Sphenolepis sqtiamosseus Agass
Vol. S, Tab. 45.
Syî). Cyprinus squamosseus De Blainv. Ich. p. 67. — Coryphœna hippuris Darl.
C'est sur cette espèce, très-facile à reconnaître par ses singulières écailles , que j'ai établi mon genre Sphenolepis. C'est un poisson de grande taille, atteignant les dimensions de nos grands Brochets , et qui paraît avoir vécu en troupes nombreuses dans les eaux qui déposaient le terrain tertiaire d'Aix en Provence, où il est assez commun.
La charpente osseuse est robuste; les vertèbres sont aussi hautes que longues, à peine étranglées au milieu ; leurs faces articulaires ne sont indiquées que par un anneau très-peu saillant ; il y en avait probablement près de soixante ; sur ce nombre , j'en compte quinze caudales (fig. i) et près de quarante abdominales. Je crois par conséquent pouvoir afflrmer que M. de Blainville s'est trompé en en comptant vingt-six pour la queue et quatorze pour la cavité abdominale. Il suffit d'ailleurs de jeter un coup d'œil sur l'exemplaire de fig. 3 et de comparer
la partie du tronc qui est en avant de l'anale avec celle qui est en arriére. Mais ce qui est surtout remarquable , c'est que celles du milieu de l'abdomen soient plus courtes que celles de la région postérieure. En revanche, les apophyses épineuses, en général trés-vigoureuses , sont proportionnellement plus longues et plus fortes dans les vertèbres abdominales que dans la région caudale. Toutes les vertèbres abdominales sont en outre munies de fortes apophyses inférieures dirigées obliquement , à l'extrémité desquelles s'articulent des côtes grêles , longues et très-inclinées en arrière. La dorsale est opposée aux ventrales , et ces deux nageoires paraissent être situées au milieu de la longueur. La dorsale est triangulaire, et composée d'une douzaine de gros rayons très-branchus. Les ventrales sont bien plus étroites, et leurs rayons sont moins nombreux et moins longs. On remarque dans l'exemplaire de lîg. 2 , en avant des ventrales, deux gros os qui ne peuvent être que les os du bassin. L'anale est beaucoup plus rapprochée de la caudale que des ventrales ; ses rayons sont vigoureux , le premier est simple , mais distinctement articulé. Les pectorales étaient, selon toute apparence, très-larges et fort longues , à en juger d'après les débris qui sont visibles dans la fig. 3. La caudale est de toutes les nageoires la plus importante, à cause de sa structure particulière. La moitié postérieure de la dernière vertèbre se divise en un nombre considérable de longues apophyses semblables aux branches d'un éventail , et sur chacune de ces branches s'attache un rayon qui est articulé jusque prés de la base, et qui bientôt se ramifie en un grand nombre de filets. Formule : 3 ou i , 1 , 9 ; 8, I, 2 ou 3. Les articulations des rayons sont toutes plus larges que longues. La nageoire elle-même est peu échancrée, quoique large; elle se rapproche, sous ce rapport , de la caudale des Brochets. Les osselets interapophysaires qui supportent la dorsale et l'anale sont aussi vigoureux que les apophyses auxquelles ils correspondent, mais plus serrés ; il y en a ordinairement deux pour une apophyse.
Les écailles sont très-allongées et marquées de stries longitudinales et parallèles qui rappellent un peu les écailles de certains Scombéroïdes à long bec , par exemple , celles du genre Tetrapterus.
Les os de la tête ne sont pas assez bien conservés pour fournir des caractères spécifiques de quelque importance. Il parait toutefois que la tête était large et entièrement recouverte d'écaillés; l'on peut en outre présumer, d'après la position reculée des jugaux, que le museau était très-allongé et la gueule grande.
Il existe un grand nombre de plaques de cette espèce dans les diverses collections de France, entre autres , au Muséum , à l'Ecole des Mines , dans les collections de M. de Drée, de M. Alex. Brongniart , dans la collection de la Société géologique de France et du musée de Strasbourg. Les originaux de ma planche se trouvent à l'Ecole des mines.