre les frontaux postérieurs , les ailes sphénoïdales , les pariétaux , les occipitaux et le sphénoïde principal. Lorsque sa voûte est enlevée, Tab. K, llg. 9, on remarque en avant de cette cavité la grande ouverture par laquelle sortent les nerfs olfactifs et optiques et les nerfs accessoires des organes des sens, de la vue et de l'odorat ; sur les côtés, dans la grande aile sphénoïdale, s'ouvrent les trous pour les nerfs de la cinquième et de la septième paire et pour ceux de la sixième paire : entre la grande aile et l'occipital latéral, on remarque un fond du crâne, sur les côtés deux fossettes ovales dans lesquelles sont logés les labyrinthes ; les canaux semicirculaires postérieurs de l'oreille interne s'adossent contre l'occipital latéral , les antérieurs contre la grande aile sphénoïdale et les moyens sous le mastoïdien. Le (jrand trou occipital est triangulaire et déprimé, fig. 7.
Si après aAoir passé en revue tous les os qui entrent dans la composition du crâne proprement dit , nous nous demandons si les noms qu'ils portent maintenant expriment bien réellement leur analogie avec les os du crâne des animaux vertébrés supérieurs , nous ne pourrons nous empêcher d'élever certains doutes sur la manière dont plusieurs d'entre eux ont été parallélisés. Pour ne pas allonger nos discussions à ce sujet , je me bornerai à reprendre les déterminations de Cuvier, telles qu'il les a résumées dans le premier volume de son His-
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tuire naturelle dos Poissons; quant à la synonymie de ces os, chez les difl'érens auteurs, elle est très-complète dans l'ouvrage de Cnvier, et j'y renvoie mes lecteurs , pour éviter ici toute répétition.
On ne saurait douter qu'en somme le même arrangement des os du crâne n'existe chez les poissons et chez les autres \ ertébrés. Leurs frontaux sont bien réellement analogues aux frontaux des reptiles , des oiseaux et des manunifères , alors nième que ces os sont traversés de canaux muqueux chez les poissons ; ils en diffèrent cependant en ceci, que toute leur base cartilagineuse ne s'ossifie pas complètement. Pour comparer donc rigoureusement les os des poissons aux os des autres vertébrés, il faudrait comprendre dans ces rapprochcmens la partie cartilagineuse des os aussi bien que les plaques durcies qui y adhèrent, puisque les masses cartilagineuses constituent souvent la partie essentielle du squelette. On se ferait à mon gré une bien fausse idée de l'ostéologie des poissons si l'on voulait , comme Reichert , n'envisager les plaques osseuses qui recouvrent le crâne , que comme des plaques écailleuses , par la raison seule que ces plaques se détachent aisément de la capsule cartilagineuse du crâne. Pour réfuter cette manière de voir, il suffit d'objecter l'existence d'écaillés très-complètement développées dans la peau qui recouvre toute la surface du crâne chez plusieurs poissons de cette même famille des Perches, que Reichert cite à l'appui de son opinion. L'existence de canaux muqueux dans ces os n'est pas non plus une raison suffisante pour les envisager comme des écailles; car s'il en était ainsi, la tète des poissons ne compterait, pour ainsi dire, plus de véritables os et il faudrait même envisac^er la mâchoire inférieure comme étrana:ère à la charpente osseuse proprement dite, puisque cet os est aussi traversé de canaux muqueux. Je ne vois pas non plus l'avantage qu'il peut y avoir à donner des noms nouveaux aux frontaux antérieurs et aux postérieurs et à les appeler processus orbitalis anterior et processus orbitalis poster lor ; car ce ne sont pas de simples apophyses, mais bien de véritables os distincts, quoiqu'ils correspondent en effet aux apophyses orbitales antérieures et postérieures de l'os frontal.
Les ethmokles , les nasaux et le vomer me paraissent réellement correspondre aux os de même nom des vertébrés supérieurs ; scidement l'importance de ces pièces est bien différente dans les diverses classes de ces animaux. Les nasaux loin de contribuer à la formation et à la protection d'une cavité importante , ne sont encoi'e chez les poissons qu'une simple enveloppe solide autour d'un tube muqueux ; les ethmoïdes n'ont également pas encore acquis l'importance (pi'ils ont chez les vertébrés supérieurs, comme base solide du développement de la muqueuse du nez. En revanche, le vomer a, chez les poissons, une importance qu'il n'a plus chez les autres vertébrés. Les os du palais et les maxillaires supérieurs de droite et de gauche ne se réunissent pas l'un à l'autre à la base du crâne, comme c'est le cas chez les vertébrés supérieurs; le vomer, au lieu d'être réduit au rôle de simple cloison entre les narines , forme une partie plus ou moins considérable de la voûte du palais, se recouvre môme de dents et fonctionne comme mâchoire supérieure.
TOM. V, 2» PABT. 9
La part active que plusieurs os du crâne prennent , chez les poissons , dans les fonctions nutritives , est incontestablement un caractère d'infériorité marquée de cette classe des vertébrés. Ce n'est pas en effet le vomer seul qui présente ces rapports avec l'avaloir, car le corps du sphénoïde lui-même forme chez les poissons la plus grande partie de la voûte du palais ; cet os est même complètement recouvert de dents chez le Siidis (jiyas , comme je l'ai déjà fait remarquer dans mon ouvrage sur les poissons du Brésil, de Spix. Et cependant , on ne saurait douter que le sphénoïde principal ne soit bien réellement le corps du sphénoïde postérieur ; sa position entre le basilaire et le vomer met la chose hors de doute. Le sphénoïde antérieur et la petite aile sphénoïdale , par leurs rapports avec l'orbite, sont aussi en réalité ce que leur nom indique ; il en est de même de la (jrande aile. Il ne saurait exister non plus de doute sur la correspondance des différens os de l'occiput des poissons avec l'occipital des mammifères ; seulement, chez les poissons, cet os est au maximum de son démembrement , puisqu'il est représenté par six os distincts : le basilaire , les occipitaux latéraux, les occipitaux externes et l'occipital supérieur. Les ^o)'*e^rtMa; sont bien aussi, à mes yeux , de vrais pariétaux ; mais je ne puis partager l'opinion de Cuvier et de Meckel sur l'os n" 12. Un os de la tête placé entre le frontal postérieur, le frontal principal, le pariétal , la grande aile sphénoïdale et l'occipital latéral , ne saurait jamais être envisagé comme correspondant à l'apophyse mastoïdienne du temporal. D'après ses liaisons, je crois donc qu'il faut envisager le mastoïdien de Cuvier comme l'analogue de Vécaille du temporal ou comme le temporal proprement dit. C'était déjà l'opinion de Spix, qui est toml)é juste sur ce point, quoiqu'il ait donné souvent des noms bien étranges à d'autres os de la tête des poissons.
Je ne conçois pas pourquoi l'on s'obstine à chercher des osselets du tympan et un rocher parmi les os de la face de cette classe d'animaux : il devrait suffire , ce me semble , de voir l'organe de l'ouïe présenter des modifications graduées dans toute la série des vertébrés , pour se convaincre que le rocher n'existe pas du tout chez les poissons , pas plus que les osselets de la cavité du tympan. S'il y avait un rocher chez les poissons, ce devrait être un os qui entourerait le labyrinthe et les canaux semicirculaires ; mais nous avons vu que ces parties de l'oreille interne se trouvent dans la cavité du crâne sans enveloppe osseuse particulière, et protégées seulement par les parois des os qui entourent le rocher, là où il existe. Quant aux os de la face que l'on a voulu paralléliser avec les osselets de l'oreille , nous verrons plus bas qu'il faut leur assigner des rapports bien différens.
La détermination des os de la face ne présente pas en général de bien grandes difficultés depuis que Cuvier a démontré que l'os labial ou l'os des mystaces est un maxillaire supérieur, d'une conformation particulière, propre à la plupart des poissons. Ces os n°^ 18 et 18', forment environ les deux tiers du bord supérieur des côtés de la bouche. Ils sont entièrement dépourvus de dents , arrondis en avant et comprimés en arrière ; au bord postérieur est attachée une lame osseuse mince, semblable à celles que l'on voit chez les Salmones et les Chipes, et qui est un démembrement du maxillaire.
hc^iiilcrmaxiUuirea. n" i7. quoi(Hic armés de dents, sont heaucoup plus petits (pie les maxillaires supérieurs , et fornieul une partie du bord supérieur de la gueule , sur les côtés du vomer, qui en forme le milieu.
Les palatins . n" 22 , sont articulés en avant avec les intermaxillaires , les maxillaires supérieurs et le vomer, et en arrière avec l'os transverse ; toute leur surface buccale est armée de dents , dont les plus fortes se trouvent sur le bord interne de l'os et sont dirigées en dedans et en arrière.
Les os Iransverses, n° 2't, et \es pténjfjoïdes internes, n° 2H , me paraissent correspondre aux os avec lesquels on les a parallélisés ; mais je ne saurais me ranger à l'opinion de Cuvier quant aux sous-orbitaires , n"' 19, 19', 19 ", etc., qui ne me paraissent point des os particuliers propres aux poissons , mais qui sont bien plutôt des démembremens du jayal ou os zygoinatique , comme le pensaient déjà Spix , Bojanus et Meckel. Le fait que ces os recouvrent les muscles de la joue n'est point contraire au rapprochement que j'admets, comme le dit Cuvier ; car les muscles de la joue des vertébrés supérieurs s'attachent au bord inférieur du zygomatique, ou bien ils sont même débordés par cet os. Le sous-orbitaire antérieur est très-grand et plat ; les suivans , au nombre de cinq , sont très-petits et étroits ; tous sont traversés par un canal muqueux.
Si, comme je l'admets ici , les sous-orbitaires de Cuvier sont le jugal , il est évident que l'os que Cuvier appelle y»</fl/ , n° 26, devra prendre un autre nom, et je ne crois pas me tromper en affirmant que c'est l'os carré. J'emprunte cette détermination aux fonctions mômes de cet os ; et comme c'est sur lui qu'est articulée la mâchoire inférieure , je ne vois pas comment on pourrait échapper à la nécessité de voir en lui l'os carré. Cet os a deux branches allongées , formant entre elles un angle à-peu-près droit , dont le sommet est façonné en surface articulaire à laquelle le maxillaire inférieur vient s'attacher.
L'os carré et le temporal une fois reconnus et fixés comme nous l'avons fait , il ne reste plus que quelques os dont la détermination puisse offrir des difficultés réelles : ce sont l'os n° 2.5 , que Cuvier nomme temporal , le n" 27, qu'il nomme tympanal , le n° 31 , qu'il nomme symplectique , et le n" 30, qui est le préopercide. Tous les anatomistes sont d'accord pourvoir dans ces os des démembremens du temporal ; ils ne varient que dans la comparaison des parties entre elles. Quant à moi , je ne pense pas que l'on puisse les paralléliser rigoureusement , d'autant moins que leur nombre y met déjà un obstacle insurmontable ; cependant je serais porté à croire que le préopercule, n° 30, correspond plutôt à la caisse ou au bord postérieur du temporal, le temporal de Cuvier, n" 23, au pédicule supérieur de l'os carré, le tympanal, n° 27, à un démembrement des ptérygoïdes , et enfin le symplectique, n° 31, à l'apophyse interne de l'os carré. Dans celte manière de voir, le masto'idien , le temporal , le symplectique et le jugal de Cuvier devraient donc être considérés comme représentant plutôt l'écaillé et la partie aiMiculaire du temporal , tandis que le préopercule occuperait la place que le tympan occupe chez les vertébrés supérieurs, et le tympanal ne serait plus
qu'une pièce du palais osseux. Ce qui me fait envisager ainsi le tympanal, c'est que chez tous les poissons où il existe comme os distinct, il fait partie de l'arcade palatine. Pour éviter toute incertitude et ne rien préjuger quant au pai"allélisnie de ces os, il conviendrait peutêtre d'appeler le temporal de Cuvier os carré supérieur, puisque cet os forme une articulation avec le crâne , comme l'os carré proprement dit avec la mâchoire inférieure , et de donner au tympanal de Cuvier le nom de ptérygoïde postérieur. Quoique je considère le préopercule comme analogue de la caisse, je suis loin de croire que les pièces operculaires proprement dites, V opercule, n° 28 , le subopercule , n° 32, et V interopercule, n° 33, aient la moindre analogie avec les osselets de l'oreille interne. Ces os ne sont pour moi que des rayons branchiostkjues , dans le même sens que les rayons des cornes de l'os hyoïde , c'est-à-dire que ce sont des osselets particuliers de la peau qui recouvre et protège les branchies. Mais en disant que les pièces operculaires sont des rayons branchiostègues , je n'entends point faire une simple comparaison , mais bien affirmer que je considère ces plaques osseuses simplement comme les rayons branchiostègues supérieurs. Cette analogie est pleinement justifiée par la liaison qui existe entre les cornes de l'os hyoïde et le préopercule ; aussi j'espère avoir mis fin par ce rapprochement aux discussions interminables qui se sont l'eproduites jus- (|ue dans ces derniers temps sur la nature des pièces operculaires.
La mâchoire inférieure compte trois os dans chacune de ses branches, l'os dentaire, n° 34. l'os articulaire, n" 33, et l'os angulaire, n° 36. C'est la partie la plus solide et, proportion gardée, la plus grosse de tout le squelette du Brochet.
L'appareil hyoïde et branchiostègue, fig. 13, fi et 15, n'offre rien de bien particulier; les cornes de l'os hyoïde sont larges et plates, tandis que les arcs branchiaux sont proportionnellement beaucoup plus grêles et plus faibles que chez les autres poissons osseux. Cette flexibilité de l'appareil branchial tient au genre de vie du Brochet qui , pour pouvoir avaler une grosse proie, devait avoir des arcs branchiaux très-mobiles et en même temps flexibles.