MUR.\EN0IDES
Amjiiillapachyura Ag. AmjuUla flmiatilis Cuv. (Mura-na An-
guilla L.)
Si nous cherchons à analyser la valeur de ces rapports et de ces différences , nous serons d'abord frappés de la conformité qui existe entre tous les genres dont les espèces sont stationnaires ou plutôt n'entreprennent pas de longs voyages périodiques. C'est le même nombre de Perches, de Chabots, de Loches, de Goujons, de Tanches , de Leucisques , d'Ablettes, de Brochets et d'Anguilles. On pourrait croire que la colonne des fossiles ne renferme dans ce tableau qu'une liste de synonymes ou d'homonymes de nos espèces vivantes ; et cependant elles diffèrent toutes plus ou moins les unes des autres , comme on pourra s'en assurer en les comparant de nouveau et en examinant la description quej'en ai donnée. Les différences les plus saillantes entre les deux registres consistent dans l'indication de trois genres qui ne sont point représentés dans le lac de Constance, et de neuf genres qui n'existaient pas dans les eaux d'Oeningen. Parmi les genres d'Oeningen il n'y en a qu'un, le genre Cyclurus, dont je ne connais pas d'espèce vivante, mais il en existe une seconde fossile des lignites de Menât; le genre Rhodeus , en revanche , est représenté dans les eaux douces du centre de l'Europe , par le Rh. amarus, et le genre Lebias existe en Italie, aux Etats-Unis et en Orient. Quant aux genres de notre époque qui n'ont pas de représentans à OEningen , mais qui existent dans le bassin du lac de Constance, ils nous conduisent à des conclusions qui ne sont pas sans importance pour l'étude des poissons fossiles des terrains tertiaires en général. Un premier fait bien remarquable c'est l'existence dans ces eaux de huit espèces , au moins , de trois genres différens de la famille des Salmonidés , dont on n'a pas trouvé la moindre trace parmi les espèces fossiles d'OEningen.
Comme plusieurs ouvrages réputés affirment le contraire, il m'importe de faire connaître ici sur quoi reposent ces indications. J'ai examiné attentivement moi-môme ces prétendues
Truites d'Ocningen qui se trouvent au Musée de Carlsruhe et qui proviennent du couvent de Morsebourg ; toutes sont des pièces artificielles , confectionnées de fragmens d'autres poissons d'Oeningen , assemblés comme les pièces d'une mosaïque dans des excavations d'une plaque de calcaire de cette localité. La plupart de ces Truites sont fabriquées de morceaux d'Esox lepidotus , de Leiiciscus œningensis , de Tinca furcata et même de Perça lepidota juxtaposées de la manière la plus étrange , tantôt dans un sens , tantôt dans un autre ; mais le tout représente bien les contours extérieurs d'une Truite ; il y en a qui ont des dimensions aussi considérables que les plus grosses Truites de nos lacs. C'était sans doute un passe-temps pour les moines de Morsebourg de compléter leur collection de poissons fossiles et d'en augmenter l'intérêt aux yeux du public, en fabriquant eux-mêmes les espèces qu'ils ne rencontraient pas dans les carrières du voisinage.
Après avoir ainsi ramené à leur juste valeur les Truites fossiles d'Oeningen, l'existence de Luit espèces de cette famille dans les eaux douces actuelles de cette localité est bien intéressante à constater; car elle nous prouve d'une nouvelle manière, comme nous le verrons plus bas, que les poissons fossiles tertiaires et les espèces vivantes ne descendent point les unes des autres et que très-vraisemblablement le lac d'OEningen ne communiquait pas aussi largement avec la mer que la vallée du Rhin le fait maintenant , et ne recueillait pas les eaux fraîches de sources élevées, comme de nos jours où il reçoit celles qui découlent d'une partie considérable des Alpes de la Suisse orientale. L'existence de montagnes fournissant des eaux limpides et froides aux lacs de leurs vallées est en effet, du moins de nos jours, une condition de la présence de plusieurs espèces de Salmonidés dans un bassin d'eau douce. Or, nous venons de voir qu'Oeningen n'avait pas de Salmonidés et nous en concluons que les eaux de ce bassin étaient moins limpides que celles de nos lacs suisses. L'absence d'Esturgeons dans les schistes d'Oeningen , qui existaient cependant dès l'époque de l'argile de Londres , où on en a trouvé une espèce particulière , viendrait à l'appui de l'idée que le bassin d'Oeningen n'avait pas de larges communications avec l'Océan , car on sait que les Esturgeons remontent très-haut les rivières, comme les Saumons. Cette opinion me paraît en outre confirmée par le fait que les poissons fossiles tertiaires des autres localités de la grande vallée du Rhin , entre autres ceux des environs de Bonn , diffèrent de ceux d'Oeningen ; ce qui suppose sur différens points des séparations plus importantes entre les eaux de ce bassin que celles qui les divisent de nos jours , où la faune ichthyologique de cette vallée ne présente pas de différences notables dans toute son étendue. Les Lotes recherchent aussi les eaux fraîches et limpides; aussi leur absence parmi les poissons d'Oeningen n'esl-clle pas moins significative que celle des Salmonidés ; tandis que l'existence de deux Tanches et d'une espèce de Cyclurus qui sont des poissons assez voisins des Tanches , indique a^ ec une très-grande probabilité que les eaux d'Oeningen étaient vaseuses et peu profondes. Nous ne trouvons du moins parmi ces fossiles pas une espèce de poisson appartenant à des genres qui aiment à se retirer dans les grandes profondeurs des lacs , tandis que celles des parties vaseuses et peu profondes de nos lacs y
aboiuleul. I^es nonibiviix Balraciens . Salamandres, (ironouilles et (à-aj)eaii\ (jik' l'on a trouvés parmi les fossiles dOKiiingeii confirment pleinement ces remarques sur la nature des eaux de ce bassin.
Les genres /ibramin. Phoxiiius, Chomlroslouia , Barbus et Cyprinns qui iTexislaienl pas encore lors de la déposition des schistes d'OEningen, montrent à leur tour (pie la famille des Cyprins s'est di> crsifiée de plus en plus depuis Tépoque tertiaire jus(pi"aux jours de l'établissement de Tordre actuel des choses. Les espèces des genres Cyclurus et Lebias que l'on a ti-ouvées à OEningen. donnent seuls à cette faune un aspect un peu étranger.
Les fossiles des autres classes d'animaux et les plantes fossiles que l'on trouve à OEningen . fournissent à tous égards des résultats semblables. Parmi les mammifères . le Renard que possède M. Murchison, est l'espèce la plus remanpiable ; les Rongeurs et les Chauvesouris ne sont pas encore bien déterminés ; le seul genre Lafjomijs dont on connaît une espèce à OEningen , est un tj'pe exotique. Les oiseaux n'ont pas encore été décrits avec assez de précision pour fournir des renseignemens importans ; mais les reptiles sont connus depuis long-temps. Le célèbre Homo diluvii teslis de Scheuchzer, que Cuvier a reconnu pour une Salamandre et dont M. Tscluidi a fait son genre Andrias et nommé l'espèce .^nrf. Scheiichzeri, d'après Tillustre physicien de Zurich qui l'a décrite et figurée le premier , prête à cette faune herpétologique un caractère particulier qui léloigne de la faune d'Europe et la rapproche de celle de l'Amérique du nord: il en est de même d'une tortue du genre Chelydra qui n'a pas de représentans européens, tandis que les grenouilles et les crapeaux que M. Tschudi a décrits sous les noms de Pelophilus et de Palœophrynus, ainsi qu'une couleuvre et un orvet, rappellent la faune de nos contrées. Les insectes et les coquilles n'offrent pas de formes exotiques. Parmi les plantes, il y en a qui sont très-semblables à celles de la flore du centre de l'Europe ; telles sont les difTérentes espèces de Saule, de Peuplier, d'Ormeau, d'Erable, de Tilleul, de Nerprun, de Pin, de Potamogéton, de Graminées, d'Isoëtes, de Fougères, de Prèles et de Lycopodes, tandis que les Taxodium , Juglans, Liquidambar, Gleditschia et Diospyros rappellent des régions plus méridionales.
De l'ensemble de ces faits, on doit conclure que le climat d'OEningen était sensiblement plus chaud que celui de ces conli"ées ne l'est maintenant. En le comparant au climat de la Syrie ou des côtes méridionales de l'Asie mineure, on restera probablement dans des limites aussi rapprochées de la vérité qu'il est possible dans de semblables approximations.
J'ai dit plus haut que les différences que l'on remarque entre les poissons d'OEningen et ceux du bassin actuel du lac de Constance, nous offraient une nouvelle preuve contre l'assertion si souvent répétée que les espèces vivantes descendent des espèces tertiaires par suite des modilications que celles-ci auraient subies. Je vais tâcher de faire ressortir davantage les faits qui m'ont conduit à envisager les fossiles des différentes formations géologiques comme des créations particulières locales , tout-à-fait indépendantes les unes des autres. Remarquons d'abord que les différens dépôts tertiaires de l'âge de la molasse ont chacun leur faune par-