CHAPITRE yi
DU GENRE CLIIPEA.
Ce genre ne frappe par aucun caraclère tranché. S'il se distingue par quelque cljose, c'est par sa grande régularité et par les justes proportions de toutes les parties du corps. Aucun organe n'est développé outre mesure et l'on ne remarque aucun de ces appendices qui donnent à d'autres genres une physionomie particulière. Sa forme générale est cependant plutôt ramassée qu'allongée. Sa tète est peu volumineuse. Ses mâchoires sont dépourvues de dents. Ses nageoires sont de grandeur moyenne. La dorsale est placée exactement au milieu du dos. Les ventrales sont petites et à l'opposite de la dorsale ou un peu plus en arrière. L'anale en revanche est assez grande. La caudale est profondément fourchue. Il existe des côtes sternales tout le long de la cavité abdominale.
l. Clupea macropoma Affass.
Vol. .5,Tab. 37, fig. 3et4.
SyN. Clupea sinensis ht. ver. Tab. 6o, fig. 4. — Clupea Thrissa Itt. ver. Tab. 25, fig. 1. — Clupea cyprinoides lu. ver. Tab. 25 , fig. 2. — Salmo marœna Itt. ver. Tab. 4<S , fig. 2. — Clupea murœnoides de Bl. Icli. p. 39. — Clupea thrissoides de Bl. Ich. p. 39. — Bronn. It. n° 18 , 19 et 20.
Cette espèce est commune à Monte-Boica , et comme il en existait un certain nombre d'exemplaires dans la collection de Gazzola , l'auteur de l'Ichthyologie véronaise les a figurées sous les noms de différentes espèces vivantes. M. de Blainville a déjà reconnu que les C. sinensis, C. Thrissa et C. cyprinoides sont la même espèce, et comme ils n'ont rien de commun avec les poissons auxquels l'auteur italien les rapporte , il les réunit sous le nom de C. thrissoides. En examinant moi-même ce qu'il reste de la collection de Gazzola au Muséum de Paris , je me suis assuré que le Salmo marœna de l'Ittiolitologie véronaise est également identique . et que par conséquent les deux espèces de Blainville , les C. murœnoides et C. Thrissoides n'en font qu'une. Mais pour simplifier cette nomenclature, qui ne laisse pas que d'avoir ses inconvéniens, j'ai préféré remplacer les deux noms de M. de Blainville par celui de C. macropoma; d'autant plus que l'espèce n'a rien de commun avec le Clupea Thrissa de notre époque.
C'est un poisson de moyenne taille , à-peu-près comme une grande Sardine. Sa tête est obtuse , d'un quart plus longue que haute ; elle est contenue quatre et demi fois dans la longueur totale. L'insertion de la dorsale commence un peu au-delà du tiers de la longueur, de façon qu'en reportant en arrière la distance entre son origine et la pointe du museau , on rencontre à-peu-près la sixième vertèbre caudale, à partir de la queue. L'extrémité des rayons de la dorsale correspond à-peu-près exactement au milieu de la longueur. Les ventrales sont en arrière de la dorsale, et leur insertion correspond au milieu de cette dernière. L'anale est très-reculée et plus rapprochée de la caudale que des ventrales. Les rayons de l'anale sont fins et très-serrés. Il y en a au moins une vingtaine, et cependant la base de la nageoire n'a pas plus de demi-pouce. La caudale est largement fourchue. Ses rayons sont gros et distinctement articulés. Formule : 5 , 1 , 9 ; 7, 1 , 5. Il y a au moins quatre vertèbres dont les apophyses soutiennent les rayons de la caudale, mais ce sont celles de la dernière vertèbre qui portent les grands rayons du milieu. La colonne vertébrale est robuste , composée d'au moins quarante-deux vertèbres, dont vingt-six caudales ; les autres sont des abdominales. En général, les vertèbres sont aussi hautes que longues , mais elles ne sont pas très-uniformes; et à côté d'une vertèbre plus courte que haute , on en remarque quelquefois une ou deux qui sont plus hautes que longues. Les côtes sont longues et robustes. Les écailles sont épaisses, et là où elles n'existent pas, elles ont du moins laissé des empreintes distinctes.
Outre les exemplaires figurés qui sont au Muséum de Paris et au Musée de Munich, j'en ai vu dans la collection de M. le comte de Munster.
H. Clupea dentex de Blainv.
Vol. 5,Tab. 6I,fig. ietS.
Syn. Chipea dentex de\ilMn\'. \c\\l\i. p. 36.
M. de Blainville décrit sous ce nom une petite Clupe de Murazzo-Strutiano, de forme allongée, qui a conservé quelques-unes de ses dents. J'ai tout lieu de croire que l'exemplaire de fîg. S n'est autre que l'adulte de fig. k. S'il en est réellement ainsi, les dimensions proportionnellement plus petites de la tète ne seraient point un obstacle, puisque la proportion va en décroissant avec l'âge. En tout cas, l'espèce est très-voisine du C. tnacropoma. Quoi qu'il en soit, j'envisage provisoirement comme type de l'espèce le petit exemplaire de fig. h. Le squelette en est des plus distincts, car on y reconnaît jusqu'aux arêtes musculaires qui sont fortement inclinées en arrière. Les vertèbres sont moins longues que hautes. Leur nombre est d'au moins quarante. La dorsale a son insertion bien en avant du milieu de la longueur, de façon qu'en reportant en arrière la distance de cette nageoire à l'extrémité du museau , le compas rencontre l'origine de la caudale. Le nombre des rayons de la dorsale est d'environ douze ;
l'insertion des ventrales correspond au milieu de la dorsale. Les pectorales sont plus longues que les ventrales. La caudale est largement fourchue.
Cette espèce provient de Murazzo-Strutiano. Les originaux de mes figures faisaient partie de la collection de M. Régley.
in. Clupea Beurardi Blainv.
Vol. 5,Tab. 61,fig. 2.
Syn. Clupea Beurardi De Blainv. Ich. p. 61.
Cette petite espèce a les plus grands rapports avec le Clupea dentex, et je serais même disposé à l'envisager comme identique, n'étaient quelques particularités qui méritent d'être prises en considération. La tête est proportionnellement plus longue , car elle est contenue un peu plus de trois fois dans la longueur du corps. La gueule est peu fendue. La colonne vertébrale est excessivement grêle, composée d'une quarantaine de vertèbres, dont au moins vingt caudales. Les côtes sont grosses relativement aux vertèbres , et il en est de même des côtes sternales. Les osselets, en revanche, sont très-minces, et bien que les apophyses soient serrées , il y a cependant toujours au moins deux osselets pour une apophyse. L'insertion de la dorsale est exactement au milieu du corps, en faisant abstraction de la caudale. Ses rayons sont grêles comme ceux de toutes les nageoires. L'anale est fort longue et s'étend jusqu'à la caudale. Les pectorales sont assez grandes. La caudale est distinctement fourchue.
L'original de M. de Blainville se trouve maintenant dans la collection de lord Enniskillen. On y lit l'inscription suivante de la main de Beurard : « Ichthyolite ou poisson fossile d'une espèce peu commune, que M. de Blainville a décrit sous le nom de Beurardi, dans le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle et dans son Mémoire sur les Ichthyolites , pag. 61 ; sans doute parce qu'il ne l'a vue que dans ma collection , où elle a été placée par un de mes neveux , officier de marine , qui l'a rapportée du Mont-Liban , près de Gibel en Syrie , en 1817.»
L'exemplaire figuré provient de Saint -Jean-d' Acre ; il faisait partie de la collection de M. Régley.