TOM. V, 1' PART
ticulière , comme les différens bassins d'eau douce de notre époque ; les poissons fossiles de Bonn, de Steinlieim , de Menât et d'Aix diffèrent autant, si ce n'est davantage, entre eux, que l'ensemble des poissons qui peuplent de nos jours les bassins du Danube , du Rhin , de la Seine et du Rhône. Les eaux douces de ces différens bassins tertiaires étaient aussi complètement séparées par des terres fermes et par les côtes des Océans d'alors , que les bassins hydrographiques de nos grands fleuves le sont de nos jours par les terres qui les bordent et les eaux des mers dans lesquelles ils débouchent. Les poissons d'un de ces bassins ne pourraient passer dans l'autre que par terre ou à travers les mers, et si de semblables connuunications avaient lieu, il y a long-temps que ces faunes se seraient confondues, et l'on ne rencontrerait plus des espèces particulières dans le bassin du Danube , dans celui du Rhin et dans la plupart de nos grands cours d'eau. La môme chose aurait eu lieu durant l'époque tertiaire.
Si maintenant nous faisons l'application de ces données à la transition d'une époque à une autre, en limitant nos observations à nos poissons d'eau douce, nous pourrons affirmer que les terres fermes ayant subi des modifications dans leur relief et dans leurs niveaux relatifs , il est bien peu probable que les bassins de deux époques successives aient conservé la même circonscription et le même écoulement ; nous avons même la preuve positive du contraire dans la manière dont les dépôts des différens étages tertiaires empiètent les uns sur les autres, ou se laissent successivement plus ou moins à découvert. II est certain, par exemple, que le bassin d'OEningen faisait partie du grand système des dépôts tertiaires qui occupent toute la plaine suisse et qui s'étendent au-delà du lac de Constance, dans la Souabe, jusqu'en Bavière et dans la Basse-Autriche , et qu'arrosent maintenant le Danube et ses aftluens. Le lac de Constance et la plupart des lacs suisses ne sont eux-mêmes que des effets des dislocations que ce système a éprouvées. Ils n'existaient donc pas durant la déposition de ces terrains , pas plus que les déchirures qui tracent maintenant le cours des principales rivières de la Suisse et du grand bassin du midi de l'Allemagne. Comment admettre dès-lors que les poissons des lacs tertiaires aient pu survivre aux catastrophes qui ont si fortement modifié le relief des terres fermes de cette époque? Où auraient-ils séjourné pendant les révolutions qui ont amené de pareils changemens et mis à sec jusqu'au fond des bassins dans lesquels on trouve leurs débris fossiles? Et si les espèces qui habitent maintenant nos eaux douces descendent par voie de génération des espèces tertiaires, pourquoi toutes ces espèces sont-elles spécifiquement différentes ? pourquoi n'appartiennent-elles pas toutes aux mêmes genres ? pourquoi nos fleuves et nos lacs nourrissent-ils des ty|)es qui n'existaient point aupara- ^ant? A-t-on jamais observé dans les couches intermédiaires, entre deux formations, des débris fossiles indiquant une transformation directe des espèces de l'époque antérieure en celles de l'époque suivante? Alors même que l'on voudrait concéder que nos Perches descendent des Perches tertiaires, notre Brochet du Brochet, nos Cyprins des Cyprins d'autrefois, toute la difficulté subsisterait encore pour les Lotes , les Truites, les Brèmes, les Carpes, les Barbeaux et tant d'autres poissons de nos eaux douces , dont on ne trouve aucune trace dans les
Jorrains tcrliaires. Poiir<|ii()i le l)assin du Danube complorail-il scpl espèces do Perches, si ces Perclies descendent de celle d'OEningen , où il n'en existai! quinie espèce? Pourquoi, d'un autre côté, les rivières de la Provence n'en ont-elles qu'une, et celles de lAuveignf; également une, qui est la même el qui se retrouve aussi dans le bassin du lac de Constance , si cette espèce fixante descend de celle d'Aix ou de celle de Menât, qui sont différentes l'une de l'autre et qui diffèrent aussi de celle dOEiiingen ? Pour([uoi le bassin du Danube aurait-il six espèces d'Esturgeons, et celui du Rhin seulement une? Pourquoi enfin les espèces de Cyprins et de Truites de ces divers bassins sont-elles différenuiient réparties? On le voit, c'est entasser difficulté sur difficulté que de vouloir faire descendre les espèces d'une époque de celles de l'époque précédente , et ces difficultés deviennent encore plus frappantes lorsqu'il s'agit d'animaux de classes différentes ; car dans ce cas , il faut supposer, par exemple . que les premiers reptiles qui ont existé sur la terre sont descendus des poissons qui les précédaient, et les premiers oiseaux ou les premiers mammifères des reptiles ou des poissons des époques antérieures. Une pareille supposition est contraire à toutes les lois de la physiologie. Les impossibilités physiques que nous rencontrons toutes les fois que nous cherchons à nous rendre compte de la succession des êtres organisés dans les diverses époques géologiques par les moyens que la nature met en jeu pour maintenir les espèces , prouvent que ce n'est point d'après les lois qui régissent maintenant les animaux et les plantes que nous pouvons expliquer l'apparition de nouveaux types et les modifications successives de ceux qui se sont perpétués pendant plusieurs époques. Il faut nécessairement remonter à une cause plus élevée et reconnaître des influences plus puissantes , exerçant sur la nature entière une action plus directe, si Ion ne veut pas se mouvoir éternellement dans un cercle vicieux. Quant à moi, j'ai la conviction que les espèces ont été créées successivement à différentes reprises; qu'elles ont été créées dans les lieux qu'elles habitent et dans les rapports naturels qui existent entre elles , et que les changemens qu'elles ont subis durant une époque géologique ne sont que très-secondaires et ne tiennent qu'à leur plus ou moins grande fécondité et à des migrations subordonnées à des influences de l'époque.
Les autres espèces de poissons fossiles que l'on a voulu rapporter au genre Esox ne sauraient y rester. UEsox Lucms de l'Iltiolitologia veronese est une Sphyrène, mon Sphyrœna maxiina ; — l'E. falcatus du même ouvrage est mon A'iphopterus falcatus ; — VE. Befonc Itt. ver. mon Fistidarki tenuirostris ; — VE. lomjirostris De Bl. mon Fistularia temiirostris ; — l'Iltiolitologia veronese confond sous le nom d'Esox Sphyraena mon Mesoyaster sphyraenoides, mon Sphyrœna bolcensis el mon Ramphoynathus paralepoides : — VE. macroptermDeBl.
est mon Plalinx elonyatus , et \'E. saunis Itt. ver. mon Rainphognathus paralepoides:. Tontes ces espèces proviennent de Monle-Bolca.
L'E. Lewesiensis de Mantell, de la craie de Kent, est mon Enchodus halocyon. — IjE. aciilvs De Bl. de Solenhofen est mon Aspidorhynclws acutirostris. — ]/E. incoyiiifus dn même antenr est mon Thrissops nilcropodius. — Enfin, l'^". eislebensis de Krnger, dn Zechstein , est mon Pyyopterus Humholdtii.
Cette longue liste de fausses déterminations montre combien la nomenclature des poissons fossiles a été défectueuse jusqu'ici.