‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 125 sur 156 · DES HALÉCOIDES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES HALÉCOIDES EN GÉNÉRAL

On sera peut-être étonné de me voir réunir sous un même chef deux familles que tout le monde envisage comme très -distinctes. J'ai néanmoins la conviction que les caractères d'après lesquels on les distingue communément sont insuffisans, du moment qu'on les soumet à un examen détaillé. J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer plus haut, au chapitre des Esocides,que la présence de la nageoire adipeuse, qui sert communément à la diagnose des Saumons, n'est pas un caractère sufflsant pour une séparation pareille, surtout quand on connaît les variations auxquelles la dorsale est assujélie et les métamorphoses qu'elle subit dans le cours du développement, depuis l'embryon jusqu'à l'adulte. Le squelette qui détermine en général la physionomie et les allures de l'animal , semble au premier abord offrir des différences notables dans les différens genres de ces deux familles , et, en effet, si l'on compare le squelette d'un Hareng avec celui d'une Truite, on trouve dans le premier un système d'osselets au bord ventral qui servent en quelque sorte de complément aux côtes ( les côtes slernales), en formant avec elles une grille continue tout autour de la cavité abdominale. Le squelette de la Truite n'offre rien de semblable. Or des différences aussi notables dans la charpente osseuse ne sont-elles pas plus que suffisantes pour une délimitation rigoureuse ? Ici se présente une difficulté ; c'est qu'il y a parmi les poissons que l'on range parmi les Salmones à cause de leur adipeuse , des genres où ces mêmes côtes sternales se retrouvent , par exemple les Serrasalmes. D'un autre côté, on a rangé parmi les Clupes des poissons qui en sont dépourvus ( les Engraulis , les Elops). Pour pouvoir tracer des limites précises entre ces variations, il faudrait connaître le squelette de tous les genres que l'on range dans ces deux familles. Or c'est là un travail qui reste à faire, car le nombre des genres qui ont été étudiés sous ce rapport est très-limité. Il existe sans doute aussi des variations notables dans les détails du crâne. Mais ces

varialions sonf trop secondaires el offrent des transitions trop nombreuses poui- qu'on |)uisse les envisager autrement que comme des caractères généricjues. C'est ainsi que le maxillaire supérieur des a éritables Clupes est composé de plusieurs lames placées les unes derrière les autres , tandis qu'il est sinq)lc dans la plupart des Salmones. Cependant les Corégones , (jui sont des Salmones , ont un intermaxillaire supérieur conformé counne celui des Hai*engs , et même dans le genre Salmo proprement dit , il y a une petite pièce accessoire au bord postérieur du maxillaire supérieur. La dentition offre aussi , dans les deux groupes, des modifications analogues. C'est ainsi que les véritables Harengs sont presque entièrement dépourvus de dents , conmie les genres Coregonus et Anodus du type des Salmones ; tandis que les Anchois ont les mâchoires bien armées, comme la plupart des Saumons.

Si maintenant nous examinons les ressemblances qui existent entre les deux groupes des Salmones et des Clupes, nous trouverons qu'elles sont des plus intimes, à tel point qu'il est peu de familles parmi celles qu'on envisage comme le mieux caractérisées, où il existe une si grande conformité dans la structure et la combinaison des parties essentielles. Il suffit de rappeler que ce sont les seuls poissons chez lesquels le maxillaire supérieur fait réellement partie du bord supérieur de la mâchoire et sert à la préheusion des alimens. Leur physionomie générale est aussi à-peu-près la même. Ce sont les uns et les autres des poissons réguliers , fusiformes , rarement trapus , pourvus de grandes écailles. Ils sont en outre Malacoptérygiens et abdominaux.

Avec de pareilles affinités, on peut bien se croire autorisé à laisser provisoirement ces deux familles réunies , jusqu'à ce que des éludes plus étendues permettent de faire de nouvelles coupes, et c'est pourquoi je les réunis ici sous le nom de Halécoides. Je me propose du reste de soumettre ces familles à une nouvelle révision , dans mon Histoire naturelle des Poissons d'eau douce , où j'aurai à m'occuper exclusivement des types vivans. Déjà le prince de Canino et M. J. Muller ont fait subir des modifications importantes à l'arrangement de ces poissons, d'où il résulte qu'il faudra probablement les diviser en plusieurs groupes du moment où Ion ne voudra pas les laisser réunis en une seule grande division ; car, je le répète , la présence d'une nageoire adipeuse n'est pas suffisante pour distinguer les Salmones des Clupes. Il existe d'ailleurs une famille, celle des Silures, où une partie des genres sont dépourvus d'adipeuse , tandis que d'autres en ont une très-allongée. En attendant , j'ai cru utile de faire connaître le squelette de trois genres , appartenant l'un aux Salmones et les deux autres aux Clupes, et dont l'on trouvera plus bas la description , aux chapitres des genres Mallotus et Alosa.

Je ferai encore remarquer que ces deux groupe*, si nombreux en espèces et surtout en individus, représentent un type relativement très-récent, dont les premières traces apparaissent dans la craie.

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