‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 132 sur 156 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nV GENRE ALOSA.

Le genre des Aloses, établi par Cuvier, comprend des poissons très-voisins des Clupes, mais (jui en diffèrent par une échancrure au milieu de la mâchoire supérieure. Le squelette, quoique construit sur le même plan , présente aussi quelques légères différences dont l'on peut tenir compte dans l'étude des fossiles, lorsque l'on a à faire à des exemplaires bien conservés. C'est assez dire qu'il est fort difficile de décider si tel poisson fossile que l'on reconnaît appartenir à la famille des Clupes, est un Alose ou un vrai Hareng. L'essentiel est de pouvoir déterminer rigoureusement l'espèce, et c'est à quoi l'on arrive bien plus facilement et plus sûrement au . moyen d'une étude détaillée et minutieuse.

La description suivante du squelette, destinée à faciliter l'étude détaillée de l'ostéologie de tout le groupe, est empruntée à l'Alose proprement dite (Clupea Alosa L.), poisson assez commun dans la mer du Nord et qui atteint une longueur de plus d'un pied.

SQUELETTE DE l'aLOSE. Tab. L.

Dans le squelette de l'Alose , comme dans celui de toutes les Clupes en général , la région abdominale l'emporte de beaucoup sur la région caudale ; sur les cinquante-deux vertèbres dont se compose la colonne vertébrale , il y en a trente-une abdominales et vingt-une caudales. Les abdominales sont plus volumineuses que les caudales et d'ordinaire plus hautes que longues , tandis que les caudales sont plus allongées et d'apparence plus grêles. Les apophyses articulaires méritent une attention toute particulière : à peine sensibles dans les premières vertèbres abdominales, elles prennent un développement de plus en plus considérable dans la région postérieure, où partant de la base de l'apophyse épineuse au bord antérieur de la vertèbre, elles s'étendent jusqu'au bord postérieur de l'apophyse précédente; ce qui fait paraître les vertèbres beaucoup plus hautes qu'elles ne le sont réellement. Les apophyses épineuses sont longues, grêles, rarement droites, mais plus ou moins arquées et quelquefois même recourbées sur elles-mêmes en forme d'S, notamment dans la région caudale. Les côtes sont fort longues et arquées en avant. Les treize premières naissent du corps même de la vertèbre ; les suivantes s'attachent à des apophyses inférieures qui vont en s'allongeant d'avant en arrière. Les côtes sternales qui ferment la cavité abdominale en bas , forment avec les côtes une grille continue

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autour de la cavité viscérale : ce sont des osselets robustes , ayant à-peu-près la moitié de la longueur des côtes ; leur sommet est dilaté en forme de massue ou de marteau , de manière qu'en s'engrenantles unes dans les autres, elles déterminent une arête continue, hérissée de petites pointes qui se trouvent à l'extrémité postérieure de chaque massue. En général , il y a pour chaque côte une côte sternale, et le plus souvent elles sont même accolées les unes aux autres dans la partie qui est en avant des ventrales. Il n'y a que les trois premières côtes sternales qui fassent exception, en ce qu'elles ne correspondent pas à des côtes ; l'on voit en outre, au devant d'elles, une série de cinq plaques qui forment la continuation de l'arête abdominale vers la tête et qui ne sont autre chose que des côtes sternales sans tiges. Il existe quatre plaques semblables à l'extrémité postérieure de la cavité abdominale qui sont également dépourvues de tiges. Or comme en cet endroit les côtes cessent, tandis que les apophyses transversales s'allongent considérablement , on pourrait douter que ces dernières appartinssent réellement à la partie abdominale du squelette , n'étaient ces rudimens de côtes sternales qui ne peuvent exister que dans la région abdominale. Ce qui prouve en outre que c'est bien en arrière de ces rudimens de fausses côtes qu'il faut placer la limite entre la région abdominale et la région caudale , c'est la position de l'anus , qui est situé , comme chez tous les Clupéoïdes , à la base même de l'anale. Les osselets interapophysaires sont bien moins développés (jue les côtes sternales. Il y en a de deux sortes, des inermes et d'autres qui portent des rayons. Les premiers , depuis la nuque jusqu'à l'origine de la dorsale , sont à beaucoup près les plus petits. Us sont dépourvus de crêtes latérales, et il n'y en a régulièrement qu'un pour une apophyse. Les osselets qui portent la dorsale sont non-seulement plus longs et plus serrés, mais encore garnis de crêtes latérales , de manièije qu'ils forment presque une cloison continue ; j'en compte dix-huit , c'est-à-dire un de plus qu'il n'y a de rayons. Les osselets de l'anale , à l'exception du premier, n'ont point de crêtes latérales, ensorte que, quoique très-nombreux, ils ne forment cependant pas une cloison continue ; il y en a régulièrement deux pour une apophyse. Les arêtes musculaires sont longues et fortement inclinées ; elles s'attachent toutes au corps des vertèbres , et s'étendent aussi loin que les vertèbres abdominales. Les premières vertèbres abdominales en ont ordinairement deux de chaque côté. Les vertèbres caudales n'en ont pas.

Les nageoires n'acquièrent pas un développement bien considérable. La dorsale est composée de dix-sept rayons , dont quatorze articulés et dichotomisés ; les trois antérieurs sont simples ; le troisième est aussi long que les rayons branchus , mais les deux antérieurs sont sensiblement plus petits. Ces trois rayons épineux correspondent à quatre osselets, et le premier en a à lui seul deux. L'anale a des rayons plus petits , plus minces et plus nombreux que la dorsale. Les ventrales sont attachées à un os de bassin robuste qui est inséré entre la douzième et la treizième côte. Elles portent des rayons courts, mais assez gros, précédés d'un rayon simple très-vigouroux. Les pectorales sont plus longues et composées d'un nombre de rayons branchus plus considérable, en avant desquels se trouve aussi un gros rayon branchu.

La caudale est de toutes les nageoires la plus vigoureuse. La dernière vertèbre est dilatée en une large plaque, et l'on voit distinctement que les rayons qui viennent se fixer sur cette plaque l'embrassent au moyen d'une fourche, comme cela a lieu dans une foule d'autres genres. Seulement , ce qui est remanjuable , c'est que la fourche des deux rayons du milieu soit beaucoup plus longue que celle des rayons voisins. La plaque vertébrale qui les porte est divisée en deux par une fissure longitudinale.

La tête présente aussi plusieurs particularités remarquables. L'opercule est oblong , plus haut que large ; le préopercule est très-développé et proportionnellement fort large ; son angle inférieur est arrondi ; l'interopercnle est plus long , mais aussi plus étroit que le subopercule. Le jugal est presque vertical ainsi que los Iransverse. La mâchoire inférieure est sensiblement plus large que la supérieure, dont l'extrémité postérieure est arrondie. Les sous-orbitaires sont étroits et tous à- peu-près également développés. Les os du crâne sont grêles ; leiusurface est ornée de crêtes très-minces qui s'élèvent de l'occipital impair et des occipitaux latéraux. La ceinture thoracique n'est pas très-vigoureuse; en revanche, les cornes de l'os hyoïde sont très-fortes ; les rayons branchiostègues sont fortement arqués.

A1.OSA ELONGATA AgaSS.

Vol. 5,Tab. 6a.

Cette espèce paraît être très-fréquente à Oran, d'où on en a rapporté une quantité d'exemplaires en Europe. C'est un poisson de moyenne taille, qui a d'ordinaire un pied de long sur près de deux pouces de large. La tête est assez grosse , et bien plus prépondérante que dans l'espèce vivante ; elle est contenue à-peu-près trois et demi fois dans la longueur totale. Les maxillaires sont plus longs que dans les vrais Clupes, et l'on y reconnaît distinctement l'échancrure du milieu qui est le caractère distinctif du genre. Les intermaxillaires sont étroits et courts ; ils ne forment qu'une faible partie de la mâchoire supérieure , et ce sont les maxillaires qui en complètent les côtés; aussi n'y a-t-il que ces côtés qui soient prolractiles. Les ouïes sont très-fendues et garnies de longues dentelures du côté de la bouche. L'opercule et le préopercule sont marqués de stries rayonnantes; le subopercule est coupé carrément. La dorsale a son insertion un peu en avant du milieu du corps et ses rayons sont très-serrés et, comme dans les Aloses en général , ils ne sont branchus et articulés qu'à leur extrémité. Le premier est indivis. Les osselets interapophysaires sont assez vigoureux , notamment les premiers ; ils sont tous garnis de crêtes latérales et alternent un à un avec les apophyses. Les ventrales sont insérées à la hauteur des derniers rayons de la dorsale ; elles tiennent à-peu-près le milieu entre les pectorales et l'anale, tandis que dans l'espèce vivante , elles sont sensiblement plus rapprochées des premières. L'anale est assez longue, mais basse, et les osselets qui la portent sont petits et grêles; son premier rayon est simple, les autres sont articulés et branchus

à leur extrémité. Les pectorales ont de fort gros rayons dont les articulations s'étendent jusqu'à la base des rayons, comme dans l'anale. La caudale est grande, largement échancrée, à lobes pointus. Le grand rayon simple de chaque lobe est précédé d'une série de petits rayons simples qui vont ea s'allongeant jusqu'à atteindre le milieu du rayon principal. Le squelette intérieur est frêle comme celui de toutes les Clupes. Les vertèbres sont aussi hautes que longues et plus nombreuses que dans l'espèce vivante , car il y en a au moins soixante , dont vingt-une caudales ; toutes les autres sont abdominales. Les apophyses épineuses sont assez vigoureuses, notamment dans la partie postérieure du tronc. Les côtes sont proportionnellement plus grêles, et souvent on éprouve quelque difficulté à les distinguer des arêtes musculaires , lorsque le squelette n'est pas parfaitement intact. Les côtes sternales ne sont pas Irèsdistinctes dans nos exemplaires ; mais on les reconnaît fort bien sur d'autres ; elles sont grêles comme les côtes elles-mêmes et dilatées au sommet. Enfui ce qui mérite d'être remarqué, c'est que les arêtes musculaires s'étendent à toutes les vertèbres , et ne sont pas limitées à là région abdominale.

Il existe un grand nombre d'exemplaires de cette espèce dans la collection de la Société géologique de France, dans les galeries du Muséum de Paris, au musée de Strasbourg et dans plusieurs collections particulières. J'ai découvert une quantité si prodigieuse d'Infusoires fossiles dans la roche qui contient ces débris de poissons, qu'on peut l'envisager, sans exagération, comme formée essentiellement des parties solides de ces petits animaux. M. Ehrenberg, qui les a déterminés plus tard , les décrit dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour l'année 1838.

Il faudra placer à la suite des Aloses une espèce fossile de l'argile de Londres, de Sheppy, que je crois pouvoir rapporter au genre Megalops et qui parait avoir atteint des dimensions aussi considérables que les espèces vivantes de ce genre. .Je l'ai inscrite dans mes notes sous le nom de iMegalops priscus.

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