‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 113 sur 156 · II. Esox LEPIDOTUS Ag · texte numérisé non relu

II. Esox LEPIDOTUS Ag

Vol. V, Tab. 42.

Sy.n. £so.r Lucius KnoiT. Délit. Tom. I , Tab. 6. — Scheuch. Fisc, quaerel. Tab. 1.

Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les figures que j'ai données de ce poisson dans la planche citée , pour y reconnaître aussitôt la forme et les caractères du Brochet. Partant de là , il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Scheuchzer et Knorr, et , après eux , d'autres naturalistes , l'aient confondu avec V Esox Lucius, notre Brochet commun. Nous verrons cependant plus tard que ce rapprochement est exagéré.

Notre fossile provient des calcaires d'eau douce d'OEningen , où il se trouve en grande abondance. J'en ai vu des exemplaires dans beaucoup de collections; les plus beaux se trouvent au

Musée de Zurich, dans la collerlion do M. le docleur Lavator à Zurich , au Musée de Carisruhe, dans les coilec(ions de lord Knuiskillen et de sir Philippe Egerlou , et au Musée hrifaniiique. Le grand exemplaire représenté au bas de ma planche est l'oiiginal même de la (ignre de Knorr; il faisait partie de la collection du célèbre Com"ad Gessner, et se lrou\e maintenant au Musée de Zurich, où j'ai remarqué en outre plusieurs autres exemplaii-es de cette espèce très-bien conservés. On y possède môme les deux pla([ucs correspondantes de quehpies-uns d'entre eux. Les deux exemplaires figurés au haut de ma planche font partie de la collection de M. le docteur Lavater; ils m'ont paru surtout intéressans en ce qu'ils forment, avec le grand exemplaire du Musée de Zurich, une série de tous les âges de cette espèce. J'en ai cependant vu des exemplaires beaucoup plus grands encore que ceux de ma planche , ensorte que VEsox lepidotus paraît avoir atteint des dimensions semblables à celles du Brochet de nos lacs et de nos rivières. 11 faut que ce poisson ait été très-commun dans les eaux douces d'OEningen . pour qu'on ait extrait un aussi grand nombre d'exemplaires entiers de cette localité. Le fait qu'on en trouve de toute grandeur, depuis une longueur de trois pieds et au-delà , jus- ([u'à des exemplaires qui ont à peine six pouces de long et qui n'avaient probablement pas atteint la seconde année de leur vie , n'est pas sans intérêt réel pour la paléontologie en général. Je sais très-bien que maintenant personne ne doute plus de la nature organique de tous les débris fossiles que l'on trouve ensevelis dans les couches de la terre ; cependant , si l'on a démontré d'une manière satisfaisante leur analogie avec les espèces qui vivent de nos jours , on n'a pas démontré d'une manière aussi palpable leur reproduction et leur multiplication pendant la durée de leur existence. Il est encore maintenant bon nombre d'esprits qui se figurent que les fossiles sont , pour ainsi dire , des tentatives de la nature d'établir un ensemble d'être vivans, capables d'exister simultanément et de se maintenir dans les circonstances actuelles , et qui refusent une certaine durée à la vie des espèces que l'on trouve à l'état fossile. Un savant allemand, bien connu par ses travaux en histoire naturelle, a publié, il y a quelques années seulement , une dissertation dans laquelle il nie que les espèces d'animaux que l'on trouve à l'état fossile aient vécu long-temps , et il en donne pour preuve le fait que l'on ne trouverait pas de jeunes exemplaires des espèces fossiles. Or, cette assertion est tout-à-fait imaginaire ; quand on veut se donner la peine de les chercher, il n'est pas d'espèce tant soit peu fréquente dont on ne trouve des exemplaires de tous les âges. Dans plus d'une occasion déjà , j'en ai cité des exemples parmi les poissons fossiles , parmi les oursins fossiles et parmi les coquilles fossiles , et je ne suis pas le seul qui ait fait cette remarque ; tous les paléontologistes qui ont voulu faire faire des progrès à cette science , ont senti la nécessité d'établir les espèces qu'ils décrivaient sur des séries d'exemplaires ; mais on n'a peut-être pas assez fait ressortir l'importance qu'il y avait à constater par là que les espèces fossiles ont parcouru des âges différens , c'est-à-dire qu'elles ont vécu un temps plus ou moins long, et que leurs générations se sont succédé comme de nos jours, puisqu'on en trouve de différentes dimensioîis dans une même couche et (jue ce fait se ré-

pète successivement dans plusieurs couches superposées. J'ai la conviction que la paléontologie continuerait à faire des progrès aussi rapides que ceux qu'elle fait maintenant, alors même qu'on ne réfuterait pas des assertions aussi étranges. Mais en le faisant positivement, on gagne réellement du terrain , et l'on ne pourra plus à l'avenir maintenir certains systèmes étroits de chronologie , en ayant l'air de s'appuyer sur des faits , lorsque la fausseté de ces faits aura été démontrée catégoriquement.

La preuve la plus convainquante que les poissons fossiles se reproduisaient tout aussi bien que ceux de notre époque, m"a été fournie par l'examen que j'ai fait d'un exemplaire d'Ephippus lomjipennis de Monte-Bolca , dont lord Enniskillen et sir Philippe Egerton possèdent les deux empreintes correspondantes, dans lequel on voit de la manière la plus distincte la cavité abdominale remplie d'œufs assez bien conservés pour qu'on ne puisse se méprendre sur leur nature.

Dans le cas particulier qui nous occupe , nous avons tout lieu de croire que le Brochet d'OEningen parcourait un cycle d'années semblable à celui des Brochets vivans. Le petit exemplaire de ma planche me paraît un jeune d'un an; le second, un exemplaire âgé d'environ deux ans , prêt à se reproduire , et le plus grand de cette planche , un exemplaire âgé d'au moins trois ans , s'il nous est permis d'appliquer à cette espèce les faits connus de l'accroissement de l'^". Lucius.

La charpente osseuse de VE. hpidotus ne diffère pas, dans sa disposition générale, de celle de l'espèce vivante , si ce n'est que le corps est un peu plus large et la tète proportionnellement plus allongée. Le nombre des vertèbres est cependant moindre de deux; c'est-à-dire qu'il y en a soixante , dont vingt caudales et quarante abdominales. Le corps des vertèbres est un peu plus gros dans l'espèce fossile que dans l'espèce vivante , assez large et pourvu d'apophyses épineuses proportionnellement grêles et courtes. Les côtes, au nombre de trentedeux paires, sont courtes, sans être pour cela notablement plus vigoureuses que celles de l'espèce vivante. Les arêtes musculaires sont ti-ès-nombreuses et fortement développées. Les nageoires ont aussi à-peu-près la même position que dans l'^. Lucius; seulement l'espèce fossile a les ventrales un peu plus rapprochées de l'anale , et l'espace entre celte dernière et la caudale et entre la dorsale et la caudale est un peu plus grand. On compte 3. 18 rayons à la dorsale, supportés par vingt-deux osselets interapophysaires. L'anale ai. la rayons et dix-huit osselets. La caudale est fortement échancrée et composée de 9. \. 9. 8. \. 9 rayons. Les ventrales ont huit rayons et les pectorales au moins dix-neuf. Ce derjiier nombre est pris sur d'autres exemplaires que ceux que j'ai représentés.

Si maintenant nous examinons la structure de la tête, nous y verrons en général à-peuprès les mêmes proportions que dans l'espèce vivante ; seulement la partie antérieure du crâne est plus effilée. On y distingue, dans différons exemplaires, les pièces operculaires , les rayons branchiostègues , l'arcade palatine et temporale, le vomer et ses dents formidables, et enfin les mâchoires. L'humérus et le stylet coracoïde sont également très-bien conservés.

L'orlnle parait située un peu plus en avant que dans l'espèce vivante ; les dents du vonier sont aussi jjIus grandes. En revanche, la mâchoire inférieure, qui est un peu phis hirge que dans le Brochet connnun . ne dépassait pas d'autant la mâchoire supérieure , et ses dénis étaient moins grandes et moins distantes. La grandeur des dents du vomer distingue celte espèce de l'espèce fossile que nous avons déjà décrite.

Mais ce qui caractérise mieux que toutes ces petites différences, l'espèce fossile qui nous occupe, c'est la grandeur considérable de ses écailles. Ce caractère est tellement saillant qu'il avait frappé et probablement end)arrassé d'anciens naturalistes , puisque sur une vieille étiquette de la collection du D' Lavaler, on lit ces mots, en allemand : Brochet à écailles de Carpe. La manie d'identilier les espèces fossiles avec les espèces vivantes l'emporta sur la juste appréciation d'un caractère de première valeur , puisque Ion préféra faire de ce poisson un brochet à écailles de carpe plutôt que de le distinguer comme espèce particulière. Ces écailles ne sont pas très-distinctes dans les exemplaires figurés; mais j'en ai vu d'isolées sur plusieurs exemplaires, qui étaient toujours beaucoup plus grandes que celles du Brochet vivant, proportionnellement à la taille de l'exemplaire auquel elles adhéraient.

Tous les exemplaires de VE. lepidotus , connus jusqu'à ce jour, proviennent d'OEningen. UEsox lepidotas est suns contredit le poisson le plus remarquable d'OEningen , celui qui dominait en souverain les eaux douces de cette intéressante localité. Il ne saurait dès-lors paraître déplacé que j'ajoute ici encore quelques remarques générales sur les autres espèces qui vivaient avec lui et sur leurs rapports avec les poissons qui habitent maintenant les eaux douces du même bassin. La liste des poissons d'OEningen est assez considérable ; j'y al reconnu une Perche, le Perça lepidota Ag., un Chabot, le Cottus brevis kg., un Lebias, le L. perpusillas Ag. , trois Loches, les Acanthopsis amjuslus Ag. , Cobitls centrochir et C. cephalofes Ag., un Goujon , le Gobio ancdis Ag. , deux Tanches, les Tinca leptosoma Ag. et T. furcata Ag. , ime Ablette, VJspius gracilis Ag. , quatre Leucisques, les Leuciscus œningeusis Ag. , L. latimcidiis Ag. , L. piisillus Ag. et L. helerurus Ag., deux Rhodeus, les Rh. elomjatus Ag. et Rh. latior, un Cyclurus, le C. minor Ag. , et une Anguille, V AncjuiUa paclujura x\g. , en lout dix-neuf espèces, en comptant celle qui fait le sujet de ce chapitre.

Cet ensemble rappelle de la manière la plus frappante l'assemblage des espèces de poissons que l'on rencontre maintenant dans la plupart des grands lacs d'Europe, et si nous le comparons plus spécialement à la faune ichthyologique du grand bassin du lac de Constance, dont OEningen dépend, nous verrons que de nos jours on y rencontre non seulement des espèces de ces mêmes genres, mais encore que les proportions dans les rapports des diverses familles et des genres entre eux sont très-semblables ; l'analogie s'étend même jusqu'au nombre des espèces dans la plupart des genres. Et cependant, malgré cette coïncidence dans la distribution générale des types , les espèces ne sont point identiques ; il existe en outre dans la faune des deux époques , des particularités très-remarquables qui leur donnent à chacune un cachet propre.

ESPECES D OENINGEN.

Un tableau synoptique comparatif fera ressortir plus distinctement ces rapports et ces diffél'ences.

espèces du lac de constance.

Percoides.

Perça fliwiatilis Linn.

Cottoides.

Cottus Gobio Linn.

Cyprinodonïes.

Perça lepidota Ag.

Cottus hrevis Ag.

Lehîas perpusillus Ag.

Acanthopsis amjustus Ag.

Cohitis centrochir Ag.

» cephalotes Ag.

Gobio anaiis Ag.

Tinca furcata Ag.

» leptosoma Ag.

Leuciscus œningensis Ag.

» latiuscuhis Ag.

pusillus Ag.

heterurus Ag.

Jsphis (jraciiis Ag.

Rhodeus ehmgatm Ag.

latior Ag.

Cyclurus minor Ag.

Esox lepidotiis Ag.

Cyprinoides.

Acanthopsis tœnia Ag. (Cobitis L.) Cohitis barhalula Linn.

» fossilis L. (dans le Rhin).

Gobio finiatilis Cuv.

Barbus fui-iatilis Cuv.

Cyprinus Carpio L.

Tmca Chrysitis Ag. (Cyprinus Tinca L.)

Leuciscus erythrophlhalmus Cuv.

» rutilus Cuv.

» rodens Ag. (Cj^r. Leuciscus L.)

» Dobula Cuv.

Chondrostoma Nasus Ag. (Cyprinus L.) Aspius alburmis Ag. (Cypi'inus L.)

EsociDEs.

Salmonidés.

Phoxinus varius Ag. (Cypr. Phoxinus L.) Abramis Brama Cuv.

» 5/ïcca Cuv.

£'sox Lucius Lin.

Salmo Salar (dans le Rhin) )' lacustris L.

ESPÈCES d'oENINGEN. ESPECES DU LAC DE CONSTANCE.

Salmonidés.

Saimo Trutlu L.

» Furio L.

• . . . » Salvelinus L.

Thyinallus iexillifer Ag. (Salnio Thynial-

lusL.)

Coreyonus Miirœna Cuv.

. » ff^artmanni Cuv.

Gadoides.

Lotit vidgaris Cuv.

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